Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Conversations privées avec le président

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Il ne s’agit pas ici, évidemment, d’écrire un texte « pour ou contre » François Hollande. Il s’agit simplement de chroniquer un livre Conversations privées avec le président, paru chez Albin Michel, qui retranscrit une trentaine d’entretiens que François Hollande a eue avec les journalistes politiques Antonin André et Karim Rissouli entre février 2012 et mai 2016. C’est un livre qui m’a, personnellement, passionnée. D’abord, parce qu’il est très bien construit. Chaque conversation aborde un thème, pas forcément de façon chronologique d’ailleurs : L’arrivée d’Emmanuel Macron au gouvernement, les rivalités entre ministres, les relations avec les autres « grands » de ce monde, les attentats, la campagne de 2012, la candidature en 2017, les relations avec Nicolas Sarkozy, la rupture avec Valérie Trierweiler, la loi Travail, le pacte de responsabilité, l’affaire Cahuzac… Les journalistes rappellent, dans un premier temps, le contexte de l’époque, critiquent parfois les choix qui ont été faits et font témoigner des personnalités politiques ou des proches du président. Puis, François Hollande s’exprime sous forme de verbatim d’une ou plusieurs pages, sans que les journalistes n’interviennent ou ne commentent, pour expliquer son ressenti, le contexte, ses regrets ou au contraire, sa conviction d’avoir fait les bons choix.

Ce qui m’a, d’emblée, frappée à la lecture de ce livre, c’est la franchise qui transparaît : François Hollande dit les choses, reconnaît ses erreurs, admet qu’il n’avait sans doute pas pris la mesure de la crise que traversait la France, qu’il n’était peut-être pas assez préparé à endosser le costume de Président de la République. « C’est dur, bien sûr que c’est dur. C’est beaucoup plus dur que ce que j’avais imaginé« , avoue-t-il d’ailleurs en préambule. Mais François Hollande va plus loin encore dans la franchise : Il n’hésite pas, par exemple, à critiquer le manque de réactivité d’un Jean-Marc Ayrault, ou l’agressivité d’un Manuel Valls. Par ailleurs, les personnalités politiques et les proches de François Hollande n’hésitent pas non plus à critiquer l’attitude, les choix ou les manquements d’un président encore en exercice.

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi, ce sont les nombreuses anecdotes qui émaillent le récit. On a vraiment l’impression d’être une petite souris et d’accompagner François Hollande dans sa vie de président : en déplacement au G20, en conseil des ministres, à une réception d’un chef d’Etat, en réunion avec ses conseillers, au téléphone avec Angela Merkel… On se rend mieux compte ainsi de la pression continuelle dont doit s’accommoder tout chef d’Etat, on se rend mieux compte du peu de place qu’est laissée à la vie privée, on se rend mieux compte que ce n’est pas un job si enviable…

Ce que j’ai beaucoup aimé enfin, c’est l’humanité qui transparaît derrière le politique, derrière tous les politiques d’ailleurs. Que l’on soit Président de la République, ministres ou conseillers, le pouvoir ne change rien à notre condition d’hommes et de femmes. Avec nos failles et nos forces, nos qualités et nos défauts. En fait, ce qui m’a le plus plu, je crois, c’est d’apercevoir l’homme derrière le président.

Un témoignage surprenant, déstabilisant parfois, utile et très instructif.

 

 

 

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Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Isabelle Lorédan, attachante auteure franc-comtoise

I. LorédanAu téléphone, c’est une belle voix rauque et assurée qui répond. Isabelle Lorédan, auteure franc-comtoise, a accepté d’ouvrir la rubrique « Une femme et des livres donne la parole ». Sans condition et sans filet. Elle nous parle de ses blessures, de ses livres, de ses projets. Rencontre avec une femme attachante qui vit par et pour les livres.

« Isabelle Lorédan, racontez-nous comment l’écriture est entrée dans votre vie ».

Isabelle Lorédan : « J’ai toujours adoré lire. Les livres font partie de ma vie depuis toute petite. J’ai fait une première tentative d’écriture quand j’avais une vingtaine d’années. Elle s’est arrêtée nette quand ma mère a voulu y mettre son nez : J’ai brûlé toutes les pages que j’avais écrites. Je me suis remise à l’écriture il y a une quinzaine d’années, à l’issue d’une psychothérapie. J’avais besoin de coucher sur le papier mes émotions, mon ressenti. C’était une sorte d’exutoire qui m’a fait énormément avancer. En même temps, j’ai commencé à écrire de courts textes érotiques que j’ai publiés sur des forum sur internet. L’accueil des lecteurs n’a pas été mauvais, bien au contraire. Cela m’a incitée à persévérer vers des textes plus construits et des nouvelles. C’est ainsi que ma première nouvelle a été publiée en 2010 aux Editions Blanches, fondées par Franck Spengler, le fils de l’écrivaine Régine Deforges, au sein d’un ouvrage collectif ».

