Étiquette : Bernard Minier

Glacé

Voici quelques mois, j’ai découvert l’auteur de thrillers Bernard Minier avec Une putain d’histoire. J’avais vraiment beaucoup aimé ce roman et avait été étonnée de lire de nombreuses critiques disant que ce roman était bien en deça des premières publications de l’auteur. J’étais donc très curieuse de me plonger dans le premier thriller de Bernard Minier, Glacé, qui lui a valu le grand prix du roman francophone au festival du polar de Cognac et l’a propulsé, d’un seul coup, au Panthéon des auteurs les plus lus en France. Vous l’aurez compris, c’est donc avec un à-priori tout-à-fait positif que j’ai commencé ma lecture.

Las… Le bonheur ne fut pas au rendez-vous. Quelle déception que ce roman ! Je vous en livre ici un résumé : Dans un coin perdu des Pyrénées, on retrouve le corps d’un cheval sans tête accroché à flanc de montagne, sur les installations d’un téléphérique, à 2 000 mètres d’altitude, en plein hiver. Comme ledit cheval était un pur-sang hors-norme, qu’il appartenait, de surcroît, à l’un des hommes d’affaires les plus riches de France, la gendarmerie et la police se mettent d’accord pour envoyer sur place leurs plus fins limiers. Alors que l’enquête piétine, on découvre le corps du pharmacien de la ville voisine pendu à un pont, simplement vêtu d’une cape noire et de bottes. Les deux affaires sont-elle liées ? Tout se complique quand on apprend que l’ADN d’un dangereux psychopathe, tueur en série, interné dans la clinique psychiatrique ultra-sécurisée voisine, a été retrouvé sur les lieux des deux crimes.

Mon avis sera pour le moins tranché : Je n’ai rien aimé dans ce roman qui m’a agacée dès le départ. Agacée, parce que, d’entrée, j’ai été heurtée par les invraisemblances du scénario. La clinique psychiatrique, d’abord. Qui pour croire en cette clinique privée qui reçoit, dans une espèce de bunker fortifié, les pires criminels psychopathes de toute l’Europe, avec un personnel soignant glauque à souhait ? Sans parler des clichés (le directeur qui est évidemment l’amant de son infirmière-chef, caricature de la nymphomane…). L’histoire ne m’a pas non plus convaincue : Sans trop en dévoiler de l’intrigue, le scénario des différents crimes est complètement absurde, avec beaucoup trop de complices, dont on achète le silence, comme si c’était aussi simple. La raison même des crimes – une vengeance – est invraisemblable, avec un, une ou des criminels absolument pas crédibles, parce que complètement grotesques, voire illuminés. Et cela ne colle pas du tout avec la position professionnelle et sociale qu’il, elle, ou ils occupent, par ailleurs. Pour faire court, il, elle ou ils n’avaient absolument pas besoin de monter un scénario aussi alambiqué pour se venger. Comme si Bernard Minier avait voulu trop en faire pour ajouter dans le grandiloquent. Pour vous résumer le truc (en essayant de ne pas trop en dire quand-même), le/la/les criminels tuent le pharmacien et le mettent en scène, nu avec une cape et des bottes. Mais cette mise-en-scène risque d’aiguiller les enquêteurs vers le/la/les coupables quand ils vont comprendre qu’il s’agit d’une vengeance. Du coup, le/la/les criminels tuent à nouveau « pour rien », juste pour éloigner les soupçons des enquêteurs et les embrouiller. N’aurait-il pas été plus simple pour le/la/les assassins de ne pas mettre en place tout ce cinéma qui les désigne ? De tuer pour se venger, « et c’est tout », comme généralement cela se passe dans les faits-divers réels ? Mais forcément,  Bernard Minier a dû penser que, question suspens, il était un peu court.

Que dire aussi de ce personnage placé du coté des « gentils insoupçonnables » sur qui, soudainement, pèse malgré tout tous les soupçons, dont on prépare minutieusement l’arrestation, mais qui finalement n’est pas coupable ? Pourquoi ? Ben, juste parce que l’enquêteur principal, Martin Servaz, sait que finalement ce n’est pas elle ou lui. Comment ? Ben, il le dira pas. Facile, non ? En même temps, vu qu’il restait environ un quart du roman à lire à ce moment-là, nous lecteurs, avions compris  avant même l’inspecteur que ce ne pouvait pas être cette personne, le ou la criminel(le). Quant à la poursuite finale du/de la/des criminels, pimentée par l’évasion du plus dangereux des dangereux psychopathes de la clinique, elle m’a juste ennuyée. J’ai d’ailleurs passé quelques pages pour arriver à la fin. (Enfin).

