Publié dans Une femme et des livres se dévergonde

Soundless

La Maison d’édition, « Les éditions du 38 », vient de créer une nouvelle collection, « Corail », dirigée par Julie Derussy. Elle regroupe de courts romans, dont les héros vivent une romance plus ou moins compliquée, et plus ou moins érotique. Julie Derussy m’a offert de découvrir l’un des premiers romans publiés, Soundless, écrit par la jeune auteure, Pauline Derussy. S’il n’entre pas, à proprement parlé, dans la catégorie de la littérature érotique, ce roman peut se classer sans problème dans le chapitre « Une femme et des livres se dévergonde » tant certaines de ses scènes sont assez explicitement épicées. Je pense d’ailleurs que les amateurs de littérature érotique ne vont pas bouder leur plaisir en lisant ce  roman.

Soundless raconte l’histoire de Thomas, professeur parisien de 35 ans, célibataire depuis 4 ans, suite à une rupture dont on comprend assez vite qu’elle fût problématique. Un soir, Thomas est témoin de l’agression d’une femme par le compagnon de celle-ci, en pleine rue. Il vole à son secours, avant de s’apercevoir, interloqué, que cette femme est… un jeune homme. Suite à cette première rencontre, Julien entre dans la vie de Thomas, pas à pas, doucement… Une grande complicité les unit bientôt. Mais jusqu’où ? Car Thomas en est sûr et certain, il est, lui, 100 % héréro…

J’ai adoré ce roman que j’ai dévoré en une soirée. Impossible de décrocher tant j’ai aimé la plume de Pauline Derussy. Elle possède un grand talent pour décrire les situations de la vie quotidienne, les sentiments de ses personnages, leurs réactions… On a d’ailleurs tout de suite l’impression qu’ils ne sont pas des personnages mais des personnes réelles. En plus d’être une bonne plume, Pauline Derussy sait faire preuve d’un bel humour aussi et elle sait surprendre son lecteur au fil de révélations qu’elle aime rendre complètement inattendues. Au delà de la qualité d’écriture de Soundless, on lit aussi ce roman pour la jolie histoire d’amour gay qu’il raconte. La relation qui se noue entre ces deux hommes, qui ont l’un et l’autre beaucoup souffert, qui se cherchent, est émouvante et toute en sensibilité. La façon qu’ils ont de s’apprivoiser lentement est parfaitement rendue. Rien de choquant. De la crudité, certes, mais sans aucune vulgarité, même dans les scènes très explicitement sexuelles. Juste une belle histoire sentimentale comme on aimerait toutes et tous en vivre, homo ou hétéro.

Je recommande vivement ce roman, notamment pour des lecteurs qui auraient envie de s’initier à la littérature érotique.

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Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

L’amor dans l’âme

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Pour avoir déjà échangé à plusieurs reprises avec elle, je devine que Sandra Mézière a la sensibilité à fleur de peau et qu’elle déteste par dessus tout la tiédeur, surtout quand il s’agit de sentiments. Son premier roman L’amor dans l’âme, paru aux Editions du 38, est à son image : Sensible et passionné. C’est un magnifique roman qui parle d’amour et de deuil. Amour contrarié, malmené, déçu, incompris mais absolu. Deuil impossible quand apprivoiser l’absence est trop difficile.

24 mai 2014. Festival de Cannes. Blanche, une jeune actrice très remarquée lors de la présentation en compétition officielle du cours-métrage dans lequel elle a le rôle principal, est retrouvée assassinée dans une chambre de l’hôtel Majestic. Qui pouvait en vouloir à cette jeune femme promise à un si brillant avenir ? Grâce à de nombreux flash-back, Sandra Mézière nous raconte l’histoire de Blanche, en pointillé, pour mieux ménager le suspens… De chapitre en chapitre, de rencontre en rencontre, de loupé en loupé, de non-dit en non-dit, d’espérance en espérance, de festival en festival, on comprend que le destin de la jeune femme est en marche… Rien ne pourra désormais arrêter l’engrenage qui la mène inexorablement à la mort.

J’ai vraiment adoré ce roman, à la chute très surprenante, qui nous fait plonger, qui plus est, dans les méandres du festival de Cannes. Sandra Mézière est une habituée de cet évènement qu’elle couvre depuis 15 ans. Ses descriptions des lieux, des ambiances, des relations qui s’y jouent, des fêtes, sonnent donc particulièrement justes, d’autant que l’auteure n’hésite pas à en dénoncer aussi les aspects les moins glamours. Non, tout n’est pas que calme, luxe et volupté à Cannes…

J’ai beaucoup aimé aussi la plume de Sandra Mézière et le don exceptionnel qu’elle a pour faire passer les émotions, pour parler de la douleur de l’absence et pour sublimer l’amour. Jusqu’à la mort. Son roman est vraiment une très belle découverte.

Je terminerai cette chronique par un petit clin d’oeil. Mon film préféré : Sur la route de Madison, de Clint Eastwood, à égalité avec Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau. Celles et ceux qui se plongeront dans la lecture de L’amor dans l’âme comprendront…

Si vous souhaitez mieux connaître Sandra Mézière, ici le lien vers l’interview qu’elle a eue la gentillesse de m’accorder il y a quelques semaines.

