Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Julie Lamiré, auteure, slameuse, et bien plus encore…

J’ai fait la connaissance de Julie Lamiré il y a quelques mois en lisant son premier roman « Un foyer » paru aux éditions du 38. (Chronique à retrouver : ici). J’ai immédiatement été séduite par la plume de cette jeune auteure et slameuse parisienne, par sa grande humanité et son immense sensibilité. J’ai eu envie de mieux la connaître. Julie Lamiré se dévoile aujourd’hui avec une sincérité dont je la remercie. Rencontre avec une passionnée de la vie.

Bonjour Julie Lamiré et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous commencer par vous présenter brièvement ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? Quelles sont vos passions ?

« Chère Pascaline, bonjour. Je m’appelle Julie Lamiré, je suis originaire de Bretagne mais j’ai toujours vécu en région parisienne. J’ai trente-sept ans. J’ai un enfant. Je suis formatrice, parolière et auteure. Ce sont là mes grandes passions.Autrement, comme tout un tas de gens qui ont la chance de pouvoir le faire, j’aime voyager. Les langues étrangères, les cultures, les croyances, les habitudes des uns et des autres me passionnent.Les paysages du monde m’émerveillent ».

Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ? Est-ce parce que vous êtes d’abord une grande lectrice ?

« Je rêve d’être écrivain depuis que je suis toute petite. Evidemment je suis une grande lectrice, même si j’avoue faire parfois preuve d’inconstance – et être assez monomaniaque (si je tombe amoureuse du style d’un auteur, je lis tout ce qu’il a écrit avec un appétit jamais rassasié). Globalement, je lis tout le temps, et n’importe quel type d’écrit. Ce peut être un roman mais aussi un essai, une lettre, un poème, le texte d’une chanson, tout ce qui peut faire écho à ce qui me tourmente, me bouleverse, tout ce qui me donne à réfléchir, à élargir le champ des possibles, à me faire aller plus loin et plus haut. Mais c’est la rencontre avec le slam qui a vraiment changé le cours des choses pour moi. Lorsque je suis montée sur scène pour la première fois, que j’ai vu l’effet que ma voix et mes mots avaient sur le « public », j’ai su que j’y consacrerais probablement une grande partie de ma vie. C’est aussi forte de cette confiance, de cette certitude (forcément emprunte de doutes, n’exagérons rien) que je me suis lancée dans l’écriture d’un roman ».

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 Est-ce un besoin pour vous d’écrire ?

« Je dirais qu’écrire m’est vital. J’écris de la prose mais aussi des poèmes, des chansons… et ce presque tous les jours de l’année (y compris quand je n’écris pas, que je ne suis pas concrètement en train d’écrire). Écrire me permet de faire du tri, de transcender, de structurer ma pensée. Cela m’aide aussi à matérialiser, à concrétiser des choses assez inconscientes, finalement : ce que j’absorbe au quotidien en termes d’émotions, de sentiments, tout ce que je vois, observe, vis au contact des autres – de près ou de loin. Je suis très connectée à mon environnement ».

Vous avez sorti il y a quelques mois aux Editions du 38 un premier roman, Un foyer. Vous y évoquez la vie d’un foyer pour jeunes en souffrance à Paris. Pourquoi ce thème qui n’a pas, si souvent, inspiré les auteurs ?

« Je crois que chaque auteur trouve son inspiration dans ce qui le remue, ce qui l’intéresse. Chaque auteur puise dans son quotidien de quoi façonner ses personnages et construire son histoire. Il se trouve que moi, pour des raisons conscientes et d’autres que je ne m’explique pas, je suis particulièrement sensible aux thèmes de l’exil, du social, des difficultés, de la mixité – pour ne citer qu’eux. J’ai toujours eu à cœur, y compris lorsque je slamais, de parler au nom des anonymes, de ceux qu’on n’entend pas… comme une soif de justice, comme une réparation de l’Autre, comme un témoignage de mon profond respect pour ceux qui souffrent injustement, qui se battent, qui sont des héros invisibles. Je crois que j’ai besoin de créer des ponts entre les cultures, les univers, les gens. Ma façon à moi d’œuvrer, à ma petite échelle, pour la paix ».

 Les personnages de ce roman, les situations, sont criantes de vérité. Est ce parce que vous vous êtes inspirée de situations vraies ou de personnes qui existent réellement ?

