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Il venait d’avoir 17 ans

C’est sans doute mon côté « midinette » qui me fait voir avec beaucoup de bienveillance l’histoire d’amour hors norme entre Emmanuel et Brigitte Macron. Hors de toute considération politique, hors de tout avis sur sa façon de conduire notre pays, j’aime assez  ce couple présidentiel qui s’aime et se respecte et l’image qu’il donne de la France à l’étranger.

C’est sans doute ce côté « midinette » qui m’a donné envie de lire cet été Il venait d’avoir 17 ans, un livre écrit par la journaliste, Sylvie Bommel et paru aux éditions JC Lattès. Le livre n’est pas bien gros et je l’ai lu en quelques jours à peine. Il se veut un portrait du couple présidentiel, et plus particulièrement de Brigitte Macron. Avec, sous-jacente, une question : Comment cette femme, bourgeoise de province, élevée dans l’enseignement privé catholique, très honorablement connue à Amiens, mariée, mère de famille a -t-elle eu le cran de tout envoyer promener par amour pour un homme de 24 ans son cadet, plus jeune que l’aîné de ses enfants ? Cette question est d’autant plus présente que Sylvie Bommel a plus ou moins le même âge que Brigitte Macron, qu’elle a reçu plus ou moins la même éducation et qu’elle est donc d’autant plus intriguée par cette histoire, je risquerai même le terme de « fascinée ».

C’est un vrai travail de journaliste que nous livre Sylvie Bommel qui est allée sur les traces de Brigitte Macron, d’Amiens, sa ville natale, jusqu’au Touquet, où elle réside fréquemment dans sa résidence secondaire, en passant par Truchtersheim, petite ville alsacienne où elle vécut un temps au gré d’une mutation de son banquier de mari, le premier s’entend.

Tout a déjà tellement été dit et écrit sur la relation entre Emmanuel et Brigitte Macron qu’on n’apprend pas de véritable scoop en lisant le récit de Sylvie Bommel. Mais il est intéressant dans le sens où il livre une espèce d’analyse psychologique de Brigitte Macron, où il décortique les rouages de cette relation amoureuse en devenir. Il met en lumière aussi un homme dont les médias ne parlent jamais, André Auzière, le premier mari de Brigitte et père de ses trois enfants. Comme le dit si justement la journaliste, quel peut-être l’état d’esprit de cet homme, discret et réservé, qui voit son ex-femme tous les jours dans les journaux étaler son bonheur conjugal et recevoir les Grands de ce monde ? Lui que la communication officielle a sciemment gommé, qui se voit même retirer sa famille, à longueur de reportages et d’articles de presse,  puisque ses enfants et petits-enfants sont désormais ceux de « Brigitte et Emmanuel ».

Une lecture plaisante, sans voyeurisme mais avec une bonne dose d’humour. A conseiller à tous ceux qui aiment Emmanuel Macron. Comme à ceux qui ne l’aiment pas.

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Reste le chagrin

Reste le chagrin est un premier roman écrit par Catherine Grive, publié chez JC Lattès, dont l’idée de départ m’a séduite : A l’initiative du général Pershing, le Congrès américain a organisé entre 1930 et 1933 des « pèlerinages » appelés « Gold star mothers » pour les mères et les veuves -non remariées- de soldats américains morts pendant la Première guerre mondiale et enterrés sur le sol français. Ces voyages collectifs s’effectuaient en paquebot entre New-York et Cherbourg. Les bénéficiaires n’avaient rien à payer et, quelle que soit leur classe sociale, voyageaient en première. Après une traversée de sept jours, elles étaient acheminées en bus jusqu’à Paris où un comité d’accueil, en grandes pompes, les attendait. Après quelques nuits passées dans les meilleurs palaces de la capitale et quelques visites culturelles, ces mères et veuves étaient conduites dans le cimetière où reposait leur fils ou leur mari. Avant de reprendre le paquebot. Reste-le-chagrin

C’est cet épisode méconnu de l’après Première guerre mondiale qui a inspiré Catherine Grive. L’héroïne de son roman, Catherine Troake, est l’ex-épouse d’un richissime homme d’affaire, habitante de New-York. Elle participe, avec une vingtaine d’autres dames venues de tous les coins des Etats-Unis, au premier des « Gold star mothers ». Arrogante, méprisante même, envers ses compagnes de voyage, Catherine Troake n’inspire pas, d’emblée, la sympathie. Au fil des pages, on comprend que son attitude cache une souffrance extrême que les années n’ont pas atténuée : La mort de son fils, Alan, 18 ans, engagé dès 1914 auprès des Français dans la Légion étrangère et tué alors que les combats venaient à peine de commencer.

