Publié dans Une femme et des livres se dévergonde

Epanouissantes Contraintes

PAPIER-IsabelleLoredan_1COUV72dpiEpanouissantes Contraintes, recueil de trois nouvelles érotiques sorti en format papier aux Editions Dominique Leroy dans la collection « Les Délices Textuels », m’a permis de mieux connaître l’univers littéraire d’Isabelle Lorédan, que j’ai interviewée il y a quelques mois (Interview à retrouver ici) et dont j’avais déjà pu apprécier la plume libérée dans le recueil de nouvelles collectif Six rencontres amoureuses auquel elle a participé(Chronique à retrouver ici).

Avec Epanouissantes Contraintes, Isabelle Lorédan fait évoluer ses trois héroïnes dans l’univers du BDSM. Trois femmes en quête d’épanouissement sexuel qui trouvent, comme une révélation, leur plaisir dans une relation dominant-dominé, en acceptant, au passage, toutes ses variantes : voyeurisme, exhibitionnisme, libertinage, bisexualité, plan à plusieurs…

Il y a d’abord Laure, très émoustillée par un mystérieux rendez-vous que lui donne son mari devant un sex-shop. « Laure sentit l’excitation la gagner, et c’est le cœur battant qu’elle se retrouva dans cette petite rue de la vieille ville. Quelle ne fut pas sa surprise de voir qu’elle était devant une vitrine borgne… Jean lui avait donné rendez-vous devant un sex-shop ! La gêne l’envahit subitement ». Pas pour longtemps, toutefois. Notre héroïne est bien trop heureuse de voir son mari accepter de la dominer pour mieux la punir, fantasme longtemps contenu. D’autant plus quand une invitée surprise vient se mêler à leurs jeux.

Vient ensuite Louise, dont la vie de célibataire endurcie n’a fait que croître le désir d’une rencontre qui viendrait bouleverser sa vie trop rangée. L’occasion se présente sous la forme de Jean-Luc, rencontré au hasard d’un réseau social. « Au cœur de la nuit, elle était troublée par la voix chaude et sensuelle de son interlocuteur. Ils parlèrent de tout et de rien, de leurs vies, de leurs aspirations, puis également de leurs fantasmes. C’est fou comme l’anonymat du téléphone jumelé à la pénombre encourage à la confidence… Elle évoqua son passé, ses peurs, mais aussi ses désirs, et se surprit à ressentir un trouble évident au son de cette voix masculine ». Louise s’abandonne alors complètement à se presqu’inconnu et, de rencontre en rencontre, ose ses fantasmes et ceux de son partenaire, pour des jeux de plus en plus brûlants… Jusqu’au tabou ultime.

Solana, enfin, vit avec Claude une longue et belle histoire d’amour. Rencontré chez des amis, « il était cultivé et drôle, désireux aussi de découvrir qui se cachait réellement derrière la jeune femme introvertie que j’étais à l’époque. J’appréciai aussitôt sa capacité d’écoute ; pour la première fois de ma vie, j’eus l’impression d’être digne d’intérêt aux yeux de quelqu’un. Savez-vous que vous êtes une personne très attachante ? me dit-il. Cela me fit sourire, mais j’étais à cent lieues d’imaginer alors le second degré de cette phrase anodine. J’étais sous son charme et nous nous revîmes dès le lendemain ainsi que les jours suivants ». Une belle histoire d’amour intense, sexuelle, sans tabou qui se vit en mode « dominant/dominé » et que j’ai, personnellement, vraiment beaucoup aimé. Elle est sans doute ma préférée du recueil.

Epanouissantes contraintes est un recueil de nouvelles érotiques plus qu’intense. Isabelle Lorédan dit bien plus qu’elle ne suggère et ne s’embarrasse pas de circonvolutions. Et pourtant, rien ne choque dans ses textes, tant son écriture est belle et ses mots choisis. On peut être cru sans être vulgaire, direct et pourtant sensible. C’est ce que réussit admirablement bien Isabelle Lorédan, avec ces trois beaux portraits de femme qui assument leur sexualité, sans tabou, prêtes à toutes les expériences. Des femmes comme Isabelle Lorédan les aime, au fond.

 

 

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Isabelle Lorédan, attachante auteure franc-comtoise

I. LorédanAu téléphone, c’est une belle voix rauque et assurée qui répond. Isabelle Lorédan, auteure franc-comtoise, a accepté d’ouvrir la rubrique « Une femme et des livres donne la parole ». Sans condition et sans filet. Elle nous parle de ses blessures, de ses livres, de ses projets. Rencontre avec une femme attachante qui vit par et pour les livres.

« Isabelle Lorédan, racontez-nous comment l’écriture est entrée dans votre vie ».

