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Une putain d’histoire

putain d'histoireDe Bernard Minier, je ne connaissais que le nom que j’entends à la radio à chaque sortie de l’un de ses romans. Au ton employé par la personne chargée d’en faire la publicité, j’avais compris qu’il était auteur de thrillers et qu’il était l’un des romanciers français à vendre le plus dans l’hexagone. Et puis, cet été, en vacances dans la famille, j’ai vu l’une de mes cousines complètement happée par la lecture d’un roman de Bernard Minier. Il s’avère que mes dernières lectures ne m’avaient pas vraiment emballée, j’avais vraiment envie de retrouver cette sensation incomparable d’être prise par la lecture d’un livre jusqu’à avoir du mal à le poser 5 minutes.

J’ai acheté un roman de Bernard Minier. Le seul qui se trouvait au rayon livres du supermarché où je fais mes courses : Une putain d’histoire, en format poche, mais paru initialement aux éditions XO. Les critiques lues par ci par là étaient assez unanimes pour dire que ce n’était pas le meilleur de cet auteur révélé en 2011 par son premier thriller Glacé. C’est donc un peu circonspecte que j’en ai commencé la lecture. Mais avant de vous donner mon avis, commençons par le synopsis.

Sur une île au large de Seattle aux Etats-Unis, Henry, 16 ans, vit, heureux, avec ses deux mamans, Liv et France, un couple de lesbiennes qui l’a adopté quand il avait trois ans, après le décès de sa mère biologique qui l’élevait seule. Tout bascule toutefois quand sa petite amie, Naomie, est retrouvée assassinée sur une plage de l’île, tandis que sa mère demeure introuvable. Henry est effondré. Mais très vite, les images de vidéosurveillance qui montrent la violente dispute qui l’a opposé à Naomie sur le ferry qui les ramenait du lycée jusqu’à l’île la veille de la découverte du corps, le font passer d’amoureux désespéré à suspect numéro 1. Bien décidé à prouver son innocence, Henry se met en tête de découvrir la vérité, aidé par trois de ses amis lycéens. Sans imaginer une seconde qu’ils vont mettre les mains dans des secrets peu ragoutants dont un mystérieux maître-chanteur profite d’ailleurs pour s’en mettre plein les poches… La petite île tranquille n’est peut-être aussi tranquille qu’elle n’y paraît.

Ce roman m’a transportée de bout en bout. J’ai d’abord beaucoup aimé l’ambiance américaine décrite par Bernard Minier. Elle m’a paru tellement réaliste (bien que je n’ai jamais mis les pieds aux Etats-Unis) que, parfois, lisant une allusion à une actualité française, je me suis surprise à penser : « C’est sympa pour un auteur américain de mettre la France en avant dans ses romans » avant de me rappeler qu’il était écrit par un compatriote. J’ai adoré aussi la façon dont Bernard Minier fait monter la pression et le suspens, la façon dont il sème les fausses pistes. Evidemment, comme tout bon auteur de thriller, il sait aussi parfaitement poser ses rebondissements… juste avant de repartir sur un autre personnage afin de nous laisser tout le temps nécessaire pour cogiter sur cet élément nouveau qui vient mettre par terre toutes nos hypothèses… Bref, c’est un roman haletant jusqu’à ses toutes dernières pages qu’on a beaucoup, beaucoup de mal à lâcher une fois qu’on l’a entre les mains.

J’ai lu ici ou là que l’histoire manquait de crédibilité et qu’un tel scénario, dont toutes les pièces tombent à chaque fois au bon moment sans anicroche, c’est vrai, était sans doute plus facile à mettre en place dans la tête d’un romancier que dans la vie réelle. Peut-être… Mais personnellement, je n’ai pas eu ce sentiment. Sans doute parce qu’Une putain d’histoire est le premier roman de Bernard Minier que je lis et que l’on est peut-être plus indulgent avec les romanciers que l’on découvre pour la première fois.

