Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

La fille à la voiture rouge

voiture rougeJe n’irai pas par quatre chemins : Cette fille à la voiture rouge m’a agacée de bout en bout. Je ne parle pas du livre en lui-même, mais bien de l’héroïne de ce roman dont l’auteur, Philippe Vilain, dissèque jusqu’à la lie le sentiment amoureux. Je remercie d’ailleurs l’éditeur, Grasset, qui m’a offert la lecture de ce livre, par le biais du site Netgalley.

Mais, commençons par l’histoire : Un écrivain à succès, dont on peut penser qu’il est Philippe Vilain lui-même, la petite quarantaine, rencontre à la Sorbonne une étudiante en lettres de 20 ans. Elle s’appelle Emma Parker, elle est belle, fille d’un diplomate américain, roule en Porsch rouge et côtoie la jeunesse dorée germanopratine. Avec insolence, avec désinvolture et en petite fille gâtée. D’entrée, l’auteur est subjugué par la jeune femme. Une liaison se noue, passionnée, inattendue qui bouleverse l’auteur. Mais un jour, Emma apprend à son amant qu’elle est condamnée à courte échéance, depuis qu’un accident de voiture dans lequel son fiancé de l’époque est mort, lui a provoqué un hématome non opérable au cerveau. La liaison prend alors une toute autre tournure.

Ce livre me laisse perplexe… Pour tout vous dire, je ne sais pas vraiment où le classer. Certains aspects m’ont déçue ou à tout le moins, ennuyée, d’autres m’ont énormément plu. D’où ce sentiment bizarre, ce goût d’inachevé. Il faudrait que je pense à ouvrir une nouvelle rubrique « Une femme et des livres a moyennement aimé ».

Ce qui aurait dû conduire tout droit ce roman à la rubrique « Une femme et des livres a lu et n’a pas aimé »

  • L’héroïne. J’ai détesté son immaturité, son côté très enfant gâté, son égoïsme, cette façon de se comporter comme si tout lui était dû, son inconstance… Bref, elle m’a énervée de bout en bout et ça fait beaucoup pour un seul livre.
  • Le héros. Lui, c’est plus le côté : « Je me complais dans la souffrance…  » qui m’a été très pénible. Résumons : Je sais qu’elle me fait souffrir mais je reste quand-même, je sais que je devrais partir mais je reste quand-même, nous n’avons plus rien à faire ensemble mais je reste quand-même, elle n’est pas faite pour moi, elle me ment, elle se joue de moi mais je reste quand-même… Bref, je l’aime alors j’attends qu’elle me quitte. Le mode : « Ne me quitte pas » (Jacques Brel), ça va bien un peu. Une moitié de roman -même court- ça commence à être lourd.
  • La lenteur du roman. Avant d’être romancier, Philippe Vilain est essayiste et cela se sent. Plus qu’un roman, on a l’impression de lire un essai sur le sentiment amoureux : Comment il commence, comment il se vit avant de s’enrayer et de se terminer. Du coup, il n’y a pas vraiment d’action. On écoute l’auteur nous raconter une histoire, son histoire. Parfois, cela m’a semblé bien long.
  • Sa vision très méprisante de la province que l’auteur dit malgré tout aimer « parce qu’il est sûr de ne plus jamais y habiter ». Mention spéciale pour sa description de Limoges, assurément nommée dans la catégorie : « ville la plus plouc de l’année ». Je n’y ai personnellement jamais mis les pieds mais je pense que les Limougeauds apprécieront -ou pas.

Ce qui sauve le roman de la rubrique « Une femme et des livres a lu et n’a pas aimé »

  • L’écriture de Philippe Vilain : sensible et émouvante. Ses descriptions des deux personnages, les situations qu’ils vivent qui sonnent tellement justes, sa façon de décrire les sentiments amoureux mais aussi les doutes et les peurs qui assaillent les nouveaux amants.
  • Le dernier chapitre du livre : Il m’a tout simplement bouleversé.
  • Le rebondissement spectaculaire qui intervient à la moitié du roman.

Maintenant, à vous de voir !

