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La fille du train

la-fille-du-trainEvidemment, en vous parlant aujourd’hui seulement de La fille du train de la Britannique Paula Hawkins (paru aux Editions Sonatine et désormais disponible en format poche), je ne fais pas tellement preuve d’avant-gardisme… Ce thriller s’est déjà vendu à 2 ou 3 millions d’exemplaires dans le monde et il a été adapté au cinéma par Hollywood sous le même titre (sortie en octobre 2016). Mais voilà. J’étais complètement passée à côté de ce phénomène d’édition. Il aura fallu une critique élogieuse de « Télérama » sur la page de garde de l’édition poche pour que je sois tentée de le lire. Non pas que je prenne pour argent comptant les critiques des gens de Télérama (leur côté intello-élitiste-parisiano-gauchiste m’agace parfois) mais, là, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu envie de leur faire confiance. Et j’ai bien fait !

La fille du train ne se lit pas. Il se dévore. C’est un thriller psychologique au suspens haletant, subtilement amené, qui multiplie les fausses pistes, sans temps mort. J’ai tout aimé dans ce roman : La façon dont l’auteur fait se croiser trois destins de femmes, qui, tour à tour, deviennent les narratrices. L’écriture de Paula Hawkins, son regard sur les personnalités « borderline », sur l’alcoolisme, sur le désir d’enfant inassouvi dont elle dépeint les effets dévastateurs avec un grand réalisme. Tout sonne juste dans ce polar, qui démarre très gentiment, pour se terminer dans une ambiance glaçante, après avoir gravi tous les échelons de l’angoisse jusqu’à la paranoïa.

En voici l’histoire : Rachel, banlieusarde d’une trentaine d’années, divorcée, sans enfant, vit en colocation avec une amie. Alcoolique, chômeuse, elle continue de prendre le train pour Londres chaque matin et chaque soir. Pour ne pas avouer qu’elle a perdu son emploi parce qu’elle est arrivée ivre à une réunion de travail. Pour passer le temps et oublier sa vie pas très folichonne, Rachel a pris l’habitude d’observer, chaque jour, les habitants d’une maison dont le jardin longe la voie ferrée, au moment où son train ralentit pour respecter un feu de signalisation. C’est un jeune couple qui ressemble au couple qu’elle a formé avec son ex-mari, un jeune couple qu’elle espère parfait et dont elle s’approprie la vie à travers ses apparitions furtives dans le jardin ou sur le balcon de la maison. Elle leur a même trouvé des noms : Jess et Jason. Un jour, Rachel est stupéfaite. Elle découvre, dans le jardin, Jess en train d’embrasser un homme qui n’est manifestement pas Jason. Tous les rêves de perfection de Rachel s’effondrent. Mais celle-ci n’est pas au bout de ses surprises : Le surlendemain, en lisant le journal, elle reconnaît, sur une pleine page, la photo de Jess, qui s’appelle en réalité Megan : Celle-ci a disparu depuis deux jours. Rachel est bien décidé à éclaircir l’affaire. Quitte à exhumer des secrets de famille inavouables…

Prêt à vous lancer dans la lecture d’un roman que vous ne pourrez plus lâcher ? Alors, précipitez-vous sur La fille du train !

 

 

 

 

Meurtre sur la lande

Choisir un livre parce que l’intrigue se passe justement dans la région où vous venez de passer un excellent séjour, ce n’est pas forcément une bonne idée. Pour preuve, Meurtre sur la lande de Martha Grimes que j’ai trouvé chez un bouquiniste de l’Ancienne bourse à Lille et que j’ai acheté parce que l’histoire se passait en Devon-Cornouailles, région que j’adore et dont je voulais retrouver les paysages enchanteurs au fil des pages. Cruelle déception ! Alors, certes, j’ai effectivement retrouvé l’ambiance si typically british que j’aime tant sous la plume de Martha Grimes, mais comme je me suis ennuyée en lisant ce livre ! J’ai d’ailleurs mis des semaines à en venir à bout, avec la désagréable impremeurtre-sur-la-landession de faire du surplace.

L’intrigue était prometteuse pourtant : Richard Jury, le commissaire-enquêteur héros de tous les polars de Martha Grimes, assiste, impuissant, à l’assassinat d’un homme par sa femme au beau milieu d’une salle de restaurant, perdu au milieu de la campagne anglaise. Stupéfait par l’audace de cette femme, subjugué par sa beauté, décontenancé par le peu de motivation qu’elle met à se défendre, Richard Jury décide de mener l’enquête, persuadé que la clé de l’énigme se trouve dans son passé. Il est aidé dans sa quête par son ami Melrose Plant, aussi déjanté et original qu’à l’habitude. Et pourtant, rien ne fonctionne dans ce polar qui s’étire sur des pages et des pages sans que l’histoire ne donne l’impression d’avancer. C’est lent, c’est lent… Même Melrose Plant, dont on ne comprend pas bien ce qu’il vient faire dans l’histoire, ne nous fait plus rire. Je vous l’avoue, j’allais abandonner, arrivée, à peu près, à mi-parcours du livre, quand, enfin, l’intrigue devint un peu plus palpitante : Révélations… deuxième meurtre… Sauf que le début d’enthousiasme du lecteur retombe très vite devant le nombre d’incohérences qui permettent à Richard Jury de résoudre l’énigme. Et même devant le nombre d’incohérences tout court. Je ne vais rien « spoiler » ici, s’il s’avérait que des lecteurs du blog, fan de Martha Grimes, aient quand même envie de se plonger dans ce polar, mais même le mobile du crime (et l’identité du responsable de l’enlèvement de deux enfants, intrigue qui vient se greffer sur le premier meurtre), ne m’ont absolument par convaincue. Je crains qu’il ne se passe pas mal de temps avant que je replonge dans un « Martha Grimes », dont j’aime habituellement beaucoup la plume.

