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Le dernier message de Sandrine Madison

sandrine madisonLe dernier message de Sandrine Madison, c’est celui que cette femme de 46 ans, professeur d’histoire dans une université américaine de seconde zone, laisse sur sa table de chevet avant de se donner la mort par l’absorption massive d’antidouleurs, conjuguée à des antihistaminiques . Un message mystérieux où il est plus question de la reine Cléopâtre que des raisons de son geste. Un message qui intrigue assez la sergente dépêchée sur place pour qu’elle émette un doute sur le suicide supposé de Sandrine Madison. D’autant qu’un faisceau d’indices permet de supposer l’implication du mari, Samuel Madison, lui aussi professeur dans la même université. N’avait-il pas toutes les raisons de supprimer sa femme, lui qui la trompe avec l’épouse d’un de ses collègues et qui la savait condamnée à moyen terme à une longue agonie dont il aurait à subir les conséquences ? Et s’il avait préféré prendre les devants sur une mort de toute façon inéluctable ?

Samuel Madison, soutenu par sa fille unique Alexandria, clame son innocence. Mais les éléments sont assez nombreux pour qu’il soit déféré devant la justice américaine. Lorsque commence Le dernier message de Sandrine Madison de Thomas H. Cook, (paru dans sa version française aux éditions du Seuil), le procès de Samuel Madison commence dans la petite ville de Coburn (Géorgie), devant une foule de spectateurs vengeurs, pas mécontents de voir un universitaire notoirement imbu de sa personne, risquer la peine capitale.

Plus qu’un polar, Le dernier message de Sandrine Madison est d’abord un roman de prétoire. On suit au fil des jours le procès de Samuel Madison, aidé par un avocat coriace qui a juré à son client de lui éviter la potence. Au fil de flash-back et de témoignages plus ou moins accablants pour l’accusé, la relation entre Sandrine et Samuel, vieille de plus de 20 ans, est disséquée, interprétée, mise à nu par un procureur, plus que convaincu de la culpabilité de l’accusé et qui fait tout, jusqu’à humilier un témoin, pour en convaincre  les jurés. On comprend très vite la complexité cette relation qui s’est nouée entre espoirs, rêves, déceptions, aigreurs et même haine. Et on est perdu entre les différentes pistes qui s’ouvrent. Et si le forcément coupable Samuel Madison était finalement victime d’une machination diabolique ourdie par sa propre femme ? La vérité, vous l’aurez compris, est encore bien plus complexe, et c’est là où réside tout le talent de Thomas H. Cook, auteur que j’ai découvert complètement par hasard, et qui m’a tout autant séduite.

C’est sur le verdict que se referme ce roman au terme d’un suspens très finement mené. Bref, un livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver chaque soir, un livre parfait pour se détendre, un livre à mettre dans ses valises cet été.

 

 

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Le train bleu

train bleuParfois, il m’arrive d’avoir envie de replonger dans mes classiques. Les romans d’Agatha Christie, dont j’ai commencé la lecture quand j’avais 12 ans, en font partie. Je les ai tous lus au moins une fois. Si ses plus célèbres sont gravés à jamais dans ma mémoire, il en est d’autres dont j’ai tout oublié de l’intrigue. Ainsi Le train bleu dont je viens de terminer la relecture avec un plaisir infini. Et pourtant, un article trouvé par hasard sur le net m’apprend qu’Agatha Christie n’aimait pas ce roman, publié en 1928 en Grande-Bretagne et en 1932 en France. Qu’importe ! Puisqu’on y retrouve tout ce que j’aime chez cette écrivaine : Une ambiance victorienne à souhait, une riche héritière, un lord ruiné, un énigmatique voleur de bijoux, un Hercule Poirot au meilleur de sa forme, un train mythique et… un meurtre. Oui, un seul meurtre… ce qui n’est pas si courant dans la longue liste des romans d’Agatha Christie où bien souvent le meurtrier ou la meurtrière est contraint de tuer à nouveau pour échapper à un maître chanteur ou réduire au silence un témoin gênant.

