Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

La maison des Turner

la maison des turnerDeux choses m’ont poussée à faire une demande de lecture de La maison des Turner aux Editions Les escales via le site Netgalley : Il y a longtemps que je n’avais plus lu de roman américain et, de surcroit, celui-ci se passe à Detroit, capitale de l’état du Michigan. Or, cet été, j’ai reçu chez moi deux jeunes américaines de cette région pendant une petite semaine, dans le cadre d’un échange culturel avec l’école de musique de ma ville. Cela me plaisait donc assez de plonger dans l’ambiance de cet endroit, dont je ne connais finalement pas grand chose.

Le voyage fut agréable. J’ai bien aimé ce premier roman d’une jeune afro-américaine, Angela Flournoy (traduction française de Anne-Laure Tissut), qui a reçu de nombreux éloges outre-Atlantique et a même été finaliste de plusieurs prix littéraires. La maison des Turner, la maison d’une famille afro-américaine qui compte 13 enfants devenus adultesest donc située à Detroit et quand s’ouvre le roman, elle est en plein désarroi : Mme Turner, veuve, malade et vieillissante, ne peut plus payer ses traites et la maison ne vaut plus un clou, du fait de la crise des subprimes. Elle est soignée chez son fils aîné, Charles, dit Cha-Cha, chauffeur poids-lourd de 64 ans. La question que tous les enfants se pose est donc : « Que faire de cette maison ? » Evidemment, chacun a son idée, qui ne correspond pas à celle du frère ou de la soeur, selon la situation sociale que chacun d’entre eux occupe.

La maison des Turner est un roman de famille. Et comme dans tous les romans de famille, l’auteure s’attache à raconter l’histoire de ses membres, quitte à laisser la question de départ « Que fait-on de la maison ? » en arrière-plan : Cha-Cha, le patriarche, dont la réussite sociale cache un profond mal-être, Lelah la plus jeune, embourbée dans des problèmes d’addiction au jeu ou encore Troy, ancien militaire devenu flic que la morale n’étouffe pas… Grâce à de nombreux retours dans le passé, au moment où les parents Turner, venus du sud, s’installent à Detroit, Angela Flournoy rappelle aussi la lutte à laquelle les Afro-américain ont dû se livrer pour obtenir le respect de leurs droits élémentaires. Le roman s’attache aussi à décrire la grandeur et la décadence de Detroit, florissante sous l’ère de l’industrie automobile et aujourd’hui, touchée de plein fouet par la crise.

La maison des Turner est un joli roman, plein d’émotion, d’humour aussi (sans tomber dans la caricature), qui se lit très vite et offre un très agréable divertissement. Sans être experte en culture américaine, je pense qu’il offre aussi un beau tableau de l’Amérique d’aujourd’hui.

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Publié dans Une femme et des livres écrit

Thérèse

Maman 16 ansAujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous un texte que j’ai écrit il y a quelques mois. Il retrace la jeunesse de ma mère, telle qu’elle me l’a de nombreuses fois décrite. Il s’appelle « Thérèse » mais il aurait aussi bien pu s’appeler « Hommage ».

Ca fait deux heures qu’elle attend mais elle s’en fiche. Elle pourrait même attendre deux heures de plus s’il le fallait. Elle est heureuse. Un peu inquiète aussi, un peu angoissée. Mais heureuse comme elle ne l’a sans doute jamais été. Elle est sûre d’un choix qui l’emmène vers l’inconnu. Elle sourit et son sourire est radieux. Aujourd’hui, le 24 février 1968, à 32 ans et demi, elle est libre pour la première fois.

Elle est née dans une famille agricole à quelques kilomètres de Lille. Une soixantaine d’hectares de polycultures, quelques cochons, quelques vaches, des poules, des lapins. Des chats aussi à qui on donne juste assez de lait et de restes pour qu’ils aient encore envie de chasser les souris. Et un chien. Du plus loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours vu un chien sur la cour de cette ferme au carré en briques rouges, dominée par un grand porche, comme on en voit beaucoup dans la région, avec la Deûle qui coule tranquille en contrebas charriant ses péniches alanguies.
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