Catégorie : Une femme et des livres donne la parole

Jean-Michel Leboulanger, une vie entre Bretagne et Japon

Ecouter Jean-Michel Leboulanger, c’est écouter un homme profondément passionné : Passionné par ses livres, passionné par le parcours littéraire qui l’a mené jusqu’à la publication d’un premier manuscrit par une maison d’édition reconnue, passionné par la culture nippone qu’il connaît sur le bout des doigts et enfin passionné par les rencontres qu’il fait avec ses lecteurs et les amitiés qu’il noue. Bref, écouter Jean-Michel Leboulanger, c’est assez… passionnant ! Je vous livre ici une partie de notre heure et demi de conversation à bâtons rompus, en espérant que vous la trouverait, comment dire ?… passionnante ?

  • Bonjour Jean-Michel Leboulanger et un grand merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Si vous commenciez par vous présenter aux lecteurs du blog ?

« Alors, pour faire court, sinon, on va y passer des heures…  Je suis né à Saint-Malo, d’un père breton et d’une mère normande. On ne peut pas faire pire mélange ! (Rires). Je travaille dans la formation professionnelle après avoir longtemps été responsable logistique dans le secteur automobile. Signe particulier : A 50 ans, j’ai tout envoyé valser ! »

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  • Ah ? Et comment cela s’est-il traduit ?

« Par un changement de vie radical et surtout, surtout, par la réalisation d’un rêve que je caressais depuis longtemps : Partir seul au Japon, un pays qui me fascinait depuis l’adolescence et que j’avais découvert grâce à certains de ses écrivains, Yukio Mishima, en particulier. Cette passion m’avait même amené à devenir collectionneur de bonsaïs et de petites sculptures traditionnelles japonaises en ivoire. Bref. Je suis parti, seul, pendant un mois et cela a été comme une révélation. Ce pays, c’était le mien ! Depuis, j’y retourne très régulièrement pour des séjours de quelques semaines et à chaque fois que j’y reviens, c’est comme si j’étais parti de la veille, comme si un fil invisible me reliait à ce pays ».

  • On comprends d’autant mieux qu’un de vos romans Un kimono pour linceul se passe au Japon, pays que vous décrivez d’ailleurs avec une très grande précision, ce qui donne vraiment l’impression au lecteur d’y être. En lisant vos mots, votre passion pour ce pays ressort à chaque page.

« Oui, j’ai commencé ce roman après mon premier voyage au Japon en 2009. J’ai mis quatre ans à l’écrire. Entre temps, j’en ai même écrit un autre, Salverney. J’avais besoin de parler du Japon, de décrire ce pays, de parler de sa culture qui me fascine, de ses traditions. J’ai choisi de le faire par le biais d’un thriller, genre qui, de mon point de vue, permet d’aborder le mieux tous les sujets de société. Mais je voulais aussi y associer une belle histoire d’amour qui traduirait mon amour pour ce pays et ses habitants. Voilà comment est né Un kimono pour linceul dont l’histoire se passe dans le milieu des Yakusa, la mafia japonaise, dont la violence et la cruauté feraient passer les membres de la Camorra milanaise pour des enfants de cœur ! C’était aussi une volonté de ma part de parler de cette organisation criminelle pour mieux en dénoncer les pratiques ».

  • Votre roman Un kimono pour linceul est-il votre première incursion dans la littérature ?

« Oh que non ! Je pense que j’écris depuis l’âge de 10 ou 11 ans. Je dois avouer que beaucoup de ma production de l’époque n’a jamais abouti. (Rires). Vers 25 ans, j’ai terminé un premier roman . Ce roman est resté dans un tiroir et il n’en sortira pas parce qu’en toute franchise, il était vraiment mauvais. Vers 2003-2004, soit bien plus tard, je me suis remis à l’écriture par le biais de mon blog où je publiais des petits feuilletons. A ma grande surprise, j’ai eu assez vite un bon noyau de lecteurs. Le jour où mes petits feuilletons sont devenu un roman, où il était d’ailleurs beaucoup question de moi -Je pense que la plupart des gens qui écrivent commencent d’abord par parler d’eux- le jour, donc, où ce roman a été terminé, je l’ai autoédité. Chambre avec vue a eu son petit succès dans mon réseau et même au delà. J’ai donc poursuivi avec Six jours à Beyrouth, autoédité également, qui, là encore, a plutôt bien marché. Ce qui m’a donné envie de le proposer à des maisons d’édition. Mais aucune ne l’a accepté ».

  • Vous continuez à écrire malgré tout ? Pas de découragement ?

« Oui, j’ai continué à écrire, parce que c’est une passion. Et puis, tout compte fait, je me sentais bien dans l’autoédition. J’avais mon petit réseau de lecteurs, ce n’était pas désagréable. J’ai donc autoédité Les Aigles de Vienne, un thriller sur fond de chasse au nazisme. Avec du recul, je pense que ce roman n’était peut-être pas assez abouti, puis j’ai continué avec Entre les pages, sans doute le roman que je préfère avec Un kimono pour linceul. Plutôt satisfait de cette production, j’ai envoyé le manuscrit dans plusieurs maisons d’édition parisiennes. Mais je n’ai reçu que des réponses négatives, toutefois avec des avis détaillés et argumentés encourageants qui m’ont convaincu que je n’étais pas loin du but, qu’il ne me restait plus qu’une marche à gravir pour espérer convaincre un éditeur. Mais que cette marche était haute ».

  • Donc, lorsqu’ensuite vous écrivez Un Kimono pour linceul, vous n’êtes plus un auteur néophyte ?

« Non, en effet ! Je commence Un kimono pour linceul, puis, j’arrête, trop marqué par un évènement personnel. Je commence alors Salverney, dont l’intrigue se passe dans les îles anglo-normandes. Puis, je termine Un kimono pour linceul. Je sens qu’avec ces deux livres, mon écriture a encore progressé. Par le biais d’un ami écrivain, j’entends justement parler des Editions du 38, une maison d’édition toulousaine. Sans y croire vraiment, je leur envoie le manuscrit de Salverney. Deux jours après, on m’appelle, enthousiaste, pour me dire que le manuscrit est accepté et pour me demander si je n’en ai pas un autre sous le coude. Je propose donc Un kimono pour linceul. Deux jours se passent encore et on m’annonce que ce manuscrit est aussi accepté. J’étais vraiment comme sur un nuage, je n’en revenais pas. Moi qui galérais depuis dix ans pour me faire publier, voilà qu’en quatre jours, deux de mes manuscrits étaient acceptés. Je dois vous avouer que le choc a été un peu violent. Bon, depuis, je m’en suis remis ! (Rires). Un kimono pour linceul est sorti en janvier 2016 et Salverney, tout récemment, en septembre ».   

  • Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages, qui se passent dans des endroits et des circonstances complètement différents. Où trouvez-vous votre inspiration ?

« J’ai toujours du mal à répondre à cette question parce que j’ai l’impression que lorsque que je commence un récit, tout est déjà écrit, comme s’il me fallait juste tirer le fil d’une pelote de laine. Ce fil, c’est le début du roman. Très vite, ensuite, j’imagine la fin. Et puis, la pelote se dévide, mes personnages -que j’ai besoin d’imagier physiquement et qui ne me ressemblent pas forcément- vivent leur vie, me font parfois prendre des routes auxquelles je n’avais pas du tout pensé, disent des choses qui peuvent me surprendre. Et puis, finalement, la fin que j’avais imaginée, est tout autre. L’inspiration n’est jamais figée. Tout peut arriver tant que le point final n’est pas posé ».

  • Votre rapport à vos lecteurs : Vous aimez aller à leur rencontre, discuter, partager avec eux ?  