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Livres et cinéma… Les extraordinaires boîtes à rêve de Sandra Mézière

sandra-meziereSandra Mézière aime le cinéma. Et la littérature. Qu’aime-t-elle le plus ? Elle ne sait pas. Alors, elle parle des deux avec enthousiasme et passion. Rencontre avec une romancière et chroniqueuse cinéma sensible, élégante, et diablement sympathique.

Bonjour Sandra et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions ! Vous êtes Lavalloise d’origine, toujours très attachée à votre ville natale, mais parisienne depuis de nombreuses années. Vous êtes critique cinéma et blogueuse de profession depuis plus de 15 ans. Comment s’est dessinée cette carrière, pour le moins originale ?

« Bonjour et merci à vous pour ces questions. Je voudrais préciser que je ne me considère pas comme critique de cinéma mais plutôt comme quelqu’un qui, à la suite de hasards (qui n’en sont finalement peut-être pas tant que ça), a le privilège de vivre au rythme de ses passions, pour l’écriture comme pour le cinéma, et surtout de les partager. J’ai toujours été passionnée par le cinéma. D’ailleurs, très jeune, j’ai pris l’habitude de lire les journaux consacrés au 7ème Art. C’est là que j’ai trouvé par hasard, (enfin…au début du moins était-ce un hasard),  des concours permettant d’intégrer des jurys de festivals de cinéma. Dans la presse locale, aussi. C’est comme cela que j’ai fait partie d’un jury la première fois, en 1998, au Festival du Film de Paris. J’avais déjà un peu attrapé le virus des festivals en découvrant  le Festival du Cinéma Américain de Deauville où je vais chaque année depuis l’adolescence. C’est ensuite devenu  un défi et un jeu pour me distraire de mes études de Droit. Cela me permettait aussi de découvrir des films que je n’aurais pas vus ailleurs et de découvrir de l’intérieur ces festivals de cinéma qui, au départ, me semblaient inaccessibles, moi qui venais d’un milieu qui en était totalement étranger. Finalement, grâce à ces concours, j’ai dû faire partie d’une bonne dizaine de jurys de festivals de cinéma aux quatre coins de la France ! C’est par un concours également qui, à l’époque, s’appelait le Prix de la Jeunesse* et qui aujourd’hui n’existe malheureusement plus, que je suis allée au Festival de Cannes la première fois. J’avais été un peu frustrée car j’avais mes examens de droit, sciences politiques le lendemain de mon retour. J’avais donc le sentiment de ne pas  en profité pleinement, même si ce premier Festival de Cannes, en 2001, fut pour moi réellement magique. Alors je me suis promis d’y retourner l’année suivante. A ma grande surprise,  l’année d’après, j’ai obtenu l’accréditation. Jamais alors je n’aurais imaginé être accréditée et y retourner pendant 17 ans, du premier au dernier jour, et y vivre tant de moments incroyables.  En 2003, j’ai créé mon premier blog, Inthemoodforcinema.com, pour faire découvrir les pépites cinématographiques que je voyais dans ces festivals, partager mon enthousiasme, mais aussi raconter en récits, presque comme des nouvelles déjà, ces incroyables et singulières expériences que représentaient mes participations à des jurys de festivals de cinéma. Et aujourd’hui, je continue à couvrir tous ces festivals où j’ai désormais le plaisir d’être invitée chaque année. Comme la passion pour le cinéma était la plus forte, après mes études de droit, j’ai entrepris un nouveau cursus, en médiation culturelle, puis un Master professionnel de cinéma à Panthéon Sorbonne. Mon mémoire de fin d’études de cinéma consistait en un scénario et c’était vraiment ce à quoi je me destinais. Il a failli être produit (mais avec le recul heureusement qu’il ne l’a pas été, trop imparfait, et finalement ma route aurait été différente). J’ai ensuite eu quelques déconvenues alors j’ai laissé un temps le scénario de côté pour me consacrer à mes blogs qui me valaient de plus en plus de sollicitations. Et puis c’était un moyen aussi pour moi d’exercer ma passion pour l’écriture, de défendre ardemment les films que j’aimais et les cinéastes que je découvrais au fil des festivals…  Vous voyez, tout cela n’était pas vraiment prémédité et surtout pas avec l’objectif d’une « carrière » dans la critique. Et pour finir, c’est vrai, en effet, que je reste attachée à ma ville natale, malheureusement méconnue, et que je partage encore mon temps entre celle-ci et Paris…et les festivals ».

Vous êtes véritablement passionnée de cinéma. Qu’est ce qui vous attire tant dans le 7ème Art ? Qu’a t-il de plus que la littérature ?

« C’est une excellente question ! Pour moi, ces deux passions sont indissociables. Elles ont rythmé mon existence, très tôt, dès l’enfance. Je crois même que ma passion pour la littérature a précédé celle pour le cinéma. Et je pense que ce que j’ai aimé au départ dans le cinéma, c’est aussi ce que j’ai trouvé dans la littérature : un ailleurs, une évasion, une boîte à rêves pour la solitaire et surtout la rêveuse invétérée  que j’étais déjà. Et sans doute aussi : qu’on me raconte des histoires. Mais je ne dirais pas que le cinéma possède quelque chose de plus que la littérature. Est-ce qu’un plan permet de mieux décrire une action, de faire ressentir une émotion avec plus de justesse qu’une phrase ciselée ? Peut-être que, justement, la littérature, en nous plongeant dans l’intériorité des personnages, permet de nuancer davantage. Mais un grand cinéaste saura aussi nous le faire comprendre et traduire ces nuances en images…  En tout cas, l’un et l’autre peuvent autant me fasciner et m’enthousiasmer ».

