Publié dans Une femme et des livres se dévergonde

Soundless

La Maison d’édition, « Les éditions du 38 », vient de créer une nouvelle collection, « Corail », dirigée par Julie Derussy. Elle regroupe de courts romans, dont les héros vivent une romance plus ou moins compliquée, et plus ou moins érotique. Julie Derussy m’a offert de découvrir l’un des premiers romans publiés, Soundless, écrit par la jeune auteure, Pauline Derussy. S’il n’entre pas, à proprement parlé, dans la catégorie de la littérature érotique, ce roman peut se classer sans problème dans le chapitre « Une femme et des livres se dévergonde » tant certaines de ses scènes sont assez explicitement épicées. Je pense d’ailleurs que les amateurs de littérature érotique ne vont pas bouder leur plaisir en lisant ce  roman.

Soundless raconte l’histoire de Thomas, professeur parisien de 35 ans, célibataire depuis 4 ans, suite à une rupture dont on comprend assez vite qu’elle fût problématique. Un soir, Thomas est témoin de l’agression d’une femme par le compagnon de celle-ci, en pleine rue. Il vole à son secours, avant de s’apercevoir, interloqué, que cette femme est… un jeune homme. Suite à cette première rencontre, Julien entre dans la vie de Thomas, pas à pas, doucement… Une grande complicité les unit bientôt. Mais jusqu’où ? Car Thomas en est sûr et certain, il est, lui, 100 % héréro…

J’ai adoré ce roman que j’ai dévoré en une soirée. Impossible de décrocher tant j’ai aimé la plume de Pauline Derussy. Elle possède un grand talent pour décrire les situations de la vie quotidienne, les sentiments de ses personnages, leurs réactions… On a d’ailleurs tout de suite l’impression qu’ils ne sont pas des personnages mais des personnes réelles. En plus d’être une bonne plume, Pauline Derussy sait faire preuve d’un bel humour aussi et elle sait surprendre son lecteur au fil de révélations qu’elle aime rendre complètement inattendues. Au delà de la qualité d’écriture de Soundless, on lit aussi ce roman pour la jolie histoire d’amour gay qu’il raconte. La relation qui se noue entre ces deux hommes, qui ont l’un et l’autre beaucoup souffert, qui se cherchent, est émouvante et toute en sensibilité. La façon qu’ils ont de s’apprivoiser lentement est parfaitement rendue. Rien de choquant. De la crudité, certes, mais sans aucune vulgarité, même dans les scènes très explicitement sexuelles. Juste une belle histoire sentimentale comme on aimerait toutes et tous en vivre, homo ou hétéro.

Je recommande vivement ce roman, notamment pour des lecteurs qui auraient envie de s’initier à la littérature érotique.

Publicités
Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

On regrettera plus tard

Autour de moi, on m’avait beaucoup parlé d’Agnès Ledig en bien. Je sais qu’avec cette chronique, je vais donc décevoir au moins deux de mes amies complètement fans de cette auteure. Tant pis. J’ai lu On regrettera plus tard, son dernier opus, paru chez Albin Michel et je n’ai pas aimé. D’ailleurs, au bout de quelques chapitres, j’ai fini par lire en diagonale parce que j’avais l’impression de perdre mon temps avec un livre qui m’ennuyait.

Je peux comprendre que cette histoire d’amour et d’amitié toute en douceur et en sensibilité puisse plaire. Ce n’est pas mal écrit, d’ailleurs et les dialogues tombent plutôt justes. Et pourtant, tout sonne faux, tout paraît cousu de fil blanc dès les premières lignes. Et puis, cette insistance à vouloir mettre des trémolos partout, à sur-jouer l’émotion, agnes-ledigdevient vite, de mon point de vue, horripilant.

Mais parlons un peu de cette histoire qui ne m’a pas convaincue. Donc, à ma gauche, Eric et sa fille Anna-Nina, 7 ans. Eric est un jeune veuf qui a tout plaqué suite à la mort de sa femme des suites de son accouchement pour vivre en roulotte avec sa fille au gré de ses pérégrinations en France. La promenade dure depuis sept ans quand-même. (Comme dans Agnès Martin-Lugand que je n’avais pas plus aimé, on nous refait le coup de la grosse assurance-vie astucieusement prévue qui permet au veuf ou à la veuve de pouvoir vivre sans travailler – facile !). Et elle n’est pas prête de s’arrêter parce qu’Eric aime jouer les veufs inconsolables, simplement préoccupé par le bonheur de sa fille. Il suffit de lire les lettres d’amour, d’une mièvrerie qui frise le ridicule, qu’il continue d’écrire à sa femme. Et donc, à ma droite, Valentine, jolie institutrice, mais aussi jardinière, cuisinière, femme d’intérieur accomplie, bref, une femme tellement parfaite qu’on se demande pour quelle raison elle n’a pas encore trouvé l’âme sœur. On apprend assez vite qu’elle met fin à toute histoire d’amour dès que cela devient sérieux et on comprend que, comme dans tout bon roman sentimental, Valentine cache une faille… Or, un soir, à la suite d’un violent orage qui a endommagé sa roulotte, Eric frappe à la porte de Valentine. Alors, bien-sûr, on se dit que notre héros avait bien plus de chance de tomber sur un couple peu aimable, ou sur un célibataire aigri, ou même sur une famille sympa mais débordée. Mais non ! Eric tombe justement sur Valentine ! Quel heureux hasard !

La suite ? Vous avez déjà compris bien-sûr qu’une histoire d’amour se noue entre nos deux protagonistes, histoire contrariée par Eric qui ne sait plus où il en est, entre Valentine, sa fille et sa femme. « Tu m’en veux Hélène, de coucher avec une autre femme? Et tu m’en veux d’y prendre plaisir ? Ca m’a tellement manqué, ça m’a fait tant de bien. J’ai du mal à y renoncer. Aucune occasion ne s’était présentée depuis que tu n’es plus là. Jusqu’à ce hameau. J’en étais arrivé à ne plus ressentir le manque. Et elle me l’a de nouveau innoculé comme un mauvais virus« , larmoie Eric caché au fond de sa roulotte… Pathétique. Pendant ce temps, Valentine n’est pas en reste. Elle a peur, comme d’habitude, dès qu’elle sent qu’une histoire peut devenir sérieuse. Comme sa mère avant elle… Bizarre. La raison de cette peur héréditaire nous est dévoilée un peu plus loin, elle se révèle comme une évidence à Valentine. Personnellement, j’y ai surtout vu un bel exemple de psychologie de comptoir…

Celles et ceux qui ont lu et aimé ce roman vont sans doute me juger bien sévère. Ils auront sans doute raison car, comme je l’ai dit plus haut, je comprends que cette histoire d’amour contrariée puisse plaire, qu’elle puisse emporter des lecteurs qui ont envie qu’on leur raconte de belles histoires qui finissent toujours bien. Tant pis pour la guimauve et les tonnes de bons sentiments.

Alors, il faut bien que je me fasse une raison : Je pense tout simplement que je n’aime pas la littérature sentimentale. Et que ce n’est plus la peine de m’y aventurer.