Un clafoutis aux tomates cerises

clafoutisLa couverture du livre me plaisait, le titre me plaisait, le synopsis me plaisait, bref, tout me plaisait dans le dernier roman de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises paru chez Flammarion. C’est donc en imaginant déjà le bon moment que j’allais passer à le lire que je l’ai emprunté à la médiathèque de ma ville.

Hélas, la mayonnaise n’a pas pris et finalement, même si le roman de Véronique de Bure ne manque pas de qualité, je me suis ennuyée, beaucoup ennuyée, en le lisant.

Un clafoutis aux tomates cerises aborde un thème original : Le quotidien d’une très vieille dame, Jeanne, 90 ans, qui vit seule dans un petit village de l’Allier. C’est vrai que rares sont les héroïnes de roman à avoir cet âge. L’histoire se déroule sur une année à travers le journal intime que Jeanne entreprend d’écrire jour après jour. On suit donc la vieille dame au fil des saisons : Ses parties de bridge avec ses amies, ses promenades à pied, le ramassage de ses fruits et légumes, ses après-midi « cuisine », ses virées en voiture à Vichy, la visite quotidienne du facteur, les coups de fil et visites de ses enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants, le passage de son jardinier et de sa femme de ménage, la messe hebdomadaire, les petits ennuis de santé, les amis qui disparaissent ou partent en maison de retraite et l’ombre de la mort qui plane… Le tout est écrit d’une belle plume, pleine de fraîcheur, de tendresse et d’émotion. A travers Jeanne, on est obligé de penser à une tante, grand-mère ou grand-tante qu’on a forcément tous connue. C’est en cela que le livre est plaisant et que, finalement, j’ai réussi à aller au bout.

Parce que, sinon, il faut quand-même avouer qu’il ne se passe pas grand chose dans la vie de Jeanne et qu’à trop vouloir décrire sa vie tranquille jour après jour, eh bien, l’auteure finit par nous ennuyer prodigieusement. La pousse des légumes décrite sur plusieurs pages, les après-midi cuisine avec mise au congélateur des plats préparés en prévision de visites à venir qui reviennent plusieurs fois par saison, les après-midi bridge avec moult détails sur la collation offerte, les courses au supermarché, les messes qui reviennent chaque semaine… C’est looooong mais c’est looooong ! Je peux bien l’avouer maintenant : Les pages (nombreuses) sur la préparation « des petits choux » et des « feuilletés aux saucisses de Strasbourg » (avec mise au congélateur), je n’en pouvais plus !

Deux autres choses m’ont gênée dans ce roman : L’infantilisation de Jeanne d’abord. Comme si, parce que l’on est très âgé, on doit forcément avoir des réflexions très naïves sur la société d’aujourd’hui. Mon père a 81 ans et, étant très proche de lui, je côtoie beaucoup ses amis qui ont globalement tous entre 75 et 89 ans et qui, malgré leur âge, sont parfaitement au fait des évolutions de la société, qui sont d’accord ou non avec celles-ci mais qui en parlent avec les mots appropriés. Alors, quand je lis sous la plume de Jeanne, « je n’aime pas cette affaire de femmes qui fabriquent des bébés pour les autres », ça m’agace. Parce qu’on peut avoir 85 ou 90 ans et savoir que cela s’appelle « des mères porteuses » ou bien de « la gestation pour autrui » et non pas « une affaire de femmes qui fabriquent des bébés pour les autres ».

J’ai aussi été gênée par le côté très moralisateur de ce roman, très « c’était mieux avant » : Les jeunes savaient travailler, les églises étaient pleines, on ne quittait pas son mari ou sa femme sur un coup de tête…

Pour avoir lu de nombreuses critiques élogieuses sur ce roman, je sais que je vais un peu à contre-courant de l’opinion générale. Mais ceci est juste mon avis humble et sincère.

