Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Sophie Noël : « C’est dans un petit carnet de pensées que tout a commencé… »

Elle est institutrice, maman de deux petites filles et auteure de livres jeunesse et de romans. Parisienne tombée amoureuse de la Vallée de Chevreuse, lectrice compulsive, Sophie Noël a commencé à écrire sur un petit carnet de pensées que lui avait offert sa grand-mère. Elle avait huit ans. Aujourd’hui, elle est une auteure reconnue. Avec enthousiasme et fraîcheur, elle nous raconte sa passion pour l’écriture, ses envies et ses projets.

Bonjour Sophie Noël et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? (En plus d’écrire des livres, s’entend) ? Quelles sont vos passions ? Vos combats ? Vos colères ? Vos petits bonheurs ?

Sophie noël« Bonjour, et merci pour cette interview. Je suis originaire de Paris, mais vis depuis très longtemps dans la Vallée de Chevreuse, une région très belle, très boisée et aussi très inspirante. A l’origine, je suis institutrice. Mon métier m’a beaucoup appris sur les enfants, et m’aide tous les jours dans l’écriture des romans qui leur sont destinés.

J’aime les bonheurs simples, être en famille, me promener en forêt, contempler un coucher de soleil ou sentir une fleur (particulièrement l’œillet, ma fleur préférée). Je suis très empathique et émotive, ce qui fait que je ris et je pleure facilement. Du coup, j’ai beaucoup de combats, car tout ce qui est injuste me révolte : je ne ferai pas la liste, elle serait trop longue ! »

Vous êtes la maman de deux petites filles adoptées en Haïti. Vous avez raconté cette belle et longue aventure dans un blog (à retrouver ici). Est-ce cela qui a déclenché votre envie d’écrire ? Ou bien l’écriture a-t-elle toujours fait partie de votre vie ?

« Pour mes huit ans, ma grand-mère m’avait offert un carnet de pensées. J’ai beaucoup écrit dedans. Très jeune, j’avais déjà des idées de romans, que je ne menais jamais à terme, mais dont j’ai retrouvé des chapitres dans mes carnets.

J’écrivais des poèmes aussi : j’aime particulièrement la poésie, sa musique, son rythme, la façon dont les mots y ont leur place. J’en lis souvent, comme j’écoute de la bonne musique française (Brassens, Le Forestier, Brel, Trenet…), et lis tout genre de romans.

Plongé dans un univers de beau langage, on devient familier des beaux mots. Forcément. Et puis, j’ai toujours été une rêveuse (ma mère m’appelait Fleur Bleue : naïve, rêveuse, hypersensible), et je pense que cela également m’a donné envie d’écrire : j’ai l’imagination en perpétuelle ébullition. Comme dans une cocotte-minute. Avec l’impérieuse nécessité de déverser mes idées et mes rêves sur le papier.

Pour l’aventure de l’adoption de mes enfants, c’est l’envie de partager mon expérience qui m’a poussée à écrire ce blog. L’adoption est encore trop mal connue, voire mal perçue chez certaines personnes, et j’avais envie de montrer que c’est une histoire de parentalité comme une autre, mais surtout une grande histoire d’amour. C’est un blog qui a eu un beau succès, et j’aimerais maintenant en faire un livre. – Vous semblez avoir trouvé votre « voie littéraire » dans la littérature pour enfants, voie que vous explorez avec un talent certain. Pourquoi ce choix ? Cela a -t-il un lien avec votre métier de professeur des écoles qui vous fait évoluer, forcément, au milieu d’un public enfantin ? Merci. Je pense avoir gardé en moi une grande part de la petite fille que j’étais : souvent, tout simplement, les histoires qui me viennent en tête sont des histoires pour enfants. Et puis, vous avez raison, être institutrice et travailler avec eux n’est sûrement pas étranger à ce choix. Par ailleurs, je suis passionnée par les contes, qui s’adaptent aussi bien aux enfants et aux adultes. Ca, c’est tout à fait moi ! 😉 »

– Dans « L’enfant du séisme » (paru aux éditions Oskar, prix du roman jeunesse de la Ville de Rambouillet 2015) et « Ma petite sœur du séisme » (paru aux éditions les Pétroleuses), vous racontez l’histoire de l’adoption de votre deuxième fille en Haïti pendant et après le séisme de 2010. Ces livres ont obtenu de très bons échos dans la presse et ont été un succès public. Pourquoi avoir fait le choix de raconter votre histoire et de la rendre accessible aux enfants ? Est-ce dans un souci de sensibiliser les enfants à l’adoption ? Etait-ce un besoin pour vous de coucher cette histoire, forcément intense pour votre famille, sur le papier ?