Le fils prodigue

le-fils-prodigueAvec Le fils prodigue paru aux Editions du 38, Jean-Baptiste Ferrero signe le grand retour de son héros, le détective privé Thomas Fiera, qui traîne son cynisme, sa sensibilité à fleur de beau, son aigreur, sa détestation des cons de tous bords et sa prompte envie de cogner depuis cinq romans. Ce don pour la critique facile ajouté à la très haute opinion qu’il a de lui-même pourraient rendre Thomas Fiera fort peu sympathique. Et pourtant, c’est tout le contraire qui se produit au fil des rencontres avec ce héros pas ordinaire. Parce qu’il suffit de gratter un peu pour découvrir un homme profondément blessé par la vie, qui consacre la sienne à aider autrui, avec un enthousiasme qui frise le jusqu’auboutisme, une propension à attirer les ennuis assez exceptionnelle et une bande d’amis aussi (voire plus) déjantés que lui. Bref (comme dirait Thomas Fiera).

Avec Le fils prodigue, Thomas Fiera se voit entraîner dans une aventure que n’aurait pas renié James Bond. Un vieil ami, gangster ayant fricoté avec l’ETA, et qui, au passage, lui a piqué son premier amour, l’appelle à l’aide : Son fils vient d’être jeté en prison après avoir été retrouvé à côté du corps sans vie d’un homme chez Biotec, un laboratoire réputé où il était employé comme laborantin. Bizarrement, le fils de son ami se laisse accuser et accepte son sort, sans réagir. Comme s’il avait peur. Ou comme s’il voulait protéger quelqu’un. Intrigué, Thomas Fiera met sa rancœur de côté (rapport au premier amour volé) et accepte de voler au secours du fils de son ancien ami. Mais, est-ce vraiment le fils de son ami ?

Pour démêler le vrai du faux de cette sombre histoire où certains se plaisent à faire joujou avec la génétique en dehors de toute éthique, Thomas Fiera devra sortir les gros moyens. De Paris à Barcelone, de Barcelone aux Pyrénées, des Pyrénées à Paris, et de Paris à l’Andalousie, ça va cogner vite, fort et bien, selon les méthodes désormais bien rodées de Thomas et de sa bande de potes. Pas de temps mort dans ce récit haletant qui tient toutes ses promesses en termes de suspens et de rebondissements. Avec un Thomas Fiera qui laisse tomber l’armure, qui ose accepter un amour très inattendu, et qui retrouve, un peu, l’envie de faire confiance à la vie. Comme si Jean-Baptiste Ferrero avait voulu montrer une autre facette de son héros, qui est aussi, par bien des aspects son double littéraire. Une belle réussite.

Cette chronique vous donne envie de mieux connaître l’auteur Jean-Baptiste Ferrero ? Retrouvez son interview ici !

 

 

Une avalanche de conséquences

elizabeth-georgeLa romancière américaine Elizabeth George vient de sortir Une avalanche de conséquences, son 19ème polar (aux Presses de la Cité) mettant en scène les deux fins limiers trentenaires de Scotland Yard, l’inspecteur Thomas Linley, pur produit de l’aristocratie britannique, beau, élégant, racé, et le sergent Barbara Havers, sa subordonnée, issue des couches populaires de Londres, mal fagotée, au physique quelconque, peu habituée des bonnes manières, tête brûlée, mais redoutable enquêtrice. Ce « couple » improbable fait équipe depuis le tout premier roman publié par Elizabeth George, Enquête dans le brouillard. L’idée de génie de la romancière, qui a sans doute rendu accro à cette saga nombre de ses lecteurs, a été de donner une vie privée à ses deux policiers. Certes, Thomas Linley et Barbara Havers ont d’abord un rôle d’enquêteurs mais ils ont aussi une vie que l’on voir évoluer de roman en roman. Certains personnages secondaires resurgissent parfois quelques romans après qu’on les ait rencontrés pour la première fois, il arrive aussi que les deux héros soient personnellement liés à l’enquête en cours. Comment, du coup, ne pas s’attacher à eux, comment ne pas avoir envie de suivre l’évolution de leur vie personnelle et amoureuse ? Acheter le dernier Elizabeth George, c’est l’assurance d’un double plaisir : Se régaler d’une intrigue toujours bien ficelée et savoir enfin ce que deviennent nos héros policiers.