 

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Le train bleu

train bleuParfois, il m’arrive d’avoir envie de replonger dans mes classiques. Les romans d’Agatha Christie, dont j’ai commencé la lecture quand j’avais 12 ans, en font partie. Je les ai tous lus au moins une fois. Si ses plus célèbres sont gravés à jamais dans ma mémoire, il en est d’autres dont j’ai tout oublié de l’intrigue. Ainsi Le train bleu dont je viens de terminer la relecture avec un plaisir infini. Et pourtant, un article trouvé par hasard sur le net m’apprend qu’Agatha Christie n’aimait pas ce roman, publié en 1928 en Grande-Bretagne et en 1932 en France. Qu’importe ! Puisqu’on y retrouve tout ce que j’aime chez cette écrivaine : Une ambiance victorienne à souhait, une riche héritière, un lord ruiné, un énigmatique voleur de bijoux, un Hercule Poirot au meilleur de sa forme, un train mythique et… un meurtre. Oui, un seul meurtre… ce qui n’est pas si courant dans la longue liste des romans d’Agatha Christie où bien souvent le meurtrier ou la meurtrière est contraint de tuer à nouveau pour échapper à un maître chanteur ou réduire au silence un témoin gênant.

Dans le mythique « Train bleu » qui relie Calais à Nice, une riche héritière américaine mal mariée à un lord anglais coureur de jupons, joueur et sur le point d’être ruiné est assassinée. Or, l’héritière venait d’engager une procédure de divorce. Autre fait troublant : sa mallette qui contenait pour plusieurs centaines de milliers de francs de bijoux a disparu. De même que sa femme de chambre… La police niçoise enquête sans parvenir à grand chose. Heureusement pour elle, dans le train bleu, à quelques compartiments du lieu du crime, se trouvait Hercule Poirot, jeune retraité en partance lui aussi pour la Riviera. Evidemment, la police française est soulagée de pouvoir faire équipe avec l’illustre détective belge qui n’en demandait pas tant.

Le fait que Le train bleu se passe en France n’a pas été pour me déplaire. A travers les lignes, on sent combien Agatha Christie, qui a vécu en France pendant son enfance et qui parlait couramment le français, aimait notre pays et plus encore sans doute la Côte d’Azur. Comme à l’habitude, la romancière s’y entend à merveille pour multiplier les fausses pistes et laisser Hercule Poirot nous rouler dans la farine. Jusqu’au dernier chapitre. Le plus rageant est de se dire que tout était pourtant sous notre nez et qu’après avoir tant lu de livres de cette auteure, on se laisse encore berner.

Bref, ce fut une lecture bien plaisante, bien distrayante. Près de 100 ans après avoir été écrits, les romans d’Agatha Christie restent vraiment une valeur sûre. C’est certain, j’en glisserai un ou deux dans ma valise cet été !

 

 

La plus jeune des frères Crimson

Mes seules références en matière de recueils de nouvelles se cantonnaient jusqu’à présent à Les Contes de la Bécasse de Guy de Maupassant et, plus récemment, à Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part d’Anna Gavalda. J’avais aimé ces deux recueils. Pas assez toutefois pour me donner l’envie d’en lire d’autres. Jusqu’à ce que la chronique très élogieuse de Franck’s books (un blogueur que je suis depuis quelques mois) sur La plus jeune des frères Crimson, recueil de nouvelles écrit par Thierry Covolo et édité par la maison d’édition belge Quadrature, me fasse changer d’avis.

Ma curiosité piquée, j’ai contacté l’auteur via les réseaux sociaux, lequel a très gentiment accepté de m’en envoyer une version numérique. Que j’ai malheureusement dû lire sur mon téléphone portable, ma tablette étant HS. Ce sera le seul point négatif de cette lecture tant je l’ai appréciée, que dis-je, adorée, de bout en bout.