« Comme je le disais plus haut, j’éprouve le besoin d’expliquer ce qu’est l’adoption. Pour moi, mais surtout pour mes filles. Souvent, on respecte ce qu’on comprend et connaît bien, d’où l’importance d’exposer ce sujet un peu méconnu. Et puis, c’est aussi, comme vous le dites, un moment qui a été douloureux pour notre famille, et l’écrire s’est révélé thérapeutique. J’ai voulu que ces deux livres, qui parlent d’un sujet grave, soient racontés de façon légère. En effet, c’est au travers des yeux de ma fille aînée, qui alternait prise de conscience, insouciance et bêtises, avec cette force et cette résilience que les enfants ont en eux, que l’on découvre Haïti, le séisme, et notre histoire d’adoption ».

– Vous écrivez aussi des romans pour adultes, comme « Pulpeuse Fiction », paru aux Editions City. C’est un roman à l’humour désopilant qui raconte la vie d’une femme qui pourrait être vous. L’humour est-il une composante essentielle de votre vie ? Votre propre vie est-elle le matériau indispensable de chacun de vos romans ?

« Pulpeuse fiction est mon premier roman adulte, et je me suis beaucoup amusée à le faire. J’aime rire et faire rire. J’aime les comédies, car cela me fait vraiment du bien. Et même si je lis beaucoup de romans sérieux, je trouve que la comédie est un genre fondamental pour l’équilibre !

Victoire Sting est une héroïne atypique : très ronde, gaffeuse, complexée, timide. Mais aussi déterminée, avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Elle sait ce qu’elle veut, et se donne les moyens pour avancer dans ce sens. C’est finalement une fille courageuse et battante, mais aussi quelqu’un comme nous toutes, avec ses qualités et ses défauts. Je voulais une héroïne proche de mes lectrices, à laquelle elles puissent s’attacher, se dire « Ah ! Tiens ! Moi aussi, j’ai déjà ressenti ça ! » ou « Ca pourrait très bien m’arriver ! », « Mais oui, j’ai déjà vécu ça…»… Mon héroïne a un peu de moi, c’est vrai, mais c’est surtout quelqu’un qui est devenue mon amie au fil des pages. Et je peux vous assurer qu’elle m’a donné de bons fous-rires ! »

– Quelle lectrice êtes-vous ? Est-ce aussi la lecture qui vous a amenée à l’écriture ?

« Comme je le disais plus haut, en effet, la lecture me semble indispensable pour bien écrire, même si cela ne suffit pas. Enfant, je lisais de tout, et je fais rire mes filles quand je leur dis que j’ai lu les aventures de Oui-Oui jusqu’à l’âge de… 10 ans. J’adorais Le club des cinq, Fantomette (je m’identifiais à fond !) mais arrivée au collège, je suis très vite passée à des romans sérieux, sur les conseils de mon père qui m’en parlait passionnément : j’ai lu presque d’une traite les Rougon-Macquart de Zola ! Il ne faut donc pas vous décourager si votre enfant lit peu de romans… il y a des chances pour que cela arrive plus tard 😉 Je suis ensuite restée une lectrice compulsive. Je lis moins depuis que j’ai mes filles (j’ai simplement moins de temps pour cela), mais je lis de tout. Mes auteurs fétiches sont des classiques : Garcia Marquez, Paul Auster, Mishima, Proust, Zola, Virginia Woolf, Modiano et tant d’autres… Mais j’aime également beaucoup les comédies romantiques (Helen Fielding, Sophie Kinsella…), les romans policiers (Agatha Christie, Mankell, Hillerman), la science-fiction et les romans fantastiques de Stephen King. Enfin, je suis également une grande fan de BD ».

Que représente l’écriture dans votre vie ? Une part essentielle ? Un besoin quotidien ?

