Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le mystère Henri Pick

Je n’en ferai pas mystère plus longtemps : J’ai dévoré Le mystère Henri Pick en quelques jours. Ce roman de David Foenkinos (édition Gallimard) fait d’ores et déjà partie de mes coups de coeur 2018. Il s’en est fallu de peu, pourtant, que je passe à côté de ce livre. A sa sortie, j’avais eu très envie de le lire avant que certaines critiques négatives m’en dissuadent. Fort heureusement, je suis tombée sur ce titre lors de mes déambulations à la médiathèque de ma ville. Et revenant à ma première idée, je l’ai emprunté.

Que nous raconte ce livre ? Jean-Pierre Gourvec, célibataire, amoureux des livres, décide de recueillir dans la bibliothèque qui l’emploie dans une petite bourgade au fin fond du Finistère, les manuscrits refusés par les éditeurs, reprenant là une idée expérimentée aux Etat-Unis. Vingt ans après, Jean-Pierre Gourvec est mort et celle qui lui a succédé a pratiquement oublié cette section particulière où quelques dizaines de manuscrits jamais lus prennent la poussière. Jusqu’au jour où Delphine, éditrice chez Grasset, tombe sur ces fameux manuscrits, au hasard de vacances chez ses parents. Et plus extraordinaire encore, elle y découvre une pépite, écrite par un certain Henri Pick, qui tenait avec son épouse la pizzeria du village et mort depuis deux ans. Le problème, c’est que, de l’aveu même de sa femme et de sa fille, ce monsieur ne lisait même pas le quotidien local et n’a jamais écrit rien d’autre que la liste des courses. Alors, que cachait cet Henri Pick, dont le roman bientôt publié chez Grasset, s’arrache au point de devenir le best-seller de l’année ? Jean-Michel Rouche, ancien critique littéraire au Figaro littéraire, tombé dans l’oubli en même temps que dans la précarité, décide d’enquêter sur cette histoire surréaliste.

Au delà-même du « mystère Henri Pick » dont les tenants et aboutissants nous tiennent en haleine jusque dans les toutes dernières pages du roman (et avec quel rebondissement !), ce livre nous emmène, avec jubilation, dans les coulisses du monde -merveilleux- de l’édition. On y croise Olivier Nora (le véritable patron des éditions Grasset), on y découvre un Laurent Busnel plus vrai que nature dans une interview de la veuve d’Henri Pick pour son émission « La Grande librairie », on y rencontre  Delphine, jeune éditrice très ambitieuse, prête à tout pour obtenir de la famille l’autorisation de publier le livre et faire « un coup » aussi littéraire que marketing, on se rend compte des limites de l’effet « buzz » si souvent recherché de nos jours, avec des critiques littéraires qui s’enflamment autour de cette histoire, sans se poser trop de questions sur l’improbabilité d’un tel scénario : Un pizzaïolo, notoirement inculte, qui livre un roman d’une telle qualité littéraire, incluant dans son récit l’agonie romancée de Pouchkine, poète russe assez peu lu en France. On devine enfin les souffrances et les désillusions que peut causer une surexposition médiatique aussi soudaine que non souhaitée.

Au delà encore de cette « étude de moeurs », ce livre vaut aussi pour toute la galerie de personnages qui le composent et dont l’auteur nous décrit les vies, souvent ternes et sans beaucoup d’espoir : La bibliothécaire, la femme et la fille d’Henri Pick, Jean-Michel Rouche… Avec en filigrane un point commun : La publication du roman d’Henri Pick va bouleverser la vie de tous ces gens et leur faire prendre des trajectoires auxquelles ils n’auraient sans doute jamais pensé.

Un formidable roman dont je ne saurais trop vous recommander la lecture. Toutes affaires cessantes.

 

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La maison à droite de celle de ma grand-mère

la maisonJ’ai eu la chance, en 2017, de pouvoir lire 41 livres. La plupart ont été de belles découvertes ou redécouvertes, certains aussi de belles déceptions… En 2017, pourtant, je n’avais pas encore eu LE coup de coeur, le genre de coup de coeur qui fait qu’une lecture vous emporte loin, très loin et que l’idée même de la reprendre là où le sommeil vous avez arrêté vous met en joie. Plus encore, vous donne du bonheur.

C’est exactement ce que j’ai ressenti, à quelques jours de 2018, en lisant La maison à droite de celle de ma grand-mère, un roman écrit par Michaël Uras et que les éditions Préludes m’ont permis de découvrir en avant-première grâce à la plateforme Netgalley.

Ce roman nous entraîne en Sardaigne, île italienne d’où est originaire Giacomo, traducteur d’une trentaine d’années qui vit désormais seul à Marseille. Appelé en urgence par son oncle Gavino au chevet de sa grand-mère mourante, Giacomo saute dans le premier bateau en partance pour la Sardaigne. A peine débarqué, il est happé par cette île qu’il a quittée avec l’impression d’y étouffer il y a de nombreuses années et sur laquelle il remet désormais rarement le pied. Au contact de ses anciens amis et de sa famille, il se sent plus Sarde qu’il ne l’a sans doute jamais été. Et le voyage qui ne devait durer que quelques jours s’éternise, d’autant que la grand-mère n’est, finalement, plus si pressée de quitter notre monde. Vient alors le temps pour Giacomo d’oser affronter ses blessures, sa blessure, que Michaël Uras évoque par petites touches, un peu comme un auteur de romans policiers qui ferait doucement monter le suspens.