Une avalanche de conséquences ne déroge pas à la règle. On retrouve Barbara Havers en petite forme : Elle a du mal à accepter le départ précipité de ses voisins pakistanais (un père et sa fille) pour lesquels elle avait une grande affection. Après une dernière enquête où elle a enfreint à peu près toutes les règles en vigueur dans la police britannique, l’éternelle célibataire vit désormais sous la menace d’une mutation au fin fond d’une petite ville du Nord de l’Angleterre à la moindre incartade. Quant à Thomas Linley, il essaie d’oublier sa femme assassinée 18 mois plus tôt dans les bras de la douce et sympathique Daidre, vétérinaire au zoo de Londres. C’est dans cette ambiance qu’une célèbre féministe anglaise, que Barbara Havers avait rencontrée quelques semaines plus tôt, est retrouvée morte empoisonnée. Désireuse de se racheter, la jeune policière demande à être chargée de l’enquête. Flanquée du sergent Nkata chargée de la surveiller et sous la responsabilité de Linley, Barbara Havers fouille la vie de Clare Abbott. Très vite, elle et ses collègues sont intrigués par son assistante, Caroline Goldacre, dont ils ne comprennent pas l’ascendant incroyable qu’elle est parvenue à prendre sur la féministe. Mère possessive, intrusive, caractérielle, menteuse patentée, peu sympathique, Caroline Goldacre pleure son fils Will qui s’est suicidé quelque trois ans auparavant en se jetant d’une falaise dans le Dorset. Peu de temps après, elle a été engagée comme assistante par Clare Abbott. A tort ou à raison, Barbara Havers en est persuadée : ses deux morts sont liées.

Comme d’habitude, Elizabeth George dissèque ses personnages, les rend plus humains que des vrais. Comme d’habitude, les descriptions des lieux sont particulièrement fouillées et donnent l’impression de s’y trouver. Comme d’habitude, tous les personnes cachent une part d’ombre et les secrets de famille ne sont pas en reste. Comme d’habitude, Elizabeth George balade son lecteur et lui réserve des rebondissements jusqu’à la fin. Mais cette fois-ci, toutefois, pas sûr que ce soit l’inspecteur Linley et le sergent Barbara Havers qui aient le dernier mot… Bref, du bon, du très bon Elizabeth George. Un 19ème épisode que l’on a beaucoup, beaucoup, de mal à lâcher. Comme les précédents.

Petite remarque à l’usage de lecteurs qui souhaiteraient se laisser tenter par ce polar, sans avoir lu les 18 qui ont précédé : Vous pouvez y aller sans problème et n’aurez aucun souci de compréhension. Seul risque : Avoir envie de lire les 18 autres !

Le meurtre de Joseph Le Roy

le meutre de joseph le royJ’avais beaucoup aimé L’étrange secret de Marie Cloarec, (chronique à retrouver Ici), le polar qui m’a fait connaître Alex Nicol, dont vous pouvez retrouver l’interview ici). C’est donc avec un réel plaisir que j’ai commencé la lecture de son dernier roman, Le meurtre de Joseph Le Roy, paru aux Editions du 38. Plaisir d’abord de retrouver le héros récurrent, Gwenn Rosmadec, ancien journaliste, écrivain public, sympathique Breton roux flamboyant dont la vie semble prendre un malin plaisir à mettre sur son chemin des mystères et des meurtres inexpliqués. Plaisir de retrouver aussi Soizic, l’épouse de Gwenn, toujours prête à suivre et à aider son grand enfant de mari avec beaucoup d’indulgence et de dévouement. Avec beaucoup d’amour aussi.

Cette fois, nos héros s’envolent pour le grand ouest américain à la faveur d’un voyage gagné par Soizic à la tombola de La Voile Bretonne. Avec eux, six compagnons de voyage, leur guide américain, Allan, et le chauffeur du car, Pépé. Dès le début de leur périple, le couple Rosmadec est intrigué par l’un deux, Joseph Le Roy, maussade, voire déplaisant personnage, qui voyage accompagné de sa très jeune conquête, aussi extravertie que vulgaire et écervelée. Mais voilà que Joseph Le Roy est retrouvé mort dans les toilettes du car. Le coroner conclut à une crise cardiaque. Gwenn Rosmadec n’en croit rien. Surtout qu’un autre meurtre et d’autres accidents bizarres se succèdent. Et si un tueur particulièrement habile s’était glissé parmi les passagers du car ? En attendant, Allan est prêt à rendre son tablier : Jamais, il n’a connu un voyage aussi mouvementé. Il faut dire qu’il n’avait jamais eu, parmi ses touristes, Gwenn Rosmadec.

Cette nouvelle aventure de Gwenn Rosmadec tient toutes ses promesses. L’écriture et le ton sont légers, avec toujours cette pointe d’humour que j’apprécie particulièrement. On se laisse très facilement emporté par l’histoire, d’autant que l’auteur a soigné ses descriptions des paysages grandioses de l’ouest américain et que ses personnages sont vraiment bien croqués. On imagine qu’ils lui ont  été inspiré par des personnes réellement rencontrées et qu’il lui a juste fallu grossir le trait : Le couple d’amoureux féru de magasins de souvenirs, égoïste et égocentré, le solitaire et sa perche à selfie qui ne le quitte jamais, la gentille célibataire prête à se lier avec tout le monde, le bougon jamais content qui critique tout et tout le temps… Le suspens est, par ailleurs, très bien mené, avec un beau crescendo, de sorte qu’on a du mal à lâcher le livre. Avec un dernier rebondissement inattendu. Bref, un bon polar qui vous fera assurément passer un très bon moment de lecture. Sans prise de tête.

