Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

L’amie prodigieuse

l'amie prodigieuseJe ne connaissais pas du tout Elena Ferrante. J’en ai seulement entendu parler lorsqu’elle a sorti il y a quelques mois le 3ème tome de sa trilogie largement autobiographique L’amie prodigieuse, dont l’émission littéraire de France 5 « La grande librairie » s’est fait l’écho. Le fait qu’Elena Ferrante soit le pseudonyme d’une auteure italienne dont on ne sait rien, qui n’a jamais montré son visage, qui a même refusé un prix littéraire prestigieux pour rester incognito, malgré les centaines de milliers de livres qu’elle vend partout dans le monde, m’a fascinée et intriguée. J’ai donc acheté le premier tome de la trilogie, L’amie prodigieuse, initialement sorti chez Gallimard, mais désormais disponible en format poche.

La libraire m’avait mise en garde, me précisant que le premier tome de la saga servait aussi à installer toute une série de personnages, ce qui avait découragé certains lecteurs, perdus au milieu de personnages dont ils avaient du mal à retenir les noms et les liens les uns avec les autres. Alors, oui, c’est vrai. Beaucoup de familles à rallonge se croisent dans ce quartier populaire de Naples des années 50, entassées dans leur petit appartement au confort sommaire. Il y a les fils et les filles du garagiste, du pâtissier, du cordonnier, du conducteur de train, poète à ses heures. Il y a aussi les fils d’un riche caïd dont on dit qu’il pourrait être lié à la Camorra napolitaine. Et puis, il y a Elena, fille d’un portier de la mairie de Naples, la narratrice de cette histoire, et sa meilleure amie, Lila. C’est de cette amitié entre deux enfants, puis deux adolescentes dont il est question dans ce premier tome. Une amitié très forte, presque fusionnelle entre deux filles, issues du même milieu populaire mais dont les destinées vont suivre des chemines différents, l’une poussée par son institutrice à poursuivre ses études, l’autre se mariant à 16 ans avec un riche artisan du quartier. L’une échappant à son milieu, l’autre s’y complaisant, en toute connaissance de cause. Voilà résumée en quelques lignes l’histoire de L’amie prodigieuse.

Je dois avouer que le livre à peine refermé, je n’avais qu’une envie : me précipiter sur le 2ème tome afin de savoir comment Elena et Lina allaient évoluer et devenir adulte. Parce qu’Elena Ferrante a une très belle plume, parce qu’elle décrit avec un talent extraordinaire la Naples populaire des années 50, dont elle en restitue l’ambiance avec bonheur, parce qu’elle sait faire aimer ses personnages, mêmes les moins sympathiques, parce qu’elle relate avec beaucoup de finesse les hauts et les bas des relations humaines et parce qu’elle glisse des touches d’humour jubilatoire au fil des pages. Si vous êtes fan des grandes sagas familiales, si vous avez envie de vous plonger dans l’ambiance populaire du Naples des années 50, alors, précipitez-vous sans tarder sur L’amie prodigieuse. Vous ne pourrez pas être déçus. Pour ma part, je m’en vais me plonger dans le tome 2.

A noter que cette trilogie est en passe de devenir une quadrilogie puisque le quatrième et dernier tome de la saga doit sortir cet automne. Il vous reste quelques mois pour avaler les trois premiers !

 

Publié dans Une femme et des livre participe à #10dumois

Un brin de bonheur #10dumois

En ce 10 mai, me revoici fidèle au rendez-vous #10du mois initié par mon amie Egalimère. Sur le thème imposé « un brin de bonheur », je vous propose, comme souvent, de faire marcher la boîte aux souvenirs, même si ces souvenirs là sont très récents. Bonne lecture à vous ! Comme à l’habitude, un lien à la fin du texte vous permettra de retrouver les textes qui ont inspiré les autres blogueurs participants. 

