Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Sophie Lemp ou l’émotion à fleur de peau

Sophie LempSophie Lemp est une (encore) jeune auteure que j’ai connue grâce à son dernier roman Leur séparation (Editions Allary) que j’ai lu quasi d’une traite, tant je l’ai apprécié. Ce qui frappe à sa lecture, c’est l’émotion qui transpire à chaque page, doublée de pudeur et de sensibilité. Sophie Lemp a très gentiment accepté de répondre à quelques questions, ce dont je la remercie. Son interview est à son image : pudique et sensible. Je vous laisse la découvrir.

Bonjour Sophie Lemp. Pourriez-vous, avant toute chose, vous présenter en quelques phrases ? 

« Après avoir été comédienne, je me suis tournée vers l’écriture. J’écris régulièrement de petits guides sur Paris pour les éditions Parigramme ainsi des fictions radiophoniques pour France Culture. Je suis également adaptatrice. « Leur séparation » est mon deuxième livre.

Je viens de terminer votre deuxième roman paru aux éditions Allary, « Leur séparation ». Ce roman autobiographique raconte la séparation de vos parents et, surtout, la façon, dont, petite fille, vous avez vécu cet événement. Pourquoi avoir voulu, adulte, écrire sur ce qui semble être resté pour vous le drame de votre enfance ? 

« Je savais depuis des années que j’écrirais un jour sur ce qui a en effet été le drame de mon enfance mais aussi un événement fondateur pour celle que je suis devenue. J’avais peur, je tournais autour, écrivais des débuts, abandonnais avant d’y revenir. Et puis, un jour, j’ai continué ».

Votre premier roman paru en 2015 aux Editions Le Fallois « Le fil » racontait l’histoire de vos grands-parents. Votre famille est-elle un terreau inépuisable d’inspiration ? Est-ce qu’à l’image de l’écrivain Jean-Louis Fournier, vous voulez faire de votre vie « un objet littéraire » ? 

« Un objet littéraire, je ne sais pas, mais quand Annie Ernaux dit qu’elle a l’impression que les choses lui arrivent pour qu’elle les écrive, c’est très proche de ce que je ressens. L’écriture est une nécessité, je ne sais pas faire sans ».

Dans vos deux romans, vous faites de nombreux allers-retours entre votre enfance et votre vie actuelle. Est-ce une façon de signifier que nous sommes pour toujours liés à ce qu’a été notre enfance ? 

« Oui, pour moi l’enfance est toujours très présente et intimement liée à ma vie d’adulte. J’espère ne jamais oublier car c’est je crois en me souvenant de la petite fille que je me rapproche de la femme que je voudrais être ».

Lorsqu’on lit les critiques sur vos livres, ce sont les mots « pudeur, sensibilité, émotion » -mots que j’ai moi-même employés- qui reviennent le plus souvent. D’où vous vient cette formidable capacité à faire passer les émotions ? 

« Lire cela me touche beaucoup mais je suis incapable de répondre à votre question ! Je ne cherche jamais à émouvoir, simplement à être au plus près de ce que je ressens ou de ce que j’ai ressenti ».

Pour parler plus généralement de votre parcours littéraire, depuis quand écrivez-vous ? L’écriture a-t-elle toujours fait partie de votre vie ?

« Oui, j’écris depuis que je suis enfant, un journal intime, des poèmes, des nouvelles. Depuis l’adolescence, j’écris quotidiennement ».

De quel(s) écrivain(s) pouvez-vous dire qu’ils ont influencé votre écriture, votre style ?  

« J’ai découvert Annie Ernaux à l’âge de dix-sept ans, avec « Passion simple ». J’ai été bouleversée par ce livre et j’ai ensuite lu tous les autres. Son écriture, sans effets, mais surtout sa façon d’ « écrire la vie », m’ont comme autorisée à écrire à mon tour ».

On dit souvent que la publication d’un premier roman relève du parcours du combattant. Quel a été le vôtre ? 

« Cela a été long, avec tout d’abord l’écriture d’une première version refusée partout. Après avoir retravaillé, j’ai renvoyé mon manuscrit à plusieurs maisons. Guillaume Allary venait de créer sa maison, il m’a répondu très vite et je l’ai rencontré, avec Nicole Lattès. Mais cela n’a finalement pas abouti et c’est Bernard de Fallois, que j’avais rencontré grâce à la radio et à qui j’avais demandé un simple avis, qui a publié « Le fil », plusieurs mois après ».

Et pour terminer, avez-vous déjà de nouveaux projets littéraires sur le feu ? 

« Je commence à y penser mais je dois d’abord terminer un feuilleton radiophonique. En tous cas, merci pour votre lecture, votre chronique et ces questions auxquelles j’ai eu beaucoup de plaisir à répondre ! »

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Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Bénédicte Vidor, l’auteure qui aimait bousculer ses lecteurs

Elle est professeur de philosophie en région Rhône-Alpes, mariée à un médecin et maman de trois grands enfants. Bénédicte Vidor m’a un peu déstabilisée avec son deuxième roman, Syndrome O, paru aux éditions Abordables, dont vous pouvez retrouver la chronique ici. J’ai donc voulu en savoir un peu plus sur cette auteure, qui a beaucoup écrit dans sa jeunesse, sans mener ses projets à bout, et qui, la cinquantaine venue, a repris la plume avec talent et bonheur. J’ai découvert une femme charmante, cultivée, au rire cristallin communicatif. Je vous propose aujourd’hui de découvrir les réponses qu’elle a faites à mes nombreuses questions.