« J’adore écrire. J’ai toujours écrit, mais maintenant que je suis publiée, c’est encore plus motivant et il n’y a pas un matin où je ne me réveille sans une nouvelle idée d’écriture en tête. Ecrire est devenu essentiel pour moi. Et plus j’écris, plus j’ai envie/besoin d’écrire. – Allez-vous à la rencontre de vos lecteurs dans les salons, dans les bibliothèques, dans les écoles ? Que vous apportent ces échanges ? »

Allez-vous souvent à la rencontre de vos lecteurs ? Est-ce que ce sont pout vous des moments privilégiés ?

« Oui, bien sûr. Je fais des salons, je vais dans les bibliothèques, et ce retour est un moment fabuleux car j’écris pour partager. L’avis et les ressentis de mes lecteurs est très important, et contribue à me donner une belle impulsion pour continuer ».

– Avez-vous des projets littéraires « sur le feu » actuellement ?

« Tout plein ! 😉 Un nouveau roman jeunesse sur l’autisme devrait sortir bientôt, un roman-conte sur le réchauffement climatique a plu à un éditeur, un manuscrit de science-fiction est en passe d’en trouver un, j’ai un projet avec un magazine jeunesse, et je suis en pleine écriture de deux romans, un jeunesse et un adulte. J’essaie de ne pas trop m’éparpiller (mon principal défaut), car j’ai conscience qu’écrire un livre est un travail de fond, de longue haleine, et qu’il est important de s’appliquer, et donner le maximum à chacun des romans que l’on écrit ».

Et pour terminer, que pourriez-vous dire à celles et ceux qui rêvent peut-être aussi de se faire publier un jour. Y a -t-il une recette ? Un secret pour donner envie à un éditeur de vous publier, au-delà du talent, bien-sûr, puisque les auteurs refusés ne sont pas tous dénués de talent ?

« Il est nécessaire de prendre conscience qu’un roman, ça se travaille beaucoup. Il faut en finir avec le mythe de l’écrivain génial (il y en a sûrement, mais ils restent rarissimes) : travailler ses textes, les relire, les corriger, et relire encore, puis les faire relire, c’est la base… Traîner ses guêtres dans les ateliers d’écriture ne peut être que bénéfique : les jeux d’écriture à contraintes sont un véritable révélateur de notre créativité.

Et puis surtout, il faut oser ! Je suis sûre que nous avons tous en nous un magnifique potentiel, tous capables de créer, d’avoir des idées, de les mettre en forme… N’hésitez pas à vous lancer ! En ce qui concerne la recherche d’éditeurs, il est important d’aller dans les bibliothèques ou les librairies pour recenser les éditeurs qui correspondent à ce que vous écrivez, et surtout noter leur ligne éditoriale. Vous devez être déterminé et entêté ! Humble aussi : un éditeur vous dit que votre manuscrit a tel ou tel défaut, retravaillez-le, remettez-vous en question, n’ayez pas peur de jeter des mots, des phrases, des paragraphes entiers (oui, je sais, ça fait mal, au début… 😉 !) Dans mon blog d’auteur (http://sophie-noel.blogspot.fr/ ), je propose régulièrement des textes sur le travail d’écrivain, j’y partage mes idées, quelques conseils en toute simplicité, quelques pistes de réflexion sur l’écriture, et j’échange avec plaisir sur le sujet avec ceux qui n’ont pas encore osé… Mon meilleur conseil : OSEZ ! »

Vous souhaitez mieux connaître Sophie Noël ? Vous pouvez la retrouver sur son blog : ici ou sur sa page Facebook : ici

Publié dans Une femme et des livres retombe en enfance

Ma petite sœur du séisme

 

ma petite soeur du séisme
Photo d’illustration : Sophie Noël

Auteure, notamment, de romans jeunesse, Sophie Noël signe un très joli album pour enfants, magnifiquement illustré par Louise Collet, Ma petite sœur du séisme, chez Pétroleuses Editions. Sophie Noël a puisé dans son histoire personnelle pour l’écrire. Déjà maman adoptive de Flore, elle attend, avec son mari, sa deuxième fille, Alexandra, élevée dans un orphelinat d’Haïti, quand l’île est ravagée par un très violent séisme en 2010. Les semaines et les mois qui suivent sont très éprouvants pour les futurs parents qui n’ont plus de nouvelles de leur fille. Leurs démarches auprès des autorités françaises restent lettre morte. Il leur faudra faire preuve de beaucoup de courage, de patience et d’abnégation pour, enfin, pouvoir accueillir Alexandra.