Le club

J’ai découvert Le club, roman de Michel Pagel, paru aux Editions Les moutons électriques, par un pur hasard au rayon « nouveautés » de la médiathèque de ma ville. J’ai d’abord été intriguée par le titre, puis par le format « au carré » un peu inhabituel, avant de me le clubrendre compte, avec stupeur, en jetant un œil à la dernière de couverture que Le club de Michel Pagel faisait référence au Club des cinq de mon enfance. Le club des cinq, pour moi, ce sont des heures et des heures inoubliables de lecture, en compagnie de François, Mick, Claude, Annie, les quatre cousins, et leur chien Dagobert. Je me souviens combien je rêvais de vivre les mêmes aventures qu’eux, combien j’enviais ce garçon manqué de Claude pour sa témérité même si je me sentais plus proche de la douce et timide Annie, combien j’admirais le courage et l’intelligence de François (A-t-elle point que je me suis parfois demandé si je n’en étais pas amoureuse, en fait…). Le club des Cinq, ce sont mes premiers pas dans l’univers de l’aventure et du polar, qui me donneront envie, vers  12 ans, une fois tous les romans de la série épuisés, de lire Agatha Christie. Avec un choc. Quoi, dans Agatha Christie, il y a de vrais meurtres ! Whaaaa ! Voilà ce à quoi le gentil Club des cinq ne m’avait pas préparée du tout. Bref, quand j’ai compris que Michel Pagel faisait revivre, 40 ans après la fin de ses aventures, Le club des cinq (moins Dagobert forcément mort depuis longtemps…), la curiosité a été trop forte : Il fallait que je lise ce roman.

J’ai donc retrouvé les héros de mon enfance à l’aube de la cinquantaine… Claude, chercheuse comme son père, vit toujours dans la maison familiale en Bretagne avec sa compagne Do et sa mère, Cécile, vieillarde grabataire et sénile. François, commissaire de polie, caricature de ce qu’il fut enfant : psychorigide, froid, presque déshumanisé, célibataire plus qu’endurci, ne vivant que pour son métier. Mick, contrepied de son frère, ancien délinquant, ancien braqueur, ancien tolard, qui vit désormais avec sa femme au Canada et enfin Annie, qui n’en finit pas de pleurer : Trois divorces, deux garçons morts dans un accident de la route, une fille qu’elle déteste, des difficultés financières et l’alcool pour noyer tout cela… Mes héros étaient-ils devenus des anti-héros ? C’est un peu l’impression que j’ai eue en lisant les premières lignes du roman qui s’ouvre sur l’arrivée de François dans le petit village où habite Claude à la veille de Noël. Les cousins ne sont pas vus depuis des dizaines d’années -on comprend vite qu’un mystérieux « évènement » les a définitivement brouillés au sortir de l’enfance- mais Claude a souhaité les revoir tous dans le secret espoir d’une grande réconciliation. Voilà donc les cousins réunis, en compagnie d’autres personnages secondaires de la série, dans la maison de Claude, coupée du monde par une soudaine tempête de neige… Dans un huis-clos aussi étouffant que glauque, les meutres se succèdent, au même rythme que les rancoeurs et les reproches fusent entre les personnages. Qui en veut aux héros du club des cinq ? Qui en veut à ces héros de papier devenus hommes et femmes ?

Michel Pagel signe un polar très original, avec un suspens qui tient toutes ses promesses jusqu’à la dernière ligne. Au delà de l’histoire, Le club, c’est aussi une jolie réflexion sur la nostalgie de l’enfance, sur le temps qui passe, sur le refus de grandir et la difficulté de se confronter aux réalités de la vie. Je conseille ce roman à tous et plus particulièrement aux anciens enfants qui ont passé de longues heures de lecture heureuse avec Le Club des cinq.

 

 

 

Jean-Baptiste Ferrero/Thomas Fiera : Double-je ?

Jean-Baptiste Ferrero, homme du Sud, amoureux de la Méditerranée, avoue un certain goût pour la démesure et un côté sombre qu’il cultive précieusement. Auteur de plusieurs polars parus aux Editions du 38, il est le créateur de Thomas Fiera, détective gouailleur, anar, franc-tireur grinçant mais tellement sympathique. Jean-Baptiste Ferrero a accepté de se dévoiler -un peu, beaucoup et aussi passionnément- pour Une femme et des Livres.

Bonjour Jean-Baptiste Ferrero et d’abord, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Si nous commencions par parler de vous ?

« Hou là, là ! Vous avez deux heures ? Non, plus sérieusement, je suis un homme du sud, avec des origines espagnoles. Je suis profondément attaché à la Méditerranée. J’ai aussi des origines pied-noir qui font que je ne suis pas toujours dans la mesure. Je dirais même que j’ai un certain goût pour l’exagération. Et sans doute aussi une part d’ombre. J’ai été journaliste, consultant et suis maintenant directeur de la communication. La communication est mon moteur, elle me fascine au sens linguistique du terme. J’aime aussi beaucoup le monde de l’entreprise qui est pour moi une sorte de laboratoire qui concentre tous les comportements humains, les plus nobles comme les plus détestables ».

Jean Baptiste ferrero

– Pourquoi écrivez-vous et depuis combien de temps ?