Vous fréquentez de nombreux festivals de films partout en France dans le cadre de votre métier. Vous devez y avoir fait de nombreuses rencontres marquantes. Y en a-t-il une dont vous voudriez nous parler plus longuement ?

Il y en a eu tant depuis ma participation au jury jeunes du Festival du Film de Paris en 1998 et la rencontre cocasse et mémorable avec Sean Penn ! Je me souviens encore du « nice to meet  you » que tous les membres du jury jeunes auquel j’appartenais avaient scrupuleusement répété, de cette rencontre dans une salle de projection privée des Champs-Elysées. Nous allions regarder un film dans lequel jouait la présidente de notre jury jeunes, Nadia Farès. Il s’appelait « Les Démons de Jésus », et était quasiment intraduisible. Ce qui explique certainement que Sean Penn se soit… endormi pendant la projection. Parmi les rencontres marquantes, il y a bien sûr des acteurs ou cinéastes découverts à leurs débuts, comme Pierre Niney alors qu’il présentait son premier grand rôle dans « J’aime regarder les filles » de Frédéric Louf, au Festival de Cabourg,  un film dans lequel son talent crevait déjà l’écran. Je constate avec plaisir que, malgré son succès, il n’a pas changé et se souvient des personnes rencontrées à ses débuts. (J’en profite d’ailleurs pour recommander « Frantz » de François Ozon dans lequel il tient le rôle principal et qui est pour moi le film de l’année). Je pense aussi notamment à Etienne Daho lors de ma participation au jury du Festival du Film Britannique de Dinard, en 1999. J’étais si intimidée de me retrouver anonyme et simple étudiante en droit dans un jury de personnalités diverses. Il avait été d’une remarquable bienveillance. Mais ma plus belle rencontre est sans nul doute celle de Gilles Jacob qui fut à la tête du Festival de Cannes pendant plus de 40 ans. Il symbolise pour moi ce festival qui m’a tant fait rêver, qui me semblait inaccessible, mais aussi tout un pan de l’Histoire du cinéma. Il est d’une humilité, d’une curiosité, d’une élégance et d’une bienveillance rares. Echanger avec lui est réellement passionnant. J’en profite d’ailleurs pour vous recommander son excellent livre « Un homme cruel » paru cette année. Les plus belles rencontres sont aussi sans aucun doute les amitiés forgées au gré des festivals de cinéma et qui ont résisté à la distance et à l’écoulement du temps… »

Strass, paillettes, glamour… Vu de l’extérieur, c’est ce que renvoient généralement les festivals du film, notamment ceux de Cannes et de Deauville. Et de l’intérieur ? Vous qui les connaissez par cœur ? 

« A mes yeux, la magie du cinéma reste intacte même si je connais aujourd’hui ce qui se dissimule derrière les paillettes et le théâtre des vanités que sont parfois les festivals de cinéma. Un festival est aussi un bal des orgueilleux qui peut parfois être violent si on n’a pas assez de distance. Mais c’est bien souvent malgré tout une parenthèse enchantée, comme le furent pour moi encore cette année les festivals de Deauville, Cabourg, Dinard, Saint-Jean-de-Luz… Je mets Cannes, qui reste le plus grand festival de cinéma au monde, un peu à part. C’est un festival pour les professionnels sur lequel sont braquées les caméras du monde entier. Les enjeux et l’atmosphère sont donc forcément différents. Pour tout cinéphile, cela reste néanmoins l’endroit incroyable où l’on découvre un grand nombre de films du monde entier concentrés en un seul lieu et une formidable fenêtre ouverte sur le monde. Chaque édition suscite encore pour moi des émotions fortes. Je n’oublie pas la petite fille que j’étais et qui regardait cela à la télévision, émerveillée, sans imaginer alors un jour le vivre de l’intérieur… »

Il y a quelques mois, vous avez publié deux livres aux Editions du 38 : Un recueil de nouvelles Les illusions parallèles et un roman L’Amor dans l’âme ? Comment vous est venue cette envie d’écriture ?

« En réalité, j’ai toujours écrit, depuis l’enfance : un journal intime, enfant, des petites histoires, puis des nouvelles,  des scénarii et sur mes blogs. Pour le roman, le point de départ a été un deuil et l’envie viscérale d’aborder ce thème, l’indifférence parfois assassine de la société, son incroyable tendance à zapper, à nier presque cette douleur indicible. C’était  aussi le moyen de rendre hommage à une personne disparue, de tenter de survivre à l’insupportable en construisant plutôt qu’en détruisant. L’autre envie était celle de raconter une histoire d’amour absolu entre deux êtres blessés rendue impossible par ce théâtre des vanités qu’est aussi en l’occurrence le Festival de Cannes. Et c’était justement ma troisième envie : Plonger le lecteur dans l’atmosphère des festivals de cinéma, principalement le Festival de Cannes puisque L’amor dans l’âme se déroule dans le cadre du Festival de Cannes 2014. Ainsi, j’ai utilisé des évènements réels comme cadre de  ce roman construit comme un puzzle qui fait voyager le lecteur dans les temporalités et les vies des personnages principaux.