« Bien évidemment! Mais je suis très sereine car je n’ai trahi personne, chacun de mes personnages est un grand mélange de tout un tas de gens avec qui j’ai pu travailler, échanger, tisser du lien, ou que j’ai pu croiser, aider, aimer d’une façon ou d’une autre. Et si je peux me permettre, Pascaline, je suis très honorée que vous me disiez cela, car c’était vraiment mon principal objectif dans ce travail d’écriture : je voulais absolument respecter les voix de mes personnages, me faire toute petite, les laisser s’exprimer, eux, sans caricature ni pathos ».

 Il y a aussi beaucoup de sensibilité dans votre roman, beaucoup d’humanité. On sent que vous aimez les gens, n’est ce pas ?

« Je les aime profondément – mais à ma façon (je me protège beaucoup) et pas tous, bien évidemment. Disons que, naturellement, j’aime l’Homme, et j’ai tendance à penser qu’il est bon par essence. J’ai le réflexe quasi permanent d’imaginer l’enfant caché derrière le masque de l’adulte et je crois être douée d’une sensibilité, d’une tolérance gigantesque. En revanche, j’ai une véritable aversion pour la lâcheté et l’injustice. Résumer quelqu’un à des supposées origines, à un accent, à son sexe, à un handicap, à une maladie, à sa condition sociale par exemple, me met véritablement en colère et me heurte, sincèrement, au plus profond de moi. Je ne supporte pas que l’on rabaisse, diminue l’Autre sous prétexte que dans un contexte particulier, dans une situation particulière, cet Autre soit en position de fragilité. Et ce sont ces Autres, justement, que j’essaie de mettre en lumière dans ce que j’écris. J’essaie de témoigner de toute la puissance, de toute la richesse que j’observe, loin, très loin des clichés et les apriori ».

Vous avez réussi à trouver une maison d’édition pour vous faire publier. Etait-ce votre première tentative ? Est ce que le chemin vers la publication a été un chemin de croix comme on l’entend beaucoup de la part d’auteur en quête d’un éditeur ?

« Sauf exception, le chemin vers la publication est difficile et jalonné d’obstacles. Il faut s’accrocher. C’est beaucoup de travail tout court, mais aussi beaucoup de travail sur soi : y croire coûte que coûte et se dire que cela finira par « marcher ». Pour ce qui est de « mon » Foyer, il avait été dans les finalistes d’un concours de premier roman, il avait été lu par des amis connaisseurs qui lui reconnaissaient un style, de l’intérêt, mais je ne trouvais pas d’éditeur. De fait, je l’avais mis en vente sur Amazon, en format Kindle, dans l’espoir qu’il séduise une maison d’édition. J’avais aussi très à cœur de travailler mon texte avec un éditeur, je savais que mon manuscrit avait des défauts et que je n’avais plus le recul nécessaire. Je pense qu’il faut intégrer l’idée que, comme dans la musique et dans un tas d’autres domaines, l’objet artistique puisse sortir de la sphère intime et très personnelle pour tendre vers le travail d’équipe, une réflexion à plusieurs, des sensibilités qui se parlent. Lorsque Stéphanie Pèlerin (auteure du roman à succès (Presque) jeune, (presque jolie) et (de nouveau) célibataire paru aux éditions Mazarine, ndlr), à qui j’avais envoyé un message, m’a répondu qu’elle avait aimé le texte, qu’elle avait des pistes à me proposer, qu’elle aimerait travailler avec moi pour une publication, j’ai été heureuse, impatiente et honorée. Nous avons formé une belle équipe et, grâce à notre envie, notre motivation, notre entente, notre écoute et notre respect, nous en avons fait, je crois, un livre plein de tendresse et d’humanité – ce qui était mon désir le plus cher ».

Quels conseils pourriez-vous donner à des lecteurs qui auraient des manuscrits au fond d’un tiroir qu’ils n’oseraient pas proposer à une maison d’édition ?

