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Les Rêveurs

les rêveursD’Isabelle Carré, je connaissais la carrière d’actrice et ses nombreux rôles dans lesquels je l’ai souvent beaucoup appréciée. La découvrir écrivain m’a donc forcément intriguée. Quelques mois après la sortie de son premier roman, Les Rêveurs, je me suis décidée à le lire.

S’il est écrit « roman » sur la page de couverture, il apparaît très vite que « Les Rêveurs » est d’abord un récit autobiographique. Le récit de l’enfance, de l’adolescence et des débuts de l’âge adulte d’Isabelle Carré entre les années 70 et le début des années 90. Toutes les enfances ne méritent pas d’être racontées. Celle d’Isabelle Carré, si. Parce qu’elle est née dans une famille un peu à part et qu’elle sait la raconter avec une infinie délicatesse, un charme certain et une douceur qui fait du bien.

La maman d’Isabelle Carré est issue d’une famille noble, catholique, désargentée. Quand elle tombe enceinte à peine adulte d’un homme qui ne veut pas assumer, le ciel lui tombe sur la tête. « Cachée » chez des religieuses, la maman d’Isabelle Carré ne doit de pouvoir garder son enfant qu’à sa rencontre avec le futur père d’Isabelle, artiste fantasque, qui, sur un coup de tête, accepte de l’épouser et de reconnaître l’enfant. C’est sa vie au milieu de cette famille un peu bancale entre une mère qui n’oubliera jamais le père biologique de son aîné, s’enfonçant peu-à-peu dans un monde parallèle et un père à qui il faudra des années pour accepter d’assumer son homosexualité que raconte Isabelle Carré, sans voyeurisme aucun. Et sans véritable souci de chronologie non plus (ce qui a parfois un peu déstabilisé ma lecture).

Dans ses films ou dans ses interviews, j’ai toujours beaucoup aimé le naturel, la gentillesse et une certaine candeur que renvoie la lumineuse et discrète Isabelle Carré. Son premier roman est à son image, touchant souvent, un peu maladroit parfois. Une maladresse qu’on lui pardonne bien volontiers tant on aime, avec elle, se replonger dans les tourments de l’enfance et l’adolescence dans les années 70 et 80, une époque qui revit, sous sa plume, avec tendresse et humour.

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La tresse

la tresseJ’ai terminé il y a quelques jours La tresse, premier roman de Laetitia Colombani (paru aux éditions Grasset) qui a reçu, à l’époque de sa sortie, tous les éloges des médias en général à tel point que certains le  voyaient déjà récompensé par un prix littéraire.

J’ai laissé passer quelques jours avant d’écrire ma chronique parce que je suis sortie de ma lecture un brin mitigée. Certes, ce roman a des qualités, la plus importante d’entre elles étant de dénoncer les violences et la discrimination dont les femmes sont encore victimes aujourd’hui partout dans le monde. Certes, je défie quiconque de ne pas être ému à la lecture du dénouement. Mais de là à en faire LE roman du moment, à porter aux nues Laëtitia Colombani… J’avoue, je m’interroge parce que, quand-même, son écriture est assez simpliste, ses personnages brossés à gros traits et elle n’évite ni les clichés, ni les outrances. Ce qui, forcément, fait perdre de la crédibilité à l’ensemble.

La tresse retrace l’histoire de trois femmes, sur trois continents différents, qui ne se rencontreront jamais mais qui, sans le savoir, verront leur destin lié. D’où le titre.

Parmi ces trois femmes, il y a d’abord Smita, jeune indienne, mariée et maman d’une petite fille de six ans, Intouchable, qui pour gagner à peine de quoi survivre, vide, à mains nues, les latrines puantes des personnes de castes supérieures. Voulant que sa fille, Lalita, échappe à ce destin tout tracé, elle a économisé pendant des années pour pouvoir l’envoyer à l’école. Hélas, dès le jour de la rentrée, le maître impose à Lalita de balayer la classe. Devant son refus catégorique, l’enfant est battue jusqu’au sang. Ecoeurée et humiliée, Smita prend la décision de s’enfuir, seule avec sa fille, pour aller tenter sa chance « à la ville », plusieurs milliers de kilomètres plus loin, et tenter de s’élever socialement.