Pour le recueil de nouvelles Les illusions parallèles, c’était un peu différent. J’avais en tête des dizaines d’histoires que m’inspiraient les festivals, tellement propices aux hasards et coïncidences, au surgissement de l’imprévu, aux rencontres singulières. Et  puis, il y avait plein de chose que je n’avais pu mettre dans le roman que j’avais envie de raconter. Je voulais que ce soit plus ludique,  je voulais faire rêver, faire confiance au lecteur aussi, jouer avec ce qu’il attendait, le dérouter, m’amuser avec les différents styles (par exemple le polar au Festival du Film Policier de Beaune…), et là encore en plaçant des évènements réels. Ce recueil de nouvelles a été jubilatoire à écrire, contrairement au roman que j’ai considéré vraiment comme un travail, un devoir presque, auquel je m’astreignais chaque jour, et pour lequel chaque mot, chaque phrase, avaient son importance  et dont la construction était assez complexe avec une sorte de schéma préalable auquel j’avais décidé de me conformer. Et puis parce que, dans le roman, si l’intrigue est une fiction, les émotions, certaines du moins, sont inspirées d’émotions réelles, je voulais donc qu’elles soient précises et justes mais surtout pas impudiques. Pour les nouvelles, je me suis laissé guider par l’écriture, les lieux, les personnages, sans contraintes et sans barrières… Je voulais aussi que ces livres soient des déclarations d’amour au cinéma, à nouveau partager ma passion. J’ai eu la chance, en effet, que les Editions du 38 publient ces deux livres, et je remercie encore sa fondatrice, Anita Berchenko, pour son constant soutien. »

Vos deux livres se passent dans le milieu des festivals de cinéma avec des descriptions très réalistes et réussies. Pourquoi ce choix ? L’envie de montrer l’envers du décor ? L’impression d’être plus « en sécurité » dans un milieu que vous connaissez par cœur ?

« En fait, ce qui m’intéresse,  c’est de faire tomber les masques, de voir ce qui se dissimule derrière les apparences, donc le milieu du cinéma était parfait pour cela. Mais bien évidemment, j’avais surtout envie de faire découvrir cet univers que je côtoie depuis l’adolescence, à mes lecteurs qui ne le connaissent pas, qui les intriguent ou les font rêver. Mais c’est surtout aussi un formidable cadre pour placer une histoire, en raison notamment d’un cadre spatio-temporel restreint et des lieux de rêves où ces festivals se déroulent le plus souvent. Et puis combien de fois me suis-je dit que, dans ces festivals, j’assistais à des scènes ou vivais des moments qui, si je les voyais dans une fiction, paraitraient improbables tant cela semblait irréel. Et en effet, on parle sans doute mieux de ce qu’on connaît même si cela peut être aussi un danger : Celui de brider l’imaginaire auquel on peut laisser libre cours quand le sujet et le lieu sont extérieurs à soi. Et puis pour le roman, c’était aussi intéressant de montrer le contraste entre le deuil que  mon héroïne vivait et l’atmosphère du festival, par définition festive, et ses enjeux soudain si futiles et vains ».

Dans vos livres, il est aussi beaucoup question de rencontres qui changent le cours d’une vie. Pour le meilleur et pour le pire. Cette inspiration est-elle liée à votre propre expérience de la vie ?

« C’est sans doute évidemment un excellent ressort dramatique. Les rencontres que les personnages font (ou ne font pas) induisent un basculement de l’existence. Il suffit parfois d’une seule rencontre pour qu’une existence prenne une route radicalement différente, bonne ou mauvaise. Sans doute, sans être totalement réels, les personnages de mes nouvelles et romans sont-ils parfois inspirés de personnes réellement croisées, et parfois même de personnalités que le lecteur peut s’amuser à essayer de reconnaître… »

La parution de vos deux ouvrages vous a ouvert les portes des séances de dédicaces. Avez-vous apprécié l’exercice ? Que vous ont apporté ces rencontres avec vos lecteurs ?

« Oui, j’ai énormément aimé l’exercice, en particulier au Festival du Film Britannique de Dinard, parce que c’était comme un clin d’œil du destin, 17 ans après ma participation au jury. Surtout que la dédicace se déroulait dans la librairie de l’un des fondateurs du festival (que je remercie d’ailleurs encore au passage pour son accueil). Je garde aussi un excellent souvenir de dédicaces à Laval, notamment pour le recueil de nouvelles, où j’ai eu le plaisir de retrouver certains lecteurs de mon premier roman. Et c’était très émouvant pour moi de voir que certains étaient revenus, avaient apprécié le premier et voulaient découvrir le suivant. Ces moments d’échanges avec des questions parfois inattendues ou insolites sont toujours enrichissants. Et puis c’est aussi pour cela qu’on écrit : faire réagir, échanger… Cela fut aussi parfois cocasse comme lors de cette séance de dédicaces à côté de celle du grand compositeur Lalo Schifrin qui était assailli par une horde de fans. Ce sont parfois également de très bonnes leçons d’humilité ou un passionnant défi que de convaincre le potentiel lecteur dubitatif ou indécis. »

Avez-vous déjà de nouveaux projets littéraires ? Toujours avec le cinéma en toile de fond ?

« J’écris actuellement un scénario de long-métrage dont j’ai réalisé qu’il ferait, je crois et j’espère, un bon roman, donc j’en écris en parallèle l’adaptation en roman (et non l’inverse !). Et cette fois, il ne se passera pas du tout dans le milieu du cinéma… Je peux juste dire que la ville de Laval que nous évoquions au début de cette interview en sera le cadre ».