« J’ai tout le temps écrit. J’ai dû commencer quand j’avais 8 ans ou quelque chose comme ça. J’ai toujours aimé les histoires. Mais je me suis beaucoup cherché. J’ai commencé par écrire des petits textes, puis des nouvelles et enfin des romans. Je me suis essayé à la poésie aussi mais j’ai très vite compris que je n’avais aucun talent dans ce domaine et qu’il serait vain de poursuivre. J’ai écrit beaucoup d’histoires narcissiques avant de me rendre compte que c’était grotesque et sans intérêt, comme quelqu’un qui veut jouer à l’artiste sans l’être. Et puis, j’ai trouvé ma voie dans le polar… où paradoxalement, il y a sans doute beaucoup plus de moi que dans aucun des bouquins que j’avais pu écrire avant ».

Pourquoi les polars, justement ? Peut-être parce que vous êtes vous-même un gros lecteur de ce genre de littérature ?

« C’est vrai que j’ai lu énormément de polars, plusieurs milliers sans doute, donc, à force, on connaît un peu tous les codes. Maintenant, si j’ai trouvé ma voie dans ce genre, c’est juste par hasard. J’étais arrivé à un moment de ma vie où j’avais besoin de m’évader, de penser à autre chose alors j’ai repris la plume. Et j’ai écrit 150 pages en quelques jours. Je me suis alors aperçu que c’était la trame d’un polar. Et j’ai continué. Parce que je sentais que c’était bien meilleur que ce que j’avais écrit jusqu’à présent. Sans doute aussi parce que le héros que je venais de créer, Thomas Fiera, me plaisait bien ».

– Thomas Fiera est le héros des trois polars que vous avez publiés. On sent que vous êtes très attaché ce personnage. Qui est donc Thomas Fiera ?

« Thomas Fiera a beaucoup de Nestor Burma et d’Arsène Lupin, deux héros que j’apprécie énormément et qui m’ont forcément influencé quand j’ai créé mon personnage. Thomas Fiera -Fiera veut dire « fauve » en espagnol- est un anar, gouailleur, persifleur, ironique aussi. C’est un franc-tireur qui peut parfois être incontrôlable, voire border-line. Avec un tel profil, il ne pouvait être ni commissaire ni inspecteur. C’est pour cela que j’en ai fait un détective aux méthodes très personnelles qui déroutent souvent ses clients, d’ailleurs. C’est aussi quelqu’un qui a beaucoup d’humour. C’est important pour moi que mon héros puisse faire rire mes lecteurs ».

Vous animez un blog au nom de « Thomas Fiera », vous lui avez créé un profil Facebook, comme si ce personnage existait réellement. Alors, dites-moi, Thomas Fiera, c’est vous aussi ?

« C’est amusant ce blog. J’y échange avec pas mal de lecteurs et c’est vrai que ça crée parfois la confusion. Qui écrit ? Moi ou Thomas Fiera ? Certains lecteurs s’y perdent… Alors, oui, Thomas Fiera me ressemble par certains côtés. Mais c’est surtout un personnage qui me permet de dire certaines vérités que je ne pourrais pas dire en tant que Jean-Baptiste Ferrero. J’ai par exemple en projet la publication d’un dictionnaire du management qui va s’appeler « Le petit Fiera illustré ». Il y aura dedans quelques idées franchement politiquement incorrectes. Mais ce n’est pas moi qui les écris, c’est Thomas Fiera. En fait, il est très pratique ce Thomas Fiera ! »

Vous êtes publié par Les Editions du 38 depuis quelques années. Avez-vous cherché longtemps avant de trouver une Maison d’édition qui vous fasse confiance ?

« Oui, clairement, ça n’a pas été simple. J’ai envoyé mon premier polar à pas mal d’éditeurs. J’ai même eu le culot de l’envoyer chez Gallimard, qui me l’a renvoyé sans même l’avoir lu. Il y a une grande part de chance dans l’édition. Avoir un réseau dans le milieu, quelqu’un qui met le manuscrit « en haut de la pile » peut aussi aider. Bref, j’avais fini par renoncer quand on m’a offert une liseuse. Par ce biais, j’ai découvert l’édition numérique que je ne connaissais pas du tout. Je suis d’abord allé sur la plateforme d’autoédition d’Amazon, puis j’ai fait la connaissance d’Anita Berchenko qui venait de créer la maison d’édition numérique Les Editions du 38. Elle m’a fait confiance. Je lui ai fait confiance aussi. Je ne le regrette pas. C’est une petite maison d’édition en pleine expansion qui, désormais, publie également en format papier. Il y règne une ambiance familial où je me sens très bien ».

Vos lecteurs auront-ils bientôt le plaisir de retrouver Thomas Fiera dans de nouvelles aventures ?

« Oui, tout à fait ! Mon prochain polar Le fils prodigue sort en septembre en format papier, toujours aux Editions du 38, et toujours avec Thomas Fiera en meneur d’enquête. Et je suis en cours d’écriture du prochain polar. C’est toujours un plaisir pour moi de commencer un nouveau manuscrit, de faire revivre Thomas Fiera et toute sa petite bande d’amis. Quand je suis trop longtemps sans écrire, ils me manquent, comme des membres de la famille qu’on n’aurait pas vu depuis longtemps ».

Thomas Fiera n’est donc pas prêt de disparaître ?