 

 

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Jacques et Jacqueline

chirac

On a dû mal à le concevoir aujourd’hui quand on le voit marchant courbé, les yeux dans le vague, avec l’allure d’un vieillard, mais Jacques Chirac aussi a eu 41 ans. Il était alors svelte, racé, et auréolé du prestige de son poste de Premier ministre. Il était surtout amoureux fou. Non pas de Bernadette épousée plus par raison que par conviction, mais de Jacqueline Chabridon, femme de gauche et de paradoxe puisque journaliste politique au Figaro. C’est cette histoire d’amour contrariée et méconnue que Laureline Dupont, journaliste au Point et Pauline Saint-Rémy, journaliste à RTL, raconte dans un livre sobrement intitulé Jacques et Jacqueline, récemment paru chez Robert Laffont.

Si le livre raconte une histoire vraie sur fond de politique, il s’avale comme un roman. Sous la plume des deux auteurs, Jacques et Jacqueline deviennent des héros romanesques d’une histoire qui commence en 1974. Jacqueline Chabridon, journaliste d’une trentaine d’années, est envoyée par sa rédaction suivre les pas du fringant Jacques Chirac en Corrèze afin de rédiger un portrait flatteur. Le portrait ne verra jamais le jour. L’histoire d’amour improbable entre un Premier ministre de droite et une femme viscéralement de gauche (elle est l’intime du couple Mitterrand et a été mariée à Charles Hernu), oui ! Elle va durer 18 mois. 18 mois pendant lesquels Jacques Chirac va prendre tous les risques pour passer le plus de temps possible avec l’élue de son cœur, quittant une réunion à l’improviste, arrivant en retard à une autre, s’éclipsant quelques heures… Mais l’anecdote la plus croustillante savoureusement racontée par les deux journalistes reste sans nul doute celle de Noël 1975. Elle est tout simplement hallucinante, à l’heure où un Président de la République en exercice peut se faire « paparazzer » un casque de scooter sur la tête devant le domicile de sa maîtresse supposée. Noël 1975, donc. Jacques Chirac veut absolument le passer loin de Paris avec Jacqueline. Oui mais comment ? Qu’a cela ne tienne, ses conseillers n’ont qu’à lui concocter un déplacement lointain. Tiens, pourquoi pas en Guyane et dans les Antilles ? Une visite à Kourou, un dépôt de gerbe, quelques bains de foules, des rencontres avec des élus locaux et le tour est joué. Sauf qu’il faut convaincre les rédactions d’envoyer leurs journalistes à la suite de Chirac, Jacqueline ne pouvant pas décemment pas représenter la presse à elle toute seule. Quelques coups de fil plus tard, ils sont une quinzaine à être de la partie, dont le propre mari de Jacqueline, journaliste à TF1 et la belle-mère de Jacques Chirac ! Voyage ubuesque dont les journalistes -sauf le mari cocu- comprennent très vite le véritable but. Au retour, rien de filtrera dans les rédactions. Autre époque, autre mœurs…

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Printemps 1976. Jacques Chirac n’en peut plus de Valéry Giscard d’Estaing. Sûr de son destin d’homme d’Etat, il s’apprête à démissionner pour servir ses propres ambitions. Et vient de promettre le mariage à Jacqueline. Ses conseillers, Marie-France Garaud et Pierre Juillet s’étranglent. Comment ? Il veut l’épouser ? Mais alors, il va divorcer ???? Même après mai 68, même dans une société moins corsetée, le divorce fait encore tâche, ils en sont persuadés. Pour les deux éminences grises, cette histoire a assez duré, Chirac doit se reprendre et quitter Jacqueline. Ce qu’il fera quelque temps plus tard, par téléphone, avec une inélégance qui laisse pantois. Amoureux fou peut-être. Ambitieux, plus encore.

Ostracisée par ses confrères journalistes, lâchée par ses amis de gauche (dont Danielle Mitterrand), anéantie par la fin de son histoire d’amour, Jacqueline Chabridon fera une tentative de suicide quelques mois plus tard. Seul Valéry Giscard d’Estaing viendra prendre de ses nouvelles.