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Deux soeurs

deux soeursComme je l’ai écrit dans une récente chronique, j’ai été déçue, pour la première fois, par un roman de David Foenkinos. Cela ne m’a pas découragé de lire le dernier qu’il a publié aux éditions Gallimard, Deux soeurs. Il faut dire, pour être honnête, que devant les nombreux éloges reçus par ce roman, je l’avais acheté avant d’être si déçue par la lecture de Je vais mieux. 

L’héroïne de Deux soeurs s’appelle Mathilde. Professeur de français passionnée par son métier, elle vit à Paris avec Etienne, heureuse dans son couple et pleine de projets : Etienne ne vient-il pas de la demander en mariage et de lui faire part de son envie de devenir père lors de leurs dernières vacances en Croatie ? Hélas, tout s’effondre pour la jeune femme lorsqu’Etienne rompt brutalement avec elle pour, comble de l’humiliation, retourner vivre avec Iris, son premier amour qui l’avait quitté quelques années plus tôt. C’est trop pour Mathilde qui sombre dans une profonde dépression. Alarmée, sa soeur aînée, Agathe, jeune mariée et maman d’une fille âgée de quelques mois, lui propose de l’héberger dans son minuscule appartement. Une cohabitation maladroite et bien plus subie que voulue s’installe alors entre les trois adultes et le bébé. Une cohabitation pendant laquelle Mathilde révèle petit-à-petit sa personnalité border-line et glaçante que la déception amoureuse a fait émerger.

Comme d’habitude, David Foenkinos explore la complexité des rapports humains. Mais pour la première fois, il le fait dans une atmosphère anxiogène, avec une héroïne dont on sent très vite la fragilité psychologique et le danger qu’elle constitue pour son entourage. A bien des égards, Deux soeurs, m’a fait penser à Chanson douce de Leïla Slimani. A la seule différence que, dans Chanson douce, le drame qui va se jouer est connu dès le premier chapitre, le roman consistant à expliquer comment il a pu se jouer. Dans Deux soeurs, on sent au bout de quelques chapitres qu’un drame va avoir lieu, on en est même persuadé. Oui mais lequel ? Et c’est cette interrogation qui fait monter l’angoisse au fil de la lecture.

David Foenkinos sait rendre ses personnages et les situations dans lesquelles ils évoluent très réels, criants de vérité même. C’est sans doute la raison pour lesquelles on s’y attache et qu’on est si triste,voire même agacé, de voir Mathilde s’enfoncer dans une sorte de délire, incapable de remonter la pente, comme anéantie par sa rupture avec Etienne. Et qu’on est si inquiet pour Agathe, Frédéric et la petite Lili, dont on pressent qu’ils ne sortiront pas indemnes de cette cohabitation.

L’auteur est également remarquable dans sa capacité à distiller les relations à l’intérieur d’une fratrie, à montrer comment la douleur immense peut engendrer la jalousie, jusqu’à devenir pathologique, comment les liens du sang sont fragiles.

Un roman, fin, délicat, sensible sur la passion amoureuse et ses dérives que je vous recommande chaleureusement.