« Vous avez tout compris ! »

 

 

 

 

 

Vertigo 42

martha grimesOn dit l’été souvent propice à des lectures plus légères. Est-ce pour cette raison que j’ai eu envie de retrouver mes auteurs de polars fétiches : Martha Grimes, Elizabeth George et P.D. James que j’avais délaissés depuis quelques temps ? Peut-être. En tous les cas, j’ai commencé l’été avec le dernier polar de Martha Grimes (une valeur sûre du genre), Vertigo 42, paru aux éditions Les Presses de la Cité. Et ce fut un réel bonheur de retrouver le fameux commissaire Richard Jury, flanqué de son éternel second, Wiggins, et de toute sa bande de copains aussi désoeuvrés qu’originaux, en premier lieu desquels Melrose Plant, comte Ardry, parfaite figure du lord anglais victorien et suranné mais qui n’a pas son pareil pour aider le commissaire dans ses enquêtes.

Dans ce dernier opus, Martha Grimes entraîne son héros de commissaire sur les traces du passé. Richard Jury accepte, en effet, d’enquêter sur la mort prétendument accidentelle de Tess Williamson survenue quelque 16 ans plus tôt, à la demande de son mari, veuf inconsolable. Cette mort est-elle liée à celle d’une fillette de 10 ans, retrouvée le crâne fracassé dans le jardin alors qu’elle participait avec d’autres enfants à une partie de cache-cache chez les Williamson six ans auparavant ? Une mort restée inexpliquée qui aurait pu donner des idées de vengeance… Mais son enquête à peine commencée, voilà notre commissaire confronté à deux nouveaux meurtres : Une jeune femme que l’on a jetée du haut d’une tour et un homme vraisemblablement « livreur » de chien pour un site internet qui met en relation propriétaires de chiens et familles adoptantes.  Un homme et une femme apparemment sans lien direct entre eux. Apparemment sans lien direct avec son enquête. Apparemment…

De Londres au fin de fond du Devon, Richard Jury mène l’enquête sur tous les fronts. Avec un flegme et une décontraction toute britannique, le commissaire interroge les témoins, fouille le passé, échafaude des hypothèses, boit du thé et retrouve sa bande de copains au pub. C’est cela que j’apprécie particulièrement dans les romans de Matha Grimes : L’atmosphère qui s’en dégage et le temps que prend Richard Jury pour dénouer les fils d’une énigme, sans jamais se mettre la pression, et en prenant s’il le faut des chemins tortueux pour y arriver. Fausses-pistes nombreuses, rebondissements, suspens, mais aussi humour, tout est diablement bien construit pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière ligne. Car, oui, la solution de l’énigme n’est pas toujours celle que l’on croit… Franchement, un roman de Martha Grimes de très bonne facture, très bien ficelé dont on a même du mal à décrocher. Une lecture idéale pour se changer les idées pendant les vacances.

 

Agatha Christie, le chapitre disparu

 

agatha christieVoilà un roman bien original que publie Brigitte Kernel ! La romancière s’empare d’un fait réel : La disparition à ce jour toujours inexpliquée d’Agatha Christie entre les 3 et 14 décembre 1926, pour se mettre dans la peau de la célébrissime écrivaine et raconter -enfin- ce qu’il s’est réellement passé pendant ces 10 jours. La précision suivante faite au lecteur en préambule a néanmoins son importance : « Ceci est une histoire vraie. Mais ceci est un roman ».

Vérité historique : A l’hiver 1926, Agatha Christie a déjà publié quelques livres qui ont rencontré un gros succès, elle est maman d’une petite Rosalind mais souffre d’être trompée (souvent) par son mari, Archibald Christie. Déprimée par le décès de sa mère survenu quelques semaines plus tôt, Agatha Christie quitte le domicile conjugal le 3 décembre 1926. Le lendemain, la police retrouve sa voiture abandonnée près d’un étang. La presse britannique s’empare de l’affaire et échafaude des hypothèses à coup de gros titres aguicheurs : suicide d’une femme délaissée, meurtre commandité par son époux voulant retrouver sa liberté, coup de publicité d’une romancière dans le but de renforcer les ventes de ses livres ? Douze jours plus tard, la romancière est retrouvée dans un hôtel d’une station balnéaire du Nord de l’Angleterre sous le nom de « Theresa Neele », le nom de famille de la maîtresse de son mari. Elle ne s’expliquera jamais sur cette disparition rocambolesque, même dans l’autobiographie qu’elle publiera des années plus tard. Mais tout porte à croire qu’elle l’a organisée pour mettre dans l’embarras son mari, qui obtiendra finalement le divorce en avril 1928 et épousera sa maîtresse.

A partir de ces faits réels, Brigitte Kernel nous entraîne dans un roman construit comme un polar : On suit Agatha Christie dans ses pérégrinations, dans son désespoir, dans ses doutes, dans ses rencontres, avec des dialogues qui sonnent justes et une ambiance de l’Angleterre de l’entre-deux guerres parfaitement saisie. On aime la femme fragile que nous dépeint l’auteur et finalement, on croit à cette autre explication avancée par Brigitte Kernel : Celle d’une femme humiliée, dévastée par le chagrin qui prend le large, après avoir loupé son suicide, dans un espoir fou de voir son mari lui revenir, repenti et toujours amoureux. C’est très bien écrit, et même si l’on sait que, finalement, tout cela n’est qu’une hypothèse parmi d’autres, on se laisse prendre par le suspens savamment distillé et on happé par l’histoire. Et si la dernière énigme d’Agatha Christie venait de tomber ?

