Étiquette : amour

Chère Mrs Bird

Le Cercle Belfond, éditeur français de Chère Mrs Bird, m’avait vendu ce premier roman de la Britanique AJ Pearce comme « une ode à l’amitié et aux femmes dans la droite ligne de Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates ». Comme j’avais adoré ce roman épistolaire lu il y a bien longtemps, je me suis laissée tenter par la participation à un concours proposé par cette Maison d’édition. Ce qui m’a permis de gagner ledit roman.

Il est toujours délicat de chroniquer négativement un livre offert par une Maison d’édition. C’est pourtant ce que je m’apprête à faire. L’honnêteté m’oblige en effet à reconnaître que j’aurais pu aimer Chère Mrs Bird si je l’avais lu quand j’avais une quinzaine d’années. Alors que je suis entrée dans la deuxième moitié de la quarantaine (soupir…), je dois avouer que la naïveté de l’histoire et ses personnages très caricaturaux m’ont ennuyée de bout en bout, pour ne pas dire agacée. Et je ne parle pas de « l’happy end » d’une invraisemblance assez déroutante. Quant à la filiation avec Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates, je la cherche encore…

Pourtant, l’histoire était prometteuse, en tout cas, à mes yeux. Nous sommes au début des années 1940. Emmy, jeune londonienne de 22 ans, rêve de devenir correspondante de guerre, alors que les bombes allemandes terrorisent chaque nuit la capitale britannique. Elle croit défaillir de bonheur quand elle est recrutée par un prestigieux journal britannique pour être assistante de rédaction. Mais elle déchante vite quand elle comprend qu’elle va travailler, en fait, pour une autre publication du groupe de presse, beaucoup moins prestigieuse, où elle aura en charge le tri du courrier des lectrices, sous l’oeil sévère de la rédactrice-en-chef adjointe, Mrs Bird. Cette dernière a une conception pour le moins curieuse de cette rubrique. En effet, ne peuvent recevoir de réponse que les lettres qui n’abordent aucun sujet « scabreux » : couple, sexualité, adultère, passion amoureuse… Evidemment, Emmy est bien décidée à passer outre les consignes de la vieille Mrs Bird… A ses risques et périls…

D’entrée, l’abus de l’usage des majuscules dans la typographie m’a indisposée. Cette façon d’écrire ne fait que renforcer l’idée qu’Emmy est une gentille écervelée immature. Elle saute d’ailleurs comme un cabri quand elle apprend qu’elle va intégrer la rédaction d’un journal. Je ne parle même pas des redites à profusion sur le fait « qu’elle rêêêêêêve de devenir correspondante de guerre ! » Elle doit bien le répéter une dizaine de fois sur les dix premières pages. Bref, ce roman ne commençait pas de la meilleure façon qui soit.

Ce roman n’est pourtant pas déplaisant de bout en bout. Toute la partie sur le quotidien des Londoniens pendant les bombardements et le rôle de bénévole d’Emmy au centre d’appels chez les pompiers les soirs d’alerte sont plutôt bien rendus. C’est d’ailleurs pour cet aspect que je n’ai pas lâché le livre avant la fin. Mais le tout est desservi par des personnages trop caricaturaux, Mrs Bird en tête, sorte de vieille rombière obnubilée par les bonnes moeurs qui, bien entendu, terrorise toute la rédaction, et pollué par une histoire d’amitié et une histoire d’amour mièvres au possible, auxquelles on ne croit pas deux secondes. Sans parler du retournement final, aussi crédible qu’un carnaval sans beuveries à Dunkerque. Bref, je n’ai pas envie de m’étendre plus longuement sur ce roman pour midinettes qui va sortir de ma mémoire aussi vite qu’il y est entré.

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Ma mère avait raison

ma mère avait raison bisJe n’avais lu jusqu’à présent qu’un seul livre d’Alexandre Jardin et c’était il y a très longtemps. Dans mon souvenir, j’avais beaucoup aimé Bille en tête même si, en toute franchise, je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Quand j’ai vu que Ma mère avait raison du même Alexandre Jardin était proposé sur la plateforme Netgalley par son éditeur Grasset, je me suis dit que c’était le moment d’en lire un deuxième.

Alexandre Jardin a déjà souvent écrit sur sa famille, très artiste et très peu conventionnelle. Avec Ma mère avait raison, il brosse le portrait de sa mère, femme égoïste, issue d’un milieu bourgeois bohème, qui vécut toute sa vie en se moquant des conventions et qui put se le permettre parce qu’elle ne manquait pas d’argent. Oisive, artiste, libertaire, elle habitait la grande maison familiale de Verdelot avec son mari et quatre de ses amants, artistes eux aussi, sous les yeux de ses trois enfants qu’elle aimât tièdement parce qu’il ne fallait pas qu’ils viennent contrarier sa vie qu’elle avait vouée au plaisir et à la jouissance sans entrave. Dans ce qu’il appelle un « roman » mais qui ressemble furieusement à une autobiographie, Alexandre Jardin décrit, avec force anecdotes, ce que fut sa relation avec cette mère presqu’indigne mais qu’il admire et continue d’aimer sans condition. Parce que cette mère lui a appris à ne pas se contenter de l’à peu près et du presque bonheur, parce que cette mère l’a obligé à se dépasser et à vivre sans peur.

