Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

Ragdoll

J’avais énormément entendu parler de ce thriller britannique sorti il y a quelques mois (collection La Bête Noire chez Robert Laffont, traduction française de Natalie Beunat). Ragdoll, premier roman de Daniel Cole, trentenaire, ancien ambulancier et résident à Bournemouth, était, de l’avis général : « Un coup d’essai, coup de maître, un thriller à couper le souffle, dans la même veine que Seven ». D’un roman précédé d’autant de louanges, j’attendais donc beaucoup. Trop, peut-être ? Parce que si j’ai aimé Ragdoll, il n’est pas non plus le coup de cœur que j’attendais.

Je vous en livre ici le résumé : Il y a quelques années, Naguib Khalid, tueur en série plus connu sous le surnom du « tueur crématiste » a tué et brûlé 27 enfants en 27 jours. Toutefois, lors de son procès très médiatique, son avocat arrive à insuffler le doute dans l’esprit des jurés. Malgré une enquête irréprochable et de nombreux faits concordants, Naguib Khalid n’a, en effet, jamais avoué. Jugé non coupable, Naguib Khalid est libéré. Quelques temps plus tard, il est pris en flagrant délit alors qu’il commet son 28ème crime…

Quelques années plus tard, l’inspecteur William Oliver Layton-Fawkes, plus connu sous l’acronyme de « Wolf », qui a concouru à faire tomber Naguib Khalid, est appelé sur les lieux d’un crime particulièrement odieux : La victime est, en fait, reconstituée à partir des morceaux de corps de six personnes. Les enquêteurs, qui s’aperçoivent très vite que sa tête est celle de Naguib Khalid, la surnomme « Ragdoll », « poupée de chiffon » en anglais. Dans le même temps, le mystérieux assassin dresse une liste de six prochaines victimes, avec la date de leur exécution. La sixième personne est l’inspecteur Wolf.

Pourquoi ai-je été déçue ? Pas par l’écriture, en tout cas. La traduction est parfaite et le livre se lit tout seul. Pas par le suspens, non plus : L’auteur excelle à faire monter la tension et à distiller, au compte-goutte, des indices. Sacrée trouvaille que ce décompte vers la mort de six personnes, dont on se demande à chaque fois si elles vont pouvoir être sauvées ou non et comment le tueur va s’y prendre pour les exécuter. Pas à cause du côté « gore » non plus. Daniel Cole n’est pas Franck Thilliez. Il ne s’amuse pas à décrire en long, en large et en travers les scènes de crime avec force détails glauques. Non, ce qui m’a déçue, c’est le dénouement. A mi-parcours du roman, j’avais deviné qui était aux manettes, par déduction, après avoir testé et recalé d’autres suspects. En revanche, je n’arrivais pas à comprendre comment « mon » tueur présumé s’y prenait pour tirer les ficelles. La réponse apportée par l’auteur quelques pages avant la fin ne m’a pas convaincue. J’ai trouvé cela un peu trop invraisemblable, comme si l’auteur, qui maîtrise pourtant parfaitement son scénario, avait voulu trop en faire pour son final. Pour résumé : C’est une lecture qui m’a passionnée pendant les 3/4 du roman et qui m’a laissée sur ma faim pendant le dernier quart. Dommage. Vraiment dommage.

 

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Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

D’après une histoire vraie

Sorti en 2015 chez Jean-Claude Lattès (mais désormais disponible en format poche), D’après une histoire vraie a valu à son auteure, Delphine de Vigan, le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens. Je connaissais Delphine de Vigan comme une auteure à succès « à la mode » mais je n’avais encore rien lu d’elle, peut-être parce que je la trouvais un peu trop à la mode, justement. Argumentation un peu courte, j’en conviens, et parfaitement injustifiée. Le premier roman que je lis de cette auteure  m’a, en effet, proprement happée. Je dirais même plus (comme dirait l’autre), D’après une histoire vraie est sans doute le thriller qui m’a le plus déstabilisée, interrogée et émue aussi, depuis très longtemps. Même une fois le livre refermé, j’ai continué d’y penser, de m’interroger encore et encore. Avec en fond : Où est la vérité ? Où est la fiction ? Qui a menti ? Qui a dit vrai ? Et finalement, qui a écrit ce livre ?