 

 

 

Jean-Luc Manet, entre rock n’roll et littérature

Jean-Luc Manet est un homme qui aime la discrétion et l’élégance. Parisien, écrivain et critique musical au magazine culturel Les Inrockuptibles, il a accepté de nous parler de la passion qu’il voue à l’écriture et à la littérature, de ses modèles en écriture, de ses envies, de ses choix. Et de Paris aussi, son « village » dont il adore arpenter les trottoirs en quête de… En quête de quoi ? Lisez… Jean-Luc Manet a beaucoup de jolies choses à vous dire. Belle rencontre que cette rencontre !

JLM (photo Jérôme Soligny) (1)
Photo : Jérôme Soligny

Jean-Luc Manet, vous êtes écrivain et critique musical, notamment pour le magazine culturel Les Inrockuptibles, depuis de très nombreuses années. De la musique ou des livres, qui est entré en premier dans votre vie ?

Jean-Luc Manet : « Enid Blyton et son Club des Cinq ont dû précéder le rock’n’roll d’une courte tête, mais j’ai l’impression de n’avoir jamais vécu sans livres ni musique. Du reste, J’ai souhaité leur donner le même genre de prolongement personnel, écrire sur la musique, écrire des histoires. Y participer en somme ».

 Depuis quand écrivez-vous ? J’entends par là, quand vous êtes-vous lancé dans l’écriture de nouvelles ? Est-ce votre métier de critique musical qui vous a mené à cette écriture ?

« La musique et l’écriture sont indissociables, depuis toujours. Je me suis passionné pour le rock et pour la presse musicale quasi simultanément. Très jeune. Le côté « Tintin aux premières loges » des critiques rock me fascinait. Je voulais absolument faire ça, être au cœur du volcan et le raconter. Et puis je viens d’un milieu d’enseignants où l’écrit, livres et journaux, est quelque chose qui compte. C’était assez naturel que je relie musique et écriture. J’écris sur le rock depuis 1979 et reste très attaché à ces rythmes. Par contre, si j’écoute toujours autant de musique, je dois bien avouer que son environnement m’intéresse moins depuis une paire de décennies. Le milieu a changé, comme si les maisons de disques privilégiaient aujourd’hui l’actionnaire plutôt que l’artiste. Les groupes sont devenus interchangeables et défilent sans avoir le temps d’écrire une histoire. Et sans histoire à raconter, il est difficile d’enflammer le lecteur. Alors, grosso modo au changement de siècle, il m’a fallu trouver une autre piste, juste pour combler l’envie d’écrire. Et la fiction s’est imposée sans même y réfléchir. Bien sûr, mes romans et nouvelles sont truffés de références à la musique : ils ont tous une sorte de bande-son. Sans parler des recueils « Rock & Noirs », qu’avec mon ami Jean-Noël Levavasseur, nous consacrons aux groupes qui nous sont chers. Là c’est l’ombilic ultime entre tout ce que j’aime : écrire, raconter des histoires, et rallier d’autres auteurs du noir à la cause rock’n’roll. Nous en sommes à onze recueils, dont ce London Calling, 19 histoires rock et noires, publié chez Buchet-Chastel et consacré au double album culte de Clash, qui a connu un joli succès en librairies ».

JLM (Tulle 2)

La musique, l’écriture sont-ils pour vous des besoins vitaux, au même titre que manger ou dormir ?

« Pas à ce point. Ce sont mes jouets en fait. J’ai besoin d’eux, mais je peux ponctuellement m’en passer. Ça peut sembler très prétentieux, mais j’aime bien dire que j’ignore l’angoisse de la page blanche. Plus sérieusement, si je n’ai rien à raconter, je n’insiste pas, je préfère partir me balader. Et c’est d’ailleurs souvent en promenade que les idées viennent. De fait, vous remarquerez que mes personnages marchent beaucoup ».

 La nouvelle semble être votre mode d’expression favori. Pourquoi ?

 « C’est vrai que j’aime bien le rythme des textes courts, toujours au plus près de l’essentiel, sans gras. Et puis j’y vois aussi un lien évident avec le rock’n’roll. Une chanson doit tout dire en trois minutes, une nouvelle se plie aux mêmes règles d’urgence et de concision ».

 Pas envie de vous lancer dans l’écriture d’un roman plus long ?

 « J’y pense bien sûr mais mon temps est trop fractionné actuellement pour me permettre de tenir la tension sur 300 pages. J’ai un métier de grand garçon (je suis postier) qui m’oblige à majoritairement écrire en vacances ou dans les transports. Et je crois qu’il est important d’écrire vite, quasiment sans respirer, ne rien lâcher, pour que le texte se tienne et frappe juste. Si on lève la tête, c’est foutu, la cohésion se fendille. Il ne faut rien lâcher tant que le point final n’est pas posé. Je ne dispose donc pas des deux mois minimum de liberté qu’il me faudrait pour mener à bien un projet au long cours. La retraite approche et avec elle un horizon sans doute plus propice. On verra… »

 Vous excellez dans l’écriture de polar. Pourquoi avez-vous choisi ce genre littéraire ? Parce que vous êtes vous-même lecteur de polar ?

