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Loin de vous ce printemps

F an d’Agatha Christie, j’étais persuadée d’avoir lu tous ses romans. Erreur… En me baladant à la médiathèque de ma ville, je suis tombée sur un roman de Mary Westmacott, (Editions du Masque) sous titrée « alias Agatha Christie ». C’est ainsi que j’ai appris, avec stupeur, que l’une de mes romancières préférées n’avait pas écrit que des polars à énigme mais également quelques romans « psychologiques », avec, toutefois, une interrogation sur son véritable talent en la matière  puisqu’elle a jugé préférable de prendre un pseudonyme. Il faut dire que, lorsque ce roman paraît dans les années 1930, Agatha Christie connaît déjà un beau succès en tant qu’auteur de polars. Il ne s’agit pas de déstabiliser ses lecteurs.

Effectivement, Loin de  vous ce printemps, puisque c’est son titre, n’a rien d’un polar. Il raconte l’histoire d’une grande bourgeoise britannique provinciale, typique des années 30 : riche par son mariage avec un « beau parti », mère au foyer, très investie dans la paroisse et ses oeuvres caritatives, chargée de gérer le personnel de maison et soucieuse de voir ses trois enfants épouser quelqu’un issu du même milieu. Tout va très bien pour elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée en plein désert, dans l’attente du train qui doit lui permettre de rallier l’Angleterre depuis Bagdad où elle est allée rendre visite à sa fille. Elle fait alors l’expérience de l’ennui pendant des journées sous un soleil accablant qui s’étirent lentement. Un ennui propice à la réflexion et à un retour sur elle-même qui lui démontre que sa vie bien rangée et idéale ne l’est finalement pas tant que cela. Grâce à de nombreux flashbacks, notre héroïne se replonge avec lucidité dans sa vie et ce qu’elle y voit désormais n’a plus grand chose à voir avec ce qu’elle imaginait.

Loin de vous ce printemps n’est pas déplaisant dans le sens où il nous permet de replonger dans une certaine époque, celle de la toute-puissance coloniale britannique, qui apparaît aujourd’hui bien désuète. Agatha Christie décrit aussi parfaitement le milieu bourgeois rural de l’époque, ce qui n’est guère étonnant puisque c’est ce milieu dont elle est issue. En cela, on retrouve complètement l’ambiance des polars d’Agatha Christie, qui se passent tous largement dans des familles bourgeoises, voire aristocrates provinciales. Seulement, dans ses romans à énigme, le suspens, les meurtres ou tentatives de meurtres, les rebondissements, le charme d’Hercule Poirot ou de Miss Marple donnent évidemment du corps à l’histoire. Ici, ne subsistent que l’ambiance de l’époque et les réflexions de l’héroïne. Alors, disons-le franchement, il n’y a pas que l’héroïne qui voit les journées s’étirer lentement. Le lecteur aussi.

Je ne regrette pourtant pas cette lecture qui m’a donné à voir une autre facette de la romancière Agatha Christie, une romancière qui prouve qu’elle manie très bien le coup de théâtre final ailleurs que dans ses polars. Toutefois, Loin de vous ce printemps apparaît trop daté pour  offrir un vrai plaisir de lecture. A lire donc comme une curiosité. Pour ma part, je ne poursuivrai pas la lecture des quelques autres romans psychologiques de Mary Westmacott, alias Agatha Christie.

Le train bleu

train bleuParfois, il m’arrive d’avoir envie de replonger dans mes classiques. Les romans d’Agatha Christie, dont j’ai commencé la lecture quand j’avais 12 ans, en font partie. Je les ai tous lus au moins une fois. Si ses plus célèbres sont gravés à jamais dans ma mémoire, il en est d’autres dont j’ai tout oublié de l’intrigue. Ainsi Le train bleu dont je viens de terminer la relecture avec un plaisir infini. Et pourtant, un article trouvé par hasard sur le net m’apprend qu’Agatha Christie n’aimait pas ce roman, publié en 1928 en Grande-Bretagne et en 1932 en France. Qu’importe ! Puisqu’on y retrouve tout ce que j’aime chez cette écrivaine : Une ambiance victorienne à souhait, une riche héritière, un lord ruiné, un énigmatique voleur de bijoux, un Hercule Poirot au meilleur de sa forme, un train mythique et… un meurtre. Oui, un seul meurtre… ce qui n’est pas si courant dans la longue liste des romans d’Agatha Christie où bien souvent le meurtrier ou la meurtrière est contraint de tuer à nouveau pour échapper à un maître chanteur ou réduire au silence un témoin gênant.

Dans le mythique « Train bleu » qui relie Calais à Nice, une riche héritière américaine mal mariée à un lord anglais coureur de jupons, joueur et sur le point d’être ruiné est assassinée. Or, l’héritière venait d’engager une procédure de divorce. Autre fait troublant : sa mallette qui contenait pour plusieurs centaines de milliers de francs de bijoux a disparu. De même que sa femme de chambre… La police niçoise enquête sans parvenir à grand chose. Heureusement pour elle, dans le train bleu, à quelques compartiments du lieu du crime, se trouvait Hercule Poirot, jeune retraité en partance lui aussi pour la Riviera. Evidemment, la police française est soulagée de pouvoir faire équipe avec l’illustre détective belge qui n’en demandait pas tant.

Le fait que Le train bleu se passe en France n’a pas été pour me déplaire. A travers les lignes, on sent combien Agatha Christie, qui a vécu en France pendant son enfance et qui parlait couramment le français, aimait notre pays et plus encore sans doute la Côte d’Azur. Comme à l’habitude, la romancière s’y entend à merveille pour multiplier les fausses pistes et laisser Hercule Poirot nous rouler dans la farine. Jusqu’au dernier chapitre. Le plus rageant est de se dire que tout était pourtant sous notre nez et qu’après avoir tant lu de livres de cette auteure, on se laisse encore berner.

Bref, ce fut une lecture bien plaisante, bien distrayante. Près de 100 ans après avoir été écrits, les romans d’Agatha Christie restent vraiment une valeur sûre. C’est certain, j’en glisserai un ou deux dans ma valise cet été !