Dans le mythique « Train bleu » qui relie Calais à Nice, une riche héritière américaine mal mariée à un lord anglais coureur de jupons, joueur et sur le point d’être ruiné est assassinée. Or, l’héritière venait d’engager une procédure de divorce. Autre fait troublant : sa mallette qui contenait pour plusieurs centaines de milliers de francs de bijoux a disparu. De même que sa femme de chambre… La police niçoise enquête sans parvenir à grand chose. Heureusement pour elle, dans le train bleu, à quelques compartiments du lieu du crime, se trouvait Hercule Poirot, jeune retraité en partance lui aussi pour la Riviera. Evidemment, la police française est soulagée de pouvoir faire équipe avec l’illustre détective belge qui n’en demandait pas tant.

Le fait que Le train bleu se passe en France n’a pas été pour me déplaire. A travers les lignes, on sent combien Agatha Christie, qui a vécu en France pendant son enfance et qui parlait couramment le français, aimait notre pays et plus encore sans doute la Côte d’Azur. Comme à l’habitude, la romancière s’y entend à merveille pour multiplier les fausses pistes et laisser Hercule Poirot nous rouler dans la farine. Jusqu’au dernier chapitre. Le plus rageant est de se dire que tout était pourtant sous notre nez et qu’après avoir tant lu de livres de cette auteure, on se laisse encore berner.

Bref, ce fut une lecture bien plaisante, bien distrayante. Près de 100 ans après avoir été écrits, les romans d’Agatha Christie restent vraiment une valeur sûre. C’est certain, j’en glisserai un ou deux dans ma valise cet été !

 

 

Rendez-vous avec le crime

Je suis particulièrement fan des polars britanniques, aussi, quand j’ai vu que Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman était proposé sur la plateforme Netgalley, j’ai tout de suite fait une demande d’envoi à l’éditeur, Robert Laffont, laquelle a été acceptée.

L’action de Rendez-vous avec le crime se déroule dans les terres septentrionales du Yorkshire en Angleterre. Samson O’Brien, policier à la prestigieuse « Met » à Londres, revient dans son village natal pour tenter de se faire oublier après avoir trempé dans une affaire louche, dont on ne sait pas grand chose de plus. Les retrouvailles ne sont pas des plus chaleureuses, ni avec son père, ancien alcoolique, ni avec ses amis qu’il a brusquement quittés après une dernière dispute avec son père, 14 ans auparavant. Pour passer le temps, en espérant que les choses finissent pas se tasser à Londres, Samson O’Brien ouvre une agence de détective privé à l’étage des locaux où son amie d’enfance, Delilah Metcalf a ouvert une agence matrimoniale quelques mois plus tôt. Or, Delilah s’aperçoit bientôt avec effroi, qu’un à un, les clients de son agence meurent accidentellement de façon bizarre. Très vite, elle s’interroge : Et si ces morts étaient des crimes ? Mais pour quel mobile ? Aidée par Samson O’Brien qu’elle appelle à la rescousse, Delilah Metcalf mène l’enquête.

Ce polar a réellement constitué une très belle distraction. L’ambiance « village anglais » telle que je me l’imagine y est parfaitement rendue, avec soirées au pub, concours de fléchettes et matches de rugby, le tout dans un cadre verdoyant et fleuri, comme sont forcément les campagnes britanniques. En cela, ce polar n’est pas très éloigné de la géniale série de M.C. Beaton Les enquêtes d’Agatha Raisin, en un peu moins déjanté et humoristique, toutefois. L’enquête est vraiment plaisante à suivre, même si la profusion de personnages secondaires peut rendre la lecture un peu ardue au début. J’ai personnellement eu un peu de mal à m’y retrouver quand j’ai commencé ma lecture mais cela reste un détail car ce polar est, par ailleurs, très bien construit, en tous cas assez pour brouiller les pistes et nous sortir un(e) coupable auquel je n’avais pas pensé du tout. Alors, certes, ce n’est pas non plus le polar du siècle mais il rend pleinement son office : Faire passer un très bon moment à son lecteur. Rendez-vous avec le crime est sous-titré : Tome 1 : les détectives du Yorkshire, de quoi laisser augurer le premier chapitre d’une longue série. C’est plutôt une bonne nouvelle.

 

 

Le beau mystère

Le beau mystère est un polar écrit par la Canadienne anglophone Louise Penny, et traduit en français (québécois) par Claire et Louise Chabalier. Il est paru en France dans la collection actes noirs chez l’éditeur Actes Sud. C’est un livre qui a fait partie de mes cadeaux à Noël dernier et qui n’était pas dans mes priorités de lecture. A tort car j’ai vraiment passé un bon moment en le lisant.

