Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Sophie Noël : « C’est dans un petit carnet de pensées que tout a commencé… »

Elle est institutrice, maman de deux petites filles et auteure de livres jeunesse et de romans. Parisienne tombée amoureuse de la Vallée de Chevreuse, lectrice compulsive, Sophie Noël a commencé à écrire sur un petit carnet de pensées que lui avait offert sa grand-mère. Elle avait huit ans. Aujourd’hui, elle est une auteure reconnue. Avec enthousiasme et fraîcheur, elle nous raconte sa passion pour l’écriture, ses envies et ses projets.

Bonjour Sophie Noël et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? (En plus d’écrire des livres, s’entend) ? Quelles sont vos passions ? Vos combats ? Vos colères ? Vos petits bonheurs ?

Sophie noël« Bonjour, et merci pour cette interview. Je suis originaire de Paris, mais vis depuis très longtemps dans la Vallée de Chevreuse, une région très belle, très boisée et aussi très inspirante. A l’origine, je suis institutrice. Mon métier m’a beaucoup appris sur les enfants, et m’aide tous les jours dans l’écriture des romans qui leur sont destinés.

J’aime les bonheurs simples, être en famille, me promener en forêt, contempler un coucher de soleil ou sentir une fleur (particulièrement l’œillet, ma fleur préférée). Je suis très empathique et émotive, ce qui fait que je ris et je pleure facilement. Du coup, j’ai beaucoup de combats, car tout ce qui est injuste me révolte : je ne ferai pas la liste, elle serait trop longue ! »

Vous êtes la maman de deux petites filles adoptées en Haïti. Vous avez raconté cette belle et longue aventure dans un blog (à retrouver ici). Est-ce cela qui a déclenché votre envie d’écrire ? Ou bien l’écriture a-t-elle toujours fait partie de votre vie ?

« Pour mes huit ans, ma grand-mère m’avait offert un carnet de pensées. J’ai beaucoup écrit dedans. Très jeune, j’avais déjà des idées de romans, que je ne menais jamais à terme, mais dont j’ai retrouvé des chapitres dans mes carnets.

J’écrivais des poèmes aussi : j’aime particulièrement la poésie, sa musique, son rythme, la façon dont les mots y ont leur place. J’en lis souvent, comme j’écoute de la bonne musique française (Brassens, Le Forestier, Brel, Trenet…), et lis tout genre de romans.

Plongé dans un univers de beau langage, on devient familier des beaux mots. Forcément. Et puis, j’ai toujours été une rêveuse (ma mère m’appelait Fleur Bleue : naïve, rêveuse, hypersensible), et je pense que cela également m’a donné envie d’écrire : j’ai l’imagination en perpétuelle ébullition. Comme dans une cocotte-minute. Avec l’impérieuse nécessité de déverser mes idées et mes rêves sur le papier.

Pour l’aventure de l’adoption de mes enfants, c’est l’envie de partager mon expérience qui m’a poussée à écrire ce blog. L’adoption est encore trop mal connue, voire mal perçue chez certaines personnes, et j’avais envie de montrer que c’est une histoire de parentalité comme une autre, mais surtout une grande histoire d’amour. C’est un blog qui a eu un beau succès, et j’aimerais maintenant en faire un livre. – Vous semblez avoir trouvé votre « voie littéraire » dans la littérature pour enfants, voie que vous explorez avec un talent certain. Pourquoi ce choix ? Cela a -t-il un lien avec votre métier de professeur des écoles qui vous fait évoluer, forcément, au milieu d’un public enfantin ? Merci. Je pense avoir gardé en moi une grande part de la petite fille que j’étais : souvent, tout simplement, les histoires qui me viennent en tête sont des histoires pour enfants. Et puis, vous avez raison, être institutrice et travailler avec eux n’est sûrement pas étranger à ce choix. Par ailleurs, je suis passionnée par les contes, qui s’adaptent aussi bien aux enfants et aux adultes. Ca, c’est tout à fait moi ! 😉 »

– Dans « L’enfant du séisme » (paru aux éditions Oskar, prix du roman jeunesse de la Ville de Rambouillet 2015) et « Ma petite sœur du séisme » (paru aux éditions les Pétroleuses), vous racontez l’histoire de l’adoption de votre deuxième fille en Haïti pendant et après le séisme de 2010. Ces livres ont obtenu de très bons échos dans la presse et ont été un succès public. Pourquoi avoir fait le choix de raconter votre histoire et de la rendre accessible aux enfants ? Est-ce dans un souci de sensibiliser les enfants à l’adoption ? Etait-ce un besoin pour vous de coucher cette histoire, forcément intense pour votre famille, sur le papier ?