C’est cette belle et émouvante histoire que Sophie Noël raconte par la bouche de sa fille aînée qui voudrait tant pouvoir rencontrer sa petite soeur.  Une jolie façon de parler de l’adoption aux enfants, de montrer que c’est souvent un très long chemin et qu’il n’y a pas de différence entre un enfant de cœur et un enfant de sang. « Tu te demandes pourquoi j’ai la peau marron alors que mes parents ont la peau blanche ? C’est parce que je suis adoptée. Ma maman et mon papa ne m’ont pas fabriquée eux-mêmes, ils sont allés me chercher en Haïti dans l’orphelinat où je vivais. (…). Après avoir rempli les documents d’adoption, maman et papa m’ont ramenée en France, où nous formons une famille. Comme toutes les autres familles. Que l’on soit adopté ou non, ce qui compte, c’est l’amour que nous partageons« , écrit Sophie Noël.

Très court, cet album sera parfait pour « l’histoire du soir », d’autant qu’il est très joliment illustré par les aquarelles aux tons pastels de la jeune Louise Collet.

L’avis d’Une petite femme et tout plein de livres : « J’ai vraiment beaucoup aimé cet album que j’ai lu très vite. C’est l’histoire d’une petite fille adoptée qui veut rencontrer sa petite sœur qui est adoptée aussi. Mais comme il y a un séisme en Haïti, ca prend plus de temps que prévu. J’ai appris plein de choses sur l’adoption. Ca m’a beaucoup intéressée car, dans mon école, il y a un petit garçon noir, Joseph, qui a aussi été adopté. J’ai appris aussi des choses sur les séismes. Et justement, en « sciences », on apprend les séismes à l’école en ce moment. Donc, vraiment, c’est un album très bien ».

Intéressée par cet album ? Contactez directement l’auteure : Sophieno@gmail.com.

Vous pouvez également aller faire un petit tour sur le blog de Sophie Noël en cliquant ici

Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

La fille de Brooklyn

Alléchée par les critiques dithyrambiques écrites sur la 4ème de couverture (« Un thriller palpitant, écrit avec beaucoup d’élégance », France Info, « Inattendu et bouleversant, AFP, « Le nouveau roman de Guillaume Musso est aussi son meilleur », Lire), je me suis décidée à acheter La fille de Brooklyn de Guillaume Musso (XO Editions), oubliant instantanément que j’avais juré de ne plus jamais lire de Musso lors d’une précédente chronique à retrouver ici.

Quid de La fille de Brooklyn, donc. Tout commence comme un roman sentimental, avec deux héros, l’un écrivain à succès, l’autre médecin en devenir, qui passent un week-end en amoureux sur la Côte d’Azur, quelques semaines avant de passer devant Monsieur le maire. Nos deux héros se connaissent depuis six mois seulement mais la passion est telle qu’ils veulent déjà se marier, sans connaître grand chose de l’autre. Oui, se marier avec quelqu’un qu’on connaît à peine, « dans la vraie vie », ça n’arrive pas si souvent. Voire même jamais. Mais dans un roman, cela permet de créer du mystère à moindre frais, tant pis si cela nuit à la vraisemblance de l’histoire. Donc, Anna et Raphaël sont amoureux, sans trop de connaître. C’est le moment que choisit Anna pour demander à son amant : « Si j’avais commis le pire, m’aimerais-tu malgré tout ? » tout en lui dévoilant la photo de trois corps carbonisés, puis de disparaître, devant le regard ahuri de Raphaël. Evidemment, Raphaël choisit de partir à la recherche de celle qu’il aime, quoi qu’elle ait pu faire. Une quête qui le conduira jusqu’à New-York, avec son voisin, Marc Caradec, ancien flic (c’est pratique), pressé de reprendre du service.

Voilà pour l’histoire. Pour être claire, je ne prétends pas que ce roman soit mauvais de bout en bout. Le suspens, avec des rebondissements réguliers et inattendus, est plutôt bien amené. Il nous tient effectivement en haleine. Mais il m’a néanmoins beaucoup déçu, eu égards aux critiques très élogieuses que j’ai pu lire. Tout fait trop factice dans ce roman. Raphaël et Marc résolvent beaucoup trop facilement des faits cruciaux à partir d’indices, somme toute bien maigres. Jusqu’à résoudre une enquête vieille de 10 ans, avec des ramifications aux Etats-Unis, dans les plus hautes sphères du pouvoir en… trois jours et quatre nuits. Le dénouement final est d’une naïveté incroyable, que Guillaume Musso noie dans un sentimentalisme assez insupportable. Bref, ça sent le roman écrit vite et bien, pour faire pleurer dans les chaumières.