Je ne connaissais pas du tout Louise Penny. Je ne savais donc pas qu’elle était l’auteure d’une série de polars, qui se passent tous au Québec et qui sont emmenés par l’inspecteur-chef Armand Gamache. Le beau mystère fait partie de cette série. Et même si le roman fait allusion à des événements passés au sein d’énigmes précédentes, on peut parfaitement le lire et le comprendre. Ces allusions donnent juste envie de nous plonger dans la série, ce qui est plutôt de bon augure.

Quid de ce beau mystère donc ? Au plein coeur d’une forêt sauvage au Québec vit, quasi recluse, une communauté religieuse que tout le monde croyait éteinte depuis longtemps, Les Gilbertins. Contre toute attente, ces spécialistes du chant grégorien, qui ont fait voeu de silence, ont connu quelques mois plus tôt, un succès planétaire avec l’un de leurs enregistrements. Un événement aussi inattendu que bouleversant pour les 24 moines du monastère, peu préparés à vivre une telle tornade médiatique et à se trouver à la tête d’une manne financière aussi importante que bienvenue. Or, un matin, le frère Mathieu, prieur et chef de choeur du monastère à l’origine de l’enregistrement, est retrouvé mort assassiné dans le jardin privé du père-abbé, le crâne fracassé. L’inspecteur-chef Armand Gamache et son adjoint, Jean-Guy Beauvoir, sont dépêchés sur place pour faire toute la lumière sur cette histoire. Avec une certitude : L’auteur des faits ne peut-être que l’un des moines de l’Abbaye. Oui, mais lequel ?

J’ai beaucoup aimé ce polar, exact contraire de ce que l’on appelle un « page-turner ». (Même si je n’ai rien contre les « pages turner » et que j’en lis même assez régulièrement). Car, tout est lent dans ce polar. Et pourtant, paradoxalement, on ne s’ennuie pas une minute. Sans doute parce que cette lenteur s’accorde parfaitement avec l’ambiance si particulière du monastère dans lequel se déroule l’histoire, ambiance parfaitement rendue, par ailleurs. Installés dans une « cellule » parmi les moines, Armand Gamache et son adjoint vivent au rythme des prières, messes, travaux, chants grégoriens et repas pris par les moines. Tout en essayant de percer le mystère de ces hommes emmurés dans le silence, dont la mise en lumière soudaine n’a pas été sans quelques tensions, au point de créer deux clans prêts à l’affrontement. L’approche n’est pas simple. Et il faudra toute la subtilité de nos deux fins limiers pour faire tomber les barrières… et les masques. Car on peut être moine et n’en rester pas moins homme.

Parallèlement à l’enquête, une autre histoire se joue. Celle de l’adjoint, Jean-Guy Beauvoir, fragilisé psychologiquement par une prise d’otages pendant laquelle il a été grièvement blessé et plusieurs de ses camarades policiers tués. Alors qu’il remonte doucement la pente en prenant une part très active à l’enquête, il est rattrapé par ses anciens démons et par la culpabilité, influencé en cela par un directeur de police qui ne semble pas avoir envie que tous les tenants et les aboutissants de cette affaire soient révélés au grand jour. Une histoire dans l’histoire qui apporte un intérêt supplémentaire à cette enquête prenante, qui ménage le suspens jusqu’au bout pour nous sortir finalement un coupable insoupçonnable…

 

 

La Disparition de Stephanie Mailer

stephanie mailerAprès les immenses succès qu’ont été La vérité sur l’affaire Harry Quebert et Le Livre des Baltimore, autant dire que La Disparition de Stephanie Mailer (Editions du Fallois) du même Joël Dicker, était plus qu’attendu. C’est sans doute la raison pour laquelle 300 000 exemplaires dudit roman ont été édités pour sa sortie annoncée en grandes pompes. J’avais personnellement adoré les deux premiers opus, c’est donc avec l’assurance de passer encore un très très agréable moment de lecture que je me suis précipitée sur La Disparition de Stephanie Mailer. Je ressors de cette lecture avec un avis mitigé, qui me vaut de classer aujourd’hui ce roman parmi mes déceptions. Peut-être tout simplement parce que j’en attendais trop…