Bonjour Bénédicte Vidor et merci d’avoir accepté cette interview. Je viens de vous présenter en quelques mots. Pouvez-vous compléter ce bref portrait ?

« Oui, bien-sûr. J’enseigne effectivement la philosophie mais j’ai commencé mes études par un cursus en lettres. De cette formation, je suis restée très sensible à la littérature qui ouvre sur le monde contemporain, qui apporte un regard critique sur notre monde. J’adore également tout ce qui touche au courant « Nouveau roman »*. J’aime l’idée d’une écriture en train de se faire, d’une écriture qui expérimente. C’est un peu ce vers quoi j’ai voulu tendre dans Syndrome O, d’ailleurs. J’aime déstructurer les phrases pour les rendre plus perméable à l’émotion. Une écriture trop classique m’ennuie assez vite « .

bénédicte vidor

-L’écriture a-t-elle toujours fait partie de vous ?

« Oui. De mémoire, j’ai toujours voulu écrire. Enfant et adolescente, j’écrivais des poèmes. Pendant mes études de lettres, puis de philosophie, j’ai commencé des romans que je n’ai jamais terminés. Et puis, je me suis mariée, j’ai eu mes enfants, le temps m’a donc manqué pour concrétiser mes projets littéraires. Je m’y suis remise il y a quelques années quand mes enfants sont devenus grands. En 2014, j’ai publié Porte de sortie aux éditions Chemins de traverse, et puis, tout récemment, en mars 2017, j’ai publié Syndrome O aux Editions abordables, une toute jeune maison d’édition parisienne ».

-Syndrome O est un roman qui peut déstabiliser le lecteur, tant dans sa forme que dans son histoire. Comment l’idée d’un tel roman, dans lequel vous défendez l’idée que les grands singes sont -quasi- autant des humains que nous, vous est-elle venue ?

« Je comprends qu’une telle histoire puisse déstabiliser. L’idée m’est venue tout simplement en visitant un zoo, dans les environs de Lyon. Devant la cage des primates, j’ai vu un gorille qui prenait la position du Penseur de Rodin. En face de lui, une famille complète s’amusait à imiter les singes en poussant de grands cris. Cette image m’a fascinée. J’avais devant moi un gorille qui donnait l’impression de réfléchir, pendant que des humains se comportaient comme des imbéciles. Cette espèce d’inversion des rôles m’a à tel point troublée que j’ai décidé d’en faire la trame de mon prochain roman ».

-Vous allez très loin dans votre roman puisque votre héroïne, Ben, primatologue asociale, en vient à préférer la compagnie de ses singes plutôt que celle des humains. Elle communique d’ailleurs avec eux par une sorte de langage des signes et éprouve pour l’une des femelles un attachement fraternel. Une nuit, elle rêve même qu’elle fait l’amour avec l’un de ses singes.

« Oui, je vais très loin mais, en même temps, des travaux scientifiques ont démontré que les grands singes pouvaient communiquer grâce au langage des signes et que leur QI avoisinait les 100, ce qui correspond à une intelligence humaine moyenne. Je n’ai donc rien inventé. Après, oui, mon héroïne est border-line, effectivement, puisqu’elle ne met plus de limites entre l’Homme et le singe. D’où le titre du roman Syndrome O, un courant de pensée qui affirme que la seule ligne de démarcation entre l’Homme et l’animal est que le premier veut absolument trouver un sens à sa vie, quitte à se la gâcher, d’ailleurs. Vous remarquerez toutefois que Ben ne couche pas avec ses singes, elle en rêve seulement et ce rêve la perturbe, la met mal à l’aise comme si elle comprenait que là était la ligne à ne pas franchir dans son idée d’équivalence entre l’Homme et le singe. C’est la limite que je me suis imposée également dans l’écriture de ce roman. J’ai eu le sentiment que faire coucher mon héroïne avec un gorille n’aurait rien apporté à l’histoire et l’aurait au contraire desservie, en la faisant apparaître comme trop gratuitement provoquante ».

-Votre roman est finalement assez dans l’air du temps puisque l’on assiste depuis quelques années à une prise de conscience du bien-être animal ?

« Oui, c’est vrai. Notre regard sur les animaux, et notamment sur les animaux d’élevage, est en train de changer et c’est une excellente nouvelle. La cause animale est bien plus entendue qu’auparavant. On se préoccupe davantage des conditions d’abattage des animaux, des conditions d’élevage. De plus en plus de voix s’élèvent pour défendre une nourriture autre que la nourriture animale. Le temps de l’Homme surpuissant, dominant toutes les autres espèces animales, est en train de changer. Cette prise de conscience par rapport aux animaux arrive en même temps que celle vis-à-vis de notre environnement. Un peu comme si l’Homme se rendait compte, un peu tard, qu’il ne peut pas faire tout ce qu’il veut sans en payer un jour les conséquences ».

-Depuis la sortie de Syndrome O, vous avez participé à plusieurs salons et à des signatures en librairie. Comment votre roman est-il reçu ?

« C’est un roman intergénérationnel, dont les hommes, généralement, préfèrent l’histoire et les femmes, le style. C’est un roman dérangeant, alors, certains s’étonnent qu’une telle idée ait pu germer dans mon cerveau, quand d’autres, au contraire, adhérent complètement à l’idée de défendre la cause animale. C’est, en tout cas, un roman qui ne laisse pas indifférent. C’est vraiment agréable pour moi de rencontrer des personnes qui ont lu mon livre, de voir comment elles se sont appropriées l’histoire. Ecrire et être lu, c’est un bonheur sans nom pour n’importe quel auteur ».