D’après une histoire vrai met en scène Delphine, auteure à succès d’une quarantaine d’années, qui vient de connaître un nouveau succès avec son dernier roman, très largement autobiographique. Toute ressemblance avec Delphine de Vigan n’est pas du tout fortuite. Et c’est cela qui trouble le lecteur dès les premières pages : Est-on en train de lire une histoire qui est réellement arrivée à Delphine de Vigan ? Alors que Delphine réfléchit à l’écriture d’un nouveau roman, elle rencontre L. lors d’une soirée chez des amis. Charmée par le charisme de cette jeune femme, par son assurance, son allure,  Delphine ne voit pas combien elle s’immisce petit à petit dans sa vie. Insidieusement. Jusqu’à la contrôler complètement. Jusqu’à faire de Delphine sa marionnette… Et jusqu’où encore ?

L’histoire commence gentiment et puis, une mécanique, redoutable, se met en place. Qui est vraiment Delphine ? Qui est L., à la fois si présente et si fictive ? Le lecteur, impuissant, n’a pas d’autre choix que de se laisser embarquer sans vraiment savoir où cela va le mener. Et quand, à une cinquantaine de pages de la fin, il pense être arrivé au dénouement (qui, pour ma part, m’avait un peu déçue, sur le mode « tout ça, pour ça »), il s’aperçoit très vite que ce dénouement n’est qu’un leurre, une étape supplémentaire pour lui faire perdre ses dernières certitudes… Et là, on est vraiment obligé de se dire que Delphine de Vigan a du talent. Beaucoup de talent.

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La fille du train

la-fille-du-trainEvidemment, en vous parlant aujourd’hui seulement de La fille du train de la Britannique Paula Hawkins (paru aux Editions Sonatine et désormais disponible en format poche), je ne fais pas tellement preuve d’avant-gardisme… Ce thriller s’est déjà vendu à 2 ou 3 millions d’exemplaires dans le monde et il a été adapté au cinéma par Hollywood sous le même titre (sortie en octobre 2016). Mais voilà. J’étais complètement passée à côté de ce phénomène d’édition. Il aura fallu une critique élogieuse de « Télérama » sur la page de garde de l’édition poche pour que je sois tentée de le lire. Non pas que je prenne pour argent comptant les critiques des gens de Télérama (leur côté intello-élitiste-parisiano-gauchiste m’agace parfois) mais, là, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie de leur faire confiance. Et j’ai bien fait !

La fille du train ne se lit pas. Il se dévore. C’est un thriller psychologique au suspens haletant, subtilement amené, qui multiplie les fausses pistes, sans temps mort. J’ai tout aimé dans ce roman : La façon dont l’auteur fait se croiser trois destins de femmes, qui, tour à tour, deviennent les narratrices. L’écriture de Paula Hawkins, son regard sur les personnalités « borderline », sur l’alcoolisme, sur le désir d’enfant inassouvi dont elle dépeint les effets dévastateurs avec un grand réalisme. Tout sonne juste dans ce polar, qui démarre très gentiment, pour se terminer dans une ambiance glaçante, après avoir gravi tous les échelons de l’angoisse jusqu’à la paranoïa.