« Echanger avec mes lecteurs est vraiment quelque chose que j’apprécie, qui me fait du bien. C’est souvent très enrichissant, et puis c’est plutôt flatteur de parler avec des gens qui aiment ce que vous faites. Au fil des rencontres, certains d’entre eux sont même devenus des amis. J’avais un peu arrêté les dédicaces parce que, il ne faut pas se le cacher, ça prend du temps et ce n’est pas toujours très marrant quand personne ne vient vous voir. Et puis, récemment, j’ai eu l’occasion de dédicacer au Cultura de Rennes. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup apprécié. J’ai fait de belles rencontres, j’ai eu de beaux échanges qui n’ont pas tous débouché sur une signature, mais là n’est pas l’essentiel. Cela m’a vraiment redonné le goût des dédicaces ».

  • Pour conclure, si nous parlions de vos projets ?

« Mes projets ? Eh bien, je suis actuellement en pleine rédaction d’un roman dont l’intrigue se passe en Corée du Nord. Sans trop dévoiler l’intrigue, disons que mon héros va trouver un moyen vraiment très original pour sortir de ce pays. Je n’en dis pas plus. J’ai en projet également de m’essayer à l’écriture d’un polar. Ce sont là des projets à moyen terme. Sinon, il y a de bonnes chances pour que Entre les pages, le roman que j’ai autopublié il y a quelques années sortent en 2017 aux Editions du 38″.

Vous souhaitez lire ou relire la chronique que le blog a consacré à Salverney ? C’est par ici

Vous souhaitez lire ou relire la chronique que le blog a consacré à Un kimono pour linceul ? C’est par

 

 

 

 

Jean-Baptiste Ferrero/Thomas Fiera : Double-je ?

Jean-Baptiste Ferrero, homme du Sud, amoureux de la Méditerranée, avoue un certain goût pour la démesure et un côté sombre qu’il cultive précieusement. Auteur de plusieurs polars parus aux Editions du 38, il est le créateur de Thomas Fiera, détective gouailleur, anar, franc-tireur grinçant mais tellement sympathique. Jean-Baptiste Ferrero a accepté de se dévoiler -un peu, beaucoup et aussi passionnément- pour Une femme et des Livres.

Bonjour Jean-Baptiste Ferrero et d’abord, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Si nous commencions par parler de vous ?

« Hou là, là ! Vous avez deux heures ? Non, plus sérieusement, je suis un homme du sud, avec des origines espagnoles. Je suis profondément attaché à la Méditerranée. J’ai aussi des origines pied-noir qui font que je ne suis pas toujours dans la mesure. Je dirais même que j’ai un certain goût pour l’exagération. Et sans doute aussi une part d’ombre. J’ai été journaliste, consultant et suis maintenant directeur de la communication. La communication est mon moteur, elle me fascine au sens linguistique du terme. J’aime aussi beaucoup le monde de l’entreprise qui est pour moi une sorte de laboratoire qui concentre tous les comportements humains, les plus nobles comme les plus détestables ».

Jean Baptiste ferrero

– Pourquoi écrivez-vous et depuis combien de temps ?

« J’ai tout le temps écrit. J’ai dû commencer quand j’avais 8 ans ou quelque chose comme ça. J’ai toujours aimé les histoires. Mais je me suis beaucoup cherché. J’ai commencé par écrire des petits textes, puis des nouvelles et enfin des romans. Je me suis essayé à la poésie aussi mais j’ai très vite compris que je n’avais aucun talent dans ce domaine et qu’il serait vain de poursuivre. J’ai écrit beaucoup d’histoires narcissiques avant de me rendre compte que c’était grotesque et sans intérêt, comme quelqu’un qui veut jouer à l’artiste sans l’être. Et puis, j’ai trouvé ma voie dans le polar… où paradoxalement, il y a sans doute beaucoup plus de moi que dans aucun des bouquins que j’avais pu écrire avant ».

Pourquoi les polars, justement ? Peut-être parce que vous êtes vous-même un gros lecteur de ce genre de littérature ?

« C’est vrai que j’ai lu énormément de polars, plusieurs milliers sans doute, donc, à force, on connaît un peu tous les codes. Maintenant, si j’ai trouvé ma voie dans ce genre, c’est juste par hasard. J’étais arrivé à un moment de ma vie où j’avais besoin de m’évader, de penser à autre chose alors j’ai repris la plume. Et j’ai écrit 150 pages en quelques jours. Je me suis alors aperçu que c’était la trame d’un polar. Et j’ai continué. Parce que je sentais que c’était bien meilleur que ce que j’avais écrit jusqu’à présent. Sans doute aussi parce que le héros que je venais de créer, Thomas Fiera, me plaisait bien ».

– Thomas Fiera est le héros des trois polars que vous avez publiés. On sent que vous êtes très attaché ce personnage. Qui est donc Thomas Fiera ?

« Thomas Fiera a beaucoup de Nestor Burma et d’Arsène Lupin, deux héros que j’apprécie énormément et qui m’ont forcément influencé quand j’ai créé mon personnage. Thomas Fiera -Fiera veut dire « fauve » en espagnol- est un anar, gouailleur, persifleur, ironique aussi. C’est un franc-tireur qui peut parfois être incontrôlable, voire border-line. Avec un tel profil, il ne pouvait être ni commissaire ni inspecteur. C’est pour cela que j’en ai fait un détective aux méthodes très personnelles qui déroutent souvent ses clients, d’ailleurs. C’est aussi quelqu’un qui a beaucoup d’humour. C’est important pour moi que mon héros puisse faire rire mes lecteurs ».

Vous animez un blog au nom de « Thomas Fiera », vous lui avez créé un profil Facebook, comme si ce personnage existait réellement. Alors, dites-moi, Thomas Fiera, c’est vous aussi ?

« C’est amusant ce blog. J’y échange avec pas mal de lecteurs et c’est vrai que ça crée parfois la confusion. Qui écrit ? Moi ou Thomas Fiera ? Certains lecteurs s’y perdent… Alors, oui, Thomas Fiera me ressemble par certains côtés. Mais c’est surtout un personnage qui me permet de dire certaines vérités que je ne pourrais pas dire en tant que Jean-Baptiste Ferrero. J’ai par exemple en projet la publication d’un dictionnaire du management qui va s’appeler « Le petit Fiera illustré ». Il y aura dedans quelques idées franchement politiquement incorrectes. Mais ce n’est pas moi qui les écris, c’est Thomas Fiera. En fait, il est très pratique ce Thomas Fiera ! »

Vous êtes publié par Les Editions du 38 depuis quelques années. Avez-vous cherché longtemps avant de trouver une Maison d’édition qui vous fasse confiance ?

« Oui, clairement, ça n’a pas été simple. J’ai envoyé mon premier polar à pas mal d’éditeurs. J’ai même eu le culot de l’envoyer chez Gallimard, qui me l’a renvoyé sans même l’avoir lu. Il y a une grande part de chance dans l’édition. Avoir un réseau dans le milieu, quelqu’un qui met le manuscrit « en haut de la pile » peut aussi aider. Bref, j’avais fini par renoncer quand on m’a offert une liseuse. Par ce biais, j’ai découvert l’édition numérique que je ne connaissais pas du tout. Je suis d’abord allé sur la plateforme d’autoédition d’Amazon, puis j’ai fait la connaissance d’Anita Berchenko qui venait de créer la maison d’édition numérique Les Editions du 38. Elle m’a fait confiance. Je lui ai fait confiance aussi. Je ne le regrette pas. C’est une petite maison d’édition en pleine expansion qui, désormais, publie également en format papier. Il y règne une ambiance familial où je me sens très bien ».

Vos lecteurs auront-ils bientôt le plaisir de retrouver Thomas Fiera dans de nouvelles aventures ?