-Avez-vous d’autres projets littéraires sur le feu ?

« Oh oui ! J’ai quasi terminé mon prochain roman qui s’appellera Porte d’entrée, comme un clin d’œil à mon premier roman, Porte de sortie. Je suis assez lente dans mon processus d’écriture. Ce roman est commencé, par exemple, depuis cinq ans. Souvent, quand j’ai terminé une première ébauche, je la laisse dans un tiroir pendant un an, puis, je m’y penche à nouveau et… je suis effarée par ce que j’ai écrit. Du coup, je reprends tout depuis le début, puis je laisse reposer à nouveau. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que j’arrive à une version qui me satisfasse. C’est là où j’en suis avec Porte d’entrée. Je vais donc prochainement envoyer le manuscrit à ma maison d’édition ».

Merci Bénédicte et bon vent à vos projets littéraires !

*Courant littéraire du XXème siècle dont Alain Robbe-Grillet est l’un des principaux représentants. Le nouveau roman se veut un art conscient de lui-même. L’intrigue et le personnage, qui étaient vus auparavant comme la base de toute fiction, s’estompent au second plan, avec des orientations différentes pour chaque auteur, voire pour chaque livre.

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Sophie Noël : « C’est dans un petit carnet de pensées que tout a commencé… »

Elle est institutrice, maman de deux petites filles et auteure de livres jeunesse et de romans. Parisienne tombée amoureuse de la Vallée de Chevreuse, lectrice compulsive, Sophie Noël a commencé à écrire sur un petit carnet de pensées que lui avait offert sa grand-mère. Elle avait huit ans. Aujourd’hui, elle est une auteure reconnue. Avec enthousiasme et fraîcheur, elle nous raconte sa passion pour l’écriture, ses envies et ses projets.

Bonjour Sophie Noël et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? (En plus d’écrire des livres, s’entend) ? Quelles sont vos passions ? Vos combats ? Vos colères ? Vos petits bonheurs ?

Sophie noël« Bonjour, et merci pour cette interview. Je suis originaire de Paris, mais vis depuis très longtemps dans la Vallée de Chevreuse, une région très belle, très boisée et aussi très inspirante. A l’origine, je suis institutrice. Mon métier m’a beaucoup appris sur les enfants, et m’aide tous les jours dans l’écriture des romans qui leur sont destinés.

J’aime les bonheurs simples, être en famille, me promener en forêt, contempler un coucher de soleil ou sentir une fleur (particulièrement l’œillet, ma fleur préférée). Je suis très empathique et émotive, ce qui fait que je ris et je pleure facilement. Du coup, j’ai beaucoup de combats, car tout ce qui est injuste me révolte : je ne ferai pas la liste, elle serait trop longue ! »

Vous êtes la maman de deux petites filles adoptées en Haïti. Vous avez raconté cette belle et longue aventure dans un blog (à retrouver ici). Est-ce cela qui a déclenché votre envie d’écrire ? Ou bien l’écriture a-t-elle toujours fait partie de votre vie ?

« Pour mes huit ans, ma grand-mère m’avait offert un carnet de pensées. J’ai beaucoup écrit dedans. Très jeune, j’avais déjà des idées de romans, que je ne menais jamais à terme, mais dont j’ai retrouvé des chapitres dans mes carnets.

J’écrivais des poèmes aussi : j’aime particulièrement la poésie, sa musique, son rythme, la façon dont les mots y ont leur place. J’en lis souvent, comme j’écoute de la bonne musique française (Brassens, Le Forestier, Brel, Trenet…), et lis tout genre de romans.

Plongé dans un univers de beau langage, on devient familier des beaux mots. Forcément. Et puis, j’ai toujours été une rêveuse (ma mère m’appelait Fleur Bleue : naïve, rêveuse, hypersensible), et je pense que cela également m’a donné envie d’écrire : j’ai l’imagination en perpétuelle ébullition. Comme dans une cocotte-minute. Avec l’impérieuse nécessité de déverser mes idées et mes rêves sur le papier.

Pour l’aventure de l’adoption de mes enfants, c’est l’envie de partager mon expérience qui m’a poussée à écrire ce blog. L’adoption est encore trop mal connue, voire mal perçue chez certaines personnes, et j’avais envie de montrer que c’est une histoire de parentalité comme une autre, mais surtout une grande histoire d’amour. C’est un blog qui a eu un beau succès, et j’aimerais maintenant en faire un livre. – Vous semblez avoir trouvé votre « voie littéraire » dans la littérature pour enfants, voie que vous explorez avec un talent certain. Pourquoi ce choix ? Cela a -t-il un lien avec votre métier de professeur des écoles qui vous fait évoluer, forcément, au milieu d’un public enfantin ? Merci. Je pense avoir gardé en moi une grande part de la petite fille que j’étais : souvent, tout simplement, les histoires qui me viennent en tête sont des histoires pour enfants. Et puis, vous avez raison, être institutrice et travailler avec eux n’est sûrement pas étranger à ce choix. Par ailleurs, je suis passionnée par les contes, qui s’adaptent aussi bien aux enfants et aux adultes. Ca, c’est tout à fait moi ! 😉 »

– Dans « L’enfant du séisme » (paru aux éditions Oskar, prix du roman jeunesse de la Ville de Rambouillet 2015) et « Ma petite sœur du séisme » (paru aux éditions les Pétroleuses), vous racontez l’histoire de l’adoption de votre deuxième fille en Haïti pendant et après le séisme de 2010. Ces livres ont obtenu de très bons échos dans la presse et ont été un succès public. Pourquoi avoir fait le choix de raconter votre histoire et de la rendre accessible aux enfants ? Est-ce dans un souci de sensibiliser les enfants à l’adoption ? Etait-ce un besoin pour vous de coucher cette histoire, forcément intense pour votre famille, sur le papier ?