C’était  une journée attendue depuis longtemps. Tout avait été minutieusement préparé. Les invitations. Le menu. Les fleurs. La sono. Le plan de table. Les photos d’avant. Mon père n’avait eu à s’occuper de rien. Ou presque. Alors, on avait bien ri avec mon frère quand il nous avait dit qu’il n’imaginait pas que la préparation de son anniversaire lui donnerait autant de travail, alors qu’il était occupé à trier de vieilles photos en noir et blanc à bord dentelé. Les photos. C’est la seule chose qu’il avait voulu gérer, avec un avis très tranché : il voulait des photos de lui avec ses frères et sœurs, en soldat pendant la guerre d’Algerie, fiancé avec ma mère, jeune marié, jeune papa heureux… Il voulait des photos qui rappelleraient des souvenirs aux invités. Pour le reste, tout était bien : le poisson en entrée, la volaille en plat de résistance, la déco taupe et turquoise, les centres de tables en fleurs blanches avec une touche orange.

C’était le 30 avril dernier. Mon père fêtait ses 80 ans. Bien-sûr, il avait fallu le pousser un peu pour qu’il accepte le principe de cette grande fête rien que pour lui, l’homme si discret, détestant plus que tout être mis en avant. Mais ses amis plus âgés, qui tous avaient organisé un moment convivial pour célébrer leur quatre fois vingt ans, avaient fini par le convaincre.
Il avait dit qu’il ne voulait, en aucun cas, faire de discours. Il avait dit aussi qu’il ne voulait pas qu’on lui fasse de discours. Pas question ! Il ne voulait pas être au centre des attentions.
Il n’a jamais deviné que je lui préparais un texte qui retraçait les 80 premières années de sa vie. Pour l’écrire, j’avais fouillé dans les souvenirs qu’il nous avait tant de fois racontés, j’avais fouillé dans mes propres souvenirs et j’avais demandé à deux de mes tantes de vérifier ce que j’avais écris. Ce n’était pas facile de l’écrire ce texte parce que des drames avaient jalonné la vie de mon père et qu’il n’est jamais aisé de se souvenirs des drames quand on est là pour faire la fête. Avec mon frère, nous avons parlé pendant 45 minutes. Ces 45 minutes ne tendaient que vers un but : Remercier. Remercier mon père pour ce qu’il était, pour le père qu’il avait été, qu’il était toujours et qu’il serait encore longtemps pour mon frère et moi.
C’était le 30 avril dernier, veille de la fête du muguet. Il y eut quelques larmes sur les visages. Mais ce fut un bien joli brin de bonheur.

Envie de jeter un œil aux textes des blogueurs  participants à ce rendez-vous ? C’est par ici !

 

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Bénédicte Vidor, l’auteure qui aimait bousculer ses lecteurs

Elle est professeur de philosophie en région Rhône-Alpes, mariée à un médecin et maman de trois grands enfants. Bénédicte Vidor m’a un peu déstabilisée avec son deuxième roman, Syndrome O, paru aux éditions Abordables, dont vous pouvez retrouver la chronique ici. J’ai donc voulu en savoir un peu plus sur cette auteure, qui a beaucoup écrit dans sa jeunesse, sans mener ses projets à bout, et qui, la cinquantaine venue, a repris la plume avec talent et bonheur. J’ai découvert une femme charmante, cultivée, au rire cristallin communicatif. Je vous propose aujourd’hui de découvrir les réponses qu’elle a faites à mes nombreuses questions.

Bonjour Bénédicte Vidor et merci d’avoir accepté cette interview. Je viens de vous présenter en quelques mots. Pouvez-vous compléter ce bref portrait ?

« Oui, bien-sûr. J’enseigne effectivement la philosophie mais j’ai commencé mes études par un cursus en lettres. De cette formation, je suis restée très sensible à la littérature qui ouvre sur le monde contemporain, qui apporte un regard critique sur notre monde. J’adore également tout ce qui touche au courant « Nouveau roman »*. J’aime l’idée d’une écriture en train de se faire, d’une écriture qui expérimente. C’est un peu ce vers quoi j’ai voulu tendre dans Syndrome O, d’ailleurs. J’aime déstructurer les phrases pour les rendre plus perméable à l’émotion. Une écriture trop classique m’ennuie assez vite « .

bénédicte vidor

-L’écriture a-t-elle toujours fait partie de vous ?