« Oui, tout à fait ! Mon prochain polar Le fils prodigue sort en septembre en format papier, toujours aux Editions du 38, et toujours avec Thomas Fiera en meneur d’enquête. Et je suis en cours d’écriture du prochain polar. C’est toujours un plaisir pour moi de commencer un nouveau manuscrit, de faire revivre Thomas Fiera et toute sa petite bande d’amis. Quand je suis trop longtemps sans écrire, ils me manquent, comme des membres de la famille qu’on n’aurait pas vu depuis longtemps ».

Thomas Fiera n’est donc pas prêt de disparaître ?

« Vous avez tout compris ! »

 

 

 

 

 

Alex Nicol, Breton, joueur de cornemuse en kilt et même parfois auteur de polars !

Alex Nicol est un Breton, profondément attaché à sa Bretagne presque natale. Comme tous les Bretons, du reste. Alex Nicol est aussi un auteur de polars prolifique. Il est le père du héros, breton cela va sans dire, Gwenn Rosmadec qu’il promène, souvent accompagné de son épouse Soizic, dans des aventures toujours plus drôles et rocambolesques depuis 14 romans. Le 15ème est en cours d’écriture. Alex Nicol a accepté de nous parler de sa vie d’avant l’écriture, de ce qu’il aime, de ce qu’il aime moins, des endroits qui l’inspirent. Et même de son héros qu’il n’a pas fini de faire courir !

Bonjour Alex Nicol ! Pouvez-vous vous décrire brièvement ? D’où êtes vous ? Que faites-vous ou qu’avez vous fait dans la vie avant de prendre la plume ? Qu’est ce que vous aimez dans la vie et, au contraire, qu’est ce qui vous agace ?
« J’ai passé le concours de l’école normale en classe de 3ème, par hasard, en 1969 puis j’ai préparé une maîtrise d’anglais en cours du soir. Mais je suis un grand voyageur, intéressé par les rencontres avec d’autres cultures. Je me suis donc efforcé d’en faire mon métier : J’ai passé deux ans au Maroc pour le service militaire, puis six ans en Inde à Madras avant Chandigarh où j’ai créé une Alliance française, ensuite à Djedda en Arabie saoudite à la tête du centre culturel français, et à Mayotte enfin comme chef d’établissement. J’ai commencé à rédiger des nouvelles pour la revue de l’association des Français de Djedda. J’y ai pris un certain plaisir. De retour en France je me suis demandé si je pouvais produire 200 pages. J’ai essayé et ce fut L’étrange secret de Marie Cloarec, mon premier polar et la naissance de mon héros, Gwenn Rosmadec. Je suis plutôt épicurien en ce sens que j’aime la vie, j’aime partager les bons moments de l’existence, j’aime la musique. Comme je suis Breton, j’ai appris la cornemuse quand j’avais 45 ans et je continue à ce jour avec une préférence pour la musique écossaise, d’où le port du kilt. Conséquence: je donne facilement ma confiance mais je ne supporte pas que l’on la trahisse ».

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Depuis combien de temps écrivez-vous ? Quel a été le déclencheur ? Est ce que vous avez été un gros lecteur avant de venir à l’écriture ?
« Mon premier roman, L’étrange secret de Marie Cloarec est paru en 2006. Je n’étais pas un « gros » lecteur, mon métier ne me laissait pas toujours assez de temps pour me plonger dans un livre . Mais j’adore le cinéma et j’ai beaucoup fait usage de cassettes vidéo puis de DVD qui est une forme différente de lecture si on regarde avec un œil critique ».

Vous êtes surtout connu pour être un auteur de polars, même si vous avez écrit aussi quelques livres de littérature jeunesse. Pourquoi ce choix ? Pourquoi cet univers ?
« Le polar est une forme d’écriture qui permet de faire passer beaucoup de messages par le biais de l’histoire. En tant qu’angliciste, j’ai été très influencé par les écrivains anglais, en particulier la grande Agatha Christie et dans le domaine de la science fiction Isaac Asimov. Mes romans, au delà du suspense qui va pousser le lecteur à tourner les pages, est une ode à ma Bretagne soit à travers les paysages et traditions que je peux présenter en contexte soit par le regard que portent mes deux héros sur leur environnement, qu’il soit breton ou d’ailleurs ».

Depuis plusieurs années, vous mettez en scène dans votre série « Enquête en Bretagne » le même duo de personnages : Gwenn et Soazic Rosmadec. Personnellement, ils me font beaucoup penser aux héros d’Agatha Christie, Tupence et Tommy Beresford pour leur côté déjanté et intrépide. Comment ces personnages sont-ils nés ? Quels rapports entretenez-vous avec eux ? Est ce que Gwenn Rosmadec, c’est aussi un peu vous?
« Au départ, j’avais envisagé , une fois en retraite, de créer un cabinet d’écrivain public pour continuer à rencontrer des gens et partager leur vie. Je me suis rendu compte que ce pouvait être un excellent personnage de roman dans la mesure où, comme moi, il n’y connaît rien aux procédures de police ou gendarmerie. Il est obligé de se débrouiller face aux situations critiques dans lesquelles je le mets. Gwenn Rosmadec est breton, mais je l’ai imaginé ancien reporter donc capable d’avoir sur ses actes et son environnement le recul suffisant pour ne pas tomber dans le piège de l’auto satisfaction. Alors est ce que Gwenn c’est moi ? Oui, au début, et je vivais intensément ses aventures au fur et à mesure que je les écrivais. Mais au fil du temps, il a gagné en indépendance et sa personnalité s’est étoffée et différenciée. En plus, lui, il a 40 ans depuis 10 ans, ce qui n’est plus mon cas ».

Si j’ai bien compté, Gwen et Soizic Rosmadec sont les héros de 14 enquêtes. Pas de lassitude de votre part ? Où trouvez-vous l’inspiration pour emmener vos personnages à chaque fois dans une nouvelle aventure ?
« Dans le premier roman, lorsque j’ai créé Gwenn et son épouse, ils ne devaient y apparaître que là et je pensais vraiment poursuivre  d’autres histoires avec d’autres personnages. Il se trouve que ces deux là sont tellement attachants que j’ai continué l’aventure avec eux. Et pour le moment je n’ai pas envie de les laisser au bord de la route. Du reste, mes lecteurs ne me le pardonneraient pas. Alors on continue et ça nous fait du bien.
Quant à l’inspiration, elle vient du fait, qu’avec le temps, à chaque situation réelle, je ne peux m’empêcher de me dire « Tiens! Qu’est-ce que je pourrais faire avec ça? ». Ce peut être un article de journal, un fait divers, un personnage…N’importe quoi, en fait ! Quand je pense avoir trouvé une base de départ, je la laisse mûrir en y agglomérant des constituants divers (personnages, accidents, quiproquos…) puis vient le temps de l’écriture. J’ai une idée globale de l’histoire mais celle-ci va vraiment se créer pendant la phase de rédaction. Et il arrive souvent que mes héros m’entraînent sur une voie à laquelle je n’avais pas songé au départ ».

Votre série Enquête en Bretagne se passe… en Bretagne forcément. Vous semblez vraiment très attaché à cette région. D’ailleurs, vos descriptions sont criantes de vérité. Pourquoi la Bretagne vous inspire-t-elle autant ? Pouvez-vous imaginer écrire un polar dans une autre contrée ?
« Je suis né à Madagascar à l’époque de la colonie française. Mais mes racines sont bretonnes. Et j’ai constaté que les Bretons expatriés -et il y en a beaucoup- sont très attachés à leur culture. J’ai donc baigné toute mon enfance dans un environnement « bretonnant », pas en terme de langue mais en terme de cuisine, de bibelots sur les buffets, de meubles, de lettres de la grand mère quimpéroise etc. Maintenant, mes héros sont certes Bretons mais ils voyagent. En fait ils me suivent dans mes pérégrinations. J’ai utilisé mes connaissances de l’Inde  pour écrire Le Bouddha bigouden, de l’Arabie Saoudite pour Des babouches à Esquibien. Un voyage récent à Port d’Espagne, invité par l’ambassadeur de France que j’avais connu à Djedda quand il était Consul général,  a donné Pas de crêpes à Trinidad. Enfin,  le dernier qui vient de sortir Le meurtre de Joseph le Roy, est un huis clos dans un autocar qui voyage entre Los Angeles et San Francisco via le Grand Canyon et Las Vegas, voyage que j’avais effectué moi-même. Mais je ne savais pas alors que j’allais en tirer un roman ».