En voici l’histoire : Rachel, banlieusarde d’une trentaine d’années, divorcée, sans enfant, vit en colocation avec une amie. Alcoolique, chômeuse, elle continue de prendre le train pour Londres chaque matin et chaque soir. Pour ne pas avouer qu’elle a perdu son emploi parce qu’elle est arrivée ivre à une réunion de travail. Pour passer le temps et oublier sa vie pas très folichonne, Rachel a pris l’habitude d’observer, chaque jour, les habitants d’une maison dont le jardin longe la voie ferrée, au moment où son train ralentit pour respecter un feu de signalisation. C’est un jeune couple qui ressemble au couple qu’elle a formé avec son ex-mari, un jeune couple qu’elle espère parfait et dont elle s’approprie la vie à travers ses apparitions furtives dans le jardin ou sur le balcon de la maison. Elle leur a même trouvé des noms : Jess et Jason. Un jour, Rachel est stupéfaite. Elle découvre, dans le jardin, Jess en train d’embrasser un homme qui n’est manifestement pas Jason. Tous les rêves de perfection de Rachel s’effondrent. Mais celle-ci n’est pas au bout de ses surprises : Le surlendemain, en lisant le journal, elle reconnaît, sur une pleine page, la photo de Jess, qui s’appelle en réalité Megan : Celle-ci a disparu depuis deux jours. Rachel est bien décidé à éclaircir l’affaire. Quitte à exhumer des secrets de famille inavouables…

Prêt à vous lancer dans la lecture d’un roman que vous ne pourrez plus lâcher ? Alors, précipitez-vous sur La fille du train !

 

 

 

 

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Jean-Michel Leboulanger, une vie entre Bretagne et Japon

Ecouter Jean-Michel Leboulanger, c’est écouter un homme profondément passionné : Passionné par ses livres, passionné par le parcours littéraire qui l’a mené jusqu’à la publication d’un premier manuscrit par une maison d’édition reconnue, passionné par la culture nippone qu’il connaît sur le bout des doigts et enfin passionné par les rencontres qu’il fait avec ses lecteurs et les amitiés qu’il noue. Bref, écouter Jean-Michel Leboulanger, c’est assez… passionnant ! Je vous livre ici une partie de notre heure et demi de conversation à bâtons rompus, en espérant que vous la trouverait, comment dire ?… passionnante ?

  • Bonjour Jean-Michel Leboulanger et un grand merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Si vous commenciez par vous présenter aux lecteurs du blog ?

« Alors, pour faire court, sinon, on va y passer des heures…  Je suis né à Saint-Malo, d’un père breton et d’une mère normande. On ne peut pas faire pire mélange ! (Rires). Je travaille dans la formation professionnelle après avoir longtemps été responsable logistique dans le secteur automobile. Signe particulier : A 50 ans, j’ai tout envoyé valser ! »

jm-leboulanger

  • Ah ? Et comment cela s’est-il traduit ?

« Par un changement de vie radical et surtout, surtout, par la réalisation d’un rêve que je caressais depuis longtemps : Partir seul au Japon, un pays qui me fascinait depuis l’adolescence et que j’avais découvert grâce à certains de ses écrivains, Yukio Mishima, en particulier. Cette passion m’avait même amené à devenir collectionneur de bonsaïs et de petites sculptures traditionnelles japonaises en ivoire. Bref. Je suis parti, seul, pendant un mois et cela a été comme une révélation. Ce pays, c’était le mien ! Depuis, j’y retourne très régulièrement pour des séjours de quelques semaines et à chaque fois que j’y reviens, c’est comme si j’étais parti de la veille, comme si un fil invisible me reliait à ce pays ».

  • On comprends d’autant mieux qu’un de vos romans Un kimono pour linceul se passe au Japon, pays que vous décrivez d’ailleurs avec une très grande précision, ce qui donne vraiment l’impression au lecteur d’y être. En lisant vos mots, votre passion pour ce pays ressort à chaque page.

« Oui, j’ai commencé ce roman après mon premier voyage au Japon en 2009. J’ai mis quatre ans à l’écrire. Entre temps, j’en ai même écrit un autre, Salverney. J’avais besoin de parler du Japon, de décrire ce pays, de parler de sa culture qui me fascine, de ses traditions. J’ai choisi de le faire par le biais d’un thriller, genre qui, de mon point de vue, permet d’aborder le mieux tous les sujets de société. Mais je voulais aussi y associer une belle histoire d’amour qui traduirait mon amour pour ce pays et ses habitants. Voilà comment est né Un kimono pour linceul dont l’histoire se passe dans le milieu des Yakusa, la mafia japonaise, dont la violence et la cruauté feraient passer les membres de la Camorra milanaise pour des enfants de cœur ! C’était aussi une volonté de ma part de parler de cette organisation criminelle pour mieux en dénoncer les pratiques ».