Les nouvelles du recueil de Thierry Covolo ont toutes pour cadre l’Amérique profonde à des moments différents du 20ème siècle. Ses personnages sont des tueurs, des musiciens, des prostituées, des fous, des amoureux, des tenanciers de bar ou d’hôtel, tous un peu borderline sans doute, mais d’une réalité bluffante. C’est là le talent indéniable de l’auteur : Parvenir, non pas à nous raconter une histoire mais à nous faire vivre une histoire grâce à ses descriptions et surtout ses dialogues parfaitement balancés. Le talent de Thierry Covolo s’exprime aussi par son art de la chute, indispensable à ce genre littéraire. Il n’a pas son pareil pour nous balader, faire monter le suspens, nous envoyer sur de fausses pistes avant de retourner complètement nos hypothèses en deux lignes juste avant le mot « fin ». J’ai passé un très beau moment de lecture, sans doute trop court, avec ce recueil dont la dernière nouvelle « Train de vie » est sans doute celle que j’ai préférée, parce que plus longue, parce que sur un sujet douloureux (l’apartheid entre blancs et noirs dans les Etats du Sud dans les années 30) parce que pleine d’espoir malgré tout, avec une fin, pour le coup, vraiment inattendue.

Thierry Covolo a un talent d’écriture indéniable pour nous faire vivre des histoires extraordinaires. C’est une plume que j’espère pouvoir lire à nouveau et dont on n’a pas fini de parler, j’en fais le pari.

Le lambeau

le lambeauJ’ai un peu hésité avant d’acheter Le lambeau (édition Gallimard) de Philippe Lançon. J’en avais beaucoup entendu parler, j’en avais lu beaucoup de critiques (toutes sans exception dithyrambiques). Je savais que c’était un livre dont certaines scènes pouvaient choquer et c’est sans doute cela qui m’a retenue.

Mais ce qui s’est passé le matin du 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo m’a trop bouleversée à l’époque pour que je puisse passer à côté de ce récit, dans lequel le journaliste et chroniqueur Philippe Lançon raconte l’attentat, sa mâchoire arrachée sous les balles des tueurs, ses camarades morts sur le sol d’une salle de rédaction, son hospitalisation et sa longue (très longue) reconstruction physique et psychologique.

Le récit commence la veille de l’attentat. Philippe Lançon décrit méticuleusement toutes les choses banales qu’il a faites avant que sa vie ne bascule et qu’il ne devienne un « mutilé » comme lui dira un jour un médecin : Une soirée au théâtre avec une amie, un repas pris sur le pouce dans un bistrot, une nuit solitaire, des exercices de gymnastique au matin du 7 janvier et puis une question : Aller directement à Libération ou bien passer avant à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo ? Peut-on imaginer, quand on se pose une question aussi basique, que le choix que l’on va faire changera pour toujours le cours de notre vie ?

Philippe Lançon a donc décidé, en bon élève qu’il est comme il le dit lui-même, de participer à la conférence de rédaction à Charlie Hebdo. Il raconte la prise-de-bec entre les participants autour du roman subversif Soumission de Michel Houellebecq qui vient de sortir et dont Philippe Lançon a publié une critique élogieuse dans Libération. Il raconte les blagues de potache qui fusent. Et puis, sur le coup de 11 h 30,  alors que la conférence vient de s’achever et qu’il montre à Cabu un livre de photos sur le jazz, les « coups de pétard » qui retentissent, les voix dans la pièce d’à côté qui crient. Et les premiers tirs qui pleuvent, dans une sorte de stupéfaction et d’irréalité. Philippe Lançon consacre un seul chapitre (sur les plus de 500 pages de son récit) à l’attentat. Avec des mots d’une précision glaçante. Rien ne nous est épargné : De la cervelle de l’économiste Bernard Maris qui coule de son crâne ouvert au trou sanguinolent que Philippe Lançon découvre dans le reflet de son téléphone portable à la place de sa mâchoire et de son menton.

Mais l’essentiel du récit n’est pas là. Il est dans l’après. Et c’est ce témoignage magistralement écrit de « l’après » qui m’a le plus touchée et bouleversée. Je me permets ici une digression. J’ai lu à sa sortie Vous n’aurez pas ma haine d’Antoine Leiris, court récit où il raconte la mort de son épouse, Hélène, dans les attaques du 13-novembre. A l’époque, j’en avais écrit une critique très élogieuse, à l’instar de ce que je pouvais lire à droite, à gauche. Toutefois, quelque chose m’avait agacée dans ce récit. Je ne m’étais pas autorisée à l’écrire parce que je trouvais cela déplacé au regard de la tragédie vécue par cet homme. Presque trois ans après, je me permets d’avouer que le ton parfois « geignard » de l’auteur m’a dérangée, de même que l’espèce d’égoïsme qui entourait son récit : Comme s’il était le seul à souffrir, comme si personne n’avait souffert à ce point avant lui. Je n’avais pas aimé non plus l’espèce d’icône qu’il avait faite de son épouse, sorte de déesse irréprochable qui aurait eu plus de valeur que le commun des Mortels et qui donc, « moins qu’une autre ne méritait de mourir ».