Vous êtes publié aux Editions du 38 depuis de nombreuses années. Comment s’est passée votre rencontre avec « les filles du 38 » ? Pourquoi avez-vous choisi cette maison d’édition et lui êtes-vous resté fidèle ?
« J’ai d’abord eu affaire à des éditeurs régionaux classiques avec lesquels les relations furent peu amènes. Surtout lorsqu’ils intervenaient sur mes textes sans me le dire. J’ai alors décidé de me lancer dans l’auto-édition. Ayant déjà un lectorat, l’aventure pouvait être tentée. Et cela a assez bien fonctionné, grâce, bien qu’elle soit très décriée, à la plate forme d’Amazon. Mais je passais beaucoup trop de temps à faire du marketing sur les réseaux sociaux pour faire connaître mes livres. J’ai donc cherché une maison d’édition qui diffuse les romans sur liseuse électronique. C’est de cette manière que j’ai connu Anita Berchenko* et lorsqu’elle a créé sa propre maison, elle m’a proposé de la rejoindre. J’ai beaucoup de respect pour elle. C’est une grande travailleuse qui a su s’entourer d’une équipe dynamique  (qu’on appelle en rigolant « les filles du 38″) et qui sait écouter. On ignorait au départ ce que cela allait donner mais les lecteurs nous ont suivis et les éditions du 38 sont maintenant sur la voie du succès ».

L’étrange secret de Marie Cloarec vient d’être traduit en allemand. J’imagine que c’est une fierté pour vous. Pourquoi le choix de ce pays ? D’autres traductions de vos romans sont-elles prévues ? Dans quels pays ?
« C’est vrai que cette traduction m’a fait très plaisir. C’est une forme de reconnaissance des lecteurs et une confiance que m’a accordée Anita. Pourquoi l’Allemand? Ce serait plutôt à l’éditeur qu’il faudrait poser la question. Ceci dit, un phénomène surprenant s’est passé récemment: un auteur allemand dont le pseudo est Bannalec, écrit des polars en Bretagne dans la langue de Goethe. Et il fait un tabac parce que la Bretagne est une destination très prisée des Allemands. Alors pourquoi ne pas tenter la même chose? Je sais qu’un projet de traduction en anglais est aussi envisagé. On verra le moment venu ».

Participez-vous souvent à des salons, à des rencontres littéraires ? Que vous apportent les rencontres avec vos lecteurs ? Certaines d’entre elles vous ont-elles particulièrement marqué ?
« Quand on est un débutant dans le métier d’écrivain, aller dans les salons est une nécessité. Cela permet de rencontrer de « futurs » lecteurs et de les convaincre de l’intérêt qu’il y a à acheter le livre. C’est le côté « marketing » du métier pour lequel je ne suis pas très efficace. Puis, lorsque je suis passé à l’ebook, les rencontres avec les lecteurs se sont faites sur Internet. Facebook s’est aussi avéré très puissant pour relayer mes informations et échanger avec des lecteurs qui sont devenus des amis. Lorsque Anita a envisagé de sortir mes romans en format papier, les salons redevenaient intéressants. Mais maintenant, je ne sollicite plus la possibilité d’y aller, on me le propose ! C’est plus confortable. Une rencontre qui m’a marquée : Lors du salon de Carhaix en Bretagne, j’ai discuté avec sa Présidente, Irène Frain. Avant de partir en Inde, j’avais lu son roman Le Nabab et m’étais inspiré d’elle plus tard pour créer Soazic. Elle a acheté Mystère en Finistère et le lendemain est venu m’en reparler. (Premier titre de L’étrange secret de Marie Cloarec, ndlr). Elle l’avait lu toute la soirée.

Pour terminer, avez-vous des projets littéraires en cours dont vous voudriez nous parler ?
« Je n’ai pas le syndrome de la page blanche parce que je n’ai pas d’obligations vis à vis de mon éditeur. Cette liberté me permet d’écrire à mon gré, selon l’inspiration du moment. Je viens de sortir la 14ème aventure de Gwenn et suis en train d’écrire la 15ème avec déjà une idée qui me trotte pour la 16ème ».

Merci beaucoup Alex Nicol d’avoir accepté de répondre à ces questions. Si des lecteurs du blog souhaitaient encore mieux connaître vos héros, votre vie, vos romans et votre actualité, je les invite à se rendre sur votre site : ici

*Anita Berchenko est éditrice, créatrice des Editions du 38, située en Haute-Garonne. (Ndlr)

Laëtitia Constant, hyperactive de la lecture et de l’écriture

Laëtitia Constant, Parisienne, 34 ans, est publiée chez « J’ai lu » (la collection « poche » de l’éditeur Flammarion). Aliénor Mc Kanaghan, l’héroïne de sa saga fantastique qu’elle a créée en 2009, a séduit l’éditeur. La jeune auteure a accepté de parler de son parcours littéraire, de ses romans, de son univers, de ses coups de cœur… et même de sa vie. Rencontre avec une hyperactive de l’écriture et de la lecture.

Bonjour Laëtitia Constant et merci de vous prêter au jeu de l’interview. Et si vous commenciez par vous présenter brièvement ?

« Volontiers. Je suis née à Paris il y a 34 ans mais j’ai grandi à Palaiseau, dans l’Essonne. Maman d’une petite fille de 9 ans et demi, j’ai la chance d’écrire à plein temps depuis 2011. Auparavant, j’ai exercé dans plusieurs secteurs d’activités comme les Assurances, l’Administratif et le Tourisme. Je suis une grande lectrice, même si j’ai moins le temps maintenant. J’adore les livres, je les trouve rassurants. Si je m’écoutais, j’en achèterais tout le temps. Des romans, des livres de cuisine, de voyage… J’aime me dire qu’ils mettent le monde à ma portée. Je suis également une grande fan de séries TV et une curieuse de la vie en général ».

Photo Laetitia Constant (2)

Qu’est ce qui fait que vous en êtes venu à écrire des romans ? Est ce que ce fut un long cheminement avant de vous lancer ? Est ce la lecture qui vous a amené à l’écriture ?

« Je pense que la lecture m’a amenée à l’écriture. Enfant, j’écrivais en cachette. J’avais honte de mettre par écrit ce que je ressentais. Une fois adolescente, avec mes études, j’ai dû mettre ce mode d’expression ainsi que les livres de côté. Des années plus tard, j’y suis revenue un peu par la force des choses. Suite à un problème de santé, j’avais besoin de fuir mon quotidien alors je me suis replongée dans les livres. Une chose en entraînant une autre, mon personnage d’Aliénor est née et je me suis accrochée à elle comme à une bouée de sauvetage. En toute sincérité, j’ai mis mes tripes dans cette histoire. Au début, je ne visais pas la publication. C’était juste un exutoire. Lorsque je me suis rendue compte que j’avais écris un roman, j’ai commencé à me demander : « Et pourquoi pas moi ? ». A partir de ce moment, j’ai travaillé dur pour parvenir à me faire publier ».

Diriez-vous que l’écriture est un vrai besoin au quotidien ?

« Pas au quotidien, non. Mais écrire fait partie intégrante de mon mode de vie. Même quand je ne suis pas devant mon clavier, mon esprit tourne à 100 à l’heure, tout le temps et partout. C’est parfois épuisant ».

Avez-vous des auteurs en modèle ? Des auteurs qui vous ont donné envie d’écrire ?