Il y a aussi, Giulia, 20 ans, sicilienne qui travaille dans l’atelier de son père, un atelier spécialisé dans le traitement des cheveux humains pour en faire des perruques ou des extensions. Alors que la jeune femme vient de commencer une histoire d’amour avec le beau Kamal, un jeune réfugié Sikh, elle apprend que son père a été victime d’un accident de la route qui l’a laissé pour mort. Commence alors un chemin de croix pour la jeune femme quand elle comprend que l’atelier est en faillite et que le seul moyen de le sauver est d’épouser un riche ami de la famille.

Il y a enfin Sarah, brillante avocate quadragénaire qui vient d’être élevée au rang d’associée dans le prestigieux cabinet où elle travaille à Montréal. Sarah a tout sacrifié, dont ses deux mariages, pour parvenir à satisfaire ses ambitions. Mais alors qu’elle atteint l’apothéose professionnelle, elle apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. Sarah le sait : Dans son entreprise, être amoindri signifie tout perdre. Elle met alors une stratégie pour cacher le mal qui la ronge à ses collègues.

De ces trois portraits, c’est celui de Smita qui m’a le plus intéressée. On sent que Laëtitia Colombani a effectué un gros travail de recherche sur les castes en Inde et plus particulièrement, sur les Intouchables. J’ai donc appris beaucoup en lisant son texte. Je connaissais les Intouchables mais jamais je n’aurais imaginé le degré de misère dans lequel ce peuple est maintenu. J’avoue que les lignes du roman consacrés à Smita ont été une vraie claque et ce sont celles qui m’ont le plus émue.

En revanche, je suis beaucoup moins convaincue par les chapitres consacrés à Sarah et à Giulia. Tout est trop appuyé dans leur histoire, la pression et les traditions familiales pour l’une, la pression d’un monde du travail qui ne pardonne rien aux femmes, pour l’autre. J’avoue que j’avais l’impression par moment de lire un roman type « feel good » et dans ma bouche, ce n’est pas un compliment. A trop caricaturer, Laëtitia Colombani finit forcément par desservir la cause des femmes pour laquelle elle se bat.

En résumé : Un livre pas inintéressant mais trop caricatural et simpliste pour provoquer la vague d’enthousiasme qui a salué sa sortie en librairie.

 

Ma mère avait raison

ma mère avait raison bisJe n’avais lu jusqu’à présent qu’un seul livre d’Alexandre Jardin et c’était il y a très longtemps. Dans mon souvenir, j’avais beaucoup aimé Bille en tête même si, en toute franchise, je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Quand j’ai vu que Ma mère avait raison du même Alexandre Jardin était proposé sur la plateforme Netgalley par son éditeur Grasset, je me suis dit que c’était le moment d’en lire un deuxième.

Alexandre Jardin a déjà souvent écrit sur sa famille, très artiste et très peu conventionnelle. Avec Ma mère avait raison, il brosse le portrait de sa mère, femme égoïste, issue d’un milieu bourgeois bohème, qui vécut toute sa vie en se moquant des conventions et qui put se le permettre parce qu’elle ne manquait pas d’argent. Oisive, artiste, libertaire, elle habitait la grande maison familiale de Verdelot avec son mari et quatre de ses amants, artistes eux aussi, sous les yeux de ses trois enfants qu’elle aimât tièdement parce qu’il ne fallait pas qu’ils viennent contrarier sa vie qu’elle avait vouée au plaisir et à la jouissance sans entrave. Dans ce qu’il appelle un « roman » mais qui ressemble furieusement à une autobiographie, Alexandre Jardin décrit, avec force anecdotes, ce que fut sa relation avec cette mère presqu’indigne mais qu’il admire et continue d’aimer sans condition. Parce que cette mère lui a appris à ne pas se contenter de l’à peu près et du presque bonheur, parce que cette mère l’a obligé à se dépasser et à vivre sans peur.

La mère d’Alexandre Jardin est une très vieille dame maintenant, qui n’a sans doute plus beaucoup de temps à passer sur notre terre. Ce livre est donc aussi le cri d’amour d’un fils qui pense ne pas pouvoir vivre sans sa mère qui l’a pourtant si mal aimé. Paradoxe qui n’a pas manqué de me mettre mal à l’aise.