Bref, je ne comprends pas comment ce roman a pu être autant encensé. Ce n’est pas demain la veille qu’on me surprendra avec un thriller de Bernard Minier entre les mains.

Une putain d’histoire

putain d'histoireDe Bernard Minier, je ne connaissais que le nom que j’entends à la radio à chaque sortie de l’un de ses romans. Au ton employé par la personne chargée d’en faire la publicité, j’avais compris qu’il était auteur de thrillers et qu’il était l’un des romanciers français à vendre le plus dans l’hexagone. Et puis, cet été, en vacances dans la famille, j’ai vu l’une de mes cousines complètement happée par la lecture d’un roman de Bernard Minier. Il s’avère que mes dernières lectures ne m’avaient pas vraiment emballée, j’avais vraiment envie de retrouver cette sensation incomparable d’être prise par la lecture d’un livre jusqu’à avoir du mal à le poser 5 minutes.

J’ai acheté un roman de Bernard Minier. Le seul qui se trouvait au rayon livres du supermarché où je fais mes courses : Une putain d’histoire, en format poche, mais paru initialement aux éditions XO. Les critiques lues par ci par là étaient assez unanimes pour dire que ce n’était pas le meilleur de cet auteur révélé en 2011 par son premier thriller Glacé. C’est donc un peu circonspecte que j’en ai commencé la lecture. Mais avant de vous donner mon avis, commençons par le synopsis.

Sur une île au large de Seattle aux Etats-Unis, Henry, 16 ans, vit, heureux, avec ses deux mamans, Liv et France, un couple de lesbiennes qui l’a adopté quand il avait trois ans, après le décès de sa mère biologique qui l’élevait seule. Tout bascule toutefois quand sa petite amie, Naomie, est retrouvée assassinée sur une plage de l’île, tandis que sa mère demeure introuvable. Henry est effondré. Mais très vite, les images de vidéosurveillance qui montrent la violente dispute qui l’a opposé à Naomie sur le ferry qui les ramenait du lycée jusqu’à l’île la veille de la découverte du corps, le font passer d’amoureux désespéré à suspect numéro 1. Bien décidé à prouver son innocence, Henry se met en tête de découvrir la vérité, aidé par trois de ses amis lycéens. Sans imaginer une seconde qu’ils vont mettre les mains dans des secrets peu ragoutants dont un mystérieux maître-chanteur profite d’ailleurs pour s’en mettre plein les poches… La petite île tranquille n’est peut-être aussi tranquille qu’elle n’y paraît.

Ce roman m’a transportée de bout en bout. J’ai d’abord beaucoup aimé l’ambiance américaine décrite par Bernard Minier. Elle m’a paru tellement réaliste (bien que je n’ai jamais mis les pieds aux Etats-Unis) que, parfois, lisant une allusion à une actualité française, je me suis surprise à penser : « C’est sympa pour un auteur américain de mettre la France en avant dans ses romans » avant de me rappeler qu’il était écrit par un compatriote. J’ai adoré aussi la façon dont Bernard Minier fait monter la pression et le suspens, la façon dont il sème les fausses pistes. Evidemment, comme tout bon auteur de thriller, il sait aussi parfaitement poser ses rebondissements… juste avant de repartir sur un autre personnage afin de nous laisser tout le temps nécessaire pour cogiter sur cet élément nouveau qui vient mettre par terre toutes nos hypothèses… Bref, c’est un roman haletant jusqu’à ses toutes dernières pages qu’on a beaucoup, beaucoup de mal à lâcher une fois qu’on l’a entre les mains.

J’ai lu ici ou là que l’histoire manquait de crédibilité et qu’un tel scénario, dont toutes les pièces tombent à chaque fois au bon moment sans anicroche, c’est vrai, était sans doute plus facile à mettre en place dans la tête d’un romancier que dans la vie réelle. Peut-être… Mais personnellement, je n’ai pas eu ce sentiment. Sans doute parce qu’Une putain d’histoire est le premier roman de Bernard Minier que je lis et que l’on est peut-être plus indulgent avec les romanciers que l’on découvre pour la première fois.

En revanche, s’il est une chose qui m’a paru invraisemblable, c’est de mettre à plusieurs reprises de l’imparfait du subjonctif dans la bouche d’Henry, je le rappelle, un adolescent de 16 ans. Là, oui, pour le coup, je me suis dis que c’était un peu « too much ».

Mais ne boudons pas notre plaisir, ce roman de Bernard Minier, sans doute pas le meilleur de l’année sur un plan littéraire, remplit parfaitement son office : Nous faire passer un putain de bon moment de lecture.