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Eloge de la futilité

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Le vendredi 13 novembre 2015 après-midi, j’ai terminé une nouvelle. J’étais plutôt contente de moi. Allez, avouons-le, je la trouvais même très bien balancée, cette nouvelle. Comme je le fais souvent, je l’ai envoyée à l’une de mes meilleures amies pour avoir son avis. En rentrant du restaurant où j’aime me ressourcer avec mon amoureux chaque vendredi soir, j’ai reçu son retour : « Excellent !!!! ». En même temps mon fil d’actualité sur FB m’annonçait une fusillade à Paris.

Ainsi donc, on pouvait aller au restaurant, comme moi, le vendredi soir, et ne pas en revenir parce que des personnes, faites de chair et de sang, comme moi, l’avaient décidé ?

Je n’ai pas écrit une seule ligne depuis, hormis celles, obligatoires, pour mon travail. Mes nouvelles et mes petites chroniques littéraires, qui n’ont pas d’autre prétention que d’offrir un bon moment de lecture à celles et ceux qui les lisent, me semblaient tellement futiles au regard de ce qui venait de se passer.

Et puis, une fois la sidération passée, je me suis dit que c’était chouette d’être futile. Que c’était chouette d’avoir le droit d’être futile. Que c’était même un devoir d’être futile. Parce qu’être futile, c’est vivre et que devant cette horreur indescriptible, on n’a pas d’autre choix que de célébrer la chance qu’est la vie.

Ma nouvelle s’intitule « L’amoureuse de M. Prum ». Elle est futile, très futile même. Je vous l’offre aujourd’hui.

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Le remord d’Albert

Et voilà une nouvelle nouvelle que je vous livre ce soir. Je remarque, en effet, que vous êtes plus nombreux, chers lecteurs, quand je publie des textes plutôt que des chroniques littéraires.

Pas de souvenirs d’adolescence cette fois, pas de biographie de ma mère… L’histoire ci-dessous est complètement inventée même si, forcément, on puise toujours un peu l’inspiration dans sa propre vie. Elle n’a pas d’autre ambition que de vous faire passer un beau moment de lecture.

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Pour une fois, Albert est sûr de lui. C’est à ce point rare qu’il en est tout guilleret, Albert. Même Denise, dont l’espace de vie se limite au fauteuil roulant depuis son AVC, dont les mots sont devenus aussi rares qu’inaudibles, dont le corps n’est plus qu’une vieille chose toute tordue, même Denise ne l’agace plus. Pour un peu, il regarderait presqu’avec tendresse son épouse depuis 62 ans.

Assis derrière la vitre de sa salle-à-manger, voilage tiré, Albert regarde passer les gens. C’est son occupation préférée depuis que les douleurs aux genoux et dans le dos sont devenues tellement fortes qu’il ne peut plus s’occuper de son jardin. Pour passer le temps, Albert a successivement tenté les mots croisés et le bridge. Sur les conseils de son médecin, il a même rejoint le club séniors de la commune. Mais les Belotes, les Dames et les après-midi dansants, ça l’a vite gonflé, Albert. Non, en y réfléchissant bien, c’est chez lui, à observer les voisins qu’il se sent le mieux.

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Mme B. est morte

Sophie Berthelot
Photo parue dans le journal « Nord Littoral »

Je vous offre aujourd’hui ce texte, écrit il y a quelques jours quand j’ai appris la mort de Mme. B. C’est un texte qui parle de mon adolescence, à la fin des années 80, dans un lycée calaisien. Ce texte est autobiographique. Seuls les prénoms, par souci de discrétion, ont été modifiés. Merci à Sophie M. et à Sandrine P. d’avoir été les premières lectrices de ce texte et de m’avoir encouragée à le publier ici.

Mme B. est morte. On l’enterre demain à Calais. Mme B. est morte et c’est toute mon adolescence qui me revient.

Je me souviens du Lycée Sophie Berthelot à Calais, un lycée pas spécialement joli, avec une façade en ciment gris et des préfabriqués au fond de la cour, une cantine au sous-sol, un CDI surchauffé étouffant de livres où j’irai régulièrement me perdre, des salles de classe tristement banales, avec leurs tables en aggloméré et leurs gravures pas toujours réussies à la pointe de compas, un grand hall et son immense tableau d’affichage où chaque matin, pleine d’espoir, je viendrai m’informer des profs absents. Et des escaliers sur trois niveaux que je grimperai souvent la tête plongée dans un bouquin, indifférente au brouhaha ambiant… Je venais d’y faire ma rentrée en seconde, timide, apeurée même. Loin, si loin de ma petite ville rurale, de ma cour de ferme et de mon collège privé ultra-protégé. Parmi les visages anonymes de ma classe de seconde 5, j’avais repéré Valérie. Peut-être parce qu’elle était brune à bouclettes comme moi, timide et pas trop à l’aise non plus. Longtemps, on nous prendra pour deux sœurs, moi qui n’en ai pas.

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Sentiments mêlés

machine à écrirePas facile de rendre public des textes que l’on écrit dans le secret de son bureau, caché derrière son écran d’ordinateur. Juste pour se faire plaisir. Impression bizarre de se mettre à nu. Obligation de rester modeste et d’accepter la critique. Je l’ai fait pour « Thérèse » il y a quelques semaines. Je le fais aujourd’hui pour « Anquetil et Poulidor », que j’ai écrit spécialement pour le concours de nouvelles du site « aufeminin.com ».

http://www.aufeminin.com/ecrire-aufeminin/anquetil-et-poulidor-s1485067.html

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Thérèse

Maman 16 ansAujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous un texte que j’ai écrit il y a quelques mois. Il retrace la jeunesse de ma mère, telle qu’elle me l’a de nombreuses fois décrite. Il s’appelle « Thérèse » mais il aurait aussi bien pu s’appeler « Hommage ».

Ca fait deux heures qu’elle attend mais elle s’en fiche. Elle pourrait même attendre deux heures de plus s’il le fallait. Elle est heureuse. Un peu inquiète aussi, un peu angoissée. Mais heureuse comme elle ne l’a sans doute jamais été. Elle est sûre d’un choix qui l’emmène vers l’inconnu. Elle sourit et son sourire est radieux. Aujourd’hui, le 24 février 1968, à 32 ans et demi, elle est libre pour la première fois.

Elle est née dans une famille agricole à quelques kilomètres de Lille. Une soixantaine d’hectares de polycultures, quelques cochons, quelques vaches, des poules, des lapins. Des chats aussi à qui on donne juste assez de lait et de restes pour qu’ils aient encore envie de chasser les souris. Et un chien. Du plus loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours vu un chien sur la cour de cette ferme au carré en briques rouges, dominée par un grand porche, comme on en voit beaucoup dans la région, avec la Deûle qui coule tranquille en contrebas charriant ses péniches alanguies.
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