Retournons au cinéma, justement. Si vous aviez cinq films incontournables à conseiller aux lecteurs de ce blog, lesquels serait-ce ?

« C’est la question à laquelle il m’est toujours difficile de répondre parce qu’il y a tant de films qui m’ont marquée alors je vais prendre 5 films de réalisateurs dont je suis une inconditionnelle. Je vais d’abord citer un film que j’évoque dans L’amor dans l’âme et qui y joue un rôle clef, Un cœur en hiver de Claude Sautet, qui est le film préféré de l’héroïne et peut-être le mien, et dont la force, la beauté, la sensibilité, la précision, la passion qu’il traduit si bien, me ravagent à chaque fois. Un Chaplin, Les Lumières de la ville dont la scène de la fin est sans doute une des plus belles si ce n’est la plus belle et bouleversante de l’histoire du cinéma. Un polar, Le Samouraï de Jean-Pierre Melville, parce que son acteur principal est celui qui est aussi à l’origine de ma passion pour le cinéma, celui qui compte tant de chefs-d’œuvre dans sa filmographie, et parce que chaque plan de ce film frôle la perfection. Un Woody Allen, Match point qui est pour moi le scénario parfait que j’aurais rêvé d’écrire. Citons aussi Le Guépard de Visconti (quel chef-d’œuvre, et un film dont je parle aussi dans le roman), Les Enchaînés d’Hitchcock (parce que l’adjectif jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film)…  Mais plus récemment, il y a aussi les films d’Ozon, de Dolan…Non, cinq, c’est décidément impossible ! Vous voyez qu’il me fallait bien écrire au moins deux livres tournant autour du cinéma ! »

Et enfin, avez-vous un réalisateur fétiche dont vous auriez vu toute la production cinématographique ?

« Je vais en citer deux : Claude Sautet et Jean-Pierre Melville, et sans doute parce que c’est (notamment) «  à cause » de ces deux cinéastes qu’est née ma passion pour le cinéma ».

*organisé par le Ministère de la jeunesse et des sports, il permettait à des jeunes de toute l’Europe d’être invités au Festival de Cannes.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le fils prodigue

le-fils-prodigueAvec Le fils prodigue paru aux Editions du 38, Jean-Baptiste Ferrero signe le grand retour de son héros, le détective privé Thomas Fiera, qui traîne son cynisme, sa sensibilité à fleur de beau, son aigreur, sa détestation des cons de tous bords et sa prompte envie de cogner depuis cinq romans. Ce don pour la critique facile ajouté à la très haute opinion qu’il a de lui-même pourraient rendre Thomas Fiera fort peu sympathique. Et pourtant, c’est tout le contraire qui se produit au fil des rencontres avec ce héros pas ordinaire. Parce qu’il suffit de gratter un peu pour découvrir un homme profondément blessé par la vie, qui consacre la sienne à aider autrui, avec un enthousiasme qui frise le jusqu’auboutisme, une propension à attirer les ennuis assez exceptionnelle et une bande d’amis aussi (voire plus) déjantés que lui. Bref (comme dirait Thomas Fiera).

Avec Le fils prodigue, Thomas Fiera se voit entraîner dans une aventure que n’aurait pas renié James Bond. Un vieil ami, gangster ayant fricoté avec l’ETA, et qui, au passage, lui a piqué son premier amour, l’appelle à l’aide : Son fils vient d’être jeté en prison après avoir été retrouvé à côté du corps sans vie d’un homme chez Biotec, un laboratoire réputé où il était employé comme laborantin. Bizarrement, le fils de son ami se laisse accuser et accepte son sort, sans réagir. Comme s’il avait peur. Ou comme s’il voulait protéger quelqu’un. Intrigué, Thomas Fiera met sa rancœur de côté (rapport au premier amour volé) et accepte de voler au secours du fils de son ancien ami. Mais, est-ce vraiment le fils de son ami ?

Pour démêler le vrai du faux de cette sombre histoire où certains se plaisent à faire joujou avec la génétique en dehors de toute éthique, Thomas Fiera devra sortir les gros moyens. De Paris à Barcelone, de Barcelone aux Pyrénées, des Pyrénées à Paris, et de Paris à l’Andalousie, ça va cogner vite, fort et bien, selon les méthodes désormais bien rodées de Thomas et de sa bande de potes. Pas de temps mort dans ce récit haletant qui tient toutes ses promesses en termes de suspens et de rebondissements. Avec un Thomas Fiera qui laisse tomber l’armure, qui ose accepter un amour très inattendu, et qui retrouve, un peu, l’envie de faire confiance à la vie. Comme si Jean-Baptiste Ferrero avait voulu montrer une autre facette de son héros, qui est aussi, par bien des aspects son double littéraire. Une belle réussite.

Cette chronique vous donne envie de mieux connaître l’auteur Jean-Baptiste Ferrero ? Retrouvez son interview ici !

 

 

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Julie Lamiré, auteure, slameuse, et bien plus encore…

J’ai fait la connaissance de Julie Lamiré il y a quelques mois en lisant son premier roman « Un foyer » paru aux éditions du 38. (Chronique à retrouver : ici). J’ai immédiatement été séduite par la plume de cette jeune auteure et slameuse parisienne, par sa grande humanité et son immense sensibilité. J’ai eu envie de mieux la connaître. Julie Lamiré se dévoile aujourd’hui avec une sincérité dont je la remercie. Rencontre avec une passionnée de la vie.