« Comme je le disais plus haut, j’éprouve le besoin d’expliquer ce qu’est l’adoption. Pour moi, mais surtout pour mes filles. Souvent, on respecte ce qu’on comprend et connaît bien, d’où l’importance d’exposer ce sujet un peu méconnu. Et puis, c’est aussi, comme vous le dites, un moment qui a été douloureux pour notre famille, et l’écrire s’est révélé thérapeutique. J’ai voulu que ces deux livres, qui parlent d’un sujet grave, soient racontés de façon légère. En effet, c’est au travers des yeux de ma fille aînée, qui alternait prise de conscience, insouciance et bêtises, avec cette force et cette résilience que les enfants ont en eux, que l’on découvre Haïti, le séisme, et notre histoire d’adoption ».

– Vous écrivez aussi des romans pour adultes, comme « Pulpeuse Fiction », paru aux Editions City. C’est un roman à l’humour désopilant qui raconte la vie d’une femme qui pourrait être vous. L’humour est-il une composante essentielle de votre vie ? Votre propre vie est-elle le matériau indispensable de chacun de vos romans ?

« Pulpeuse fiction est mon premier roman adulte, et je me suis beaucoup amusée à le faire. J’aime rire et faire rire. J’aime les comédies, car cela me fait vraiment du bien. Et même si je lis beaucoup de romans sérieux, je trouve que la comédie est un genre fondamental pour l’équilibre !

Victoire Sting est une héroïne atypique : très ronde, gaffeuse, complexée, timide. Mais aussi déterminée, avec beaucoup d’humour et d’autodérision. Elle sait ce qu’elle veut, et se donne les moyens pour avancer dans ce sens. C’est finalement une fille courageuse et battante, mais aussi quelqu’un comme nous toutes, avec ses qualités et ses défauts. Je voulais une héroïne proche de mes lectrices, à laquelle elles puissent s’attacher, se dire « Ah ! Tiens ! Moi aussi, j’ai déjà ressenti ça ! » ou « Ca pourrait très bien m’arriver ! », « Mais oui, j’ai déjà vécu ça…»… Mon héroïne a un peu de moi, c’est vrai, mais c’est surtout quelqu’un qui est devenue mon amie au fil des pages. Et je peux vous assurer qu’elle m’a donné de bons fous-rires ! »

– Quelle lectrice êtes-vous ? Est-ce aussi la lecture qui vous a amenée à l’écriture ?

« Comme je le disais plus haut, en effet, la lecture me semble indispensable pour bien écrire, même si cela ne suffit pas. Enfant, je lisais de tout, et je fais rire mes filles quand je leur dis que j’ai lu les aventures de Oui-Oui jusqu’à l’âge de… 10 ans. J’adorais Le club des cinq, Fantomette (je m’identifiais à fond !) mais arrivée au collège, je suis très vite passée à des romans sérieux, sur les conseils de mon père qui m’en parlait passionnément : j’ai lu presque d’une traite les Rougon-Macquart de Zola ! Il ne faut donc pas vous décourager si votre enfant lit peu de romans… il y a des chances pour que cela arrive plus tard 😉 Je suis ensuite restée une lectrice compulsive. Je lis moins depuis que j’ai mes filles (j’ai simplement moins de temps pour cela), mais je lis de tout. Mes auteurs fétiches sont des classiques : Garcia Marquez, Paul Auster, Mishima, Proust, Zola, Virginia Woolf, Modiano et tant d’autres… Mais j’aime également beaucoup les comédies romantiques (Helen Fielding, Sophie Kinsella…), les romans policiers (Agatha Christie, Mankell, Hillerman), la science-fiction et les romans fantastiques de Stephen King. Enfin, je suis également une grande fan de BD ».

Que représente l’écriture dans votre vie ? Une part essentielle ? Un besoin quotidien ?

« J’adore écrire. J’ai toujours écrit, mais maintenant que je suis publiée, c’est encore plus motivant et il n’y a pas un matin où je ne me réveille sans une nouvelle idée d’écriture en tête. Ecrire est devenu essentiel pour moi. Et plus j’écris, plus j’ai envie/besoin d’écrire. – Allez-vous à la rencontre de vos lecteurs dans les salons, dans les bibliothèques, dans les écoles ? Que vous apportent ces échanges ? »

Allez-vous souvent à la rencontre de vos lecteurs ? Est-ce que ce sont pout vous des moments privilégiés ?

« Oui, bien sûr. Je fais des salons, je vais dans les bibliothèques, et ce retour est un moment fabuleux car j’écris pour partager. L’avis et les ressentis de mes lecteurs est très important, et contribue à me donner une belle impulsion pour continuer ».

– Avez-vous des projets littéraires « sur le feu » actuellement ?