« Oui, je suis un grand consommateur de romans noirs, américains et français surtout. Là sont mes racines, je ne peux pas le nier. Et tant pis si on me compare régulièrement à des gens comme Marc Villard ou Jean-Bernard Pouy. Je considère d’ailleurs qu’il est essentiel de garder une attitude de lecteur en écrivant. Lire ses phrases comme si elles étaient d’un autre, écouter et juger leur mélodie, virer tout ce qui en casse le rythme… »

Rock et polar sont deux univers qui vont bien ensemble, je trouve.

 « Le roman noir est avant tout le miroir de son époque. Les grands auteurs classiques américains comme David Goodis ou Dashiell Hammet l’ont longtemps affilié au jazz. Le rock a naturellement prit le relais, mais les musiques n’en écrivent que la bande-originale au bout du compte. Elles peuvent donner le tempo, souligner une ambiance ou ancrer un décor, comme au cinéma, mais n’ont que rarement une véritable incidence sur les récits ».

 Avec Les Honneurs de Sophie  (e-book aux éditions Dominique Leroy), vous vous êtes autorisé une incursion dans la littérature érotique. Pourquoi ?

 « En fait, c’était une sorte de pari face au déferlement médiatique engendré par les 50 nuances de guimauves. Un genre de « pourquoi pas moi ? ». Le plus drôle est que je me suis lancé sans avoir jamais côtoyé ce domaine, sans la moindre idée des conventions du genre. Je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, mais j’ai trouvé en ChocolatCannelle (directrice de la collection e-ros) une interlocutrice sérieuse et attentive. C’était très rassurant, comme l’ont été les commentaires de lecteurs ».

Pensez-vous y revenir ?

 « Vraisemblablement, mais toujours de façon ludique. Je tiens à ce que cela demeure une récréation, aussi bien pour moi que pour mon héroïne. Jamais il n’arrivera quoi que ce soit de fâcheux à Sophie, ni viol ni aucune autre de forme de violence physique ou psychologique faite aux femmes. Sans son sourire et ses formes solaires, ces contrepoints roses de mes écrits noirs, elle n’aurait aucune raison d’exister. Son insouciance, sa fraîcheur, la légèreté de ses aventures et de ses tenues m’amusent, mais elle seule décide de son destin. Elle est libre, c’est elle qui me chuchotera une « Saison 2 », le moment venu ».

 Trottoirs , votre dernier ouvrage sorti en septembre 2015 aux éditions In8 (dont les lecteurs peuvent retrouver la chronique sur ce blog) retrace avec beaucoup de justesse et de sensibilité le parcours d’un SDF dans les rues de Paris, confronté aux meurtres de compagnons de galère. Le thème n’est pas banal. Comment cette idée vous est-elle venue ?

 « En me promenant bien-sûr. En prenant les transports en commun aussi. Romain est un de ces fantômes que je croise quotidiennement. J’ai imaginé l’histoire de l’un d’entre eux, sans démagogie, sans excès d’empathie, juste raconter. Trottoirs n’est en aucun cas un slogan social, un constat tout au plus. On ne peut pas être juge et partie, je ne suis donc pas le mieux placer pour parler de mes livres, mais j’ai bien aimé que de nombreuses chroniques parlent de poésie ».  

 Votre ville, Paris, devient en quelque sorte l’un des personnages central de ce livre. La description que vous en faites sonne particulièrement vrai. Votre ville natale est-elle souvent une source d’inspiration ?

« Tout à fait. Trottoirs est une autre preuve qu’elle n’est pas parfaite, mais j’aime ma ville, c’est indéniable. J’y suis né, j’y suis chez moi, surtout dans ce quartier autour de Bastille qui était déjà celui de mes grands-parents. Alors oui, j’aime écrire Paris, au gré de mes pérégrinations. Pour autant, j’espère ne pas en donner une image de carte postale. Je me contrefous de « la ville lumière » pour touristes ou bobos : je raconte mon village, c’est tout. Je le picore, par petites touches que je retranscris en mots. Pour donner un exemple : le banc de Trottoirs existe vraiment. Le livre y est né ».

 Quel lien entretenez-vous avec vos lecteurs ? Etes-vous, par exemple, un adepte des salons du livre et séances de dédicaces ?

« Si l’on m’invite, je me rends disponible. Ça fait partie du  SAV. Mais je ne cours pas après. C’est toujours un peu étrange d’être assis derrière une table et de regarder les badauds défiler. Comme l’impression d’être au zoo, mais pas du bon côté des barreaux. Ceci-dit, on enregistre aussi régulièrement de jolies rencontres, voire des contacts ou des amitiés qui perdurent ».

 Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

 « A cette question, je réponds toujours non. D’une part, lapalissade, ce n’est pas parce qu’on a commencé un texte qu’on va le finir. Si le truc ne pétille pas, ou pas assez, il est parfois préférable de le ranger dans les cartons, en attendant qu’il trouve un regain de sens. Mais surtout, je trouve pathétique ces musiciens ou auteurs qui annoncent toujours l’œuvre de leur vie pour demain. Systématiquement envie de leur dire « ben écoute coco, termine d’abord, on jugera après ». Donc non, je n’ai pas de projets, ou presque…  »

Merci Jean-Luc Manet d’avoir accepté de répondre à mes questions.