Bonjour Julie Lamiré et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous commencer par vous présenter brièvement ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? Quelles sont vos passions ?

« Chère Pascaline, bonjour. Je m’appelle Julie Lamiré, je suis originaire de Bretagne mais j’ai toujours vécu en région parisienne. J’ai trente-sept ans. J’ai un enfant. Je suis formatrice, parolière et auteure. Ce sont là mes grandes passions.Autrement, comme tout un tas de gens qui ont la chance de pouvoir le faire, j’aime voyager. Les langues étrangères, les cultures, les croyances, les habitudes des uns et des autres me passionnent.Les paysages du monde m’émerveillent ».

Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ? Est-ce parce que vous êtes d’abord une grande lectrice ?

« Je rêve d’être écrivain depuis que je suis toute petite. Evidemment je suis une grande lectrice, même si j’avoue faire parfois preuve d’inconstance – et être assez monomaniaque (si je tombe amoureuse du style d’un auteur, je lis tout ce qu’il a écrit avec un appétit jamais rassasié). Globalement, je lis tout le temps, et n’importe quel type d’écrit. Ce peut être un roman mais aussi un essai, une lettre, un poème, le texte d’une chanson, tout ce qui peut faire écho à ce qui me tourmente, me bouleverse, tout ce qui me donne à réfléchir, à élargir le champ des possibles, à me faire aller plus loin et plus haut. Mais c’est la rencontre avec le slam qui a vraiment changé le cours des choses pour moi. Lorsque je suis montée sur scène pour la première fois, que j’ai vu l’effet que ma voix et mes mots avaient sur le « public », j’ai su que j’y consacrerais probablement une grande partie de ma vie. C’est aussi forte de cette confiance, de cette certitude (forcément emprunte de doutes, n’exagérons rien) que je me suis lancée dans l’écriture d’un roman ».

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 Est-ce un besoin pour vous d’écrire ?

« Je dirais qu’écrire m’est vital. J’écris de la prose mais aussi des poèmes, des chansons… et ce presque tous les jours de l’année (y compris quand je n’écris pas, que je ne suis pas concrètement en train d’écrire). Écrire me permet de faire du tri, de transcender, de structurer ma pensée. Cela m’aide aussi à matérialiser, à concrétiser des choses assez inconscientes, finalement : ce que j’absorbe au quotidien en termes d’émotions, de sentiments, tout ce que je vois, observe, vis au contact des autres – de près ou de loin. Je suis très connectée à mon environnement ».

Vous avez sorti il y a quelques mois aux Editions du 38 un premier roman, Un foyer. Vous y évoquez la vie d’un foyer pour jeunes en souffrance à Paris. Pourquoi ce thème qui n’a pas, si souvent, inspiré les auteurs ?

« Je crois que chaque auteur trouve son inspiration dans ce qui le remue, ce qui l’intéresse. Chaque auteur puise dans son quotidien de quoi façonner ses personnages et construire son histoire. Il se trouve que moi, pour des raisons conscientes et d’autres que je ne m’explique pas, je suis particulièrement sensible aux thèmes de l’exil, du social, des difficultés, de la mixité – pour ne citer qu’eux. J’ai toujours eu à cœur, y compris lorsque je slamais, de parler au nom des anonymes, de ceux qu’on n’entend pas… comme une soif de justice, comme une réparation de l’Autre, comme un témoignage de mon profond respect pour ceux qui souffrent injustement, qui se battent, qui sont des héros invisibles. Je crois que j’ai besoin de créer des ponts entre les cultures, les univers, les gens. Ma façon à moi d’œuvrer, à ma petite échelle, pour la paix ».

 Les personnages de ce roman, les situations, sont criantes de vérité. Est ce parce que vous vous êtes inspirée de situations vraies ou de personnes qui existent réellement ?

« Bien évidemment! Mais je suis très sereine car je n’ai trahi personne, chacun de mes personnages est un grand mélange de tout un tas de gens avec qui j’ai pu travailler, échanger, tisser du lien, ou que j’ai pu croiser, aider, aimer d’une façon ou d’une autre. Et si je peux me permettre, Pascaline, je suis très honorée que vous me disiez cela, car c’était vraiment mon principal objectif dans ce travail d’écriture : je voulais absolument respecter les voix de mes personnages, me faire toute petite, les laisser s’exprimer, eux, sans caricature ni pathos ».

 Il y a aussi beaucoup de sensibilité dans votre roman, beaucoup d’humanité. On sent que vous aimez les gens, n’est ce pas ?

« Je les aime profondément – mais à ma façon (je me protège beaucoup) et pas tous, bien évidemment. Disons que, naturellement, j’aime l’Homme, et j’ai tendance à penser qu’il est bon par essence. J’ai le réflexe quasi permanent d’imaginer l’enfant caché derrière le masque de l’adulte et je crois être douée d’une sensibilité, d’une tolérance gigantesque. En revanche, j’ai une véritable aversion pour la lâcheté et l’injustice. Résumer quelqu’un à des supposées origines, à un accent, à son sexe, à un handicap, à une maladie, à sa condition sociale par exemple, me met véritablement en colère et me heurte, sincèrement, au plus profond de moi. Je ne supporte pas que l’on rabaisse, diminue l’Autre sous prétexte que dans un contexte particulier, dans une situation particulière, cet Autre soit en position de fragilité. Et ce sont ces Autres, justement, que j’essaie de mettre en lumière dans ce que j’écris. J’essaie de témoigner de toute la puissance, de toute la richesse que j’observe, loin, très loin des clichés et les apriori ».