« Tout plein ! 😉 Un nouveau roman jeunesse sur l’autisme devrait sortir bientôt, un roman-conte sur le réchauffement climatique a plu à un éditeur, un manuscrit de science-fiction est en passe d’en trouver un, j’ai un projet avec un magazine jeunesse, et je suis en pleine écriture de deux romans, un jeunesse et un adulte. J’essaie de ne pas trop m’éparpiller (mon principal défaut), car j’ai conscience qu’écrire un livre est un travail de fond, de longue haleine, et qu’il est important de s’appliquer, et donner le maximum à chacun des romans que l’on écrit ».

Et pour terminer, que pourriez-vous dire à celles et ceux qui rêvent peut-être aussi de se faire publier un jour. Y a -t-il une recette ? Un secret pour donner envie à un éditeur de vous publier, au-delà du talent, bien-sûr, puisque les auteurs refusés ne sont pas tous dénués de talent ?

« Il est nécessaire de prendre conscience qu’un roman, ça se travaille beaucoup. Il faut en finir avec le mythe de l’écrivain génial (il y en a sûrement, mais ils restent rarissimes) : travailler ses textes, les relire, les corriger, et relire encore, puis les faire relire, c’est la base… Traîner ses guêtres dans les ateliers d’écriture ne peut être que bénéfique : les jeux d’écriture à contraintes sont un véritable révélateur de notre créativité.

Et puis surtout, il faut oser ! Je suis sûre que nous avons tous en nous un magnifique potentiel, tous capables de créer, d’avoir des idées, de les mettre en forme… N’hésitez pas à vous lancer ! En ce qui concerne la recherche d’éditeurs, il est important d’aller dans les bibliothèques ou les librairies pour recenser les éditeurs qui correspondent à ce que vous écrivez, et surtout noter leur ligne éditoriale. Vous devez être déterminé et entêté ! Humble aussi : un éditeur vous dit que votre manuscrit a tel ou tel défaut, retravaillez-le, remettez-vous en question, n’ayez pas peur de jeter des mots, des phrases, des paragraphes entiers (oui, je sais, ça fait mal, au début… 😉 !) Dans mon blog d’auteur (http://sophie-noel.blogspot.fr/ ), je propose régulièrement des textes sur le travail d’écrivain, j’y partage mes idées, quelques conseils en toute simplicité, quelques pistes de réflexion sur l’écriture, et j’échange avec plaisir sur le sujet avec ceux qui n’ont pas encore osé… Mon meilleur conseil : OSEZ ! »

Vous souhaitez mieux connaître Sophie Noël ? Vous pouvez la retrouver sur son blog : ici ou sur sa page Facebook : ici

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Léna Jomahé : Fantastique, rien que du fantastique !

Léna Jomahé a pas mal bourlingué avant de poser ses valises à Bordeaux. Passionnée par la littérature fantastique, elle s’est lancée dans l’écriture en 2013, un peu sur un coup de tête, après une déception littéraire. Un coup de tête bienvenu qui s’est concrétisé par la publication de deux sagas fantastiques entre 2015 et aujourd’hui. Léna Jomahé nous parle de son univers, de ses livres, de ses projets… Et c’est un vrai plaisir que de l’écouter.

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Bonjour Léna Jomahé et merci de vous prêter au jeu de l’interview pour le blog. Vous êtes auteure de deux sagas fantastiques, Les Oubliés, parue en 2015 pour le 1er tome et en 2016 pour le second et La Sorcière Rouge, parue en 2015*. Avant d’évoquer cette belle aventure littéraire, pouvez-vous nous parler un peu de vous ? D’où êtes-vous ? Un mari ? Des enfants ? Des passions en dehors de l’écriture ? Un métier en dehors de celui, très prenant, d’auteur ?

« Bonjour et merci de m’accueillir. Alors pour parler un peu de moi : j’ai 38 ans (bientôt 39), je suis effectivement mariée et j’ai deux enfants de 11 et 8 ans. Je suis une Grenobloise, expatriée à Bordeaux après avoir fait un bout de chemin en Martinique. Je ne vis malheureusement pas de ma passion, je travaille donc à côté dans une petite école privée qui accueille des enfants qui n’entrent pas dans le moule de l’éducation nationale. Du coup, entre le travail, l’écriture et ma vie de famille, je n’ai pas vraiment de temps pour d’autres passions, si ce n’est la lecture qui me semble vitale et les séries TV ».

 – Quand vous est venue l’envie d’écrire ? Est-ce une passion pour la lecture qui vous a amenée à l’écriture ? D’ailleurs, peut-on devenir auteure sans avoir beaucoup lu avant ?

« Je pense que j’ai toujours voulu écrire, sans oser sauter le pas. Toute petite déjà, à l’heure où les petites filles veulent devenir maîtresse, chanteuse ou princesse, je disais que je voulais devenir journaliste de presse écrite. Mais ce n’est qu’en 2013 que je me suis enfin décidée. Ce n’est pas vraiment ma passion de la lecture qui m’a amenée à l’écriture, puisque j’aimais écrire avant d’être une lectrice compulsive, mais je pense effectivement que pour écrire, il faut avant tout lire. Je ne vois pas comment il peut en être autrement. Lire c’est emmagasiner des histoires certes, mais c’est également s’imprégner des codes. Quel que soit notre genre de prédilection, il répond à un code, et ce n’est qu’en lisant beaucoup, que nous le comprenons et l’apprivoisons ».

 – Quel a été l’élément déclencheur qui vous a conduite à commencer votre premier roman ?