« Oui, j’aime, par exemple, beaucoup le style dynamique d’auteurs comme Jennifer L. Armentrout, Jamie McGuire ou encore Emilie Blaine. Peu importe le genre, il faut que ça bouge.  Je suis une lectrice hyperactive ».

 

Quel est votre source d’inspiration ? D’après ce que j’ai pu lire, vos romans se passe dans un univers fantastique. Pourquoi ce choix ?

« Les univers fantastiques m’ont toujours entourée que ce soit à la télévision ou au cinéma. Je fais partie de la génération « Trilogie du samedi soir » sur M6. J’ai grandi avec Buffy contre les vampires, Charmed, X-Files, Les contes de la Crypte ou encore l’Histoire sans fin, Beetlejuice, la famille Adams… Je pourrais citer des dizaines de titres qui me suivent depuis toujours. Le fantastique s’affranchit des barrières qu’impose le réel. Les possibilités de chemin  y sont quasi infinies et les codes sont souvent bousculés. C’est la liberté, en somme. Ecrire une histoire dans cet univers était une évidence mais je ne m’y cantonne pas ».

 

Vous avez déjà publié deux romans, le troisième de la série « Aliénor MacKanaghan » va sortir prochainement. Parlez-nous un peu de cette héroïne. Qui est-elle ? Quelles aventures vit-elle ? Vous ressemble-t-elle ? Etes-vous attachée à cette héroïne au point de poursuivre l’aventure avec de nouveaux tomes ?

« Aliénor, c’est mon personnage chouchou. Parce qu’elle est le premier que j’ai créé et que c’est grâce à elle que mon aventure avec mon éditeur -Flammarion pour sa collection « J’ai lu »- a débuté. C’est une jeune fille de 18 ans qui tente de faire abstraction du fait qu’elle ne vit pas comme tout le monde. Elle essaye de vivre normalement jusqu’à ce qu’un évènement, ainsi qu’une rencontre avec un certain Milàn, transforme sa vie pour toujours. A partir de ce moment, elle se débat pour se reconstruire et sa quête n’est pas un long fleuve tranquille. Elle n’est pas épargnée (le lecteur non plus), ses convictions sont souvent remises en question et elle s’en sort rarement indemne. Malgré tout, elle en tire des choses positives et sa relation avec Milàn en est un exemple même si comme dans la vie, ce n’est pas toujours rose. C’est une histoire d’amour qui se veut la plus réaliste possible. Dans le premier tome, Litha, Aliénor jeune, puis on suit ses aventures sur quatre tomes, puisque, oui, un 4ème tome est déjà prévu. Par certains aspects, je pense que cette série est un peu un miroir de ma vie. J’ai souffert avec elle comme elle a souffert avec moi ».

Votre parcours d’auteur : Avez-vous « galéré » avant de trouver une maison d’édition ?

« Mon parcours n’a pas été simple, loin de là. Il a été chaotique et j’ai même failli abandonner plus d’une fois l’idée de devenir écrivain. L’édition est un milieu difficile où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. J’ai créé mon personnage d’Aliénor en 2009. Ensuite,  je n’ai eu de cesse d’améliorer mon texte. Mes efforts ont fini par payer puisque j’ai réussi à intéresser un éditeur. Je prends cela comme une chance inestimable. Nombre d’auteurs de manuscrits ne l’ont pas »

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Vous participez souvent à des salons du livres et des rencontres d’auteurs.  Que vous apportent ces rencontres ? Avez-vous été plus particulièrement touchée par l’une de ces rencontres ?

« La création littéraire est une activité solitaire. Imaginer que son livre, le fruit de son travail, peut impacter d’une manière ou d’une autre la vie de quelqu’un est difficile à mesurer. Les salons sont des moments particuliers car ils permettent de mettre des visages sur le mot« lecteur ». Certains sont très expressifs et montrent leur joie, d’autres sont plus timides ou impressionnés. Dans tous les cas, je ne sais pas qui est le plus nerveux. Eux, ou moi. C’est aussi le moment où l’on retrouve les amis écrivains. Nous sommes éparpillés sur le territoire -voire même au-delà- et ces évènements sont pratiquement les seuls moments où l’on peut passer du temps ensemble.  Je me souviens qu’un jour, quelqu’un m’a dit que grâce à mon roman il avait repris goût à la lecture. J’ai été touchée et j’y pense à chaque fois que je doute de moi ».

Pour terminer, avez-vous des projets littéraires dont vous voudriez parler ?

« Je travaille actuellement à la sortie du tome 3 de la série « Aliénor McKanaghan », puis j’enchaînerai avec l’écriture du dernier tome. Par ailleurs, j’ai écrit une romance complètement indépendante de la série « Aliénor Mc Kanaghan » qui doit paraître au premier semestre 2017″.

Alexandra Le Dauphin, l’écriture comme catharsis

Vous avez forcément croisé en librairie l’un des trois livres qu’elle a publiés depuis deux ans. Avec Au boulot chômette et Célibataire ? Faut pas t’en faire !, deux romans humoristiques, Alexandra Le Dauphin a connu bien plus qu’un succès d’estime. La jeune auteure, rédactrice web dans le civil, a accepté de se dévoiler un peu plus pour les lecteurs de ce blog.

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Alexandra Le Dauphin, si nous commencions par vous présenter brièvement ? D’où êtes-vous ? Quelle est votre profession ? Et qu’aimez-vous dans la vie, à part l’écriture ?

« Alors, je suis une Bordelaise trentenaire. J’ai créé mon autoentreprise de rédaction web Drôle de Plume il y a 5 ans.  Je suis aussi chargée de communication à temps partiel pour l’enseigne Galaxy Concept depuis plus de deux ans. J’ai donc un double emploi après avoir galéré pendant plus d’un an pour trouver du travail. . Je suis également maman de deux enfants de 9 et 6 ans, mes rayons lumineux de chaque instant. Et pour terminer, je pratique la course à pied et le tennis, deux disciplines sportives indispensables à mon équilibre pour moi qui ai constamment besoin de bouger ».

Qu’est ce qui fait que vous en êtes venu à écrire des romans ? Est-ce que c’est parce que vous êtes passionnée par l’écriture depuis longtemps (et qui vous a peut-être aussi amené aussi à ce métier de rédactrice) ?

« Effectivement, l’écriture m’a aidée sur bien des plans. Elle était sûrement là depuis longtemps mais je n’avais pas encore pu mesurer son importance. Ce sont des événements personnels difficiles qui ont été le catalyseur de mon envie d’écrire. Comme lorsque ma fille est née très grande prématurée, avec un pronostic vital engagé. J’ai eu si peur de la perdre qu’à la sortie de l’hôpital, j’ai lâché toute mon angoisse, toute ma frustration en écrivant un premier texte que j’ai partagé avec des inconnus. Deux ans après, un licenciement pour motif économique a chamboulé toutes mes croyances : Et si, tout compte fait, je n’étais pas faite pour être assistante commerciale ? Et si l’écriture pouvait être plus qu’un simple passe-temps ? J’ai commencé à écrire sur ma recherche d’emploi sur un blog. Encouragée par mes amis et mon réseau, j’ai réussi à transformer ce chapitre de ma vie en livre.  Au boulot, Chômette !, mon premier roman, était né ! »

Diriez-vous que l’écriture est un vrai besoin au quotidien ?

« Oui, clairement ! Je passe ma journée à rédiger que ce soit pour les clients de ma petite boîte ou pour l’entreprise qui m’emploie. À aucun moment je ne vois cela comme une contrainte, bien au contraire ! J’ai enfin trouvé ma voie et j’ai besoin d’écrire ! »

Avez-vous des auteurs en modèle ? Des auteurs qui vous ont donné envie d’écrire ?