La mère d’Alexandre Jardin est une très vieille dame maintenant, qui n’a sans doute plus beaucoup de temps à passer sur notre terre. Ce livre est donc aussi le cri d’amour d’un fils qui pense ne pas pouvoir vivre sans sa mère qui l’a pourtant si mal aimé. Paradoxe qui n’a pas manqué de me mettre mal à l’aise.

Au final, ai-je aimé ce livre ? Il est indéniable qu’Alexandre Jardin écrit bien, qu’il sait manier l’humour et que son livre est empli d’émotion. Toutefois, j’avoue avoir eu du mal à aimer l’héroïne du roman, dont l’inconstance, l’égoïsme, les caprices et la dureté envers ses enfants m’ont véritablement indisposée. J’avoue également que certains chapitres du livre m’ont semblé très longs et que l’ennui m’a souvent guettée. Ce cri d’amour presque désespéré d’Alexandre Jardin pour sa mère ne méritait peut-être pas de s’étaler sur 200 et quelques pages.

Journal pour Anne (1964-1970)

Ce Journal pour Anne, écrit entre 1964 et 1970 par François Mitterrand à l’attention de sa toute jeune maîtresse, Anne Pingeot, vient d’être publié chez Gallimard, à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de l’ancien Président de la République. Anne Pingeot, aujourd’hui âgée de 73 ans, a accepté sa publication, après avoir demandé l’autorisation aux deux fils aînés de François Mitterrand, Jean-Christophe et Gilbert, et journal-pour-anneparce que Danielle Mitterrand est décédée depuis plusieurs années maintenant.  Cet ouvrage -qui sort en même temps que Lettres pour Anne chez le même éditeur – recueil de l’ensemble des lettres que François Mitterrand a écrit à Anne Pingeot entre 1962 et 1995- est une sorte d’OVNI littéraire. Par son format, d’abord : 30 cm x 20, une grosse couverture cartonnée et près de 500 pages qui rende la lecture compliquée dans un lit ou dans un bain brûlant moussant, hélas, mes deux endroits préférés pour tourner les pages de mes livres… Par ce qu’il est ensuite : Un journal manuscrit quotidien dans lequel François Mitterrand évoque ses journées de maire de Château-Chinon et de député de la Nièvre qu’il est alors, ses séjours à Hossegor, ses tournois de golf, sa vie à Paris dans son appartement de la rue Guynemer, ses pérégrinations en France, de la Nièvre aux Landes en passant par Clermont-Ferrand, ses amis et bien-sûr, Anne. Leurs rencontres, leurs escapades mais aussi le manque, le doute et la peur qui étreignent parfois l’auteur tant son besoin d’Anne est immense. Le tout est agrémenté d’articles de presse, de photos, de dessins ou d’illustrations que François Mitterrand a méticuleusement découpés et collés.

L’histoire est connue : Anne a, à peine, plus de 20 ans, François près de 50. Il est marié, elle est issue d’une famille bourgeoise catholique de province. Lorsque François Mitterrand écrit ce journal, leur histoire d’amour est encore strictement secrète. L’ancien Président s’en amuse. Il taquine sa maîtresse en lui racontant les parties de golf qu’il fait à Hossegor avec Pierre Pingeot, le sévère père d’Anne ou en évoquant leurs rencontres à « Lohia », la villa de vacances des parents d’Anne où ils font semblant de se connaître si peu…

Il faut lire Journal pour Anne. Pour plusieurs raisons. La première pour la plume admirable de François Mitterrand et pour les mots qu’il écrit à Anne. Si beaux, si poétiques, si empreints d’un amour absolu et d’une communion intellectuelle, charnelle et spirituelle. Extrait, mercredi 7 octobre 1964 : « A vrai dire, rien ne comptait que notre départ du lendemain vers Hossegor, vers l’inconnu de quatre jours entièrement partagés. Pour la première fois, Anne, nous allions vivre en commun des heures qui ne buteraient pas sur un soir brisé. Il aurait fallu lire dans les planètes pour deviner ce que le destin nous réservait. Plus simplement, j’ai tenté de déchiffrer en moi-même la nature de ma joie. Je crois avoir compris que mon cœur pour toi était sincère et sûr. Avec ce bagage là, je n’hésite pas : En route ! » ; Extrait, lundi 29 mars 1965 : « Tu étais, tout ce jour, la plus délicieuse Anne, tendre, troublée, confiante, heureuse. Je t’ai laissée aller à ton festival caucasien le cœur tranquille. Je te sentais mienne, O Anne, ma tendresse. Lundi, lundi, tout a commencé avec des lundis. Dix-huit mois de lundi en lundi jusqu’au sommet du monde ». Extrait, dimanche 11 avril 1965. « Recueillement. Dimanche des Rameaux. J’aurais voulu prier avec toi dans une église claire et perdue quelque part, dans la forêt, dans le désert. (…). Je pourrais être très heureux. Je le suis presque. Je désire de toute mon âme une communion spirituelle avec toi. Mais à la fin du jour, une brume. Tu t’éloignes de moi. Je ne sais pourquoi. Douleur diffuse. Soirée chez moi à lire, à t’écrire, à rêver ».

Il faut lire aussi Journal pour Anne pour ce qu’il raconte du quotidien d’un député de province -François Mitterrand ne manque pas d’humour et on lit, sourire aux lèvres, certaines des anecdotes rapportées- et pour le témoignage qu’il est d’une France couleur sépia qui n’est plus et qui a servi de décor à l’une des histoires d’amour parmi les plus belles et les plus improbables du XXème siècle.