Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

Rien ne s’oppose à la nuit

En écrivant aujourd’hui une chronique sur le très gros succès d’édition de l’année 2011, Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan, j’ai bien conscience d’arriver après la bataille ou (au choix) de faire figure de figue après Pâques. Il faut dire que j’ai découvert Delphine de Vigan il y a quelques mois seulement en lisant D’après une histoire vraie. J’ai adoré. Ma chronique enthousiaste de l’époque est d’ailleurs, pour ceux qui souhaiterait la lire, à retrouver ici. Lorsque j’ai parlé de ce roman autour de moi, beaucoup m’ont conseillée de lire le précédent, Rien ne s’oppose à la nuit, de l’avis de tous « encore meilleur ». Tombant par hasard dessus en farfouillant dans les rayonnages de la médiathèque de ma ville, je me suis empressée de l’emprunter, me régalant déjà des belles heures de lecture que ce livre, quasi unanimement salué par la critique, pressenti -un temps- pour le Goncourt, allait me procurer.

Ma déception n’en fut que plus grande. Arrivée à la page 301 du roman, pas certaine de vouloir poursuivre plus avant, je n’arrive pas à comprendre comment ce livre a pu bouleverser autant de lecteurs. Il est vrai que l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuiller, question drame et larmes. Ce récit de vie commence par le suicide de la mère de l’auteure, Lucile. A partir de ce drame intime, l’auteure se replonge dans l’histoire familiale. Elle fouille la vie de sa mère, depuis son enfance dans une famille plus que border-line, jusqu’à la découverte de sa bipolarité, ses internements successifs en hôpital psychiatrique, le tout arrosé des ingrédients indispensables à un bon mélo : inceste, drogue, suicides, folie, anorexie… Presque trop pour une seule famille !

En y réfléchissant, je crois que ce livre m’a agacée de bout en bout. Qu’on se serve de son histoire familiale, aussi particulière et traumatisante soit-elle, pour écrire un livre, pourquoi pas.  Jean-Louis Fournier l’a fait avec talent, cynisme, humour et autodérision en 2008 dans Où on va papa ? ou en 2012 avec Veuf . Mais qu’on se serve de son histoire familiale pour se faire des nœuds au cerveau et disserter à n’en plus finir sur le sens de la vie sur un ton pseudo-intello, non merci ! Sous la plume, pourtant brillante de Delphine de Vigan, je n’ai  ressenti aucune sensibilité, aucune émotion. Juste un gros malaise devant tant de complaisance méthodique et froide à étaler une vie de famille malmenée, à l’analyser jusqu’à l’écoeurement. Quand Delphine de Vigan nous explique, par le biais de longues tirades, qu’elle écrit parce qu’il y a eu « le 31 janvier » (date anniversaire du premier internement de sa mère), non, plutôt, qu’elle a pris conscience qu’elle écrivait parce qu’il y avait eu ce 31 janvier, que, pire, elle n’aurait sans doute jamais écrit sans ce 31 janvier, j’ai juste trouvé cela ridicule. Comme s’il fallait forcément trouver une raison à l’écriture, et comme si cette raison devait forcément être dramatique. Quel intérêt aussi à étaler au grand jour le comportement incestueux qu’aurait eu le père de Lucile, grand-père de Delphine de Vigan ? L’auteure questionne ses tantes à ce sujet, échafaude des hypothèses sur plusieurs pages pour finir par reconnaître qu’on ne saura jamais si « cela » a eu lieu ou pas. Je pense que c’est à ce moment là du livre que j’ai décidé de ne pas aller plus loin, tant je me suis sentie mal à l’aise, comme espionne malgré moi de faits qui n’apportent rien à être ainsi livrés au lecteur.

Finalement, Rien ne s’oppose à la nuit est sans doute l’une de mes plus grandes déceptions littéraires de cette année 2017. Voilà, c’est dit et tant pis si je fais des mécontents parmi les lecteurs de cette chronique.

 

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Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

D’après une histoire vraie

Sorti en 2015 chez Jean-Claude Lattès (mais désormais disponible en format poche), D’après une histoire vraie a valu à son auteure, Delphine de Vigan, le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens. Je connaissais Delphine de Vigan comme une auteure à succès « à la mode » mais je n’avais encore rien lu d’elle, peut-être parce que je la trouvais un peu trop à la mode, justement. Argumentation un peu courte, j’en conviens, et parfaitement injustifiée. Le premier roman que je lis de cette auteure  m’a, en effet, proprement happée. Je dirais même plus (comme dirait l’autre), D’après une histoire vraie est sans doute le thriller qui m’a le plus déstabilisée, interrogée et émue aussi, depuis très longtemps. Même une fois le livre refermé, j’ai continué d’y penser, de m’interroger encore et encore. Avec en fond : Où est la vérité ? Où est la fiction ? Qui a menti ? Qui a dit vrai ? Et finalement, qui a écrit ce livre ?

D’après une histoire vrai met en scène Delphine, auteure à succès d’une quarantaine d’années, qui vient de connaître un nouveau succès avec son dernier roman, très largement autobiographique. Toute ressemblance avec Delphine de Vigan n’est pas du tout fortuite. Et c’est cela qui trouble le lecteur dès les premières pages : Est-on en train de lire une histoire qui est réellement arrivée à Delphine de Vigan ? Alors que Delphine réfléchit à l’écriture d’un nouveau roman, elle rencontre L. lors d’une soirée chez des amis. Charmée par le charisme de cette jeune femme, par son assurance, son allure,  Delphine ne voit pas combien elle s’immisce petit à petit dans sa vie. Insidieusement. Jusqu’à la contrôler complètement. Jusqu’à faire de Delphine sa marionnette… Et jusqu’où encore ?

L’histoire commence gentiment et puis, une mécanique, redoutable, se met en place. Qui est vraiment Delphine ? Qui est L., à la fois si présente et si fictive ? Le lecteur, impuissant, n’a pas d’autre choix que de se laisser embarquer sans vraiment savoir où cela va le mener. Et quand, à une cinquantaine de pages de la fin, il pense être arrivé au dénouement (qui, pour ma part, m’avait un peu déçue, sur le mode « tout ça, pour ça »), il s’aperçoit très vite que ce dénouement n’est qu’un leurre, une étape supplémentaire pour lui faire perdre ses dernières certitudes… Et là, on est vraiment obligé de se dire que Delphine de Vigan a du talent. Beaucoup de talent.