« Oui. De mémoire, j’ai toujours voulu écrire. Enfant et adolescente, j’écrivais des poèmes. Pendant mes études de lettres, puis de philosophie, j’ai commencé des romans que je n’ai jamais terminés. Et puis, je me suis mariée, j’ai eu mes enfants, le temps m’a donc manqué pour concrétiser mes projets littéraires. Je m’y suis remise il y a quelques années quand mes enfants sont devenus grands. En 2014, j’ai publié Porte de sortie aux éditions Chemins de traverse, et puis, tout récemment, en mars 2017, j’ai publié Syndrome O aux Editions abordables, une toute jeune maison d’édition parisienne ».

-Syndrome O est un roman qui peut déstabiliser le lecteur, tant dans sa forme que dans son histoire. Comment l’idée d’un tel roman, dans lequel vous défendez l’idée que les grands singes sont -quasi- autant des humains que nous, vous est-elle venue ?

« Je comprends qu’une telle histoire puisse déstabiliser. L’idée m’est venue tout simplement en visitant un zoo, dans les environs de Lyon. Devant la cage des primates, j’ai vu un gorille qui prenait la position du Penseur de Rodin. En face de lui, une famille complète s’amusait à imiter les singes en poussant de grands cris. Cette image m’a fascinée. J’avais devant moi un gorille qui donnait l’impression de réfléchir, pendant que des humains se comportaient comme des imbéciles. Cette espèce d’inversion des rôles m’a à tel point troublée que j’ai décidé d’en faire la trame de mon prochain roman ».

-Vous allez très loin dans votre roman puisque votre héroïne, Ben, primatologue asociale, en vient à préférer la compagnie de ses singes plutôt que celle des humains. Elle communique d’ailleurs avec eux par une sorte de langage des signes et éprouve pour l’une des femelles un attachement fraternel. Une nuit, elle rêve même qu’elle fait l’amour avec l’un de ses singes.

« Oui, je vais très loin mais, en même temps, des travaux scientifiques ont démontré que les grands singes pouvaient communiquer grâce au langage des signes et que leur QI avoisinait les 100, ce qui correspond à une intelligence humaine moyenne. Je n’ai donc rien inventé. Après, oui, mon héroïne est border-line, effectivement, puisqu’elle ne met plus de limites entre l’Homme et le singe. D’où le titre du roman Syndrome O, un courant de pensée qui affirme que la seule ligne de démarcation entre l’Homme et l’animal est que le premier veut absolument trouver un sens à sa vie, quitte à se la gâcher, d’ailleurs. Vous remarquerez toutefois que Ben ne couche pas avec ses singes, elle en rêve seulement et ce rêve la perturbe, la met mal à l’aise comme si elle comprenait que là était la ligne à ne pas franchir dans son idée d’équivalence entre l’Homme et le singe. C’est la limite que je me suis imposée également dans l’écriture de ce roman. J’ai eu le sentiment que faire coucher mon héroïne avec un gorille n’aurait rien apporté à l’histoire et l’aurait au contraire desservie, en la faisant apparaître comme trop gratuitement provoquante ».

-Votre roman est finalement assez dans l’air du temps puisque l’on assiste depuis quelques années à une prise de conscience du bien-être animal ?

« Oui, c’est vrai. Notre regard sur les animaux, et notamment sur les animaux d’élevage, est en train de changer et c’est une excellente nouvelle. La cause animale est bien plus entendue qu’auparavant. On se préoccupe davantage des conditions d’abattage des animaux, des conditions d’élevage. De plus en plus de voix s’élèvent pour défendre une nourriture autre que la nourriture animale. Le temps de l’Homme surpuissant, dominant toutes les autres espèces animales, est en train de changer. Cette prise de conscience par rapport aux animaux arrive en même temps que celle vis-à-vis de notre environnement. Un peu comme si l’Homme se rendait compte, un peu tard, qu’il ne peut pas faire tout ce qu’il veut sans en payer un jour les conséquences ».

-Depuis la sortie de Syndrome O, vous avez participé à plusieurs salons et à des signatures en librairie. Comment votre roman est-il reçu ?

« C’est un roman intergénérationnel, dont les hommes, généralement, préfèrent l’histoire et les femmes, le style. C’est un roman dérangeant, alors, certains s’étonnent qu’une telle idée ait pu germer dans mon cerveau, quand d’autres, au contraire, adhérent complètement à l’idée de défendre la cause animale. C’est, en tout cas, un roman qui ne laisse pas indifférent. C’est vraiment agréable pour moi de rencontrer des personnes qui ont lu mon livre, de voir comment elles se sont appropriées l’histoire. Ecrire et être lu, c’est un bonheur sans nom pour n’importe quel auteur ».

