Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

L’amie prodigieuse

l'amie prodigieuseJe ne connaissais pas du tout Elena Ferrante. J’en ai seulement entendu parler lorsqu’elle a sorti il y a quelques mois le 3ème tome de sa trilogie largement autobiographique L’amie prodigieuse, dont l’émission littéraire de France 5 « La grande librairie » s’est fait l’écho. Le fait qu’Elena Ferrante soit le pseudonyme d’une auteure italienne dont on ne sait rien, qui n’a jamais montré son visage, qui a même refusé un prix littéraire prestigieux pour rester incognito, malgré les centaines de milliers de livres qu’elle vend partout dans le monde, m’a fascinée et intriguée. J’ai donc acheté le premier tome de la trilogie, L’amie prodigieuse, initialement sorti chez Gallimard, mais désormais disponible en format poche.

La libraire m’avait mise en garde, me précisant que le premier tome de la saga servait aussi à installer toute une série de personnages, ce qui avait découragé certains lecteurs, perdus au milieu de personnages dont ils avaient du mal à retenir les noms et les liens les uns avec les autres. Alors, oui, c’est vrai. Beaucoup de familles à rallonge se croisent dans ce quartier populaire de Naples des années 50, entassées dans leur petit appartement au confort sommaire. Il y a les fils et les filles du garagiste, du pâtissier, du cordonnier, du conducteur de train, poète à ses heures. Il y a aussi les fils d’un riche caïd dont on dit qu’il pourrait être lié à la Camorra napolitaine. Et puis, il y a Elena, fille d’un portier de la mairie de Naples, la narratrice de cette histoire, et sa meilleure amie, Lila. C’est de cette amitié entre deux enfants, puis deux adolescentes dont il est question dans ce premier tome. Une amitié très forte, presque fusionnelle entre deux filles, issues du même milieu populaire mais dont les destinées vont suivre des chemines différents, l’une poussée par son institutrice à poursuivre ses études, l’autre se mariant à 16 ans avec un riche artisan du quartier. L’une échappant à son milieu, l’autre s’y complaisant, en toute connaissance de cause. Voilà résumée en quelques lignes l’histoire de L’amie prodigieuse.

Je dois avouer que le livre à peine refermé, je n’avais qu’une envie : me précipiter sur le 2ème tome afin de savoir comment Elena et Lina allaient évoluer et devenir adulte. Parce qu’Elena Ferrante a une très belle plume, parce qu’elle décrit avec un talent extraordinaire la Naples populaire des années 50, dont elle en restitue l’ambiance avec bonheur, parce qu’elle sait faire aimer ses personnages, mêmes les moins sympathiques, parce qu’elle relate avec beaucoup de finesse les hauts et les bas des relations humaines et parce qu’elle glisse des touches d’humour jubilatoire au fil des pages. Si vous êtes fan des grandes sagas familiales, si vous avez envie de vous plonger dans l’ambiance populaire du Naples des années 50, alors, précipitez-vous sans tarder sur L’amie prodigieuse. Vous ne pourrez pas être déçus. Pour ma part, je m’en vais me plonger dans le tome 2.

A noter que cette trilogie est en passe de devenir une quadrilogie puisque le quatrième et dernier tome de la saga doit sortir cet automne. Il vous reste quelques mois pour avaler les trois premiers !

 

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Mes amis devenus

mes-amis-devenusL’écrivain de littérature jeunesse, Jean-Claude Mourlevat, poursuit son incursion dans la littérature adulte avec un deuxième roman, Mes amis devenus. (Fleuve éditions). Seul cette fois, après un premier roman épistolaire jubilatoire, Et je danse aussi, écrit à quatre mains avec Anne-Laure Bondoux. (Ma chronique enthousiaste de l’époque est à retrouver ici).

Avec Mes amis devenus, Jean-Claude Mourlevat prouve qu’il a vraiment eu une excellente idée de s’autoriser à écrire pour le public adulte. Son roman est tout simplement enthousiasmant, jubilatoire, drôle, humain, sensible. Bref, un immense plaisir de lecture.

Je vous livre ici un résumé de l’histoire : Un écrivain à succès reçoit un jour une proposition pour le moins inattendue de son meilleur ami, Jean, qu’il connaît depuis le lycée. Et s’ils organisaient un week-end sur l’île d’Ouessant avec leurs trois autres amis d’enfance, Lours, Mara et Luce qu’ils n’ont pas revus depuis quarante ans et avec lesquels ils ont vécu mille et une aventures à l’époque ? Un peu réticent, notre héros finit pas accepter la proposition. Que sont ses amis devenus ? Arrivé en éclaireur dans le petit logement loué pour l’occasion, il attend l’arrivée des quatre autres au port du Stiff. Il comble ce moment de solitude en se souvenant de son enfance, au fin fond de la campagne auvergnate, de ses années lycée, de ses amis, de ses parents éleveurs de pintades et de ses grands-parents. Puis, vient le temps des retrouvailles. Que sont ses amis devenus ? Quels non-dits, quelles blessures anciennes, quels actes manqués vont-ils ressurgir ? Et pourquoi donc Jean a-t-il voulu organiser ce week-end ?

Jean-Claude Mourlevat excelle dans l’art de restituer une époque, une ambiance, des situations drôles, émouvantes ou tendres. La lecture des souvenirs d’enfance et d’adolescence du héros sont un pur moment de bonheur, tant y sont mêlés tendresse, humanisme et humour, dans une France des années 70, parfaitement décrite. L’auteur excelle également dans l’art d’écrire des dialogues justes, mordants, bref, qui sonnent vrais. Il excelle enfin dans l’art de surprendre son lecteur. C’est simple : On ne lit pas son roman, non, on est dans le roman, avec les personnages, à vivre l’histoire à leurs côtés. Finir un livre de Jean-Claude Mourlevat a donc un côté tragique : On a réellement l’impression de quitter des amis avec lesquels on a passé un très bon moment et que l’on ne reverra plus.