« Quand vous commencez à écrire, ce sont des textes érotiques. Pourquoi ce choix ? »

Isabelle Lorédan : « Cela part d’abord d’une démarche militante. J’avais envie de casser l’image de la femme qui doit forcément être amoureuse pour pouvoir se donner. Je voulais montrer la femme telle qu’elle est, avec ses désirs, ses fantasmes, ses envies. Certaines de mes héroïnes sont de grandes sentimentales, d’autres non. Elles vivent leur sexualité sans tabou et sont prêtes à toutes les expériences. Et cela ne fait pas d’elles des femmes méprisables. Cela dit, je sais que la littérature érotique est une littérature de niche qui n’a pas vocation à devenir grand public, même après le phénomène d’édition 50 nuances de grey, qui m’a personnellement consternée. Je suis triste que ce livre soit, pour beaucoup de lecteurs, l’unique référence en terme de littérature érotique. C’est en tout cas un genre qui me correspond et dans lequel je suis parfaitement à l’aise ».

« Depuis votre première collaboration avec les Editions Blanches en 2010, vous semblez avoir tracé votre chemin dans le petit monde de la littérature érotique ».

Isabelle Lorédan : « Effectivement ! En 2011 et 2012, mes nouvelles ont été publiées au sein de deux autres ouvrages collectifs, toujours chez Blanche. Parallèlement, j’ai publié des nouvelles aux Editions La Musardine à Paris. Plus récemment, cinq de mes textes sont parus dans la collection e-ros chez Dominique Leroy Edition et j’ai participé à un ouvrage collectif pour la collection Paulette aux Editions du 38. Enfin, j’ai publié un roman mêlant érotisme et fantastique chez HQN, Harlequin. Mon écriture a évolué depuis mes premières publications. On apprend toujours beaucoup en écrivant, en lisant les autres aussi, ce dont je ne me prive pas. Chacun de mes éditeurs m’a appris aussi. Nous ne sommes pas liés par un seul contrat financier. Un éditeur, c’est d’abord quelqu’un qui conseille, qui met ses compétences au service de son auteur. Oui, vraiment, j’ai beaucoup avancé depuis 5 ou 6 ans ».

« Diriez-vous que l’écriture remplit une grande partie de votre vie ? »

Isabelle Lorédan : « Oh oui ! L’écriture, la lecture, ce sont mes deux univers. Ce sont eux qui me donnent le sourire chaque matin. Même mes loisirs sont liés à ces deux passions puisque je suis bénévole à la bibliothèque de ma ville et que j’y anime des cafés littéraires ».

« Parlez-nous de votre actualité ».

Isabelle Lorédan : « En janvier 2015, j’ai publié un récit sous format numérique Les bleus au corps aux éditions Take your chance. Il est désormais disponible en format papier. Ce récit, c’est celui de ma vie d’ancienne femme battue. Ca a duré quatre ans et demi. C’est peu, en soi, mais c’est assez pour détruire une vie. J’ai écrit ce livre parce que, 20 ans après les faits, j’avais pris assez de recul pour pouvoir le faire avec détachement, sans que les émotions prennent le dessus. J’ai écrit ce livre aussi parce que j’entends trop souvent autour de moi les gens prétendre qu’il suffit de s’en aller quand on est maltraité. Comme si les choses étaient aussi simples. Comme si on oubliait l’emprise psychologique. Modestement, j’espère juste que ce livre a aidé des femmes qui vivent ce que j’ai vécu et qu’il a contribué à faire changer le regard que l’on porte sur les femmes battues qui restent encore aujourd’hui de grandes incomprises ».

« Des projets peut-être ? ».

Isabelle Lorédan : « Oui bien-sûr ! J’ai depuis des années un polar érotique en cours d’écriture que je vais bien finir un jour ! Plus sérieusement, je vais sortir prochainement un recueil de contes et légendes de Franche-Comté, qui n’auront rien d’érotiques. Je prépare également avec quatre autres auteurs franc-comtois -Isabelle Brühl-Bastien, Sandrine Décembre, Ghislain Gilberti et Annie Ramos- un recueil de nouvelles qui mêlera des genres littéraires complètement différents ».

Isabelle Lorédan, merci d’avoir accepté d’inaugurer cette rubrique. Si des lecteurs veulent mieux vous connaître, je les invite à se rendre sur votre blog : http://www.isaloredan.wordpress.com

 

 

 

 

 

 

Publié dans Une femme et des livres écrit

Thérèse

Maman 16 ansAujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous un texte que j’ai écrit il y a quelques mois. Il retrace la jeunesse de ma mère, telle qu’elle me l’a de nombreuses fois décrite. Il s’appelle « Thérèse » mais il aurait aussi bien pu s’appeler « Hommage ».

Ca fait deux heures qu’elle attend mais elle s’en fiche. Elle pourrait même attendre deux heures de plus s’il le fallait. Elle est heureuse. Un peu inquiète aussi, un peu angoissée. Mais heureuse comme elle ne l’a sans doute jamais été. Elle est sûre d’un choix qui l’emmène vers l’inconnu. Elle sourit et son sourire est radieux. Aujourd’hui, le 24 février 1968, à 32 ans et demi, elle est libre pour la première fois.

Elle est née dans une famille agricole à quelques kilomètres de Lille. Une soixantaine d’hectares de polycultures, quelques cochons, quelques vaches, des poules, des lapins. Des chats aussi à qui on donne juste assez de lait et de restes pour qu’ils aient encore envie de chasser les souris. Et un chien. Du plus loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours vu un chien sur la cour de cette ferme au carré en briques rouges, dominée par un grand porche, comme on en voit beaucoup dans la région, avec la Deûle qui coule tranquille en contrebas charriant ses péniches alanguies.
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