« J’adore Stephen King, c’est un maître ! Je serai bien incapable de décortiquer l’horreur comme il excelle à le faire : il est juste exceptionnel… Je communique ponctuellement avec l’écrivain Maxime Chattam qui est, pour le coup, un vrai modèle. J’aime ses écrits et sa façon de vivre. C’est un auteur résolument humain qui s’intéresse aux autres ! C’est d’ailleurs pour cette raison que je le remercie dans mon nouveau livre ».

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Quel est votre source d’inspiration ?

« Je m’inspire des scènes de la vie courante, de ce que me racontent mes amis. C’est une façon pour moi d’être proche du lecteur et de lui rappeler des choses qu’il connaît pour qu’on soit sur la même longueur d’ondes ! »

Et si nous parlions de vos livre ? Depuis 2014, vous en avez publié trois, deux sur le registre de l’humour et un autre pour le jeune public.

« Au boulot, Chômette !, sorti en juin 2014 aux éditions « La boîte à Pandore », est un témoignage humoristique sur le chômage. Je l’ai écrit en pensant à tous les demandeurs d’emploi qui vivent la même galère que celle que j’ai vécue. Je suis sûre que certains s’y sont retrouvés même s’il n’a pas d’autre prétention que celle de faire rire. Le chômage est une spirale négative qui a vite fait de nous aspirer vers le bas. Je voulais partager mon expérience et montrer comment je l’ai contournée en créant mon propre emploi. Il fallait véhiculer un message positif car les demandeurs d’emploi ont besoin d’y croire tout en restant pragmatiques et réalistes ! Avec Matéli fait son tri, paru en novembre 2015 chez Verte Plume éditions,  j’ai voulu traiter de l’écologie et du tri afin de sensibiliser les enfants à la protection de l’environnement. Enfin, mon tout dernier roman, Célibataire ? Faut pas t’en faire, vient de sortir en début d’année aux éditions Pixl. Il s’agit là encore d’un témoignage humoristique, sur le célibat cette fois. A l’heure où il y a une réelle pression sociale sur les célibataires, qui peut être très lourde à porter d’ailleurs, j’ai voulu surtout faire sourire avec des anecdotes improbables ».

Votre parcours d’auteur : Avez-vous galéré, comme la grande majorité des auteurs qui n’ont encore rien publié, avant de trouver une maison d’édition ? Comment cela s’est-il passé pour concrétiser vos différents projets littéraires ?

« Et bien bizarrement et heureusement, je n’ai pas vraiment galéré pour me faire éditer. Je suis consciente que c’est une chance incroyable. Pour Matéli et Au boulot, Chômette, plusieurs éditeurs étaient intéressés. Et pour Célibataire, faut pas t’en faire ! la maison d’édition avec laquelle j’ai signé l’a adopté de suite. Il m’a juste fallu remanier quelques phrases. Quant à savoir avec qui signer, je me suis fiée à mon instinct, tout simplement ».

Allez-vous à la rencontre de vos lecteurs ? Participez-vous à des séances de dédicaces ? Si oui, que vous apportent ces rencontres ? Avez-vous été plus particulièrement touchée par l’une d’entre elles ?

« Oui, j’essaie, même si c’est difficile. Je travaille dur en semaine puisque je gère à la fois la communication autour de mes livres mais aussi mes deux emplois. De ce fait, le week-end, j’ai surtout envie de profiter de mes enfants qui sont encore petits. Je ne peux donc pas toujours participer aux salons ou aux séances de dédicaces que l’on me propose. Mais il est évident que j’aime ces rencontres avec mes lecteurs. Ils ont tous leur anecdote à raconter et se livrent parfois facilement, en me faisant confiance. Je prends cela comme une belle récompense. J’ai été particulièrement touchée de rencontrer les parents d’une amie lors du dernier salon auquel j’ai participé. Ils sont venus me soutenir alors que je ne les avais pas vu depuis plus d’une décennie. Quel choc ! J’ai accusé le coup pendant plusieurs secondes, c’était une merveilleuse surprise ! »

Pour terminer, parlons de votre actualité : Avez-vous un manuscrit sur le feu en ce moment ?

« En réalité, j’ai trois projets d’histoires dans la tête, mais malheureusement,  je manque de temps pour m’atteler à leur rédaction  en ce moment. Il va sans doute falloir que je m’organise d’une autre façon si je veux réussir à écrire de nouveaux romans ! »

Merci Alexandra le Dauphin d’avoir répondu à mes questions. Si les lecteurs de ce blog souhaitent encore mieux vous connaître, je les invite à se rendre sur votre site : http://www.alexandra-ledauphin.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Luc Manet, entre rock n’roll et littérature

Jean-Luc Manet est un homme qui aime la discrétion et l’élégance. Parisien, écrivain et critique musical au magazine culturel Les Inrockuptibles, il a accepté de nous parler de la passion qu’il voue à l’écriture et à la littérature, de ses modèles en écriture, de ses envies, de ses choix. Et de Paris aussi, son « village » dont il adore arpenter les trottoirs en quête de… En quête de quoi ? Lisez… Jean-Luc Manet a beaucoup de jolies choses à vous dire. Belle rencontre que cette rencontre !

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Photo : Jérôme Soligny

Jean-Luc Manet, vous êtes écrivain et critique musical, notamment pour le magazine culturel Les Inrockuptibles, depuis de très nombreuses années. De la musique ou des livres, qui est entré en premier dans votre vie ?

Jean-Luc Manet : « Enid Blyton et son Club des Cinq ont dû précéder le rock’n’roll d’une courte tête, mais j’ai l’impression de n’avoir jamais vécu sans livres ni musique. Du reste, J’ai souhaité leur donner le même genre de prolongement personnel, écrire sur la musique, écrire des histoires. Y participer en somme ».

 Depuis quand écrivez-vous ? J’entends par là, quand vous êtes-vous lancé dans l’écriture de nouvelles ? Est-ce votre métier de critique musical qui vous a mené à cette écriture ?

« La musique et l’écriture sont indissociables, depuis toujours. Je me suis passionné pour le rock et pour la presse musicale quasi simultanément. Très jeune. Le côté « Tintin aux premières loges » des critiques rock me fascinait. Je voulais absolument faire ça, être au cœur du volcan et le raconter. Et puis je viens d’un milieu d’enseignants où l’écrit, livres et journaux, est quelque chose qui compte. C’était assez naturel que je relie musique et écriture. J’écris sur le rock depuis 1979 et reste très attaché à ces rythmes. Par contre, si j’écoute toujours autant de musique, je dois bien avouer que son environnement m’intéresse moins depuis une paire de décennies. Le milieu a changé, comme si les maisons de disques privilégiaient aujourd’hui l’actionnaire plutôt que l’artiste. Les groupes sont devenus interchangeables et défilent sans avoir le temps d’écrire une histoire. Et sans histoire à raconter, il est difficile d’enflammer le lecteur. Alors, grosso modo au changement de siècle, il m’a fallu trouver une autre piste, juste pour combler l’envie d’écrire. Et la fiction s’est imposée sans même y réfléchir. Bien sûr, mes romans et nouvelles sont truffés de références à la musique : ils ont tous une sorte de bande-son. Sans parler des recueils « Rock & Noirs », qu’avec mon ami Jean-Noël Levavasseur, nous consacrons aux groupes qui nous sont chers. Là c’est l’ombilic ultime entre tout ce que j’aime : écrire, raconter des histoires, et rallier d’autres auteurs du noir à la cause rock’n’roll. Nous en sommes à onze recueils, dont ce London Calling, 19 histoires rock et noires, publié chez Buchet-Chastel et consacré au double album culte de Clash, qui a connu un joli succès en librairies ».

JLM (Tulle 2)

La musique, l’écriture sont-ils pour vous des besoins vitaux, au même titre que manger ou dormir ?