Vous avez réussi à trouver une maison d’édition pour vous faire publier. Etait-ce votre première tentative ? Est ce que le chemin vers la publication a été un chemin de croix comme on l’entend beaucoup de la part d’auteur en quête d’un éditeur ?

« Sauf exception, le chemin vers la publication est difficile et jalonné d’obstacles. Il faut s’accrocher. C’est beaucoup de travail tout court, mais aussi beaucoup de travail sur soi : y croire coûte que coûte et se dire que cela finira par « marcher ». Pour ce qui est de « mon » Foyer, il avait été dans les finalistes d’un concours de premier roman, il avait été lu par des amis connaisseurs qui lui reconnaissaient un style, de l’intérêt, mais je ne trouvais pas d’éditeur. De fait, je l’avais mis en vente sur Amazon, en format Kindle, dans l’espoir qu’il séduise une maison d’édition. J’avais aussi très à cœur de travailler mon texte avec un éditeur, je savais que mon manuscrit avait des défauts et que je n’avais plus le recul nécessaire. Je pense qu’il faut intégrer l’idée que, comme dans la musique et dans un tas d’autres domaines, l’objet artistique puisse sortir de la sphère intime et très personnelle pour tendre vers le travail d’équipe, une réflexion à plusieurs, des sensibilités qui se parlent. Lorsque Stéphanie Pèlerin (auteure du roman à succès (Presque) jeune, (presque jolie) et (de nouveau) célibataire paru aux éditions Mazarine, ndlr), à qui j’avais envoyé un message, m’a répondu qu’elle avait aimé le texte, qu’elle avait des pistes à me proposer, qu’elle aimerait travailler avec moi pour une publication, j’ai été heureuse, impatiente et honorée. Nous avons formé une belle équipe et, grâce à notre envie, notre motivation, notre entente, notre écoute et notre respect, nous en avons fait, je crois, un livre plein de tendresse et d’humanité – ce qui était mon désir le plus cher ».

Quels conseils pourriez-vous donner à des lecteurs qui auraient des manuscrits au fond d’un tiroir qu’ils n’oseraient pas proposer à une maison d’édition ?

« Je crois qu’il faut se poser les bonnes questions : Pourquoi ai-je écrit ce livre? Ai-je tant envie qu’il soit lu de tous? Quelles en seraient les conséquences? Ce texte peut-il être utile à quelqu’un? Est-ce qu’écrire m’est vital, indispensable, à tel point que je veuille, d’une manière ou d’une autre, en faire mon métier (du moins une activité très prenante, croyez-moi). Si ce texte est utile, s’il peut changer quelque chose (même si c’est chez une petite poignée de lecteurs), si je l’assume, si je suis capable d’entendre des critiques, de les recevoir et de les prendre en compte (n’est pas Balzac qui veut!), si je ne peux pas concevoir que mes histoires ne soient pas lues et partagées, si quand j’écris je pense au lecteur, si mon rêve est d’être écrivain, si quand je n’écris pas je suis malheureux, alors je dirais… qu’il faut ABSOLUMENT prendre son manuscrit à deux mains et « arroser » les maisons d’édition jusqu’au jour où! En tout cas il ne faut jamais, jamais, jamais renoncer à ses rêves. Ceux qui ont réussi n’ont jamais abandonné… »

 Suite à la parution de votre roman, avez-vous participez à des séances de dédicaces ? Etes-vous allée à la rencontre de vos lecteurs ? Si oui, que vous ont apporté ces rencontres ?

« Je dois avouer que je suis une piètre démarcheuse et que je manque de temps. J’aurais dû aller voir les libraires, organiser des dédicaces, mais, pour des raisons que je comprends (et d’autres que j’ignore), je ne l’ai pas fait. En revanche j’ai des projets pour ce livre, plus pérennes (dont je vous parlerai si cela porte ses fruits), car j’ai vraiment à cœur d’aller à la rencontre de mes lecteurs, mais, en les accompagnant, en ayant du temps, en établissant des projets et des ponts. Déformation professionnelle oblige (je suis aussi formatrice), j’ai, je crois, besoin d’ancrer les choses dans le temps, mais aussi d’aller toujours plus loin, plus haut, plus fort (… déformation personnelle… ).

 Et pour terminer, pourriez-vous nous dire si vous avez de nouveaux projets d’écriture ?

« Plein, chère Pascaline, plein… Mon deuxième roman, « Ton héritage », sortira à l’automne 2017 chez les Editions du 38. Je suis actuellement sur un troisième texte. Je travaille avec des chanteurs. J’ai bien envie de me remettre au slam… Bref mon ordinateur est dans un bazar monstrueux, il est rempli de musiques, de poèmes, de livres, de slams… Ça déborde de partout ! »

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le meurtre de Joseph Le Roy

le meutre de joseph le royJ’avais beaucoup aimé L’étrange secret de Marie Cloarec, (chronique à retrouver Ici), le polar qui m’a fait connaître Alex Nicol, dont vous pouvez retrouver l’interview ici). C’est donc avec un réel plaisir que j’ai commencé la lecture de son dernier roman, Le meurtre de Joseph Le Roy, paru aux Editions du 38. Plaisir d’abord de retrouver le héros récurrent, Gwenn Rosmadec, ancien journaliste, écrivain public, sympathique Breton roux flamboyant dont la vie semble prendre un malin plaisir à mettre sur son chemin des mystères et des meurtres inexpliqués. Plaisir de retrouver aussi Soizic, l’épouse de Gwenn, toujours prête à suivre et à aider son grand enfant de mari avec beaucoup d’indulgence et de dévouement. Avec beaucoup d’amour aussi.