-Avez-vous d’autres projets littéraires sur le feu ?

« Oh oui ! J’ai quasi terminé mon prochain roman qui s’appellera Porte d’entrée, comme un clin d’œil à mon premier roman, Porte de sortie. Je suis assez lente dans mon processus d’écriture. Ce roman est commencé, par exemple, depuis cinq ans. Souvent, quand j’ai terminé une première ébauche, je la laisse dans un tiroir pendant un an, puis, je m’y penche à nouveau et… je suis effarée par ce que j’ai écrit. Du coup, je reprends tout depuis le début, puis je laisse reposer à nouveau. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que j’arrive à une version qui me satisfasse. C’est là où j’en suis avec Porte d’entrée. Je vais donc prochainement envoyer le manuscrit à ma maison d’édition ».

Merci Bénédicte et bon vent à vos projets littéraires !

*Courant littéraire du XXème siècle dont Alain Robbe-Grillet est l’un des principaux représentants. Le nouveau roman se veut un art conscient de lui-même. L’intrigue et le personnage, qui étaient vus auparavant comme la base de toute fiction, s’estompent au second plan, avec des orientations différentes pour chaque auteur, voire pour chaque livre.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Syndrome O

Syndrome O, roman écrit par Bénédicte Vidor-Pierre m’a été aimablement envoyé par sa maison d’édition, Les Editions abordables. Intriguée par le titre, j’étais très curieuse de découvrir ce roman. Je dois dire, après en avoir refermé la dernière page hier, que je n’ai rien lu d’aussi étrange -voire d’aussi déstabilisant parfois- depuis bien longtemps.

L’étrangeté tient d’abord dans le sujet même du roman : Ben, primatologue asociale, ne se sent bien qu’entourée des singes du parc zoologique de Lyon où elle travaille et avec lesquels elle communique par une sorte de langue des signes. De l’avis de ses deux amies, Châle, qui noie sa solitude et sa peur de vieillir dans de multiples histoires sentimentales sans lendemain et Marie-Céline, bourgeoise catholique coincée assumée, Ben est carrément border-line avec cette idée fixe selon laquelle les primates seraient bien plus humains que certains humains, qu’ils seraient même plus intelligents que certains d’entre eux. Bref qu’ils seraient les égaux de l’Homme. D’ailleurs, ne considère-t-elle pas Milka, une femelle qu’elle a vue grandir depuis son plus jeune âge comme sa sœur ? « Un jour, tu vas finir par baiser avec un de tes singes », lui assène Châle, avec la crudité de langage qui la caractérise. De fait, Ben en rêve une nuit après avoir fait l’amour avec Jean, que ses amies lui ont mis dans les pattes dans l’espoir de la voir se sociabiliser.

Derrière cette histoire peu banale, Bénédicte Vidor-Pierre livre une réflexion très intéressante sur la place des animaux dans notre civilisation qui place le mammifère « Homme » au-dessus de toutes les autres espèces. De quel droit ? Parce qu’il a la faculté de communiquer, de réfléchir ? Les primates aussi ! revendique-t-elle. Parce qu’ils n’auraient pas d’âme ? Et en quoi cela a -t-il été prouvé ? Ben est prête à tout pour élever ses singes au rang d’humain. Quitte à bousculer sa très catholique amie Marie-Céline. Et à énerver très fort son amie Châle qui vit façon « carpe diem » en se posant beaucoup moins de questions.

Un roman curieux, qui se lit très vite, et qui vaut aussi pour l’écriture enlevée, quoi que parfois un peu brute, de Bénédicte Vidor-Pierre. A lire aussi pour ces trois beaux portraits de femmes.

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Qui veut la peau d’Anna C. ?

Les Editions City m’ont très aimablement adressé un exemplaire du dernier roman de Sophie Henrionnet, Qui veut la peau d’Anna C. ?, roman que je viens de terminer et dont je vous propose la chronique aujourd’hui.