Commençons par l’histoire : Le 30 juillet 1994, à Orphea, petite station balnéaire tranquille et plutôt huppée de la côte est des Etats-Unis, le maire de la ville, son épouse et leur fils sont sauvagement assassinés alors que s’ouvre la première édition d’un festival de théâtre. Une joggeuse, témoin des meurtres, figure également parmi les victimes. Deux jeunes enquêteurs, qui viennent de sortir de l’école de police, sont désignés pour mener l’enquête. Leur fougue leur permet de mettre un nom assez rapidement sur le coupable. Mais celui-ci meurt pendant son interpellation avant d’avoir pu avouer les crimes. Vingt ans plus tard, une jeune journaliste, arrivée à Orphea depuis peu, affirme avec aplomb à l’un des deux inspecteurs qu’il s’est trompé de coupable à l’époque « parce qu’il n’a pas vu un détail qui se trouvait sous ses yeux ». Cette journaliste, c’est Stephanie Mailer. Le soir même, elle disparaît. Les deux inspecteurs, aidés par une jeune collègue venue à Orphea guérir une déception sentimentale, décident de reprendre l’enquête de zéro pour savoir ce qu’il est advenu de Stephanie Mailer et qui a bien pu commettre les quatre crimes 20 ans auparavant.

Le roman de Joël Dicker est construit comme une série américaine. Le lisant, j’ai souvent eu l’impression de me trouver dans « Cold Case », série dans laquelle Lily Rush et ses inspecteurs reprennent des affaires jamais élucidées à la faveur d’un nouvel élément. Comme dans la série, les inspecteurs découvrent des faits qui se sont passés à l’époque et les personnages les revivent à coups de flash-back écrits à la première personne. C’est aussi un roman où se croisent une multitude de personnages, qui, tous, cachent une fêlure qui ne nous est dévoilée que par petites touches. Une multitude de personnages qui permet de brouiller les pistes et de multiplier les suspects possibles. C’est sans doute là le réel talent de Joël Dicker : Parvenir à faire monter le suspens, à ajouter des fausses pistes aux fausses pistes et donc à nous rendre accros à la lecture. Parce que, dans ce domaine, le contrat est parfaitement rempli. J’ai dévoré les 635 pages de ce roman en quelques jours et ce fut un très agréable divertissement.

Alors, d’où me vient donc ce sentiment mitigé après avoir refermé ce livre hier soir ? Sans doute, d’abord, de ses personnages trop souvent caricaturaux et donc, improbables. Comment croire à cet ancien flic, reconverti en metteur en scène mégalomane et égocentré qui, depuis 20 ans, travaille la même première scène de sa pièce de théâtre, tout en injuriant et en renvoyant tour à tour ses comédiens amateurs, en survivant de petits boulots et en affirmant qu’il a écrit la pièce du siècle ? Comment croire à Alice, maîtresse vénale du rédacteur-en-chef d’un magazine littéraire new-yorkais qui surjoue l’hystérie et la bêtise intellectuelle ? Sans parler des « personnages clichés » : La riche épouse d’un directeur de chaîne de télévision qui n’en peut plus de cette vie trop facile et donc sans intérêt et qui rêve de retrouver le temps où elle et son mari tiraient le diable par la queue mais étaient heureux, au moins ! Ou encore la fille à papa trop gâtée et brillantissime au lycée qui tombe dans la drogue.

Sans doute aussi des incohérences dans le récit : Voilà deux enquêteurs qui, 20 ans plus tôt, ont bâclé une enquête en quelques semaines en oubliant d’interroger des témoins cruciaux et qui se révèlent tout compte fait, beaucoup plus intelligents et tatillons 20 ans après. Voilà aussi des témoins, qui, il y a 20 ans, savaient pertinemment que le coupable désigné n’était pas le bon parce qu’ils avaient la preuve que ça ne pouvait pas être lui. Mais qui n’ont rien dit à l’époque, en gros, parce qu’ils ne voulaient pas être emmerdés. Mais qui sont beaucoup plus loquaces 20 ans  après. Voilà un coupable (le vrai) qui n’hésite pas à tuer trois personnes et à essayer d’en tuer une quatrième pour ne pas être découvert mais qui, à la toute fin du roman, avoue tout sans se faire prier et presqu’en pleurant, parce qu’on le menace de mettre une personne qui lui est chère en prison. Quel retournement ! Ca sent le final bâclé…