« Comme je le disais plus haut, j’éprouve le besoin d’expliquer ce qu’est l’adoption. Pour moi, mais surtout pour mes filles. Souvent, on respecte ce qu’on comprend et connaît bien, d’où l’importance d’exposer ce sujet un peu méconnu. Et puis, c’est aussi, comme vous le dites, un moment qui a été douloureux pour notre famille, et l’écrire s’est révélé thérapeutique. J’ai voulu que ces deux livres, qui parlent d’un sujet grave, soient racontés de façon légère. En effet, c’est au travers des yeux de ma fille aînée, qui alternait prise de conscience, insouciance et bêtises, avec cette force et cette résilience que les enfants ont en eux, que l’on découvre Haïti, le séisme, et notre histoire d’adoption ».

– Vous écrivez aussi des romans pour adultes, comme « Pulpeuse Fiction », paru aux Editions City. C’est un roman à l’humour désopilant qui raconte la vie d’une femme qui pourrait être vous. L’humour est-il une composante essentielle de votre vie ? Votre propre vie est-elle le matériau indispensable de chacun de vos romans ?

« Pulpeuse fiction est mon premier roman adulte, et je me suis beaucoup amusée à le faire. J’aime rire et faire rire. J’aime les comédies, car cela me fait vraiment du bien. Et même si je lis beaucoup de romans sérieux, je trouve que la comédie est un genre fondamental pour l’équilibre !

Victoire Sting est une héroïne atypique : très ronde, gaffeuse, complexée, timide. Mais aussi déterminée, avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Elle sait ce qu’elle veut, et se donne les moyens pour avancer dans ce sens. C’est finalement une fille courageuse et battante, mais aussi quelqu’un comme nous toutes, avec ses qualités et ses défauts. Je voulais une héroïne proche de mes lectrices, à laquelle elles puissent s’attacher, se dire « Ah ! Tiens ! Moi aussi, j’ai déjà ressenti ça ! » ou « Ca pourrait très bien m’arriver ! », « Mais oui, j’ai déjà vécu ça…»… Mon héroïne a un peu de moi, c’est vrai, mais c’est surtout quelqu’un qui est devenue mon amie au fil des pages. Et je peux vous assurer qu’elle m’a donné de bons fous-rires ! »

– Quelle lectrice êtes-vous ? Est-ce aussi la lecture qui vous a amenée à l’écriture ?

« Comme je le disais plus haut, en effet, la lecture me semble indispensable pour bien écrire, même si cela ne suffit pas. Enfant, je lisais de tout, et je fais rire mes filles quand je leur dis que j’ai lu les aventures de Oui-Oui jusqu’à l’âge de… 10 ans. J’adorais Le club des cinq, Fantomette (je m’identifiais à fond !) mais arrivée au collège, je suis très vite passée à des romans sérieux, sur les conseils de mon père qui m’en parlait passionnément : j’ai lu presque d’une traite les Rougon-Macquart de Zola ! Il ne faut donc pas vous décourager si votre enfant lit peu de romans… il y a des chances pour que cela arrive plus tard 😉 Je suis ensuite restée une lectrice compulsive. Je lis moins depuis que j’ai mes filles (j’ai simplement moins de temps pour cela), mais je lis de tout. Mes auteurs fétiches sont des classiques : Garcia Marquez, Paul Auster, Mishima, Proust, Zola, Virginia Woolf, Modiano et tant d’autres… Mais j’aime également beaucoup les comédies romantiques (Helen Fielding, Sophie Kinsella…), les romans policiers (Agatha Christie, Mankell, Hillerman), la science-fiction et les romans fantastiques de Stephen King. Enfin, je suis également une grande fan de BD ».