« C’est marrant mais avec le recul, je pense que ce qui m’a finalement poussée à ouvrir mon ordinateur, à affronter la page blanche et à me dire « maintenant c’est ton tour », c’est une grande déception livresque. J’ai détesté le dernier tome d’Hunger Games, une trilogie américaine écrite par Suzanne Collins. Enfin, c’est la fin que j’ai surtout détesté pour être exacte. Et plutôt que de tourner en boucle et ressasser ma déception, je me suis dit qu’il était temps que je prenne mon clavier ».

– Vos livres se passent dans l’univers du fantastique. Pourquoi ce choix ? Et pourquoi avoir tout de suite commencé avec une saga ? C’est plutôt rare quand on débute dans l’écriture.

« Alors effectivement, je ne lis et je n’écris que du fantastique. Pourquoi ? Parce que je vis déjà une vie bien remplie et que j’ai besoin d’évasion. La vraie. Celle qui me fait changer de monde, de mode de vie, celle qui bouscule les habitudes, les frontières de ce que l’on sait ou de ce que l’on pense savoir. J’adore la dystopie, c’est-à-dire une fiction qui dépeint une société imaginaire qui empêche les gens d’être heureux, comme je l’ai fait dans Les Oubliés. Bien souvent elle prend ses racines dans notre monde actuel et elle casse tout pour tout reconstruire : en pire. J’espère également par ce genre, arriver à une prise de conscience de mes lecteurs les plus jeunes. Dans la dystopie, il peut y avoir plusieurs niveaux de lecture. Une lecture plaisir, qui sera juste de la détente, et une lecture plus profonde, basée sur la critique de notre société et de ce qu’elle pourrait devenir si nous continuons ainsi. Pour ce qui est de l’Urban Fantasy, c’est à dire une fiction qui met en scène un univers familier associé à des créatures surnaturelles comme je l’ai fait dans La Sorcière Rouge, c’est vraiment pour moi l’occasion de sortir de notre monde. Côtoyer des créatures surnaturelles ça a quelque chose de captivant, qu’on soit lecteur ou auteur.

Pourquoi commencer par une saga ?  Je ne me suis pas posée la question. Lorsque j’ai posé la trame de Les Oubliés, je me suis vite aperçue que tout n’entrerait pas en un seul tome. Idem pour La Sorcière Rouge. Mais une fois que le deuxième tome de La Sorcière Rouge sera écrit, je vais me concentrer pendant quelque temps sur des one-shot ».

 – Pourriez-vous écrire dans d’autres genres, loin du fantastique ? Peut-être l’avez-vous déjà fait d’ailleurs ?

« Non, en tout cas, pas pour le moment. Comme je le disais plus haut, pour écrire un genre, il faut avoir les codes. Je ne lis pas suffisamment d’autres genres pour pouvoir me les approprier au point d’en écrire. Et puis, il faut avoir l’envie également, et aujourd’hui c’est dans le fantastique que je m’épanouis ».

 – Qu’est ce que vous apporte l’écriture ? Est-ce devenu un besoin pour vous ?

« Comme la lecture, l’écriture m’apporte de l’évasion. Faire vivre des personnages, leur créer une histoire, leur faire traverser des épreuves : ça peut être très grisant. Écrire est effectivement devenu un besoin. Un réel besoin, même pour ma santé d’ailleurs. Durant les périodes où ma vie de tous les jours ne me permet pas de poser les doigts sur un clavier, je finis par me couvrir de plaques d’eczéma. Écrire c’est, je pense, un exutoire qui me permet de me libérer des tensions du quotidien. D’ailleurs, lorsque je ne suis pas derrière mon clavier, mon cerveau, lui, ne s’arrête pas. Il crée sans cesse. Mes prochains chapitres, mes futurs romans. J’ai un fichier spécial sur mon téléphone qui me permet de noter les éléments les plus importants au moment où ils m’arrivent ».

 – En 2014, vous sortez le premier tome de votre saga Les Oubliés. Avez-vous eu des difficultés, à l’image de beaucoup de nouveaux auteurs- pour trouver une Maison d’édition ? Pensez-vous que ce soit plus difficile de faire publier de la littérature fantastique par rapport à de la littérature plus classique ?

« Alors, avant d’arriver chez l’éditeur Plume Blanche en 2015, le 1er tome de Les Oubliés est sorti en 2014 dans une autre maison d’édition. On peut dire que j’ai eu beaucoup de chance. J’ai soumis mon manuscrit à deux maisons d’édition fin 2013 et quelques semaines après, j’avais deux réponses positives. Je ne pense pas que faire éditer de la littérature fantastique soit plus compliqué que la littérature classique. Il faut juste sélectionner les Maisons d’édition intelligemment. Faire un tour d’horizon de ce que chacune publie, regarder les lignes éditoriales, les livres déjà publiés, pour voir si cela correspond à notre manuscrit et à ce que l’on attend d’une Maison d’édition. Je pense qu’il ne faut pas non plus chercher à être trop gourmand dès le départ, en ne se focalisant que sur les grandes Maisons d’édition. Il existe bon nombre d’éditeurs plus modestes qui font un très bon travail et qui ont, parfois, plus de places à consacrer aux nouveaux auteurs ».

 – Suite à la parution de ces deux sagas, êtes-vous allée à la rencontre de vos lecteurs ? Aimez-vous l’ambiance des salons littéraires et les rencontres avec vos lecteurs ?

« Oui, à de nombreuses reprises, d’ailleurs. J’adore me déplacer en salon ou en librairie pour aller à la rencontre des lecteurs. C’est finalement l’aboutissement de ce pour quoi on a travaillé durant de nombreux mois. Pouvoir parler de son roman, échanger avec les lecteurs qui l’ont lu, en rencontrer de nouveau. Je ne m’imaginerais pas vivre toute cette aventure autrement ».