En revanche, s’il est une chose qui m’a paru invraisemblable, c’est de mettre à plusieurs reprises de l’imparfait du subjonctif dans la bouche d’Henry, je le rappelle, un adolescent de 16 ans. Là, oui, pour le coup, je me suis dis que c’était un peu « too much ».

Mais ne boudons pas notre plaisir, ce roman de Bernard Minier, sans doute pas le meilleur de l’année sur un plan littéraire, remplit parfaitement son office : Nous faire passer un putain de bon moment de lecture.

 

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La fille de Brooklyn

Alléchée par les critiques dithyrambiques écrites sur la 4ème de couverture (« Un thriller palpitant, écrit avec beaucoup d’élégance », France Info, « Inattendu et bouleversant, AFP, « Le nouveau roman de Guillaume Musso est aussi son meilleur », Lire), je me suis décidée à acheter La fille de Brooklyn de Guillaume Musso (XO Editions), oubliant instantanément que j’avais juré de ne plus jamais lire de Musso lors d’une précédente chronique à retrouver ici.

Quid de La fille de Brooklyn, donc. Tout commence comme un roman sentimental, avec deux héros, l’un écrivain à succès, l’autre médecin en devenir, qui passent un week-end en amoureux sur la Côte d’Azur, quelques semaines avant de passer devant Monsieur le maire. Nos deux héros se connaissent depuis six mois seulement mais la passion est telle qu’ils veulent déjà se marier, sans connaître grand chose de l’autre. Oui, se marier avec quelqu’un qu’on connaît à peine, « dans la vraie vie », ça n’arrive pas si souvent. Voire même jamais. Mais dans un roman, cela permet de créer du mystère à moindre frais, tant pis si cela nuit à la vraisemblance de l’histoire. Donc, Anna et Raphaël sont amoureux, sans trop de connaître. C’est le moment que choisit Anna pour demander à son amant : « Si j’avais commis le pire, m’aimerais-tu malgré tout ? » tout en lui dévoilant la photo de trois corps carbonisés, puis de disparaître, devant le regard ahuri de Raphaël. Evidemment, Raphaël choisit de partir à la recherche de celle qu’il aime, quoi qu’elle ait pu faire. Une quête qui le conduira jusqu’à New-York, avec son voisin, Marc Caradec, ancien flic (c’est pratique), pressé de reprendre du service.

Voilà pour l’histoire. Pour être claire, je ne prétends pas que ce roman soit mauvais de bout en bout. Le suspens, avec des rebondissements réguliers et inattendus, est plutôt bien amené. Il nous tient effectivement en haleine. Mais il m’a néanmoins beaucoup déçu, eu égards aux critiques très élogieuses que j’ai pu lire. Tout fait trop factice dans ce roman. Raphaël et Marc résolvent beaucoup trop facilement des faits cruciaux à partir d’indices, somme toute bien maigres. Jusqu’à résoudre une enquête vieille de 10 ans, avec des ramifications aux Etats-Unis, dans les plus hautes sphères du pouvoir en… trois jours et quatre nuits. Le dénouement final est d’une naïveté incroyable, que Guillaume Musso noie dans un sentimentalisme assez insupportable. Bref, ça sent le roman écrit vite et bien, pour faire pleurer dans les chaumières.

Ce qui m’a passablement agacée aussi dans ce roman, c’est la façon dont Guillaume Musso s’y met en scène, avec une détestable arrogance. Raphaël, son héros, est un écrivain à succès qui vend des centaines de milliers de romans à chacune de ses publications. Raphaël (Guillaume) est riche, Raphaël (Guillaume) a la belle vie, Raphaël (Guillaume) va à New-York comme la ménagère moyenne va au Super U, Raphaël (Guillaume) a les moyens de partir sur un coup de tête à Manhattan et de loger dans un hôtel de luxe… Ce côté (voyez un peu ce que c’est que d’être comme moi un écrivain à succès, nananèreuh) m’a été assez vite insupportable.

Allez, cette fois, c’est vrai (promis, juré, croix de bois, croix de fer, etc, etc…), Guillaume Musso ne viendra plus jamais s’installer dans ma bibliothèque.