Mon enthousiasme pour ce roman vient sans conteste d’abord de ses personnages, des principaux aux plus secondaires d’entre eux, que l’auteur sait rendre tellement vivants qu’on a presque l’impression de les avoir déjà rencontrés. Et puis, il vient sans doute aussi de l’histoire et des scènes décrites, elles aussi tellement criantes de vérité. Je me permets ici une petite comparaison : L’écriture de Michaël Uras est le contraire même de celle d’Agnès Martin-Lugand ou d’Agnès Ledig, deux auteures dont je n’arrive toujours pas à comprendre le succès phénoménal qu’elles rencontrent. Là où ces deux femmes mettent du cliché, de la guimauve, de l’invraisemblance, du factice et du trop beau pour être vrai à toutes les pages, Michaël Uras met de l’émotion, de la tendresse, du vécu, de la beauté et de l’humour aussi. Il en ressort un roman frais comme une petite brise de printemps et bon comme un bonbon qui fond dans la bouche, un peu comme le sont les romans de Jean-Claude Mourlevat, auteur hélas trop peu connu, que je vous recommande chaudement.

La maison à droite de celle de ma grand-mère sortira en février 2018. Lisez-le ! Pour la beauté de la plume, de l’histoire, de la Sardaigne et…. de Moby Dick. Lisez-le aussi pour sa fin, inattendue, déroutante et pleine d’espoir.

 

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L’homme au fond

Il m’aura fallu deux soirées pour lire L’homme au fond, un court roman (140 pages) d’Olivier de Solminihac, paru aux Editions de L’Olivier. Originaire de Lille, cet auteur est surtout connu pour ses ouvrages jeunesse qu’il publie régulièrement à L’école des Loisirs. C’est la première fois que je lisais ce romancier, rencontré au hasard d’un salon du livre. Si j’ai eu envie de découvrir L’homme au fond, c’est parce qu’une grande partie de l’intrigue se passe à Dunkerque. Or, il se trouve que Dunkerque est ma ville natale et que j’y suis toujours très attachée. Même si je sais qu’il y a bien d’autres endroits plus sympathiques pour naître, plus glamour, plus exotiques, moins ploucs oseront certains, Dunkerque est MA ville. Il paraît que ce sentiment d’appartenance est commun à tous les natifs de cette commune, parmi les plus septentrionales de France, nichée entre la Belgique (à l’est) et l’Angleterre (au Nord).

L’Homme au fond m’a plu d’abord pour l’écriture d’Olivier de Solminihac. J’ai adoré sa façon de décrire le quotidien, les choses banales qui font la vie, les sentiments, les humeurs… J’ai adoré aussi ses descriptions de Dunkerque, le Dunkerque d’il y a 25 ans, qui devient quasi un personnage du roman. Je pense que l’auteur et moi devons avoir plus ou moins le même âge et avoir vécu à Dunkerque plus ou moins au même âge. C’est vrai, c’est là tout-à-fait subjectif je vous l’accorde, ça m’a fait plaisir de retrouver  le Dunkerque d’avant, avec ses enseignes disparues et ses endroits aujourd’hui complètement redessinés.

Il m’est difficile d’écrire un résumé de ce roman car, bizarrement, il n’est pas construit autour d’une intrigue, avec un début et une fin bien définie. L’homme au fond raconte la vie d’un narrateur -qui dit « nous » et pas « je » quand il s’exprime- depuis sa petite enfance jusqu’à l’âge adulte, par petites touches emplies d’émotion. Arrivé à l’âge adulte, justement, le narrateur achète une maison à Rosendäel, un quartier de Dunkerque, pour y loger sa famille. Il est dérangé dans sa vie de tous les jours par le regard incessant d’un homme sans âge qui les observe en fumant depuis le vasistas de son appartement, qui surplombe le fond de son jardin. Par sa présence insidieuse, l’homme au fond perturbe le quotidien du narrateur et de sa famille, qui, et c’est une digression dont je n’ai toujours pas trouvé le  sens après avoir refermé le livre, se mettent à faire des recherches l’histoire de Dunkerque pendant la 2ème guerre mondiale à la faveur d’une plaque commémorative trouvée sur un mur voisin. S’ensuit plusieurs chapitres sur l’Opération Dynamo, événement très important de la 2ème guerre mondiale que nos manuels d’histoire n’ont pas retenu mais que vient de remettre au goût du jour le cinéaste anglais Christopher Nolan dans son film de guerre « Dunkirk ». Et pendant ce temps, l’homme au fond observe toujours, sans que les tentative de la famille pour le déloger ne réussissent.

Bref, un roman écrit d’une plume particulièrement belle, qui interroge sur la condition humaine tout en subtilité mais déroutant aussi par bien des aspects.