« Je crois qu’il faut se poser les bonnes questions : Pourquoi ai-je écrit ce livre? Ai-je tant envie qu’il soit lu de tous? Quelles en seraient les conséquences? Ce texte peut-il être utile à quelqu’un? Est-ce qu’écrire m’est vital, indispensable, à tel point que je veuille, d’une manière ou d’une autre, en faire mon métier (du moins une activité très prenante, croyez-moi). Si ce texte est utile, s’il peut changer quelque chose (même si c’est chez une petite poignée de lecteurs), si je l’assume, si je suis capable d’entendre des critiques, de les recevoir et de les prendre en compte (n’est pas Balzac qui veut!), si je ne peux pas concevoir que mes histoires ne soient pas lues et partagées, si quand j’écris je pense au lecteur, si mon rêve est d’être écrivain, si quand je n’écris pas je suis malheureux, alors je dirais… qu’il faut ABSOLUMENT prendre son manuscrit à deux mains et « arroser » les maisons d’édition jusqu’au jour où! En tout cas il ne faut jamais, jamais, jamais renoncer à ses rêves. Ceux qui ont réussi n’ont jamais abandonné… »

 Suite à la parution de votre roman, avez-vous participez à des séances de dédicaces ? Etes-vous allée à la rencontre de vos lecteurs ? Si oui, que vous ont apporté ces rencontres ?

« Je dois avouer que je suis une piètre démarcheuse et que je manque de temps. J’aurais dû aller voir les libraires, organiser des dédicaces, mais, pour des raisons que je comprends (et d’autres que j’ignore), je ne l’ai pas fait. En revanche j’ai des projets pour ce livre, plus pérennes (dont je vous parlerai si cela porte ses fruits), car j’ai vraiment à cœur d’aller à la rencontre de mes lecteurs, mais, en les accompagnant, en ayant du temps, en établissant des projets et des ponts. Déformation professionnelle oblige (je suis aussi formatrice), j’ai, je crois, besoin d’ancrer les choses dans le temps, mais aussi d’aller toujours plus loin, plus haut, plus fort (… déformation personnelle… ).

 Et pour terminer, pourriez-vous nous dire si vous avez de nouveaux projets d’écriture ?

« Plein, chère Pascaline, plein… Mon deuxième roman, « Ton héritage », sortira à l’automne 2017 chez les Editions du 38. Je suis actuellement sur un troisième texte. Je travaille avec des chanteurs. J’ai bien envie de me remettre au slam… Bref mon ordinateur est dans un bazar monstrueux, il est rempli de musiques, de poèmes, de livres, de slams… Ça déborde de partout ! »

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Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Un foyer

J’ai commencé la lecture de Un foyer de Julie Lamiré, court roman paru aux Editions du 38 sans aucun a-priori positif ou négatif. Ce roman n’était pas un choix, il m’avait été offert. J’étais donc simplement curieuse de découvrir une plume inconnue.

Un foyerL’histoire s’ouvre sur Sarah, quadragénaire parisienne qui vit seule avec sa fille adolescente. Sarah est heureuse : Elle vient de décrocher un poste d’éducatrice dans un foyer qui accueille des adolescents au parcours chaotique : Enlevés à leur famille pour délaissement ou mauvais traitement, mineurs isolés sans papier… Persuadée que l’histoire tournerait autour de Sarah et de sa fille, j’ai été d’autant plus étonnée de me rendre compte au bout de quelques pages que le véritable héros du roman était tout simplement le foyer et toutes ses composantes : Les jeunes accueillis, bien-sûr, mais aussi leurs familles, les éducateurs et une foule de personnages secondaires non moins intéressants.

Au fil des pages, j’ai été conquise par cette histoire pleine d’humanité et de tendresse. J’ai été touchée par la souffrance de Kevin et de Rayan, et celle de leurs parents, dépassés par leurs démons et leur propre souffrance. J’ai été touchée par Ibrahima et Mamadou, arrivés sans papier du Mali, confrontés à une vie occidentale qui les déstabilise, confrontés à une réalité bien loin du rêve qu’on leur avait vendu et qui trouve en l’Islam leur seul réconfort, comme un ultime lien avec leurs racines. J’ai été touchée aussi par Fatoumata, jeune éducatrice qui met la rage de ses vingt ans au service des plus démunis, des plus faibles, qui se bat pour eux avec une sorte d’énergie du désespoir. Finalement, j’ai eu du mal à lâcher ce livre tant j’avais envie de savoir ce qui allait arriver à ces héros ordinaires que j’aurais aimé pouvoir protéger et accompagner moi aussi.

Julie Lamiré, qui signe ici son premier roman, a un indéniable talent d’écriture. J’ai particulièrement apprécié les dialogues qui sonnent vrais et apportent une touche supplémentaire de crédibilité à des personnages fort bien campés. Pas de temps mort, pas de longueur dans cette histoire, un suspens et une tension très bien orchestrés également . Et de l’humanité, tellement d’humanité ! Bref, une plume belle et sensible que j’aurais plaisir à retrouver…