 – Avez-vous un très beau souvenir de cette très belle aventure littéraire que vous souhaiteriez partager avec les lecteurs du blog ?

« Je crois que le souvenir le plus marquant pour le moment, c’est ma participation aux « Utopiales » à Nantes. J’ai participé à une table ronde sur la dystopie. Pour la première fois de ma vie d’auteur, je ne me suis pas sentie comme une auteure de « sous littérature », comme certains considèrent malheureusement parfois la littérature fantastique, mais comme une auteure qui avait réellement des choses à dire. Comme une auteure qui abordait de vrais sujets dans ses livres et qui pouvait enfin s’exprimer ».

 – Parlons un peu de votre actualité ? Avez-vous de nouvelles parutions prévues cette année ? Si oui, pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Alors en septembre 2017, le premier tome de La Sorcière Rouge ressort. C’est une version un peu différente de la première. La saga va changer de nom et le premier tome sera un peu rallongé. Pour les lecteurs fans d’Urban Fantasy, en voici le synopsis :  « J’étais bien dans ma petite vie d’étudiante. J’avais un job plutôt sympa et carrément trop payé pour ce que je faisais, une meilleure amie un peu frappadingue, mais que j’adorais, des parents aimants et présents, et il a fallu qu’il entre dans ma vie. Oui… Lui… ! Il est arrivé avec ses gros sabots et il a mis un énorme coup de pied dans mes certitudes, faisant voler ma vie en éclat ! Me voilà donc, à vingt-deux ans, à devoir sauver ma peau dans un monde totalement irréel. Des vampires, des sorcières, et puis quoi, encore ?! Des loups-garous, pourquoi pas, soyons fous ? Ah… ben oui ! Et franchement il est tellement sérieux… aucun humour ! Non, je vous jure… On est mal barrés ! » J’adore vraiment ce livre. L’héroïne est jeune, fraiche, un peu tarée, même. On sort complètement de ce que j’ai pu faire dans Les Oubliés (que j’adore tout autant bien entendu). On arrive dans un monde qui est le nôtre, aujourd’hui, pour suivre l’histoire d’une jeune fille qui pourrait être n’importe qui et qui va découvrir que le monde qui l’entoure n’a rien à voir avec ce qu’elle pensait. L’héroïne a beaucoup d’humour, des réactions parfois totalement puériles. Elle est entière, elle a du caractère et je défie quiconque de vivre ce que je lui ai fait vivre, sans avoir des réactions disproportionnées. De tous les personnages que j’ai créés, cette héroïne là est vraiment ma préférée. Une lectrice m’a demandé il y a peu de temps à quoi je pensais en créant son caractère et ma réponse a été : « A une échappée de l’asile sous LSD ». Je trouve que ça lui correspond tout à fait ! »

Merci beaucoup Léna Jomahé et bonne continuation littéraire à vous !

Merci beaucoup pour ce bel échange. J’espère qu’il aura donné envie à vos lecteurs de me découvrir et de lire toujours plus !

 *Depuis cette version n’existe plus, mais cette saga va ressortir sous un autre nom en septembre 2017 dans une autre Maison d’édition.

Vous souhaitez en savoir plus sur Léna Jomahé ? Rendez-vous sur son site : ici

Vous pouvez également aller faire un tour sur sa page Facebook : ici

 

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Livres et cinéma… Les extraordinaires boîtes à rêve de Sandra Mézière

sandra-meziereSandra Mézière aime le cinéma. Et la littérature. Qu’aime-t-elle le plus ? Elle ne sait pas. Alors, elle parle des deux avec enthousiasme et passion. Rencontre avec une romancière et chroniqueuse cinéma sensible, élégante, et diablement sympathique.

Bonjour Sandra et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions ! Vous êtes Lavalloise d’origine, toujours très attachée à votre ville natale, mais parisienne depuis de nombreuses années. Vous êtes critique cinéma et blogueuse de profession depuis plus de 15 ans. Comment s’est dessinée cette carrière, pour le moins originale ?