Au final, ai-je aimé ce livre ? Il est indéniable qu’Alexandre Jardin écrit bien, qu’il sait manier l’humour et que son livre est empli d’émotion. Toutefois, j’avoue avoir eu du mal à aimer l’héroïne du roman, dont l’inconstance, l’égoïsme, les caprices et la dureté envers ses enfants m’ont véritablement indisposée. J’avoue également que certains chapitres du livre m’ont semblé très longs et que l’ennui m’a souvent guettée. Ce cri d’amour presque désespéré d’Alexandre Jardin pour sa mère ne méritait peut-être pas de s’étaler sur 200 et quelques pages.

La fille à la voiture rouge

voiture rougeJe n’irai pas par quatre chemins : Cette fille à la voiture rouge m’a agacée de bout en bout. Je ne parle pas du livre en lui-même, mais bien de l’héroïne de ce roman dont l’auteur, Philippe Vilain, dissèque jusqu’à la lie le sentiment amoureux. Je remercie d’ailleurs l’éditeur, Grasset, qui m’a offert la lecture de ce livre, par le biais du site Netgalley.

Mais, commençons par l’histoire : Un écrivain à succès, dont on peut penser qu’il est Philippe Vilain lui-même, la petite quarantaine, rencontre à la Sorbonne une étudiante en lettres de 20 ans. Elle s’appelle Emma Parker, elle est belle, fille d’un diplomate américain, roule en Porsch rouge et côtoie la jeunesse dorée germanopratine. Avec insolence, avec désinvolture et en petite fille gâtée. D’entrée, l’auteur est subjugué par la jeune femme. Une liaison se noue, passionnée, inattendue qui bouleverse l’auteur. Mais un jour, Emma apprend à son amant qu’elle est condamnée à courte échéance, depuis qu’un accident de voiture dans lequel son fiancé de l’époque est mort, lui a provoqué un hématome non opérable au cerveau. La liaison prend alors une toute autre tournure.

Ce livre me laisse perplexe… Pour tout vous dire, je ne sais pas vraiment où le classer. Certains aspects m’ont déçue ou à tout le moins, ennuyée, d’autres m’ont énormément plu. D’où ce sentiment bizarre, ce goût d’inachevé. Il faudrait que je pense à ouvrir une nouvelle rubrique « Une femme et des livres a moyennement aimé ».

Ce qui aurait dû conduire tout droit ce roman à la rubrique « Une femme et des livres a lu et n’a pas aimé »

  • L’héroïne. J’ai détesté son immaturité, son côté très enfant gâté, son égoïsme, cette façon de se comporter comme si tout lui était dû, son inconstance… Bref, elle m’a énervée de bout en bout et ça fait beaucoup pour un seul livre.
  • Le héros. Lui, c’est plus le côté : « Je me complais dans la souffrance…  » qui m’a été très pénible. Résumons : Je sais qu’elle me fait souffrir mais je reste quand-même, je sais que je devrais partir mais je reste quand-même, nous n’avons plus rien à faire ensemble mais je reste quand-même, elle n’est pas faite pour moi, elle me ment, elle se joue de moi mais je reste quand-même… Bref, je l’aime alors j’attends qu’elle me quitte. Le mode : « Ne me quitte pas » (Jacques Brel), ça va bien un peu. Une moitié de roman -même court- ça commence à être lourd.
  • La lenteur du roman. Avant d’être romancier, Philippe Vilain est essayiste et cela se sent. Plus qu’un roman, on a l’impression de lire un essai sur le sentiment amoureux : Comment il commence, comment il se vit avant de s’enrayer et de se terminer. Du coup, il n’y a pas vraiment d’action. On écoute l’auteur nous raconter une histoire, son histoire. Parfois, cela m’a semblé bien long.
  • Sa vision très méprisante de la province que l’auteur dit malgré tout aimer « parce qu’il est sûr de ne plus jamais y habiter ». Mention spéciale pour sa description de Limoges, assurément nommée dans la catégorie : « ville la plus plouc de l’année ». Je n’y ai personnellement jamais mis les pieds mais je pense que les Limougeauds apprécieront -ou pas.

Ce qui sauve le roman de la rubrique « Une femme et des livres a lu et n’a pas aimé »

  • L’écriture de Philippe Vilain : sensible et émouvante. Ses descriptions des deux personnages, les situations qu’ils vivent qui sonnent tellement justes, sa façon de décrire les sentiments amoureux mais aussi les doutes et les peurs qui assaillent les nouveaux amants.
  • Le dernier chapitre du livre : Il m’a tout simplement bouleversé.
  • Le rebondissement spectaculaire qui intervient à la moitié du roman.

Maintenant, à vous de voir !