Ce qui m’a passablement agacée aussi dans ce roman, c’est la façon dont Guillaume Musso s’y met en scène, avec une détestable arrogance. Raphaël, son héros, est un écrivain à succès qui vend des centaines de milliers de romans à chacune de ses publications. Raphaël (Guillaume) est riche, Raphaël (Guillaume) a la belle vie, Raphaël (Guillaume) va à New-York comme la ménagère moyenne va au Super U, Raphaël (Guillaume) a les moyens de partir sur un coup de tête à Manhattan et de loger dans un hôtel de luxe… Ce côté (voyez un peu ce que c’est que d’être comme moi un écrivain à succès, nananèreuh) m’a été assez vite insupportable.

Allez, cette fois, c’est vrai (promis, juré, croix de bois, croix de fer, etc, etc…), Guillaume Musso ne viendra plus jamais s’installer dans ma bibliothèque.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

D’après une histoire vraie

Sorti en 2015 chez Jean-Claude Lattès (mais désormais disponible en format poche), D’après une histoire vraie a valu à son auteure, Delphine de Vigan, le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens. Je connaissais Delphine de Vigan comme une auteure à succès « à la mode » mais je n’avais encore rien lu d’elle, peut-être parce que je la trouvais un peu trop à la mode, justement. Argumentation un peu courte, j’en conviens, et parfaitement injustifiée. Le premier roman que je lis de cette auteure  m’a, en effet, proprement happée. Je dirais même plus (comme dirait l’autre), D’après une histoire vraie est sans doute le thriller qui m’a le plus déstabilisée, interrogée et émue aussi, depuis très longtemps. Même une fois le livre refermé, j’ai continué d’y penser, de m’interroger encore et encore. Avec en fond : Où est la vérité ? Où est la fiction ? Qui a menti ? Qui a dit vrai ? Et finalement, qui a écrit ce livre ?

D’après une histoire vrai met en scène Delphine, auteure à succès d’une quarantaine d’années, qui vient de connaître un nouveau succès avec son dernier roman, très largement autobiographique. Toute ressemblance avec Delphine de Vigan n’est pas du tout fortuite. Et c’est cela qui trouble le lecteur dès les premières pages : Est-on en train de lire une histoire qui est réellement arrivée à Delphine de Vigan ? Alors que Delphine réfléchit à l’écriture d’un nouveau roman, elle rencontre L. lors d’une soirée chez des amis. Charmée par le charisme de cette jeune femme, par son assurance, son allure,  Delphine ne voit pas combien elle s’immisce petit à petit dans sa vie. Insidieusement. Jusqu’à la contrôler complètement. Jusqu’à faire de Delphine sa marionnette… Et jusqu’où encore ?

L’histoire commence gentiment et puis, une mécanique, redoutable, se met en place. Qui est vraiment Delphine ? Qui est L., à la fois si présente et si fictive ? Le lecteur, impuissant, n’a pas d’autre choix que de se laisser embarquer sans vraiment savoir où cela va le mener. Et quand, à une cinquantaine de pages de la fin, il pense être arrivé au dénouement (qui, pour ma part, m’avait un peu déçue, sur le mode « tout ça, pour ça »), il s’aperçoit très vite que ce dénouement n’est qu’un leurre, une étape supplémentaire pour lui faire perdre ses dernières certitudes… Et là, on est vraiment obligé de se dire que Delphine de Vigan a du talent. Beaucoup de talent.