Je n’ai trouvé rien de tout cela dans le récit de Philippe Lançon. Bien au contraire, l’auteur nous livre un récit-vérité qui ne cache rien de ses faiblesses, de ses découragements, de ses révoltes, de ses peurs. Sans jamais prendre la posture victimaire. Ou alors, pour la dénoncer juste après, comme un moment d’égarement qu’il ne tente même pas de justifier.

Ce que Philippe Lançon a vécu est juste inhumain. La reconstruction physique qu’il subit à coups de nombreuses chirurgies et de greffes est un long chemin de croix, une torture psychologique et physique. Mais derrière son témoignage, derrière son cas personnel, Philippe Lançon nous ouvre les portes d’un monde inconnu : celui des grands blessés, celui de l’hôpital, celui du patient réduit à faire confiance aveuglement à plus savant que lui, à quémander, presque, une amélioration de son état. Sans rien maîtriser. Ce faisant, il nous livre de très beaux portraits de soignants (notamment de sa chirurgienne Chloé, pièce maîtresse de sa reconstruction), d’amis, des policiers qui l’accompagnent jour et nuit et nous embarque dans ses souvenirs d’avant. Et c’est un pur bonheur que de les lire. Philippe Lançon rend aussi un hommage émouvant à son frère et à ses parents, octogénaires, (présents dès les premières heures de la tragédie) pour lesquels, pendant quelques mois, il est redevenu le petit garçon de 7 ans qui avait tellement besoin d’eux. Il parle aussi de sa compagne Gabriela et ne cache rien de leurs difficultés à poursuivre une relation amoureuse naissante alors que l’impensable est arrivé.

Le Lambeau est un livre qu’il faut lire. Vraiment.

 

 

 

 

 

 

Rendez-vous avec le crime

Je suis particulièrement fan des polars britanniques, aussi, quand j’ai vu que Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman était proposé sur la plateforme Netgalley, j’ai tout de suite fait une demande d’envoi à l’éditeur, Robert Laffont, laquelle a été acceptée.

L’action de Rendez-vous avec le crime se déroule dans les terres septentrionales du Yorkshire en Angleterre. Samson O’Brien, policier à la prestigieuse « Met » à Londres, revient dans son village natal pour tenter de se faire oublier après avoir trempé dans une affaire louche, dont on ne sait pas grand chose de plus. Les retrouvailles ne sont pas des plus chaleureuses, ni avec son père, ancien alcoolique, ni avec ses amis qu’il a brusquement quittés après une dernière dispute avec son père, 14 ans auparavant. Pour passer le temps, en espérant que les choses finissent pas se tasser à Londres, Samson O’Brien ouvre une agence de détective privé à l’étage des locaux où son amie d’enfance, Delilah Metcalf a ouvert une agence matrimoniale quelques mois plus tôt. Or, Delilah s’aperçoit bientôt avec effroi, qu’un à un, les clients de son agence meurent accidentellement de façon bizarre. Très vite, elle s’interroge : Et si ces morts étaient des crimes ? Mais pour quel mobile ? Aidée par Samson O’Brien qu’elle appelle à la rescousse, Delilah Metcalf mène l’enquête.

