Étiquette : Adolescence

Mauvaises Graines

Les Mauvaises Graines, premier roman de l’Américaine Lindsay Hunter, paru en France chez Gallimard, ce sont Perry et Baby Girl, deux adolescentes lycéennes paumées qui vivent dans une petite ville américaine où l’avenir semble, plus qu’ailleurs, compromis par le chômage, la précarité et le déterminisme social. Perry, très jolie jeune fille provocante qui ne pense qu’à séduire et à coucher, vit avec sa mère, que l’ennui a rendue alcoolique, et son beau-père, un brave type, gardien de prison. Ils habitent tous les trois dans un mobil-home au sein d’un campement situé à la périphérie de la ville, au delà des quartiers résidentiels et des quartiers populaires. Baby Girl, elle, noie son manque de confiance en elle dans son surpoids et ses coiffures et tenues improbables, à la limite de la provocation. Elle vit avec son frère, ancien petit caïd de la drogue devenu handicapé mental suite à un accident qui lui a occasionné une grave blessure à la tête, aidée par un vague oncle, dont on ne sait pas trop quel est son rôle exact. Perry et Baby-girl fréquentent le même lycée mais on ne les voit que rarement en cours. Elles préfèrent zoner ou passer leurs nuits à voler des voitures, juste pour le plaisir de voir l’adrénaline monter, et multiplier les conneries. C’est dans ce contexte qu’elles font la connaissance de Jamey via les réseaux sociaux, un Jamey qui devient de plus en plus insistant, de plus en plus présent, de plus en plus envahissant. Un Jamey dont elles ne savent rien mais qu’elles acceptent pourtant de rencontrer. Pour mieux s’en débarrasser, croient-elle.

Noir, c’est noir, tel aurait pu être le sous-titre de ce roman tant il donne l’impression d’enfoncer à chaque page un peu plus nos deux héroïnes, tant on est triste de voir le beau-père de Perry se démener pour sortir sa femme de l’alcool et sa belle-fille de l’échec scolaire, sans y parvenir. De tous les personnages de ce roman, il est peut-être le seul à croire encore un peu à la vie, à ne pas démissionner devant les difficultés et c’est sans doute ce qui le rend si sympathique. J’ai eu beaucoup plus de mal à ressentir de l’empathie pour la mère de famille et pour les deux héroïnes, tant on sent qu’elles se complaisent, en quelque sorte, dans leur précarité, comme un modèle familial qu’elles voudraient à tout prix poursuivre. Quant au pauvre Jamey, il insuffle tout ce qu’il faut de glauque et de mystérieux pour parfaire le tableau. Noir, c’est noir, je vous disais.

Si j’ai aimé ce roman qui dépeint fort bien une « certaine Amérique », j’avoue que son ambiance très pesante m’a mise mal à l’aise parfois. Quant à la fin, j’avoue qu’elle m’a complètement déroutée. Je pense même n’être pas sûre de l’avoir comprise. Un roman intéressant, donc, mais qui m’a furieusement donné envie de poursuivre avec une lecture beaucoup plus légère.

Mme B. est morte

Sophie Berthelot
Photo parue dans le journal « Nord Littoral »

Je vous offre aujourd’hui ce texte, écrit il y a quelques jours quand j’ai appris la mort de Mme. B. C’est un texte qui parle de mon adolescence, à la fin des années 80, dans un lycée calaisien. Ce texte est autobiographique. Seuls les prénoms, par souci de discrétion, ont été modifiés. Merci à Sophie M. et à Sandrine P. d’avoir été les premières lectrices de ce texte et de m’avoir encouragée à le publier ici.

Mme B. est morte. On l’enterre demain à Calais. Mme B. est morte et c’est toute mon adolescence qui me revient.

Je me souviens du Lycée Sophie Berthelot à Calais, un lycée pas spécialement joli, avec une façade en ciment gris et des préfabriqués au fond de la cour, une cantine au sous-sol, un CDI surchauffé étouffant de livres où j’irai régulièrement me perdre, des salles de classe tristement banales, avec leurs tables en aggloméré et leurs gravures pas toujours réussies à la pointe de compas, un grand hall et son immense tableau d’affichage où chaque matin, pleine d’espoir, je viendrai m’informer des profs absents. Et des escaliers sur trois niveaux que je grimperai souvent la tête plongée dans un bouquin, indifférente au brouhaha ambiant… Je venais d’y faire ma rentrée en seconde, timide, apeurée même. Loin, si loin de ma petite ville rurale, de ma cour de ferme et de mon collège privé ultra-protégé. Parmi les visages anonymes de ma classe de seconde 5, j’avais repéré Valérie. Peut-être parce qu’elle était brune à bouclettes comme moi, timide et pas trop à l’aise non plus. Longtemps, on nous prendra pour deux sœurs, moi qui n’en ai pas.

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