Sans doute enfin de quelques scènes ubuesques et complètement improbables comme la représentation de la pièce de théâtre qui frise le ridicule (non, qui est carrément ridicule et irréaliste) ou encore le chapitre sur les grands-parents de l’un des inspecteurs dont la vulgarité et la caricature m’ont mise vraiment mal à l’aise (Je me suis même demander si l’auteur n’avait pas volé ce chapitre à Nadine Monfils !). Sans parler encore une fois de l’improbabilité de la chose : Des gens vulgaires et bêtes à manger du foin qui se révèlent des gens exquis au contact d’une petite cousine charmante (qui tout compte fait n’est pas vraiment leur petite cousine d’ailleurs) venue s’installer chez eux et dont l’inspecteur tombe très vite amoureux (C’est pour éviter la consanguinité sans doute qu’il fallait qu’elle ne soit pas, tout compte fait, la petite cousine des grands-parents).

Joël Dicker a réussi à construire une énigme passionnante. Dommage, vraiment, qu’il l’est coulée dans un décor trop factice avec des personnages dépeints à la truelle et sans consistance.

La Serpe

la serpeJe viens de terminer un énorme pavé : Les 650 pages de La Serpe de Philippe Jaenada. Il m’aura fallu pas loin d’un mois pour en venir à bout. Ce fut une lecture plaisante. Même si j’avoue avoir un peu décroché, un peu survolé certains passages dont le souci du détail et de la précision ont fini par me peser.

Je ne connaissais pas Philippe Jaenada. C’est une de mes cousines, séduite par son précédent ouvrage, La petite Femelle, qui me l’a conseillé. Tombant par hasard sur La Serpe (Prix Fémina 2017, paru aux éditions Julliard) dans une librairie, j’ai été convaincue par le résumé en 4ème de couverture. Car La Serpe n’est pas un roman comme un autre. Il raconte l’histoire d’un fait-divers atroce non élucidé, qui s’est passé dans le Périgord pendant la 2ème Guerre mondiale, et que Philippe Jaenada s’est promis de tirer au clair. Pour moi qui suis fan d’émissions telles que « Faites entrer l’accusé » ou bien « Chroniques criminelles », ce roman apparaissait comme une belle promesse.

Sur bien des points, cette promesse a été tenue. Revêtant les habits d’un Hercule Poirot ou d’un Sherlock Holmes, Philippe Jaenada se met en scène dans sa quête de la vérité. Et c’est plutôt réussi, tant ses multiples digressions, ses connivences avec le lecteur (qui m’ont valu sans doute l’un de mes plus gros fou-rires de lectrice) font mouche. Rien que pour cette écriture, cet humour, ce livre vaut le coup d’être lu. L’enquête mène Philippe Jaenada dans le Périgord, sur le lieu de la tragédie qui s’est passée quelques 70 ans plus tôt. Retour sur ce drame : Un soir d’octobre 1941, Georges Girard, sa soeur Amélie et leur domestique Louise sont sauvagement assassinés à coups de serpe dans le château familial. Le lendemain, le fils de Georges, Henri, 24 ans, qui dormait à l’étage dans une autre aile du château découvre le massacre. L’enquête, bâclée, démontrera que personne n’a pu entrer dans le château par l’extérieur. Henri Girard fait très vite figure de seul suspect, alors même qu’il clame haut et fort son innocence. Incarcéré pendant près de deux ans, condamné par l’opinion publique avant même son procès, il sauve sa tête grâce à la pugnacité de son avocat, le très réputé et parisien Maurice Garçon. L’annonce de son acquittement crée de vives tensions autour du tribunal de Périgueux. Pendant des années et des années, la population locale -paysanne et ouvrière- vivra avec le sentiment qu’on a acquitté un assassin, protégé par son statut de « notable ». Blanchi par la justice, Henri Girard hérite de la fortune de son père, la dilapide rapidement, et part se faire oublier en Amérique du Sud où il fera tous les métiers. C’est cette expérience qui servira de décor à l’un de ses plus célèbres romans Le salaire de la peur, publié sous le pseudonyme de Georges Arnaud. En l’adaptant au cinéma en 1952, Henri-Georges Clouzot lui apportera une certaine renommée et surtout la fortune. Journaliste, écrivain, agitateur, libertaire, cynique, Henri Girard mènera une vie de bohême, tour-à-tour riche ou pauvre, ne revenant sur le drame de sa jeunesse qu’à de rares exceptions et toujours pour réaffirmer son innocence. Il est décédé en 1987.

