Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

La maison à droite de celle de ma grand-mère

la maisonJ’ai eu la chance, en 2017, de pouvoir lire 41 livres. La plupart ont été de belles découvertes ou redécouvertes, certains aussi de belles déceptions… En 2017, pourtant, je n’avais pas encore eu LE coup de coeur, le genre de coup de coeur qui fait qu’une lecture vous emporte loin, très loin et que l’idée même de la reprendre là où le sommeil vous avez arrêté vous met en joie. Plus encore, vous donne du bonheur.

C’est exactement ce que j’ai ressenti, à quelques jours de 2018, en lisant La maison à droite de celle de ma grand-mère, un roman écrit par Michaël Uras et que les éditions Préludes m’ont permis de découvrir en avant-première grâce à la plateforme Netgalley.

Ce roman nous entraîne en Sardaigne, île italienne d’où est originaire Giacomo, traducteur d’une trentaine d’années qui vit désormais seul à Marseille. Appelé en urgence par son oncle Gavino au chevet de sa grand-mère mourante, Giacomo saute dans le premier bateau en partance pour la Sardaigne. A peine débarqué, il est happé par cette île qu’il a quittée avec l’impression d’y étouffer il y a de nombreuses années et sur laquelle il remet désormais rarement le pied. Au contact de ses anciens amis et de sa famille, il se sent plus Sarde qu’il ne l’a sans doute jamais été. Et le voyage qui ne devait durer que quelques jours s’éternise, d’autant que la grand-mère n’est, finalement, plus si pressée de quitter notre monde. Vient alors le temps pour Giacomo d’oser affronter ses blessures, sa blessure, que Michaël Uras évoque par petites touches, un peu comme un auteur de romans policiers qui ferait doucement monter le suspens.

Mon enthousiasme pour ce roman vient sans conteste d’abord de ses personnages, des principaux aux plus secondaires d’entre eux, que l’auteur sait rendre tellement vivants qu’on a presque l’impression de les avoir déjà rencontrés. Et puis, il vient sans doute aussi de l’histoire et des scènes décrites, elles aussi tellement criantes de vérité. Je me permets ici une petite comparaison : L’écriture de Michaël Uras est le contraire même de celle d’Agnès Martin-Lugand ou d’Agnès Ledig, deux auteures dont je n’arrive toujours pas à comprendre le succès phénoménal qu’elles rencontrent. Là où ces deux femmes mettent du cliché, de la guimauve, de l’invraisemblance, du factice et du trop beau pour être vrai à toutes les pages, Michaël Uras met de l’émotion, de la tendresse, du vécu, de la beauté et de l’humour aussi. Il en ressort un roman frais comme une petite brise de printemps et bon comme un bonbon qui fond dans la bouche, un peu comme le sont les romans de Jean-Claude Mourlevat, auteur hélas trop peu connu, que je vous recommande chaudement.

La maison à droite de celle de ma grand-mère sortira en février 2018. Lisez-le ! Pour la beauté de la plume, de l’histoire, de la Sardaigne et…. de Moby Dick. Lisez-le aussi pour sa fin, inattendue, déroutante et pleine d’espoir.

 

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Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le nouveau nom (L’amie prodigieuse II)

lenouveau nomLe 2ème tome de la saga italienne d’Elena Ferrante Le nouveau nom, paru aux Editions Gallimard (mais disponible en format poche) m’a encore plus enthousiasmée que le premier, L’amie prodigieuse. Pas besoin de mettre en place, ici, toute une série de personnages, l’histoire démarre immédiatement. Nous retrouvons avec grand plaisir Elena et Lila, désormais toutes les deux âgées de 16 ans, dans le même quartier populaire de Naples où nous les avions laissées. Nous sommes au tout début des années 60. Lila vient d’épouser Stephano, riche épicier qui n’a pas hésité à s’associer à une famille locale notoirement mafieuse pour faire fructifier ses affaires. Pendant ce temps, Elena poursuit ses études au lycée, dépitée de voir son amie, si brillante, se résoudre à n’être que l’épouse soumise d’un épicier sans aucune culture. Toujours secrètement amoureuse du beau, énigmatique et cultivé Nino Saratorre, elle parvient à entraîner son amie Lila, qui s’est aperçue combien son mariage a été une erreur, dans des vacances sur l’île d’Ischia, au large de Naples, là, où justement Nino passe du bon temps avec sa famille et l’un de ses amis. Hélas pour Elena, rien ne va se passer comme prévu et Lila va lui montrer une facette de sa personnalité pour le moins déroutante, l’entraînant dans une cascade de conséquences plus ou moins graves…

Dans ce 2ème tome, Elena et Lila sont adolescentes puis jeunes adultes. Leur relation s’étoffe et se complexifie, leur vie aussi et c’est sans doute pourquoi j’ai trouvé ce tome 2 plus intéressant que le 1 (qui m’avait pourtant déjà bien plu). Elena, malgré ses origines populaires, a la chance de poursuivre ses études. Lila, pourtant aussi intelligente et brillante, n’a pas cette chance, son père s’y étant farouchement opposé, dans une société encore très largement patriarcale. Jalouse d’Elena, Lila l’est certainement. Pour preuve, ce mariage précipité avec un riche commerçant alors qu’elle n’a que 16 ans, comme si elle voulait se prouver à elle-même, et aux autres, qu’être une femme établie et respectée était le summum de la réussite. Bien plus qu’être étudiante comme Elena, laquelle a toujours l’air de « subir » cette relation. Fière de pouvoir étudier, consciente de ne plus tout à fait appartenir au même monde, consciente de « s’émanciper » de son milieu, elle n’en reste pas moins admirative de Lila, et comme soumise à ses désirs, ses provocations, ses outrances et ses débordements, quelles qu’en soient les conséquences.

Elena Ferrante brosse de beaux portraits de jeunes femmes. Elle parvient même à les rendre plus vraies que nature, tout comme la ribambelle de personnages secondaires. L’ambiance de cette Naples fourmillante est tout aussi bien rendue. C’est sans doute ce qui rend cette lecture si plaisante et si addictive. Le roman à peine terminé, on a juste envie de se précipiter sur le tome suivant afin de savoir quels chemins vont prendre Lila et Elena.