Je ne connaissais pas du tout ce roman et je le confesse, en lisant sur la 4ème de couverture, « comédie romantique », j’ai eu un a-priori négatif. Pour moi « comédie romantique » = roman à l’eau de rose, plein de bons sentiments aux hasards qui toqui veut la peaumbent un peu trop bien et à la fin forcément heureuse. Bref, pas du tout mon bonheur de lecture. J’ai néanmoins commencé la lecture de ce roman et j’ai vite compris que les a-priori pouvaient parfois se tromper. Parce que, si Qui veut la peau d’Anna C. ? est une comédie qui se termine bien, c’est aussi un roman écrit d’une plume alerte, très drôle, et  qui se lit comme une récréation bien sympathique. En voici le résumé : Marie, parisienne, trentenaire, célibataire de fraîche date et bibliothécaire, voit sa vie complètement bousculée le jour où elle prétend s’appeler « Anna Costello » dans le brouhaha d’un café pour se débarrasser d’un jeune boutonneux qui veut absolument obtenir son numéro de téléphone. Anna Costello semble cacher un bien étranger secret si l’on en croit les intimidations et autres tentatives d’enlèvement dont Marie est soudainement victime. Aidée par un jeune SDF séduisant au mystérieux passé (oui, on est quand même dans une comédie romantique), la jeune femme décide de mener l’enquête, qui s’avère très vite rocambolesque.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Marie, dont on se sent proche immédiatement. Sa vie de célibataire, ses ennuis de boulot, ses amis, sa mère envahissante… On a toutes, à un moment ou à un autre, vécu les mêmes choses et c’est très plaisant de les retrouver dans un roman. J’ai moins aimé le personnage de Grégoire (le séduisant SDF) parce que,  trop bien, trop beau, trop prince charmant, bref, trop caricatural à mon goût mais sans doute indispensable à toute comédie romantique… J’ai toutefois passé un très bon moment de lecture, tant Sophie Henrionnet fait preuve d’humour dans son roman. On sourit souvent à la lecture des aventures de Marie et de ses réactions. L’auteure a assurément une très bonne plume et finalement, on est vraiment pris par l’histoire et cette mystérieuse Anna Costello, dont on brûle de connaître le secret. Et si finalement Qui veut la peau d’Anna C. ? m’avait réconciliée avec les comédies romantiques ?

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Sophie Noël : « C’est dans un petit carnet de pensées que tout a commencé… »

Elle est institutrice, maman de deux petites filles et auteure de livres jeunesse et de romans. Parisienne tombée amoureuse de la Vallée de Chevreuse, lectrice compulsive, Sophie Noël a commencé à écrire sur un petit carnet de pensées que lui avait offert sa grand-mère. Elle avait huit ans. Aujourd’hui, elle est une auteure reconnue. Avec enthousiasme et fraîcheur, elle nous raconte sa passion pour l’écriture, ses envies et ses projets.

Bonjour Sophie Noël et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? (En plus d’écrire des livres, s’entend) ? Quelles sont vos passions ? Vos combats ? Vos colères ? Vos petits bonheurs ?

Sophie noël« Bonjour, et merci pour cette interview. Je suis originaire de Paris, mais vis depuis très longtemps dans la Vallée de Chevreuse, une région très belle, très boisée et aussi très inspirante. A l’origine, je suis institutrice. Mon métier m’a beaucoup appris sur les enfants, et m’aide tous les jours dans l’écriture des romans qui leur sont destinés.

J’aime les bonheurs simples, être en famille, me promener en forêt, contempler un coucher de soleil ou sentir une fleur (particulièrement l’œillet, ma fleur préférée). Je suis très empathique et émotive, ce qui fait que je ris et je pleure facilement. Du coup, j’ai beaucoup de combats, car tout ce qui est injuste me révolte : je ne ferai pas la liste, elle serait trop longue ! »

Vous êtes la maman de deux petites filles adoptées en Haïti. Vous avez raconté cette belle et longue aventure dans un blog (à retrouver ici). Est-ce cela qui a déclenché votre envie d’écrire ? Ou bien l’écriture a-t-elle toujours fait partie de votre vie ?

« Pour mes huit ans, ma grand-mère m’avait offert un carnet de pensées. J’ai beaucoup écrit dedans. Très jeune, j’avais déjà des idées de romans, que je ne menais jamais à terme, mais dont j’ai retrouvé des chapitres dans mes carnets.