Philippe Jaenada a choisi de bâtir son roman en trois parties : Il commence par raconter la vie d’Henri Girard, qui fut foisonnante et passionnante à bien des égards, sans rien cacher de ses défauts ou de ses manquements, tout en occultant complètement la période entre le drame et l’acquittement. Puis, il revient longuement sur les circonstances du crime et sur l’enquête qui a suivi qui conduisit à voir en Henri Girard le seul assassin possible. Ces deux parties sont pour moi les plus intéressantes du roman. Bien documentées, elles sont aussi très bien racontées. Et puis, dans un dernier acte, « l’inspecteur » Jaenada commence le démontage point par point de l’instruction et tend à prouver que l’assassin n’était pas celui que l’on croit. Evidemment, c’est à un travail faramineux que s’est attaqué l’auteur qui a lu et relu l’ensemble des archives et PV d’audition qui ont été consignés à l’époque et rencontré des descendants des témoins du drame. Il s’est astreint aussi à une étude minutieuse de la vie d’Henri Girard et de ses écrits, notamment ses romans et interviews. Et il faut vraiment saluer ce travail remarquable.

Toutefois, même si cette quête de la vérité est très intéressante, même si on la suit avec un certain bonheur, même si on finit par se dire que les déductions de Philippe Jaenada ne doivent pas être loin de la vérité, même si l’écriture de ce roman -qui se lit comme un polar- est assez jubilatoire, j’avoue, comme indiqué au début de cette chronique, que je me suis parfois perdue entre les témoignages des uns et des autres, les précisions apportées, les expériences menées par l’auteur pour prouver ses dires. (Ces vécés désaffectés, finalement, pouvait-on oui ou non en ouvrir la petite fenêtre pour pénétrer dans le château ? Philippe Jaenada explique, démontre, fait des suppositions, redémontre, contrecarre l’instruction… Bref, au bout d’une quinzaine de pages, cela finit par lasser. Surtout quand il y revient encore quelques pages plus loin). Malgré tout, et ce sera ma conclusion, La Serpe reste un très bon roman, qui se lit sans déplaisir, surtout si on est amateur de polars ou d’énigmes à la Roulatabille.

La disparue de Noël

la disparue de noëlVoici une lecture de circonstances que m’ont offerte les éditions Le Cercle.Belfond via le site Netgalley. La disparue de Noël est un thriller écrit par la Britannique Rachel Abbott. L’inspecteur Tom Douglas qui mène l’enquête est, apparemment, un habitué des romans de cette auteure. J’écris « apparemment » parce que, personnellement, je ne connaissais pas du tout Rachel Abbott et avant La disparue de Noël, je n’avais rien lu d’elle.

Quelques jours avant Noël, 8 ans avant le début du roman, quelque part en Angleterre, Caroline Joseph a un grave accident de voiture avec sa fille de 6 ans, Nathasha. La jeune mère est tuée sur le coup. Quant à Nathasha, elle disparaît avant l’arrivée des secours et reste introuvable malgré l’énorme dispositif mis en place.

8 ans après, David Joseph, veuf de Caroline et père de Nathasha, a épousé Emma. Ils ont un petit garçon d’à peine 18 mois, Oliver, dit « Ollie ». Très riche banquier d’affaires, David croit avoir enfin retrouvé le bonheur quand une jeune fille de 13 ans débarque un jour chez lui. Immédiatement, David reconnaît Natasha. La vie du nouveau couple bascule alors dans un cauchemar sans nom…

Selon les termes consacrés, ce thriller est vraiment des plus efficaces. Une fois qu’on l’a commencé, difficile de le lâcher. D’autant que plusieurs énigmes, dont l’une est directement liée à l’inspecteur Tom Douglas, viennent s’entremêler et que les rebondissements ne manquent pas. Les amateurs du genre seront conquis. Pour ma part, même si j’ai pris plaisir à lire ce roman et qu’il a été un excellent divertissement, j’avoue avoir été un peu déçue par l’impression d’invraisemblance qui se dégage de l’ensemble. Evidemment, l’enquête est menée tambour battant, sans temps mort, sans presque laisser le temps de respirer au lecteur mais, du coup, il y a comme une impression de « trop ». J’ai vraiment du mal à pouvoir imaginer un tel scénario « dans la vraie vie ».

En revanche, j’ai beaucoup aimé l’épilogue du roman, pas du tout en forme « d’happy end » à l’américaine. La très large place qu’il laisse à l’émotion et à l’espoir m’a réellement touchée.