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Nuit sur la neige

nuit sur la neige« Quel titre curieux ! », me suis-je dit quand je suis tombée sur ce bouquin dans les rayonnages de la bibliothèque de ma ville… J’avoue que le résumé sur la quatrième de couverture ne me tentait pas vraiment mais c’était un roman de Laurence Cossé, dont j’avais déjà entendu parler mais que je n’avais jamais lu. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » et suis donc ressortie de la bibliothèque avec Nuit sur la neige (Edition Gallimard) sous le bras.

Le résumé qui ne me tentait pas, je vous le livre ici : Nous sommes en 1935 à Paris dans le milieu très bourgeois d’étudiants qui préparent le concours d’entrée en école d’ingénieurs dans un établissement sévère et huppé tenu d’une main de fer par des frères jésuites. Il y a là Robert (dit Robin), que sa mère élève seule suite au décès de son mari pendant La Grande Guerre, un peu écrasé par le poids de son défunt père devenu héros malgré lui. Et puis, Conrad, Suisse, énigmatique, séducteur, riche, pétri d’humanisme et d’idées de gauche auquel le jeune Robin, élevé, couvé même, dans un catholicisme traditionnel de droite, voue une admiration sans borne, teintée d’un peu de défiance quand même : Ils sont tellement différents. Pendant les vacances de Pâques 1936, les deux amis ont l’occasion de partir skier à Val d’Isère dans ce qui est alors un pauvre petit village de paysans, à une époque où, encore bien plus qu’aujourd’hui, seule une toute petite minorité de privilégiés peut s’adonner à ce sport en devenir. Ce séjour de six jours va marquer Robin à jamais. 

Nuit sur la neige est un court roman de 142 pages qui se lit très vite tant l’écriture de Laurence Cossé est limpide et belle. Finalement, je me suis laissée séduire par cette histoire, toute simple. J’ai aimé la façon dont l’auteure parle de l’adolescence et l’inscrit dans une époque O combien corsetée et traversée par les tensions politiques qui mèneront l’Europe au pire et qu’elle décrit parfaitement. J’ai bien aimé sa façon de revenir sur les débuts de ce qui ne s’appelle pas encore des « stations de sports d’hiver », sur sa façon de s’interroger sur ce que vont devenir les premiers habitants de ces montagnes encore difficilement accessibles. Seront-ils chassés ? Auront-ils droit à une part de ce « gâteau » qui s’annonce déjà comme très rentable ? J’ai bien aimé l’amitié qui lie Robin et Conrad, la jalousie qui survient aussi parfois entre eux, les premiers émois amoureux de Robin, si naïf encore, quand débarque une mystérieuse skieuse et l’espèce de compétition qui s’instaure alors avec Conrad, plus âgé et qui semble avoir déjà tellement vécu. J’ai beaucoup aimé la fin aussi, une fin à laquelle on ne s’attend pas du tout et qui vient bousculer tragiquement à jamais la vie de nos deux héros.

Laurence Cossé sait raconter de belles histoires d’une plume sensible et douce. Un très beau moment de lecture dans une époque révolue mais parfaitement bien rendue qui m’a donné envie de lire d’autres romans de cette auteure.

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