Que représente l’écriture dans votre vie ? Une part essentielle ? Un besoin quotidien ?

« J’adore écrire. J’ai toujours écrit, mais maintenant que je suis publiée, c’est encore plus motivant et il n’y a pas un matin où je ne me réveille sans une nouvelle idée d’écriture en tête. Ecrire est devenu essentiel pour moi. Et plus j’écris, plus j’ai envie/besoin d’écrire. – Allez-vous à la rencontre de vos lecteurs dans les salons, dans les bibliothèques, dans les écoles ? Que vous apportent ces échanges ? »

Allez-vous souvent à la rencontre de vos lecteurs ? Est-ce que ce sont pout vous des moments privilégiés ?

« Oui, bien sûr. Je fais des salons, je vais dans les bibliothèques, et ce retour est un moment fabuleux car j’écris pour partager. L’avis et les ressentis de mes lecteurs est très important, et contribue à me donner une belle impulsion pour continuer ».

– Avez-vous des projets littéraires « sur le feu » actuellement ?

« Tout plein ! 😉 Un nouveau roman jeunesse sur l’autisme devrait sortir bientôt, un roman-conte sur le réchauffement climatique a plu à un éditeur, un manuscrit de science-fiction est en passe d’en trouver un, j’ai un projet avec un magazine jeunesse, et je suis en pleine écriture de deux romans, un jeunesse et un adulte. J’essaie de ne pas trop m’éparpiller (mon principal défaut), car j’ai conscience qu’écrire un livre est un travail de fond, de longue haleine, et qu’il est important de s’appliquer, et donner le maximum à chacun des romans que l’on écrit ».

Et pour terminer, que pourriez-vous dire à celles et ceux qui rêvent peut-être aussi de se faire publier un jour. Y a -t-il une recette ? Un secret pour donner envie à un éditeur de vous publier, au-delà du talent, bien-sûr, puisque les auteurs refusés ne sont pas tous dénués de talent ?

« Il est nécessaire de prendre conscience qu’un roman, ça se travaille beaucoup. Il faut en finir avec le mythe de l’écrivain génial (il y en a sûrement, mais ils restent rarissimes) : travailler ses textes, les relire, les corriger, et relire encore, puis les faire relire, c’est la base… Traîner ses guêtres dans les ateliers d’écriture ne peut être que bénéfique : les jeux d’écriture à contraintes sont un véritable révélateur de notre créativité.

Et puis surtout, il faut oser ! Je suis sûre que nous avons tous en nous un magnifique potentiel, tous capables de créer, d’avoir des idées, de les mettre en forme… N’hésitez pas à vous lancer ! En ce qui concerne la recherche d’éditeurs, il est important d’aller dans les bibliothèques ou les librairies pour recenser les éditeurs qui correspondent à ce que vous écrivez, et surtout noter leur ligne éditoriale. Vous devez être déterminé et entêté ! Humble aussi : un éditeur vous dit que votre manuscrit a tel ou tel défaut, retravaillez-le, remettez-vous en question, n’ayez pas peur de jeter des mots, des phrases, des paragraphes entiers (oui, je sais, ça fait mal, au début… 😉 !) Dans mon blog d’auteur (http://sophie-noel.blogspot.fr/ ), je propose régulièrement des textes sur le travail d’écrivain, j’y partage mes idées, quelques conseils en toute simplicité, quelques pistes de réflexion sur l’écriture, et j’échange avec plaisir sur le sujet avec ceux qui n’ont pas encore osé… Mon meilleur conseil : OSEZ ! »

Vous souhaitez mieux connaître Sophie Noël ? Vous pouvez la retrouver sur son blog : ici ou sur sa page Facebook : ici

Publié dans Une femme et des livres retombe en enfance

Ma petite sœur du séisme

 

ma petite soeur du séisme
Photo d’illustration : Sophie Noël

Auteure, notamment, de romans jeunesse, Sophie Noël signe un très joli album pour enfants, magnifiquement illustré par Louise Collet, Ma petite sœur du séisme, chez Pétroleuses Editions. Sophie Noël a puisé dans son histoire personnelle pour l’écrire. Déjà maman adoptive de Flore, elle attend, avec son mari, sa deuxième fille, Alexandra, élevée dans un orphelinat d’Haïti, quand l’île est ravagée par un très violent séisme en 2010. Les semaines et les mois qui suivent sont très éprouvants pour les futurs parents qui n’ont plus de nouvelles de leur fille. Leurs démarches auprès des autorités françaises restent lettre morte. Il leur faudra faire preuve de beaucoup de courage, de patience et d’abnégation pour, enfin, pouvoir accueillir Alexandra.