Ce polar a réellement constitué une très belle distraction. L’ambiance « village anglais » telle que je me l’imagine y est parfaitement rendue, avec soirées au pub, concours de fléchettes et matches de rugby, le tout dans un cadre verdoyant et fleuri, comme sont forcément les campagnes britanniques. En cela, ce polar n’est pas très éloigné de la géniale série de M.C. Beaton Les enquêtes d’Agatha Raisin, en un peu moins déjanté et humoristique, toutefois. L’enquête est vraiment plaisante à suivre, même si la profusion de personnages secondaires peut rendre la lecture un peu ardue au début. J’ai personnellement eu un peu de mal à m’y retrouver quand j’ai commencé ma lecture mais cela reste un détail car ce polar est, par ailleurs, très bien construit, en tous cas assez pour brouiller les pistes et nous sortir un(e) coupable auquel je n’avais pas pensé du tout. Alors, certes, ce n’est pas non plus le polar du siècle mais il rend pleinement son office : Faire passer un très bon moment à son lecteur. Rendez-vous avec le crime est sous-titré : Tome 1 : les détectives du Yorkshire, de quoi laisser augurer le premier chapitre d’une longue série. C’est plutôt une bonne nouvelle.

 

 

Chère Mrs Bird

Le Cercle Belfond, éditeur français de Chère Mrs Bird, m’avait vendu ce premier roman de la Britanique AJ Pearce comme « une ode à l’amitié et aux femmes dans la droite ligne de Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates ». Comme j’avais adoré ce roman épistolaire lu il y a bien longtemps, je me suis laissée tenter par la participation à un concours proposé par cette Maison d’édition. Ce qui m’a permis de gagner ledit roman.

Il est toujours délicat de chroniquer négativement un livre offert par une Maison d’édition. C’est pourtant ce que je m’apprête à faire. L’honnêteté m’oblige en effet à reconnaître que j’aurais pu aimer Chère Mrs Bird si je l’avais lu quand j’avais une quinzaine d’années. Alors que je suis entrée dans la deuxième moitié de la quarantaine (soupir…), je dois avouer que la naïveté de l’histoire et ses personnages très caricaturaux m’ont ennuyée de bout en bout, pour ne pas dire agacée. Et je ne parle pas de « l’happy end » d’une invraisemblance assez déroutante. Quant à la filiation avec Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates, je la cherche encore…

Pourtant, l’histoire était prometteuse, en tout cas, à mes yeux. Nous sommes au début des années 1940. Emmy, jeune londonienne de 22 ans, rêve de devenir correspondante de guerre, alors que les bombes allemandes terrorisent chaque nuit la capitale britannique. Elle croit défaillir de bonheur quand elle est recrutée par un prestigieux journal britannique pour être assistante de rédaction. Mais elle déchante vite quand elle comprend qu’elle va travailler, en fait, pour une autre publication du groupe de presse, beaucoup moins prestigieuse, où elle aura en charge le tri du courrier des lectrices, sous l’oeil sévère de la rédactrice-en-chef adjointe, Mrs Bird. Cette dernière a une conception pour le moins curieuse de cette rubrique. En effet, ne peuvent recevoir de réponse que les lettres qui n’abordent aucun sujet « scabreux » : couple, sexualité, adultère, passion amoureuse… Evidemment, Emmy est bien décidée à passer outre les consignes de la vieille Mrs Bird… A ses risques et périls…

D’entrée, l’abus de l’usage des majuscules dans la typographie m’a indisposée. Cette façon d’écrire ne fait que renforcer l’idée qu’Emmy est une gentille écervelée immature. Elle saute d’ailleurs comme un cabri quand elle apprend qu’elle va intégrer la rédaction d’un journal. Je ne parle même pas des redites à profusion sur le fait « qu’elle rêêêêêêve de devenir correspondante de guerre ! » Elle doit bien le répéter une dizaine de fois sur les dix premières pages. Bref, ce roman ne commençait pas de la meilleure façon qui soit.

Ce roman n’est pourtant pas déplaisant de bout en bout. Toute la partie sur le quotidien des Londoniens pendant les bombardements et le rôle de bénévole d’Emmy au centre d’appels chez les pompiers les soirs d’alerte sont plutôt bien rendus. C’est d’ailleurs pour cet aspect que je n’ai pas lâché le livre avant la fin. Mais le tout est desservi par des personnages trop caricaturaux, Mrs Bird en tête, sorte de vieille rombière obnubilée par les bonnes moeurs qui, bien entendu, terrorise toute la rédaction, et pollué par une histoire d’amitié et une histoire d’amour mièvres au possible, auxquelles on ne croit pas deux secondes. Sans parler du retournement final, aussi crédible qu’un carnaval sans beuveries à Dunkerque. Bref, je n’ai pas envie de m’étendre plus longuement sur ce roman pour midinettes qui va sortir de ma mémoire aussi vite qu’il y est entré.