Isabelle Lorédan : « J’ai toujours adoré lire. Les livres font partie de ma vie depuis toute petite. J’ai fait une première tentative d’écriture quand j’avais une vingtaine d’années. Elle s’est arrêtée nette quand ma mère a voulu y mettre son nez : J’ai brûlé toutes les pages que j’avais écrites. Je me suis remise à l’écriture il y a une quinzaine d’années, à l’issue d’une psychothérapie. J’avais besoin de coucher sur le papier mes émotions, mon ressenti. C’était une sorte d’exutoire qui m’a fait énormément avancer. En même temps, j’ai commencé à écrire de courts textes érotiques que j’ai publiés sur des forum sur internet. L’accueil des lecteurs n’a pas été mauvais, bien au contraire. Cela m’a incitée à persévérer vers des textes plus construits et des nouvelles. C’est ainsi que ma première nouvelle a été publiée en 2010 aux Editions Blanches, fondées par Franck Spengler, le fils de l’écrivaine Régine Deforges, au sein d’un ouvrage collectif ».

« Quand vous commencez à écrire, ce sont des textes érotiques. Pourquoi ce choix ? »

Isabelle Lorédan : « Cela part d’abord d’une démarche militante. J’avais envie de casser l’image de la femme qui doit forcément être amoureuse pour pouvoir se donner. Je voulais montrer la femme telle qu’elle est, avec ses désirs, ses fantasmes, ses envies. Certaines de mes héroïnes sont de grandes sentimentales, d’autres non. Elles vivent leur sexualité sans tabou et sont prêtes à toutes les expériences. Et cela ne fait pas d’elles des femmes méprisables. Cela dit, je sais que la littérature érotique est une littérature de niche qui n’a pas vocation à devenir grand public, même après le phénomène d’édition 50 nuances de grey, qui m’a personnellement consternée. Je suis triste que ce livre soit, pour beaucoup de lecteurs, l’unique référence en terme de littérature érotique. C’est en tout cas un genre qui me correspond et dans lequel je suis parfaitement à l’aise ».

« Depuis votre première collaboration avec les Editions Blanches en 2010, vous semblez avoir tracé votre chemin dans le petit monde de la littérature érotique ».

Isabelle Lorédan : « Effectivement ! En 2011 et 2012, mes nouvelles ont été publiées au sein de deux autres ouvrages collectifs, toujours chez Blanche. Parallèlement, j’ai publié des nouvelles aux Editions La Musardine à Paris. Plus récemment, cinq de mes textes sont parus dans la collection e-ros chez Dominique Leroy Edition et j’ai participé à un ouvrage collectif pour la collection Paulette aux Editions du 38. Enfin, j’ai publié un roman mêlant érotisme et fantastique chez HQN, Harlequin. Mon écriture a évolué depuis mes premières publications. On apprend toujours beaucoup en écrivant, en lisant les autres aussi, ce dont je ne me prive pas. Chacun de mes éditeurs m’a appris aussi. Nous ne sommes pas liés par un seul contrat financier. Un éditeur, c’est d’abord quelqu’un qui conseille, qui met ses compétences au service de son auteur. Oui, vraiment, j’ai beaucoup avancé depuis 5 ou 6 ans ».

« Diriez-vous que l’écriture remplit une grande partie de votre vie ? »

Isabelle Lorédan : « Oh oui ! L’écriture, la lecture, ce sont mes deux univers. Ce sont eux qui me donnent le sourire chaque matin. Même mes loisirs sont liés à ces deux passions puisque je suis bénévole à la bibliothèque de ma ville et que j’y anime des cafés littéraires ».

« Parlez-nous de votre actualité ».

Isabelle Lorédan : « En janvier 2015, j’ai publié un récit sous format numérique Les bleus au corps aux éditions Take your chance. Il est désormais disponible en format papier. Ce récit, c’est celui de ma vie d’ancienne femme battue. Ca a duré quatre ans et demi. C’est peu, en soi, mais c’est assez pour détruire une vie. J’ai écrit ce livre parce que, 20 ans après les faits, j’avais pris assez de recul pour pouvoir le faire avec détachement, sans que les émotions prennent le dessus. J’ai écrit ce livre aussi parce que j’entends trop souvent autour de moi les gens prétendre qu’il suffit de s’en aller quand on est maltraité. Comme si les choses étaient aussi simples. Comme si on oubliait l’emprise psychologique. Modestement, j’espère juste que ce livre a aidé des femmes qui vivent ce que j’ai vécu et qu’il a contribué à faire changer le regard que l’on porte sur les femmes battues qui restent encore aujourd’hui de grandes incomprises ».

« Des projets peut-être ? ».

Isabelle Lorédan : « Oui bien-sûr ! J’ai depuis des années un polar érotique en cours d’écriture que je vais bien finir un jour ! Plus sérieusement, je vais sortir prochainement un recueil de contes et légendes de Franche-Comté, qui n’auront rien d’érotiques. Je prépare également avec quatre autres auteurs franc-comtois -Isabelle Brühl-Bastien, Sandrine Décembre, Ghislain Gilberti et Annie Ramos- un recueil de nouvelles qui mêlera des genres littéraires complètement différents ».

Isabelle Lorédan, merci d’avoir accepté d’inaugurer cette rubrique. Si des lecteurs veulent mieux vous connaître, je les invite à se rendre sur votre blog : http://www.isaloredan.wordpress.com