Publié dans Une femme et des livre participe à #10dumois

Le 8 mars, c’est toute l’année #10dumois

Nouveau rendez-vous #10dumois, initié par mon amie Egalimère, avec pour thème « Le 8 mars, c’est toute l’année ». Derrière cette phrase, je retrouve bien Egalimère et son combat pour l’égalité des sexes. Le 8 mars, « journée internationale pour les droits des femmes », et non pas « la fête des femmes » comme on l’entend un peu trop souvent à son goût et au mien. Mais comment traiter un sujet aussi sensible et revendicatif sur un blog littéraire ? En toute franchise, je ne me voyais pas sortir mon drapeau et mes banderoles et prendre la plume sur ce thème. J’ai donc préféré laisser parler des féministes, des vraies. Ecrivaines, journalistes, philosophes… Elles expriment leur féminisme bien mieux que je n’aurais pu le faire et, par là, prouvent que « le 8mars, c’est réellement toute l’année ».

entre 10 blogs

Benoite Groult :

« A toute celles qui vivent dans l’illusion que l’égalité est acquise et que l’histoire ne revient pas en arrière, je voudrais dire que rien n’est plus précaire que les droits des femmes« , in Ainsi soit-elle (1975).

« Le racisme scandalise, le sexisme est considéré comme naturel, incurable et inévitable« , in Mon évasion (autobiographie parue en 2008).

Elisabeth Badinter :

« Nous prenons acte de la naissance d’une irréductible volonté féminine de partager l’univers et les enfants avec les hommes » in L’amour en plus (1981)

« Le bébé est le meilleur allié de la domination masculine« , in Le conflit, la Femme et la mère (2010).

« Quand une femme a des ambitions (mondaines, intellectuelles ou professionnelles comme aujourd’hui) et les moyens de les satisfaire, elle est infiniment moins tentée que d’autres d’investir son temps et son énergie dans l’élevage de ses enfants« , in L’amour en plus (1981).

Simone de Beauvoir :

« Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité« , in Le deuxième sexe, tome 1, Les faits et les mythes.

« Il est très difficile à une femme d’agir en égale de l’homme tant que cette égalité n’est pas universellement reconnue et concrètement réalisée« , in Le deuxième sexe, tome 1, Les faits et les mythes.

« Le drame du mariage, ce n’est pas qu’il n’assure pas à la femme le bonheur qu’il lui promet -il n’y as pas d’assurance sur le bonheur- c’est qu’il la mutile, il la voue à la répétition et à la routine. Les vingt premières années de la vie féminine sont d’un extraordinaire richesse ; La femme traverse les expériences de la menstruation, de la sexualité, du mariage, de la maternité ; Elle découvre le monde et son destin. A vingt ans, maîtresse d’un foyer, liée à jamais à un homme, un enfant dans les bras, voilà sa vie finie pour toujours« , in Le deuxième sexe, tome 1, Les faits et les mythes.

Françoise Giroud :

« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente« , in Le monde, 11 mars 1983

« Les hommes ont toujours eu beaucoup de courage pour supporter les malheurs des femmes »

Si vous souhaitez lire ce que ce thème a inspiré aux autres blogueurs participants, c’est par : ici

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Agatha Raisin enquête : La quiche fatale

Il y a déjà quelque temps que j’étais intriguée par la série Agatha Raisin enquête de la britannique M.C. Beaton, dont la traduction française est parue chez Albin Michel (mais désormais disponible en format poche). Le nom improbable de l’héroïne m’avait bien-sûr interpellée, de même que la couverture très colorée de chacun des ouvrages de la série. Pas assez, toutefois, pour me décider à acheter le premier tome. Il aura fallu la chronique élogieuse du tome 4 parue sur le blog de ChocolatCannelle dont vous trouverez le lien ici pour que je me laisse tenter. J’ai donc acheté La quiche fatale, premier tome de la série. Et ce fut un divertissement bien agréable que de le lire. J’écris « divertissement » car rien n’est jamais tout-à-fait sérieux avec Agatha Raisin. Evidemment, tout rapprochement avec Agatha Christie n’est pas du tout fortuit. Il y a le prénom, d’abord, mais aussi ce nom de famille, « Raisin » qui n’est pas sans rappeler le « Poirot » d’Hercule. Et puis, il y a dans cette Agatha Raisin un je ne sais quoi de Miss Marple, en beaucoup plus déjanté s’entend. Le village des Cotswolds (région de l’Ouest de l’Angleterre, au-dessus de la Cornouaille) où cette dynamique et tyrannique célibataire (elle est sans nouvelle de son mari depuis bien trop longtemps pour être encore considérée comme mariée), sans enfant, vient s’établir à l’âge de la retraite après avoir fait fortune en dirigeant une agence de communication et relations publiques à Londres, ressemble en tous points au Saint Mary Mead de Miss Marple. Mêmes cottages coquets, mêmes jardins bien entretenus et verdoyants, même révérend, mêmes dames patronnesses soucieuses du qu’en dira-t-on et de leurs bonnes oeuvres, même major à la retraite, mêmes concours de villages, mêmes pubs où l’on vient refaire le monde devant une pinte ou deux, mêmes rituels autour du thé… Ambiance british à 200 %. Seulement, Agatha Raisin est beaucoup plus rock’n Roll que Miss Marple ne le fut. Pourtant, si son arrivée ne passe pas inaperçue, elle ne révolutionne pas non plus plus la vie du village. Pour tuer l’ennui, Agatha Raisin tente le tout pour le tout : Participer au concours de quiches maison organisé par le comité des dames local. Hélas, le président du jury meurt après avoir avalé un morceau de la quiche qu’Agatha avait achetée chez un traiteur londonien. Notre héroïne, obligée d’avouer sa supercherie, décide de laver son honneur en découvrant l’assassin.