« Pas à ce point. Ce sont mes jouets en fait. J’ai besoin d’eux, mais je peux ponctuellement m’en passer. Ça peut sembler très prétentieux, mais j’aime bien dire que j’ignore l’angoisse de la page blanche. Plus sérieusement, si je n’ai rien à raconter, je n’insiste pas, je préfère partir me balader. Et c’est d’ailleurs souvent en promenade que les idées viennent. De fait, vous remarquerez que mes personnages marchent beaucoup ».

 La nouvelle semble être votre mode d’expression favori. Pourquoi ?

 « C’est vrai que j’aime bien le rythme des textes courts, toujours au plus près de l’essentiel, sans gras. Et puis j’y vois aussi un lien évident avec le rock’n’roll. Une chanson doit tout dire en trois minutes, une nouvelle se plie aux mêmes règles d’urgence et de concision ».

 Pas envie de vous lancer dans l’écriture d’un roman plus long ?

 « J’y pense bien sûr mais mon temps est trop fractionné actuellement pour me permettre de tenir la tension sur 300 pages. J’ai un métier de grand garçon (je suis postier) qui m’oblige à majoritairement écrire en vacances ou dans les transports. Et je crois qu’il est important d’écrire vite, quasiment sans respirer, ne rien lâcher, pour que le texte se tienne et frappe juste. Si on lève la tête, c’est foutu, la cohésion se fendille. Il ne faut rien lâcher tant que le point final n’est pas posé. Je ne dispose donc pas des deux mois minimum de liberté qu’il me faudrait pour mener à bien un projet au long cours. La retraite approche et avec elle un horizon sans doute plus propice. On verra… »

 Vous excellez dans l’écriture de polar. Pourquoi avez-vous choisi ce genre littéraire ? Parce que vous êtes vous-même lecteur de polar ?

« Oui, je suis un grand consommateur de romans noirs, américains et français surtout. Là sont mes racines, je ne peux pas le nier. Et tant pis si on me compare régulièrement à des gens comme Marc Villard ou Jean-Bernard Pouy. Je considère d’ailleurs qu’il est essentiel de garder une attitude de lecteur en écrivant. Lire ses phrases comme si elles étaient d’un autre, écouter et juger leur mélodie, virer tout ce qui en casse le rythme… »

Rock et polar sont deux univers qui vont bien ensemble, je trouve.

 « Le roman noir est avant tout le miroir de son époque. Les grands auteurs classiques américains comme David Goodis ou Dashiell Hammet l’ont longtemps affilié au jazz. Le rock a naturellement prit le relais, mais les musiques n’en écrivent que la bande-originale au bout du compte. Elles peuvent donner le tempo, souligner une ambiance ou ancrer un décor, comme au cinéma, mais n’ont que rarement une véritable incidence sur les récits ».

 Avec Les Honneurs de Sophie  (e-book aux éditions Dominique Leroy), vous vous êtes autorisé une incursion dans la littérature érotique. Pourquoi ?

 « En fait, c’était une sorte de pari face au déferlement médiatique engendré par les 50 nuances de guimauves. Un genre de « pourquoi pas moi ? ». Le plus drôle est que je me suis lancé sans avoir jamais côtoyé ce domaine, sans la moindre idée des conventions du genre. Je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, mais j’ai trouvé en ChocolatCannelle (directrice de la collection e-ros) une interlocutrice sérieuse et attentive. C’était très rassurant, comme l’ont été les commentaires de lecteurs ».

Pensez-vous y revenir ?

 « Vraisemblablement, mais toujours de façon ludique. Je tiens à ce que cela demeure une récréation, aussi bien pour moi que pour mon héroïne. Jamais il n’arrivera quoi que ce soit de fâcheux à Sophie, ni viol ni aucune autre de forme de violence physique ou psychologique faite aux femmes. Sans son sourire et ses formes solaires, ces contrepoints roses de mes écrits noirs, elle n’aurait aucune raison d’exister. Son insouciance, sa fraîcheur, la légèreté de ses aventures et de ses tenues m’amusent, mais elle seule décide de son destin. Elle est libre, c’est elle qui me chuchotera une « Saison 2 », le moment venu ».

 Trottoirs , votre dernier ouvrage sorti en septembre 2015 aux éditions In8 (dont les lecteurs peuvent retrouver la chronique sur ce blog) retrace avec beaucoup de justesse et de sensibilité le parcours d’un SDF dans les rues de Paris, confronté aux meurtres de compagnons de galère. Le thème n’est pas banal. Comment cette idée vous est-elle venue ?

 « En me promenant bien-sûr. En prenant les transports en commun aussi. Romain est un de ces fantômes que je croise quotidiennement. J’ai imaginé l’histoire de l’un d’entre eux, sans démagogie, sans excès d’empathie, juste raconter. Trottoirs n’est en aucun cas un slogan social, un constat tout au plus. On ne peut pas être juge et partie, je ne suis donc pas le mieux placer pour parler de mes livres, mais j’ai bien aimé que de nombreuses chroniques parlent de poésie ».  

 Votre ville, Paris, devient en quelque sorte l’un des personnages central de ce livre. La description que vous en faites sonne particulièrement vrai. Votre ville natale est-elle souvent une source d’inspiration ?

« Tout à fait. Trottoirs est une autre preuve qu’elle n’est pas parfaite, mais j’aime ma ville, c’est indéniable. J’y suis né, j’y suis chez moi, surtout dans ce quartier autour de Bastille qui était déjà celui de mes grands-parents. Alors oui, j’aime écrire Paris, au gré de mes pérégrinations. Pour autant, j’espère ne pas en donner une image de carte postale. Je me contrefous de « la ville lumière » pour touristes ou bobos : je raconte mon village, c’est tout. Je le picore, par petites touches que je retranscris en mots. Pour donner un exemple : le banc de Trottoirs existe vraiment. Le livre y est né ».

 Quel lien entretenez-vous avec vos lecteurs ? Etes-vous, par exemple, un adepte des salons du livre et séances de dédicaces ?

« Si l’on m’invite, je me rends disponible. Ça fait partie du  SAV. Mais je ne cours pas après. C’est toujours un peu étrange d’être assis derrière une table et de regarder les badauds défiler. Comme l’impression d’être au zoo, mais pas du bon côté des barreaux. Ceci-dit, on enregistre aussi régulièrement de jolies rencontres, voire des contacts ou des amitiés qui perdurent ».

 Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

 « A cette question, je réponds toujours non. D’une part, lapalissade, ce n’est pas parce qu’on a commencé un texte qu’on va le finir. Si le truc ne pétille pas, ou pas assez, il est parfois préférable de le ranger dans les cartons, en attendant qu’il trouve un regain de sens. Mais surtout, je trouve pathétique ces musiciens ou auteurs qui annoncent toujours l’œuvre de leur vie pour demain. Systématiquement envie de leur dire « ben écoute coco, termine d’abord, on jugera après ». Donc non, je n’ai pas de projets, ou presque…  »

Merci Jean-Luc Manet d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Corpus Delecta, une certaine idée du mystère

Vous l’avez découverte à travers Les talons rouges, son recueil de nouvelles épistolaires érotiques que j’ai chroniqué ici. Je vous propose de la découvrir un peu plus aujourd’hui.  Corpus Delecta a accepté de se dévoiler avec fraîcheur et de spontanéité, à la condition de laisser beaucoup de mystère parce qu’elle le cultive avec gourmandise. Corpus Delecta a entrouvert la porte. Entrez vite ! Elle pourrait changer d’avis !  

Corpus Delecta, et si vous commenciez par vous décrire brièvement ?

« Que vous dire, donc… Que je vis dans le Sud. Que quoi qu’il arrive je vis toujours près de la mer, et que je ne pourrais pas faire autrement. Là où d’autres ont besoin d’oxygène, moi, il me faut de l’iode… Me décrire brièvement? J’en suis bien incapable! La digression est mon mode de communication préféré. Et puis, quel « moi » voulez-vous que je décrive? Je suis si multiple! Bon, pour ne pas trop vous laisser sur votre faim, disons que ma principale qualité est une certaine légèreté. Quant  à mon physique, que chacun (et chacune) se l’imagine comme il (ou elle!) l’entend. Après tout, Corpus Delecta vit de l’imaginaire, et du fantasme ».