J’écrivais des poèmes aussi : j’aime particulièrement la poésie, sa musique, son rythme, la façon dont les mots y ont leur place. J’en lis souvent, comme j’écoute de la bonne musique française (Brassens, Le Forestier, Brel, Trenet…), et lis tout genre de romans.

Plongé dans un univers de beau langage, on devient familier des beaux mots. Forcément. Et puis, j’ai toujours été une rêveuse (ma mère m’appelait Fleur Bleue : naïve, rêveuse, hypersensible), et je pense que cela également m’a donné envie d’écrire : j’ai l’imagination en perpétuelle ébullition. Comme dans une cocotte-minute. Avec l’impérieuse nécessité de déverser mes idées et mes rêves sur le papier.

Pour l’aventure de l’adoption de mes enfants, c’est l’envie de partager mon expérience qui m’a poussée à écrire ce blog. L’adoption est encore trop mal connue, voire mal perçue chez certaines personnes, et j’avais envie de montrer que c’est une histoire de parentalité comme une autre, mais surtout une grande histoire d’amour. C’est un blog qui a eu un beau succès, et j’aimerais maintenant en faire un livre. – Vous semblez avoir trouvé votre « voie littéraire » dans la littérature pour enfants, voie que vous explorez avec un talent certain. Pourquoi ce choix ? Cela a -t-il un lien avec votre métier de professeur des écoles qui vous fait évoluer, forcément, au milieu d’un public enfantin ? Merci. Je pense avoir gardé en moi une grande part de la petite fille que j’étais : souvent, tout simplement, les histoires qui me viennent en tête sont des histoires pour enfants. Et puis, vous avez raison, être institutrice et travailler avec eux n’est sûrement pas étranger à ce choix. Par ailleurs, je suis passionnée par les contes, qui s’adaptent aussi bien aux enfants et aux adultes. Ca, c’est tout à fait moi ! 😉 »

– Dans « L’enfant du séisme » (paru aux éditions Oskar, prix du roman jeunesse de la Ville de Rambouillet 2015) et « Ma petite sœur du séisme » (paru aux éditions les Pétroleuses), vous racontez l’histoire de l’adoption de votre deuxième fille en Haïti pendant et après le séisme de 2010. Ces livres ont obtenu de très bons échos dans la presse et ont été un succès public. Pourquoi avoir fait le choix de raconter votre histoire et de la rendre accessible aux enfants ? Est-ce dans un souci de sensibiliser les enfants à l’adoption ? Etait-ce un besoin pour vous de coucher cette histoire, forcément intense pour votre famille, sur le papier ?

« Comme je le disais plus haut, j’éprouve le besoin d’expliquer ce qu’est l’adoption. Pour moi, mais surtout pour mes filles. Souvent, on respecte ce qu’on comprend et connaît bien, d’où l’importance d’exposer ce sujet un peu méconnu. Et puis, c’est aussi, comme vous le dites, un moment qui a été douloureux pour notre famille, et l’écrire s’est révélé thérapeutique. J’ai voulu que ces deux livres, qui parlent d’un sujet grave, soient racontés de façon légère. En effet, c’est au travers des yeux de ma fille aînée, qui alternait prise de conscience, insouciance et bêtises, avec cette force et cette résilience que les enfants ont en eux, que l’on découvre Haïti, le séisme, et notre histoire d’adoption ».

– Vous écrivez aussi des romans pour adultes, comme « Pulpeuse Fiction », paru aux Editions City. C’est un roman à l’humour désopilant qui raconte la vie d’une femme qui pourrait être vous. L’humour est-il une composante essentielle de votre vie ? Votre propre vie est-elle le matériau indispensable de chacun de vos romans ?

« Pulpeuse fiction est mon premier roman adulte, et je me suis beaucoup amusée à le faire. J’aime rire et faire rire. J’aime les comédies, car cela me fait vraiment du bien. Et même si je lis beaucoup de romans sérieux, je trouve que la comédie est un genre fondamental pour l’équilibre !