  • Votre roman Un kimono pour linceul est-il votre première incursion dans la littérature ?

« Oh que non ! Je pense que j’écris depuis l’âge de 10 ou 11 ans. Je dois avouer que beaucoup de ma production de l’époque n’a jamais abouti. (Rires). Vers 25 ans, j’ai terminé un premier roman . Ce roman est resté dans un tiroir et il n’en sortira pas parce qu’en toute franchise, il était vraiment mauvais. Vers 2003-2004, soit bien plus tard, je me suis remis à l’écriture par le biais de mon blog où je publiais des petits feuilletons. A ma grande surprise, j’ai eu assez vite un bon noyau de lecteurs. Le jour où mes petits feuilletons sont devenu un roman, où il était d’ailleurs beaucoup question de moi -Je pense que la plupart des gens qui écrivent commencent d’abord par parler d’eux- le jour, donc, où ce roman a été terminé, je l’ai autoédité. Chambre avec vue a eu son petit succès dans mon réseau et même au delà. J’ai donc poursuivi avec Six jours à Beyrouth, autoédité également, qui, là encore, a plutôt bien marché. Ce qui m’a donné envie de le proposer à des maisons d’édition. Mais aucune ne l’a accepté ».

  • Vous continuez à écrire malgré tout ? Pas de découragement ?

« Oui, j’ai continué à écrire, parce que c’est une passion. Et puis, tout compte fait, je me sentais bien dans l’autoédition. J’avais mon petit réseau de lecteurs, ce n’était pas désagréable. J’ai donc autoédité Les Aigles de Vienne, un thriller sur fond de chasse au nazisme. Avec du recul, je pense que ce roman n’était peut-être pas assez abouti, puis j’ai continué avec Entre les pages, sans doute le roman que je préfère avec Un kimono pour linceul. Plutôt satisfait de cette production, j’ai envoyé le manuscrit dans plusieurs maisons d’édition parisiennes. Mais je n’ai reçu que des réponses négatives, toutefois avec des avis détaillés et argumentés encourageants qui m’ont convaincu que je n’étais pas loin du but, qu’il ne me restait plus qu’une marche à gravir pour espérer convaincre un éditeur. Mais que cette marche était haute ».

  • Donc, lorsqu’ensuite vous écrivez Un Kimono pour linceul, vous n’êtes plus un auteur néophyte ?

« Non, en effet ! Je commence Un kimono pour linceul, puis, j’arrête, trop marqué par un évènement personnel. Je commence alors Salverney, dont l’intrigue se passe dans les îles anglo-normandes. Puis, je termine Un kimono pour linceul. Je sens qu’avec ces deux livres, mon écriture a encore progressé. Par le biais d’un ami écrivain, j’entends justement parler des Editions du 38, une maison d’édition toulousaine. Sans y croire vraiment, je leur envoie le manuscrit de Salverney. Deux jours après, on m’appelle, enthousiaste, pour me dire que le manuscrit est accepté et pour me demander si je n’en ai pas un autre sous le coude. Je propose donc Un kimono pour linceul. Deux jours se passent encore et on m’annonce que ce manuscrit est aussi accepté. J’étais vraiment comme sur un nuage, je n’en revenais pas. Moi qui galérais depuis dix ans pour me faire publier, voilà qu’en quatre jours, deux de mes manuscrits étaient acceptés. Je dois vous avouer que le choc a été un peu violent. Bon, depuis, je m’en suis remis ! (Rires). Un kimono pour linceul est sorti en janvier 2016 et Salverney, tout récemment, en septembre ».   

  • Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages, qui se passent dans des endroits et des circonstances complètement différents. Où trouvez-vous votre inspiration ?