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Photo choisie par Corpus Delecta pour illustrer son interview.

Dans la vie, qu’aimez-vous ? Que n’aimez-vous pas ? Qu’est ce qui vous fait avancer ?

« Vous ai-je déjà dit que je digressais facilement? Commençons par la fin.  Je dirais que ce qui me fait avancer, mon moteur si vous voulez, c’est la curiosité. Je suis une vraie gamine, toujours à vouloir regarder ce qui se cache derrière les portes, derrière les gens, toujours à vouloir lire entre les lignes. J’aime jouer, je n’ai peur de rien, à la fois naïve et lucide. Ce que j’aime? Ma vie. Ca paraît facile, comme réponse, et pourtant, c’est essentiel. Quant à ce que je n’aime pas… Les contraintes. J’ai horreur des contraintes, quelles qu’elles soient ! »

Depuis combien de temps écrivez-vous ? Quel a été le déclic ? Pourquoi écrivez-vous ? Est ce un besoin au même titre que boire et manger ?

 » Je crois que j’ai toujours écrit. J’imagine que j’aurais pu faire des milliers d’autres choses, mais l’écriture s’est pour ainsi dire imposée à moi. Je ne dirais pas que c’est un besoin. Plutôt une évidence. J’écris. C’est comme ça ».

 L’érotisme : Pourquoi écrivez-vous dans ce genre littéraire, qui ne s’adresse pas à tous les publics ? Avez-vous été, avant, lectrice de textes érotiques ? Que cherchez vous à faire passer à vos lecteurs à travers vos textes ?

« Je ne suis pas une grande lectrice de littérature érotique, non.  Je ne saurais vous dire pourquoi, mais c’est comme ça: j’adore en écrire, mais j’en lis très peu. J’ai commencé l’érotique pour séduire, tout simplement. Adolescente, déjà, j’adorais écrire des lettres très osées à mes amoureux. C’est certainement une histoire de pouvoir, aussi. Troubler un homme avec des mots… c’est une sensation exquise! Mais mon « vrai » travail d’écriture érotique a commencé lorsque je suis tombée follement amoureuse d’un homme. Nous nous étions rencontrés sur Internet, écrire était la seule chance qu’il m’offrait de le séduire. Hélas! il n’a jamais cédé à mes avances. Alors j’ai décidé de tenter de publier les textes que je lui avais offerts, plutôt par jeu, au début. Comme une nouvelle étape dans mes tentatives de l’attirer dans mes filets! Il n’est jamais devenu mon amant, il est resté ma muse. La seule chose que je veux transmettre, avec mes textes, c’est du plaisir. Celui de la lecture, avant tout. Et plus si affinité

Avez-vous déjà rencontrer certains de vos lecteurs ? Si oui, que vous ont apporté ces rencontres ?

« Rencontrer mes lecteurs? Vous n’y pensez pas! Evidemment, j’ai un petit cercle d’intimes qui me lisent, et me connaissent. Mais même si je vis au soleil, l’ombre est mon domaine, du moins celui de Corpus Delecta. L’érotisme, à mon sens, se nourrit aussi du secret, ou plutôt, du mystère ».

Vous voulez donc rester anonyme. Est ce qu’au delà du goût du mystère, est-ce parce que cette écriture là doit rester votre jardin secret ? Votre échappatoire ? Qu’il y a comme un gout d’interdit ?

« Parfois, les choses sont bien plus simples qu’elles ne paraissent. Aucun goût d’interdit, l’interdit n’est pas dans ma nature. Non, je veux rester anonyme un peu par jeu, et beaucoup parce que je ne cours pas après la notoriété. J’écris de l’érotique par plaisir. J’aime ça. J’ai la chance d’être publiée, et d’être lue, et bien qu’il soit peu probable que j’en vive un jour, c’est une situation qui me convient. Je n’ai pas besoin de voir mon visage ailleurs que dans mon miroir! Et puis, finalement, le « Mystère Corpus Delecta » permet aux lecteurs de me fantasmer à leur goût, ce qui est un petit plus non négligeable, je pense »

Ecrivez-vous pour d’autres genres littéraires ? Si oui,toujours sous pseudo ?

« Oui, j’écris, et suis publiée dans d’autres genres littéraires. De la fiction, toujours, et sous pseudo, aussi, même si là, je suis nettement moins secrète ».

 Parlez-nous de votre dernier livre Le club, édité aux éditions Dominique Leroy, dans la collection e-ros. De son univers, d’où vous avez tiré votre inspiration. A quels lecteurs s’adresse-t-il ? Y a t -il des points communs avec votre propre vie ? Est-ce une réponse à certains de vos fantasmes ?

Le Club … A vrai dire, je ne me souviens pas comme l’idée m’est venue. Une conversation? Un article? Je ne sais plus. De même que je ne pourrais pas dire à qui il s’adresse, précisément. Ce n’est pas une question que je me pose avant d’écrire. J’ai une idée, une scène de départ pour une histoire, je commence à écrire, c’est tout. Ensuite, pour en revenir à votre question, celle du lien entre la vie, les fantames et les histoires qu’écrivent les auteurs érotiques se pose, tout naturellement! J’imagine que beaucoup de lecteurs se demandent si nous vivons toutes ces choses que nous racontons, où s’arrête l’autobiographique, et où commence la fiction! Aucune idée de ce qu’il en est pour mes consoeurs et confrères, pour ma part, disons que tout s’entremêlent et se mélange, réel, fiction, fantasmes… En revanche, et au risque de vous décevoir, les Clubs échangistes ne font pas partie de mes expériences réelles! Ils ont certes un fort pouvoir évocateur, bien sûr qu’il y a un côté très attirant dans cette idée de débauche, de liberté absolue qu’ils représentent, le manque de tabous… C’est juste que j’ai une conception bien plus intimiste de l’érotisme. Ce qui ne m’a pas empêchée d’écrire une histoire sur un Club. Mais écrire, c’est justement ça, aussi: une liberté absolue, aucun tabou. Du plaisir ! »

Avez-vous d’autres projets d’écriture sur le feu ?

« A vrai dire, en ce moment, j’ai presque trop de projets en cours! Là, je viens de décider de mener ceux-ci à bout avant de me lancer dans autre chose! J’ai trois manuscrits en cours de lecture, deux érotiques, et un roman; j’ai un recueil de textes humoristiques pour lequel il va falloir que je mette en quête d’éditeur (un aspect terriblement chronophage et frustrant, dans une vie d’auteur!) et j’ai une sorte d’essai sur lequel je travaille depuis presque un an dont je me dis qu’il serait bon que le termine, un de ces jours! Comme pour la digression, j’ai une fâcheuse tendance à me disperser ! »

Si vous souhaitez aborder un thème que j’aurais oublié, n’hésitez pas à en parler ici. Cette interview est la vôtre !

« Je crois que si quelque chose m’importe, en tant que Corpus Delecta, c’est que mes textes soient aussi de vrais textes littéraires. Au delà de l’excitation qu’ils peuvent éveiller, du moins je l’espère, j’ai pour ambition que mes écrits procurent un vrai plaisir de lecture. Le langage m’importe énormément. Dans « auteur érotique » il y a érotique, certes. Mais il y a aussi « auteur ». C’est une notion essentielle, pour moi ».

Merci beaucoup, Corpus Delecta, d’avoir répondu à ces questions. Si des lecteurs souhaitent connaître vos textes, je les invite à se rendre sur le site des éditions Dominique Leroy, http://www.dominiqueleroy.fr