Victoire Sting est une héroïne atypique : très ronde, gaffeuse, complexée, timide. Mais aussi déterminée, avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Elle sait ce qu’elle veut, et se donne les moyens pour avancer dans ce sens. C’est finalement une fille courageuse et battante, mais aussi quelqu’un comme nous toutes, avec ses qualités et ses défauts. Je voulais une héroïne proche de mes lectrices, à laquelle elles puissent s’attacher, se dire « Ah ! Tiens ! Moi aussi, j’ai déjà ressenti ça ! » ou « Ca pourrait très bien m’arriver ! », « Mais oui, j’ai déjà vécu ça…»… Mon héroïne a un peu de moi, c’est vrai, mais c’est surtout quelqu’un qui est devenue mon amie au fil des pages. Et je peux vous assurer qu’elle m’a donné de bons fous-rires ! »

– Quelle lectrice êtes-vous ? Est-ce aussi la lecture qui vous a amenée à l’écriture ?

« Comme je le disais plus haut, en effet, la lecture me semble indispensable pour bien écrire, même si cela ne suffit pas. Enfant, je lisais de tout, et je fais rire mes filles quand je leur dis que j’ai lu les aventures de Oui-Oui jusqu’à l’âge de… 10 ans. J’adorais Le club des cinq, Fantomette (je m’identifiais à fond !) mais arrivée au collège, je suis très vite passée à des romans sérieux, sur les conseils de mon père qui m’en parlait passionnément : j’ai lu presque d’une traite les Rougon-Macquart de Zola ! Il ne faut donc pas vous décourager si votre enfant lit peu de romans… il y a des chances pour que cela arrive plus tard 😉 Je suis ensuite restée une lectrice compulsive. Je lis moins depuis que j’ai mes filles (j’ai simplement moins de temps pour cela), mais je lis de tout. Mes auteurs fétiches sont des classiques : Garcia Marquez, Paul Auster, Mishima, Proust, Zola, Virginia Woolf, Modiano et tant d’autres… Mais j’aime également beaucoup les comédies romantiques (Helen Fielding, Sophie Kinsella…), les romans policiers (Agatha Christie, Mankell, Hillerman), la science-fiction et les romans fantastiques de Stephen King. Enfin, je suis également une grande fan de BD ».

Que représente l’écriture dans votre vie ? Une part essentielle ? Un besoin quotidien ?

« J’adore écrire. J’ai toujours écrit, mais maintenant que je suis publiée, c’est encore plus motivant et il n’y a pas un matin où je ne me réveille sans une nouvelle idée d’écriture en tête. Ecrire est devenu essentiel pour moi. Et plus j’écris, plus j’ai envie/besoin d’écrire. – Allez-vous à la rencontre de vos lecteurs dans les salons, dans les bibliothèques, dans les écoles ? Que vous apportent ces échanges ? »

Allez-vous souvent à la rencontre de vos lecteurs ? Est-ce que ce sont pout vous des moments privilégiés ?

« Oui, bien sûr. Je fais des salons, je vais dans les bibliothèques, et ce retour est un moment fabuleux car j’écris pour partager. L’avis et les ressentis de mes lecteurs est très important, et contribue à me donner une belle impulsion pour continuer ».

– Avez-vous des projets littéraires « sur le feu » actuellement ?

« Tout plein ! 😉 Un nouveau roman jeunesse sur l’autisme devrait sortir bientôt, un roman-conte sur le réchauffement climatique a plu à un éditeur, un manuscrit de science-fiction est en passe d’en trouver un, j’ai un projet avec un magazine jeunesse, et je suis en pleine écriture de deux romans, un jeunesse et un adulte. J’essaie de ne pas trop m’éparpiller (mon principal défaut), car j’ai conscience qu’écrire un livre est un travail de fond, de longue haleine, et qu’il est important de s’appliquer, et donner le maximum à chacun des romans que l’on écrit ».

Et pour terminer, que pourriez-vous dire à celles et ceux qui rêvent peut-être aussi de se faire publier un jour. Y a -t-il une recette ? Un secret pour donner envie à un éditeur de vous publier, au-delà du talent, bien-sûr, puisque les auteurs refusés ne sont pas tous dénués de talent ?

« Il est nécessaire de prendre conscience qu’un roman, ça se travaille beaucoup. Il faut en finir avec le mythe de l’écrivain génial (il y en a sûrement, mais ils restent rarissimes) : travailler ses textes, les relire, les corriger, et relire encore, puis les faire relire, c’est la base… Traîner ses guêtres dans les ateliers d’écriture ne peut être que bénéfique : les jeux d’écriture à contraintes sont un véritable révélateur de notre créativité.

