Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

Ma mère avait raison

ma mère avait raison bisJe n’avais lu jusqu’à présent qu’un seul livre d’Alexandre Jardin et c’était il y a très longtemps. Dans mon souvenir, j’avais beaucoup aimé Bille en tête même si, en toute franchise, je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Quand j’ai vu que Ma mère avait raison du même Alexandre Jardin était proposé sur la plateforme Netgalley par son éditeur Grasset, je me suis dit que c’était le moment d’en lire un deuxième.

Alexandre Jardin a déjà souvent écrit sur sa famille, très artiste et très peu conventionnelle. Avec Ma mère avait raison, il brosse le portrait de sa mère, femme égoïste, issue d’un milieu bourgeois bohème, qui vécut toute sa vie en se moquant des conventions et qui put se le permettre parce qu’elle ne manquait pas d’argent. Oisive, artiste, libertaire, elle habitait la grande maison familiale de Verdelot avec son mari et quatre de ses amants, artistes eux aussi, sous les yeux de ses trois enfants qu’elle aimât tièdement parce qu’il ne fallait pas qu’ils viennent contrarier sa vie qu’elle avait vouée au plaisir et à la jouissance sans entrave. Dans ce qu’il appelle un « roman » mais qui ressemble furieusement à une autobiographie, Alexandre Jardin décrit, avec force anecdotes, ce que fut sa relation avec cette mère presqu’indigne mais qu’il admire et continue d’aimer sans condition. Parce que cette mère lui a appris à ne pas se contenter de l’à peu près et du presque bonheur, parce que cette mère l’a obligé à se dépasser et à vivre sans peur.

La mère d’Alexandre Jardin est une très vieille dame maintenant, qui n’a sans doute plus beaucoup de temps à passer sur notre terre. Ce livre est donc aussi le cri d’amour d’un fils qui pense ne pas pouvoir vivre sans sa mère qui l’a pourtant si mal aimé. Paradoxe qui n’a pas manqué de me mettre mal à l’aise.

Au final, ai-je aimé ce livre ? Il est indéniable qu’Alexandre Jardin écrit bien, qu’il sait manier l’humour et que son livre est empli d’émotion. Toutefois, j’avoue avoir eu du mal à aimer l’héroïne du roman, dont l’inconstance, l’égoïsme, les caprices et la dureté envers ses enfants m’ont véritablement indisposée. J’avoue également que certains chapitres du livre m’ont semblé très longs et que l’ennui m’a souvent guettée. Ce cri d’amour presque désespéré d’Alexandre Jardin pour sa mère ne méritait peut-être pas de s’étaler sur 200 et quelques pages.

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Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Journal pour Anne (1964-1970)

Ce Journal pour Anne, écrit entre 1964 et 1970 par François Mitterrand à l’attention de sa toute jeune maîtresse, Anne Pingeot, vient d’être publié chez Gallimard, à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de l’ancien Président de la République. Anne Pingeot, aujourd’hui âgée de 73 ans, a accepté sa publication, après avoir demandé l’autorisation aux deux fils aînés de François Mitterrand, Jean-Christophe et Gilbert, et journal-pour-anneparce que Danielle Mitterrand est décédée depuis plusieurs années maintenant.  Cet ouvrage -qui sort en même temps que Lettres pour Anne chez le même éditeur – recueil de l’ensemble des lettres que François Mitterrand a écrit à Anne Pingeot entre 1962 et 1995- est une sorte d’OVNI littéraire. Par son format, d’abord : 30 cm x 20, une grosse couverture cartonnée et près de 500 pages qui rende la lecture compliquée dans un lit ou dans un bain brûlant moussant, hélas, mes deux endroits préférés pour tourner les pages de mes livres… Par ce qu’il est ensuite : Un journal manuscrit quotidien dans lequel François Mitterrand évoque ses journées de maire de Château-Chinon et de député de la Nièvre qu’il est alors, ses séjours à Hossegor, ses tournois de golf, sa vie à Paris dans son appartement de la rue Guynemer, ses pérégrinations en France, de la Nièvre aux Landes en passant par Clermont-Ferrand, ses amis et bien-sûr, Anne. Leurs rencontres, leurs escapades mais aussi le manque, le doute et la peur qui étreignent parfois l’auteur tant son besoin d’Anne est immense. Le tout est agrémenté d’articles de presse, de photos, de dessins ou d’illustrations que François Mitterrand a méticuleusement découpés et collés.

L’histoire est connue : Anne a, à peine, plus de 20 ans, François près de 50. Il est marié, elle est issue d’une famille bourgeoise catholique de province. Lorsque François Mitterrand écrit ce journal, leur histoire d’amour est encore strictement secrète. L’ancien Président s’en amuse. Il taquine sa maîtresse en lui racontant les parties de golf qu’il fait à Hossegor avec Pierre Pingeot, le sévère père d’Anne ou en évoquant leurs rencontres à « Lohia », la villa de vacances des parents d’Anne où ils font semblant de se connaître si peu…

Il faut lire Journal pour Anne. Pour plusieurs raisons. La première pour la plume admirable de François Mitterrand et pour les mots qu’il écrit à Anne. Si beaux, si poétiques, si empreints d’un amour absolu et d’une communion intellectuelle, charnelle et spirituelle. Extrait, mercredi 7 octobre 1964 : « A vrai dire, rien ne comptait que notre départ du lendemain vers Hossegor, vers l’inconnu de quatre jours entièrement partagés. Pour la première fois, Anne, nous allions vivre en commun des heures qui ne buteraient pas sur un soir brisé. Il aurait fallu lire dans les planètes pour deviner ce que le destin nous réservait. Plus simplement, j’ai tenté de déchiffrer en moi-même la nature de ma joie. Je crois avoir compris que mon cœur pour toi était sincère et sûr. Avec ce bagage là, je n’hésite pas : En route ! » ; Extrait, lundi 29 mars 1965 : « Tu étais, tout ce jour, la plus délicieuse Anne, tendre, troublée, confiante, heureuse. Je t’ai laissée aller à ton festival caucasien le cœur tranquille. Je te sentais mienne, O Anne, ma tendresse. Lundi, lundi, tout a commencé avec des lundis. Dix-huit mois de lundi en lundi jusqu’au sommet du monde ». Extrait, dimanche 11 avril 1965. « Recueillement. Dimanche des Rameaux. J’aurais voulu prier avec toi dans une église claire et perdue quelque part, dans la forêt, dans le désert. (…). Je pourrais être très heureux. Je le suis presque. Je désire de toute mon âme une communion spirituelle avec toi. Mais à la fin du jour, une brume. Tu t’éloignes de moi. Je ne sais pourquoi. Douleur diffuse. Soirée chez moi à lire, à t’écrire, à rêver ».

Il faut lire aussi Journal pour Anne pour ce qu’il raconte du quotidien d’un député de province -François Mitterrand ne manque pas d’humour et on lit, sourire aux lèvres, certaines des anecdotes rapportées- et pour le témoignage qu’il est d’une France couleur sépia qui n’est plus et qui a servi de décor à l’une des histoires d’amour parmi les plus belles et les plus improbables du XXème siècle.