Bien-sûr, la série Agatha Raisin enquête est une série policière. Mais je ne suis pas sûre que les « vrais » amateurs de polars bien ficelés, d’intrigues alléchantes et de suspens se retrouvent dans cette série, dont le principal atout est son humour et les situations improbables dans lesquels Agatha Raisin ne manquent pas de se fourrer. Le meurtre, l’intrigue policière ne sont que des prétextes pour croquer, avec talent, la vie d’un petit village anglais, perdu au fin fond de nulle part et de dessiner des personnages de fort belle manière. Je le redis : Cette série offre un très agréable divertissement, si tant est que l’ambiance so british soit votre tasse de thé. En ce qui me concerne, je compte bien m’attaquer à tous les tomes de la série, qui en compte plus de vingt (le premier est sorti en 1992 en Angleterre), même si, actuellement, quatre seulement ont été traduits en français.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Piège en Ombrie

Les éditions du 38 m’ont offert, une nouvelle fois, le plaisir de découvrir une talentueuse auteure. Claire Arnot, Française qui vit et travaille en Italie, nous entraîne avec Piège en Ombrie dans un joli suspens, servi par une belle plume et une atmosphère à l’Italienne parfaitement rendue. A chaque ligne, on sent l’attachement de l’auteure pour l’Ombrie,région italienne proche de Rome où elle habite depuis de nombreuses années. Moins touristique que sa voisine, La Toscane, l’Ombrie a sans doute un charme plus confidentiel, plus authentique que Claire Arnot décrit à merveille. A tel point que, le livre à peine refermé, je me suis prise à rêver de prochaines vacances en Italie…

Mais il seraitpiege-en-ombrie bien trop réducteur de parler de Piège en Ombrie comme d’un guide touristique. Ce roman est d’abord et avant tout un polar bien ficelé qui ne ménage son lecteur ni en termes de suspens et ni en termes de rebondissements. En voici l’histoire : Hélène Fontayne, Française, la quarantaine, mariée à un avocat italien, deux enfants -toute ressemblance avec l’auteure du roman n’est pas du tout fortuite- vit dans un petit village d’Ombrie. Sa petite vie tranquille et sans histoire se trouve bousculée le jour où le sulfureux directeur de la Maison de retraite locale est retrouvé mort dans sa voiture bizarrement accidentée. Or, au même moment, Irina, la jeune femme de ménage russe de la vieille institutrice infirme du village disparaît sans laisser de traces. Il n’en faut pas plus à Hélène, qui, disons-le, s’ennuie un peu dans sa petite vie bien rangée, pour décider de mener -discrètement- l’enquête, au nez et à la barbe des « Carabinieri ».

Je l’ai dit : L’intrigue est parfaitement bien ficelée. Pas d’invraisemblances ou de hasards un peu trop providentiels qui viennent gâcher la lecture. Au fil des pages, les personnages se révèlent bien plus compliqués, bien moins lisses qu’ils n’y paraissaient au départ. Et nos certitudes de lecteur ne manquent pas d’être bousculées au fil des rebondissements. Le dénouement final -sous forme d’épilogue- est une réelle surprise. Bref, j’ai réellement passé un très bon moment de lecture, le joli voyage en Italie en plus.