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La tresse

la tresseJ’ai terminé il y a quelques jours La tresse, premier roman de Laetitia Colombani (paru aux éditions Grasset) qui a reçu, à l’époque de sa sortie, tous les éloges des médias en général à tel point que certains le  voyaient déjà récompensé par un prix littéraire.

J’ai laissé passer quelques jours avant d’écrire ma chronique parce que je suis sortie de ma lecture un brin mitigée. Certes, ce roman a des qualités, la plus importante d’entre elles étant de dénoncer les violences et la discrimination dont les femmes sont encore victimes aujourd’hui partout dans le monde. Certes, je défie quiconque de ne pas être ému à la lecture du dénouement. Mais de là à en faire LE roman du moment, à porter aux nues Laëtitia Colombani… J’avoue, je m’interroge parce que, quand-même, son écriture est assez simpliste, ses personnages brossés à gros traits et elle n’évite ni les clichés, ni les outrances. Ce qui, forcément, fait perdre de la crédibilité à l’ensemble.

La tresse retrace l’histoire de trois femmes, sur trois continents différents, qui ne se rencontreront jamais mais qui, sans le savoir, verront leur destin lié. D’où le titre.

Parmi ces trois femmes, il y a d’abord Smita, jeune indienne, mariée et maman d’une petite fille de six ans, Intouchable, qui pour gagner à peine de quoi survivre, vide, à mains nues, les latrines puantes des personnes de castes supérieures. Voulant que sa fille, Lalita, échappe à ce destin tout tracé, elle a économisé pendant des années pour pouvoir l’envoyer à l’école. Hélas, dès le jour de la rentrée, le maître impose à Lalita de balayer la classe. Devant son refus catégorique, l’enfant est battue jusqu’au sang. Ecoeurée et humiliée, Smita prend la décision de s’enfuir, seule avec sa fille, pour aller tenter sa chance « à la ville », plusieurs milliers de kilomètres plus loin, et tenter de s’élever socialement.

Il y a aussi, Giulia, 20 ans, sicilienne qui travaille dans l’atelier de son père, un atelier spécialisé dans le traitement des cheveux humains pour en faire des perruques ou des extensions. Alors que la jeune femme vient de commencer une histoire d’amour avec le beau Kamal, un jeune réfugié Sikh, elle apprend que son père a été victime d’un accident de la route qui l’a laissé pour mort. Commence alors un chemin de croix pour la jeune femme quand elle comprend que l’atelier est en faillite et que le seul moyen de le sauver est d’épouser un riche ami de la famille.

Il y a enfin Sarah, brillante avocate quadragénaire qui vient d’être élevée au rang d’associée dans le prestigieux cabinet où elle travaille à Montréal. Sarah a tout sacrifié, dont ses deux mariages, pour parvenir à satisfaire ses ambitions. Mais alors qu’elle atteint l’apothéose professionnelle, elle apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. Sarah le sait : Dans son entreprise, être amoindri signifie tout perdre. Elle met alors une stratégie pour cacher le mal qui la ronge à ses collègues.

De ces trois portraits, c’est celui de Smita qui m’a le plus intéressée. On sent que Laëtitia Colombani a effectué un gros travail de recherche sur les castes en Inde et plus particulièrement, sur les Intouchables. J’ai donc appris beaucoup en lisant son texte. Je connaissais les Intouchables mais jamais je n’aurais imaginé le degré de misère dans lequel ce peuple est maintenu. J’avoue que les lignes du roman consacrés à Smita ont été une vraie claque et ce sont celles qui m’ont le plus émue.

En revanche, je suis beaucoup moins convaincue par les chapitres consacrés à Sarah et à Giulia. Tout est trop appuyé dans leur histoire, la pression et les traditions familiales pour l’une, la pression d’un monde du travail qui ne pardonne rien aux femmes, pour l’autre. J’avoue que j’avais l’impression par moment de lire un roman type « feel good » et dans ma bouche, ce n’est pas un compliment. A trop caricaturer, Laëtitia Colombani finit forcément par desservir la cause des femmes pour laquelle elle se bat.

En résumé : Un livre pas inintéressant mais trop caricatural et simpliste pour provoquer la vague d’enthousiasme qui a salué sa sortie en librairie.

 

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