« J’ai toujours du mal à répondre à cette question parce que j’ai l’impression que lorsque que je commence un récit, tout est déjà écrit, comme s’il me fallait juste tirer le fil d’une pelote de laine. Ce fil, c’est le début du roman. Très vite, ensuite, j’imagine la fin. Et puis, la pelote se dévide, mes personnages -que j’ai besoin d’imagier physiquement et qui ne me ressemblent pas forcément- vivent leur vie, me font parfois prendre des routes auxquelles je n’avais pas du tout pensé, disent des choses qui peuvent me surprendre. Et puis, finalement, la fin que j’avais imaginée, est tout autre. L’inspiration n’est jamais figée. Tout peut arriver tant que le point final n’est pas posé ».

  • Votre rapport à vos lecteurs : Vous aimez aller à leur rencontre, discuter, partager avec eux ?  

« Echanger avec mes lecteurs est vraiment quelque chose que j’apprécie, qui me fait du bien. C’est souvent très enrichissant, et puis c’est plutôt flatteur de parler avec des gens qui aiment ce que vous faites. Au fil des rencontres, certains d’entre eux sont même devenus des amis. J’avais un peu arrêté les dédicaces parce que, il ne faut pas se le cacher, ça prend du temps et ce n’est pas toujours très marrant quand personne ne vient vous voir. Et puis, récemment, j’ai eu l’occasion de dédicacer au Cultura de Rennes. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup apprécié. J’ai fait de belles rencontres, j’ai eu de beaux échanges qui n’ont pas tous débouché sur une signature, mais là n’est pas l’essentiel. Cela m’a vraiment redonné le goût des dédicaces ».

  • Pour conclure, si nous parlions de vos projets ?

« Mes projets ? Eh bien, je suis actuellement en pleine rédaction d’un roman dont l’intrigue se passe en Corée du Nord. Sans trop dévoiler l’intrigue, disons que mon héros va trouver un moyen vraiment très original pour sortir de ce pays. Je n’en dis pas plus. J’ai en projet également de m’essayer à l’écriture d’un polar. Ce sont là des projets à moyen terme. Sinon, il y a de bonnes chances pour que Entre les pages, le roman que j’ai autopublié il y a quelques années sortent en 2017 aux Editions du 38″.

Vous souhaitez lire ou relire la chronique que le blog a consacré à Salverney ? C’est par ici

Vous souhaitez lire ou relire la chronique que le blog a consacré à Un kimono pour linceul ? C’est par

 

 

 

 

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Salverney

Je viens de terminer Salverney, un thriller paru aux Editions du 38, écrit par le talentueux Breton Jean-Michel Leboulanger. Cet écrivain-voyageur m’avait déjà séduite avec son premier opus Un kimono pour linceul (chronique à retrouver ici). J’ai encore plus aimé cette deuxième production. Non pas qu’elle soit plus aboutie ou mieux écrite, non. C’est juste que le premier se passait dans un pays lointain que je connais peu, pour ne pas dire pas du tout, alors que l’action de Salverney se situe dans les îles Anglo-Normandes. Or, j’ai une tendresse particulière pour l’Angleterre, un pays situé juste en face de chez moi où je me suis déjà rendue à de très nombreuses reprises. J’ai aimé retrouver dans Salverney l’atmosphère typiquement britannique et parfaitement bien rendue -parce que Jean-Michel Lesalverneyboulanger est très fort dans ses descriptions de paysages et d’atmosphère. Tout cela est très subjectif, j’en conviens…

Donc, Salverney. Salverney est une minuscule île anglo-normande perdue entre Guernesey et Jersey que l’auteur a créée de toutes pièces pour les besoins de son thriller et « pour ménager les susceptibilités » écrit-il en préambule. Cette petite île de deux kilomètres de long sur autant de large vit tranquillement avec ses quelques dizaines d’habitants, son pub, son magasin et son hôtel d’à peine quelques chambres. La vie y est simple : A Salverney, on est, soit pêcheur soit producteur de légumes primeurs, écoulés chaque semaine à Jersey. Tout le monde se connaît, bien-sûr, et les touristes sont peu nombreux. Alors quand Ian Debaeker, un photographe français, débarque pour quelques semaines pour -officiellement- faire un reportage photos de l’île, on le regarde d’un œil dubitatif. Pour ne pas dire méfiant. Surtout que son arrivée provoque une succession d’évènements bizarres comme Salverney n’en a jamais connu, avec un taux de mortalité qui s’envole soudainement. Mais qu’est donc venu chercher Ian Debaeker à Salverney ? Quel mystérieux dessein poursuit-il ?