Et puis surtout, il faut oser ! Je suis sûre que nous avons tous en nous un magnifique potentiel, tous capables de créer, d’avoir des idées, de les mettre en forme… N’hésitez pas à vous lancer ! En ce qui concerne la recherche d’éditeurs, il est important d’aller dans les bibliothèques ou les librairies pour recenser les éditeurs qui correspondent à ce que vous écrivez, et surtout noter leur ligne éditoriale. Vous devez être déterminé et entêté ! Humble aussi : un éditeur vous dit que votre manuscrit a tel ou tel défaut, retravaillez-le, remettez-vous en question, n’ayez pas peur de jeter des mots, des phrases, des paragraphes entiers (oui, je sais, ça fait mal, au début… 😉 !) Dans mon blog d’auteur (http://sophie-noel.blogspot.fr/ ), je propose régulièrement des textes sur le travail d’écrivain, j’y partage mes idées, quelques conseils en toute simplicité, quelques pistes de réflexion sur l’écriture, et j’échange avec plaisir sur le sujet avec ceux qui n’ont pas encore osé… Mon meilleur conseil : OSEZ ! »

Vous souhaitez mieux connaître Sophie Noël ? Vous pouvez la retrouver sur son blog : ici ou sur sa page Facebook : ici

Publié dans Une femme et des livres retombe en enfance

Ma petite sœur du séisme

 

ma petite soeur du séisme
Photo d’illustration : Sophie Noël

Auteure, notamment, de romans jeunesse, Sophie Noël signe un très joli album pour enfants, magnifiquement illustré par Louise Collet, Ma petite sœur du séisme, chez Pétroleuses Editions. Sophie Noël a puisé dans son histoire personnelle pour l’écrire. Déjà maman adoptive de Flore, elle attend, avec son mari, sa deuxième fille, Alexandra, élevée dans un orphelinat d’Haïti, quand l’île est ravagée par un très violent séisme en 2010. Les semaines et les mois qui suivent sont très éprouvants pour les futurs parents qui n’ont plus de nouvelles de leur fille. Leurs démarches auprès des autorités françaises restent lettre morte. Il leur faudra faire preuve de beaucoup de courage, de patience et d’abnégation pour, enfin, pouvoir accueillir Alexandra.

C’est cette belle et émouvante histoire que Sophie Noël raconte par la bouche de sa fille aînée qui voudrait tant pouvoir rencontrer sa petite soeur.  Une jolie façon de parler de l’adoption aux enfants, de montrer que c’est souvent un très long chemin et qu’il n’y a pas de différence entre un enfant de cœur et un enfant de sang. « Tu te demandes pourquoi j’ai la peau marron alors que mes parents ont la peau blanche ? C’est parce que je suis adoptée. Ma maman et mon papa ne m’ont pas fabriquée eux-mêmes, ils sont allés me chercher en Haïti dans l’orphelinat où je vivais. (…). Après avoir rempli les documents d’adoption, maman et papa m’ont ramenée en France, où nous formons une famille. Comme toutes les autres familles. Que l’on soit adopté ou non, ce qui compte, c’est l’amour que nous partageons« , écrit Sophie Noël.

Très court, cet album sera parfait pour « l’histoire du soir », d’autant qu’il est très joliment illustré par les aquarelles aux tons pastels de la jeune Louise Collet.

L’avis d’Une petite femme et tout plein de livres : « J’ai vraiment beaucoup aimé cet album que j’ai lu très vite. C’est l’histoire d’une petite fille adoptée qui veut rencontrer sa petite sœur qui est adoptée aussi. Mais comme il y a un séisme en Haïti, ca prend plus de temps que prévu. J’ai appris plein de choses sur l’adoption. Ca m’a beaucoup intéressée car, dans mon école, il y a un petit garçon noir, Joseph, qui a aussi été adopté. J’ai appris aussi des choses sur les séismes. Et justement, en « sciences », on apprend les séismes à l’école en ce moment. Donc, vraiment, c’est un album très bien ».

Intéressée par cet album ? Contactez directement l’auteure : Sophieno@gmail.com.

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