Le beau mystère

Le beau mystère est un polar écrit par la Canadienne anglophone Louise Penny, et traduit en français (québécois) par Claire et Louise Chabalier. Il est paru en France dans la collection actes noirs chez l’éditeur Actes Sud. C’est un livre qui a fait partie de mes cadeaux à Noël dernier et qui n’était pas dans mes priorités de lecture. A tort car j’ai vraiment passé un bon moment en le lisant.

Je ne connaissais pas du tout Louise Penny. Je ne savais donc pas qu’elle était l’auteure d’une série de polars, qui se passent tous au Québec et qui sont emmenés par l’inspecteur-chef Armand Gamache. Le beau mystère fait partie de cette série. Et même si le roman fait allusion à des événements passés au sein d’énigmes précédentes, on peut parfaitement le lire et le comprendre. Ces allusions donnent juste envie de nous plonger dans la série, ce qui est plutôt de bon augure.

Quid de ce beau mystère donc ? Au plein coeur d’une forêt sauvage au Québec vit, quasi recluse, une communauté religieuse que tout le monde croyait éteinte depuis longtemps, Les Gilbertins. Contre toute attente, ces spécialistes du chant grégorien, qui ont fait voeu de silence, ont connu quelques mois plus tôt, un succès planétaire avec l’un de leurs enregistrements. Un événement aussi inattendu que bouleversant pour les 24 moines du monastère, peu préparés à vivre une telle tornade médiatique et à se trouver à la tête d’une manne financière aussi importante que bienvenue. Or, un matin, le frère Mathieu, prieur et chef de choeur du monastère à l’origine de l’enregistrement, est retrouvé mort assassiné dans le jardin privé du père-abbé, le crâne fracassé. L’inspecteur-chef Armand Gamache et son adjoint, Jean-Guy Beauvoir, sont dépêchés sur place pour faire toute la lumière sur cette histoire. Avec une certitude : L’auteur des faits ne peut-être que l’un des moines de l’Abbaye. Oui, mais lequel ?

J’ai beaucoup aimé ce polar, exact contraire de ce que l’on appelle un « page-turner ». (Même si je n’ai rien contre les « pages turner » et que j’en lis même assez régulièrement). Car, tout est lent dans ce polar. Et pourtant, paradoxalement, on ne s’ennuie pas une minute. Sans doute parce que cette lenteur s’accorde parfaitement avec l’ambiance si particulière du monastère dans lequel se déroule l’histoire, ambiance parfaitement rendue, par ailleurs. Installés dans une « cellule » parmi les moines, Armand Gamache et son adjoint vivent au rythme des prières, messes, travaux, chants grégoriens et repas pris par les moines. Tout en essayant de percer le mystère de ces hommes emmurés dans le silence, dont la mise en lumière soudaine n’a pas été sans quelques tensions, au point de créer deux clans prêts à l’affrontement. L’approche n’est pas simple. Et il faudra toute la subtilité de nos deux fins limiers pour faire tomber les barrières… et les masques. Car on peut être moine et n’en rester pas moins homme.

Parallèlement à l’enquête, une autre histoire se joue. Celle de l’adjoint, Jean-Guy Beauvoir, fragilisé psychologiquement par une prise d’otages pendant laquelle il a été grièvement blessé et plusieurs de ses camarades policiers tués. Alors qu’il remonte doucement la pente en prenant une part très active à l’enquête, il est rattrapé par ses anciens démons et par la culpabilité, influencé en cela par un directeur de police qui ne semble pas avoir envie que tous les tenants et les aboutissants de cette affaire soient révélés au grand jour. Une histoire dans l’histoire qui apporte un intérêt supplémentaire à cette enquête prenante, qui ménage le suspens jusqu’au bout pour nous sortir finalement un coupable insoupçonnable…