Je préviens les lecteurs de ce billet : Une fois que vous aurez en mains Salverney, vous aurez du mal à le lâcher. L’histoire se met en place « gentiment », on se laisse emporter par les descriptions de l’auteur, sans trop savoir où il nous emmène sur cette île perdue mais cette promenade est très agréable et vaut le détour. Et puis, le suspens se met en place. La construction est parfaitement bien huilée, avec des personnages qui cachent, tous ou presque, une faille. Réussir à démêler l’écheveau se révèle très vite impossible, d’autant que l’auteur maîtrise parfaitement l’art des retournements de situation et des surprises, qui mettent par terre les hypothèses que les lecteurs n’auront pas manqué d’échafauder. Bref, un thriller haletant qui ne tombe jamais dans le gore ou la violence gratuite, à dévorer sans tarder !

 

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Un kimono pour linceul

un kimono pour linceul

Avec Un kimono pour linceul Jean-Michel Leboulanger signe aux éditions du 38 un excellent thriller dont j’ai achevé la lecture hier soir. (Vous en déduirez donc avec raison que je ne faisais pas partie des 20,8 millions de téléspectateurs qui ont regardé la finale de l’Euro 2016). Mais avant d’être un thriller Un kimono pour linceul est d’abord un formidable voyage dans un pays que je connaissais peu, le Japon. Jean-Michel Leboulanger connaît ce pays sur le bout des doigts, cela se sent, et c’est vraiment un plaisir que de se laisser entraîner à sa suite. On ne lit pas un livre qui se passe au Japon. Non. On est au Japon. On se promène dans ses villes, on vit ses coutumes et traditions, on rencontre ses habitants, on découvre ses campagnes. Cette impression « d’y être » est d’autant plus forte que l’auteur glisse de temps à autre dans son récit des mots et des phrases en japonais. Rien que pour cette belle rencontre avec le Japon, ce livre vaut le coup d’être lu.

Pour ne rien gâter, ce thriller est également parfaitement bien mené d’une jolie plume efficace. Il commence avec Gutxi, dont le père était un terroriste très actif de l’ETA. Gutxi est un homme d’une cinquantaine d’années que la prison puis l’exil en Argentine ont vieilli prématurément. Quand on fait sa connaissance, Gutxi vient d’apprendre qu’une maladie orpheline rare le condamne à brève échéance. Gutxi veut mourir au Japon, un pays qu’il connaît bien pour avoir fricoté avec les terribles « Yakusa », les mafieux locaux, du temps où il achetait des armes pour le compte de son père et de l’ETA. Et pour y avoir rencontré Tamaé, la seule femme qu’il ait aimé. Hélas pour lui, les Yakusa ont décidé qu’ils ne le laisseraient pas mourir tranquille. Trop de non-dit, trop de secrets, trop de terrifiants trafics sont en jeu. Hélas pour les Yakusa, Gutxi est un basque coriace. Et en plus, il ne renonce jamais.

Dès les premières pages, on n’a plus envie de lâcher le livre. Jean-Michel Leboulanger s’y entend très bien en matière de suspens et de rebondissements, sans oublier d’y adjoindre un pincée de surnaturel, dont finalement, on se demande si ce n’était pas la réalité. Bref, l’auteur balade son lecteur avec talent. On en redemande ! Avertissement quand-même : Si Jean-Michel Leboulanger décrit magnifiquement le Japon, il est aussi talentueux dans la description minutieuse de certaines scènes de violence extrême. J’avoue avoir eu du mal à aller au bout de certaines d’entre elles. Je préfère en avertir les lecteurs un peu trop sensibles (j’en fais partie…).