Catherine Troake est une mère possessive, exclusive, qui vouait une admiration presque malsaine à son fils, qui l’a d’ailleurs conduite à délaisser ses deux filles aînées et son mari, ce qu’elle assume avec une franchise qui m’a mise un peu mal à l’aise. Le jour où Alan est mort, tout s’est donc arrêté pour Catherine qui a même fini par couper les ponts avec ses deux aînées et à divorcer de son mari. 14 ans après, la douleur est aussi prégnante et la vie de Catherine se résume à culpabiliser et à se morfondre dans la plus profonde des solitudes.

Evidemment, écrit comme cela, vous êtes en droit de vous demander ce qui m’a plu dans ce roman si sombre. Je pense d’abord que c’est l’écriture de Catherine Grive que j’ai aimée, une écriture toute en retenue, presque minimaliste. J’ai aimé aussi la façon dont l’auteur fait évoluer son personnage à la faveur d’un rebondissement qui intervient à mi-parcours du livre. Un rebondissement qui ouvre les yeux de Catherine sur un côté de son fils qu’elle ne connaissait pas, qui fait vaciller ses certitudes et lui donne l’opportunité, enfin, de commencer sa reconstruction. Reste le chagrin est un très beau roman sur le deuil, sur la souffrance et sur la façon dont chacun essaie de continuer à vivre. Malgré tout.

Toutes les familles heureuses

hervé le tellierAvec son récit autobiographique, Toutes les familles heureuses, paru chez JC Lattès, Hervé Le Tellier explore sa drôle de famille sous toutes les coutures. Avec un titre ironique, puisque, s’il est une famille qui ne fut pas heureuse, c’est bien celle de Hervé Le Tellier. Parce que, dans la famille -composée, décomposée, recomposée- de l’auteur, les sentiments ne se disent pas et si l’on s’aime, c’est avec parcimonie.

Parisien, fils unique, Hervé Le Tellier a peu connu son père et a été délaissé par sa mère pendant sa prime enfance, celle-ci trop occupée à vivre, à Londres, son histoire d’amour avec celui qui deviendra son beau-père. Un beau-père insignifiant jusqu’à l’indigence dont l’auteur admire néanmoins la faculté à supporter sa mère, malgré ses obsessions, ses variations d’humeurs incessantes, son hystérie, son égoïsme, sa jalousie maladive, presque sa folie. Une mère compliquée, un père absent, un beau-père sans consistance… Voilà qui commence bien mal… Et pourtant, Hervé Le Tellier s’en accommode et raconte, souvent avec beaucoup d’humour et toujours avec une certaine distance, voire froideur, ce que fut sa famille. Ce faisant, il rend aussi hommage à ses grands-parents maternels, qui habitaient deux étages au-dessus de chez lui, et qui ont largement pallier les manquements paternels et maternels et l’ont sans doute beaucoup aider à se construire malgré tout.

C’est une histoire attachante que nous raconte Hervé Le Tellier. C’est une histoire que j’ai beaucoup aimée parce qu’elle ne tombe jamais dans le pathos, dans la tristesse, dans un essai perpétuel de comprendre aujourd’hui en s’appuyant sur hier. C’est une histoire de famille aux personnages très fouillés qui se lit comme un roman, dans laquelle le lecteur n’est jamais désagréablement placé en voyeur. C’est aussi une très belle plume, nuancée, drôle, qui sait rester légère même quand elle écrit des choses tristes. Bref, c’est une belle réussite.