Cette fois, nos héros s’envolent pour le grand ouest américain à la faveur d’un voyage gagné par Soizic à la tombola de La Voile Bretonne. Avec eux, six compagnons de voyage, leur guide américain, Allan, et le chauffeur du car, Pépé. Dès le début de leur périple, le couple Rosmadec est intrigué par l’un deux, Joseph Le Roy, maussade, voire déplaisant personnage, qui voyage accompagné de sa très jeune conquête, aussi extravertie que vulgaire et écervelée. Mais voilà que Joseph Le Roy est retrouvé mort dans les toilettes du car. Le coroner conclut à une crise cardiaque. Gwenn Rosmadec n’en croit rien. Surtout qu’un autre meurtre et d’autres accidents bizarres se succèdent. Et si un tueur particulièrement habile s’était glissé parmi les passagers du car ? En attendant, Allan est prêt à rendre son tablier : Jamais, il n’a connu un voyage aussi mouvementé. Il faut dire qu’il n’avait jamais eu, parmi ses touristes, Gwenn Rosmadec.

Cette nouvelle aventure de Gwenn Rosmadec tient toutes ses promesses. L’écriture et le ton sont légers, avec toujours cette pointe d’humour que j’apprécie particulièrement. On se laisse très facilement emporté par l’histoire, d’autant que l’auteur a soigné ses descriptions des paysages grandioses de l’ouest américain et que ses personnages sont vraiment bien croqués. On imagine qu’ils lui ont  été inspiré par des personnes réellement rencontrées et qu’il lui a juste fallu grossir le trait : Le couple d’amoureux féru de magasins de souvenirs, égoïste et égocentré, le solitaire et sa perche à selfie qui ne le quitte jamais, la gentille célibataire prête à se lier avec tout le monde, le bougon jamais content qui critique tout et tout le temps… Le suspens est, par ailleurs, très bien mené, avec un beau crescendo, de sorte qu’on a du mal à lâcher le livre. Avec un dernier rebondissement inattendu. Bref, un bon polar qui vous fera assurément passer un très bon moment de lecture. Sans prise de tête.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Un kimono pour linceul

un kimono pour linceul

Avec Un kimono pour linceul Jean-Michel Leboulanger signe aux éditions du 38 un excellent thriller dont j’ai achevé la lecture hier soir. (Vous en déduirez donc avec raison que je ne faisais pas partie des 20,8 millions de téléspectateurs qui ont regardé la finale de l’Euro 2016). Mais avant d’être un thriller Un kimono pour linceul est d’abord un formidable voyage dans un pays que je connaissais peu, le Japon. Jean-Michel Leboulanger connaît ce pays sur le bout des doigts, cela se sent, et c’est vraiment un plaisir que de se laisser entraîner à sa suite. On ne lit pas un livre qui se passe au Japon. Non. On est au Japon. On se promène dans ses villes, on vit ses coutumes et traditions, on rencontre ses habitants, on découvre ses campagnes. Cette impression « d’y être » est d’autant plus forte que l’auteur glisse de temps à autre dans son récit des mots et des phrases en japonais. Rien que pour cette belle rencontre avec le Japon, ce livre vaut le coup d’être lu.

Pour ne rien gâter, ce thriller est également parfaitement bien mené d’une jolie plume efficace. Il commence avec Gutxi, dont le père était un terroriste très actif de l’ETA. Gutxi est un homme d’une cinquantaine d’années que la prison puis l’exil en Argentine ont vieilli prématurément. Quand on fait sa connaissance, Gutxi vient d’apprendre qu’une maladie orpheline rare le condamne à brève échéance. Gutxi veut mourir au Japon, un pays qu’il connaît bien pour avoir fricoté avec les terribles « Yakusa », les mafieux locaux, du temps où il achetait des armes pour le compte de son père et de l’ETA. Et pour y avoir rencontré Tamaé, la seule femme qu’il ait aimé. Hélas pour lui, les Yakusa ont décidé qu’ils ne le laisseraient pas mourir tranquille. Trop de non-dit, trop de secrets, trop de terrifiants trafics sont en jeu. Hélas pour les Yakusa, Gutxi est un basque coriace. Et en plus, il ne renonce jamais.

Dès les premières pages, on n’a plus envie de lâcher le livre. Jean-Michel Leboulanger s’y entend très bien en matière de suspens et de rebondissements, sans oublier d’y adjoindre un pincée de surnaturel, dont finalement, on se demande si ce n’était pas la réalité. Bref, l’auteur balade son lecteur avec talent. On en redemande ! Avertissement quand-même : Si Jean-Michel Leboulanger décrit magnifiquement le Japon, il est aussi talentueux dans la description minutieuse de certaines scènes de violence extrême. J’avoue avoir eu du mal à aller au bout de certaines d’entre elles. Je préfère en avertir les lecteurs un peu trop sensibles (j’en fais partie…).