C’est cette belle et émouvante histoire que Sophie Noël raconte par la bouche de sa fille aînée qui voudrait tant pouvoir rencontrer sa petite soeur.  Une jolie façon de parler de l’adoption aux enfants, de montrer que c’est souvent un très long chemin et qu’il n’y a pas de différence entre un enfant de cœur et un enfant de sang. « Tu te demandes pourquoi j’ai la peau marron alors que mes parents ont la peau blanche ? C’est parce que je suis adoptée. Ma maman et mon papa ne m’ont pas fabriquée eux-mêmes, ils sont allés me chercher en Haïti dans l’orphelinat où je vivais. (…). Après avoir rempli les documents d’adoption, maman et papa m’ont ramenée en France, où nous formons une famille. Comme toutes les autres familles. Que l’on soit adopté ou non, ce qui compte, c’est l’amour que nous partageons« , écrit Sophie Noël.

Très court, cet album sera parfait pour « l’histoire du soir », d’autant qu’il est très joliment illustré par les aquarelles aux tons pastels de la jeune Louise Collet.

L’avis d’Une petite femme et tout plein de livres : « J’ai vraiment beaucoup aimé cet album que j’ai lu très vite. C’est l’histoire d’une petite fille adoptée qui veut rencontrer sa petite sœur qui est adoptée aussi. Mais comme il y a un séisme en Haïti, ca prend plus de temps que prévu. J’ai appris plein de choses sur l’adoption. Ca m’a beaucoup intéressée car, dans mon école, il y a un petit garçon noir, Joseph, qui a aussi été adopté. J’ai appris aussi des choses sur les séismes. Et justement, en « sciences », on apprend les séismes à l’école en ce moment. Donc, vraiment, c’est un album très bien ».

Intéressée par cet album ? Contactez directement l’auteure : Sophieno@gmail.com.

Vous pouvez également aller faire un petit tour sur le blog de Sophie Noël en cliquant ici

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le jour où j’ai rencontré ma fille

O poivre d'arvorEn pleine rentrée littéraire, je vous parle aujourd’hui d’un livre paru en… 2013  chez Grasset et trouvé un peu par hasard à la rubrique « Histoire vraie, histoire de vie » de ma médiathèque préférée.

« Le jour où j’ai rencontré ma fille » d’Olivier Poivre d’Arvor, frère cadet de qui l’on sait, m’a beaucoup émue. Il raconte l’histoire d’une rencontre qui bouleverse deux vies : celle de l’auteur, avec celle qui deviendra sa fille : Amaal, 7 ans, Togolaise de père inconnu et de mère décédée du SIDA à 25 ans. Ce qui frappe dans ce livre d’abord, c’est le comportement de l’auteur : Olivier Poivre d’Arvor fait tout à l’envers : A 45 ans, après avoir mené une vie sentimentale et sexuelle très libre auprès de nombreuses femmes toutes aussi libres, il décide de savoir si son corps a la capacité de faire de lui un père. Alors qu’il n’a aucun projet de parentalité, avec aucune compagne. Le résultat est sans appel : Il est stérile, définitivement stérile. Cette nouvelle bouleverse à ce point Olivier Poivre d’Arvor qu’il se sent immédiatement pousser l’envie irrépressible de devenir père. S’en suit une recherche désespérée de ses anciennes compagnes et fugaces amantes portée par un espoir aussi fou que sans fondement : Et si l’une d’elles avait fait de lui un père en secret avant que la stérilité ne le terrasse. Hélas, pas de rejeton caché à l’horizon. Olivier Poivre d’Arvor ne sera jamais biologiquement père.

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