« Bonjour et merci à vous pour ces questions. Je voudrais préciser que je ne me considère pas comme critique de cinéma mais plutôt comme quelqu’un qui, à la suite de hasards (qui n’en sont finalement peut-être pas tant que ça), a le privilège de vivre au rythme de ses passions, pour l’écriture comme pour le cinéma, et surtout de les partager. J’ai toujours été passionnée par le cinéma. D’ailleurs, très jeune, j’ai pris l’habitude de lire les journaux consacrés au 7ème Art. C’est là que j’ai trouvé par hasard, (enfin…au début du moins était-ce un hasard),  des concours permettant d’intégrer des jurys de festivals de cinéma. Dans la presse locale, aussi. C’est comme cela que j’ai fait partie d’un jury la première fois, en 1998, au Festival du Film de Paris. J’avais déjà un peu attrapé le virus des festivals en découvrant  le Festival du Cinéma Américain de Deauville où je vais chaque année depuis l’adolescence. C’est ensuite devenu  un défi et un jeu pour me distraire de mes études de Droit. Cela me permettait aussi de découvrir des films que je n’aurais pas vus ailleurs et de découvrir de l’intérieur ces festivals de cinéma qui, au départ, me semblaient inaccessibles, moi qui venais d’un milieu qui en était totalement étranger. Finalement, grâce à ces concours, j’ai dû faire partie d’une bonne dizaine de jurys de festivals de cinéma aux quatre coins de la France ! C’est par un concours également qui, à l’époque, s’appelait le Prix de la Jeunesse* et qui aujourd’hui n’existe malheureusement plus, que je suis allée au Festival de Cannes la première fois. J’avais été un peu frustrée car j’avais mes examens de droit, sciences politiques le lendemain de mon retour. J’avais donc le sentiment de ne pas  en profité pleinement, même si ce premier Festival de Cannes, en 2001, fut pour moi réellement magique. Alors je me suis promis d’y retourner l’année suivante. A ma grande surprise,  l’année d’après, j’ai obtenu l’accréditation. Jamais alors je n’aurais imaginé être accréditée et y retourner pendant 17 ans, du premier au dernier jour, et y vivre tant de moments incroyables.  En 2003, j’ai créé mon premier blog, Inthemoodforcinema.com, pour faire découvrir les pépites cinématographiques que je voyais dans ces festivals, partager mon enthousiasme, mais aussi raconter en récits, presque comme des nouvelles déjà, ces incroyables et singulières expériences que représentaient mes participations à des jurys de festivals de cinéma. Et aujourd’hui, je continue à couvrir tous ces festivals où j’ai désormais le plaisir d’être invitée chaque année. Comme la passion pour le cinéma était la plus forte, après mes études de droit, j’ai entrepris un nouveau cursus, en médiation culturelle, puis un Master professionnel de cinéma à Panthéon Sorbonne. Mon mémoire de fin d’études de cinéma consistait en un scénario et c’était vraiment ce à quoi je me destinais. Il a failli être produit (mais avec le recul heureusement qu’il ne l’a pas été, trop imparfait, et finalement ma route aurait été différente). J’ai ensuite eu quelques déconvenues alors j’ai laissé un temps le scénario de côté pour me consacrer à mes blogs qui me valaient de plus en plus de sollicitations. Et puis c’était un moyen aussi pour moi d’exercer ma passion pour l’écriture, de défendre ardemment les films que j’aimais et les cinéastes que je découvrais au fil des festivals…  Vous voyez, tout cela n’était pas vraiment prémédité et surtout pas avec l’objectif d’une « carrière » dans la critique. Et pour finir, c’est vrai, en effet, que je reste attachée à ma ville natale, malheureusement méconnue, et que je partage encore mon temps entre celle-ci et Paris…et les festivals ».

Vous êtes véritablement passionnée de cinéma. Qu’est ce qui vous attire tant dans le 7ème Art ? Qu’a t-il de plus que la littérature ?

« C’est une excellente question ! Pour moi, ces deux passions sont indissociables. Elles ont rythmé mon existence, très tôt, dès l’enfance. Je crois même que ma passion pour la littérature a précédé celle pour le cinéma. Et je pense que ce que j’ai aimé au départ dans le cinéma, c’est aussi ce que j’ai trouvé dans la littérature : un ailleurs, une évasion, une boîte à rêves pour la solitaire et surtout la rêveuse invétérée  que j’étais déjà. Et sans doute aussi : qu’on me raconte des histoires. Mais je ne dirais pas que le cinéma possède quelque chose de plus que la littérature. Est-ce qu’un plan permet de mieux décrire une action, de faire ressentir une émotion avec plus de justesse qu’une phrase ciselée ? Peut-être que, justement, la littérature, en nous plongeant dans l’intériorité des personnages, permet de nuancer davantage. Mais un grand cinéaste saura aussi nous le faire comprendre et traduire ces nuances en images…  En tout cas, l’un et l’autre peuvent autant me fasciner et m’enthousiasmer ».

Vous fréquentez de nombreux festivals de films partout en France dans le cadre de votre métier. Vous devez y avoir fait de nombreuses rencontres marquantes. Y en a-t-il une dont vous voudriez nous parler plus longuement ?

Il y en a eu tant depuis ma participation au jury jeunes du Festival du Film de Paris en 1998 et la rencontre cocasse et mémorable avec Sean Penn ! Je me souviens encore du « nice to meet  you » que tous les membres du jury jeunes auquel j’appartenais avaient scrupuleusement répété, de cette rencontre dans une salle de projection privée des Champs-Elysées. Nous allions regarder un film dans lequel jouait la présidente de notre jury jeunes, Nadia Farès. Il s’appelait « Les Démons de Jésus », et était quasiment intraduisible. Ce qui explique certainement que Sean Penn se soit… endormi pendant la projection. Parmi les rencontres marquantes, il y a bien sûr des acteurs ou cinéastes découverts à leurs débuts, comme Pierre Niney alors qu’il présentait son premier grand rôle dans « J’aime regarder les filles » de Frédéric Louf, au Festival de Cabourg,  un film dans lequel son talent crevait déjà l’écran. Je constate avec plaisir que, malgré son succès, il n’a pas changé et se souvient des personnes rencontrées à ses débuts. (J’en profite d’ailleurs pour recommander « Frantz » de François Ozon dans lequel il tient le rôle principal et qui est pour moi le film de l’année). Je pense aussi notamment à Etienne Daho lors de ma participation au jury du Festival du Film Britannique de Dinard, en 1999. J’étais si intimidée de me retrouver anonyme et simple étudiante en droit dans un jury de personnalités diverses. Il avait été d’une remarquable bienveillance. Mais ma plus belle rencontre est sans nul doute celle de Gilles Jacob qui fut à la tête du Festival de Cannes pendant plus de 40 ans. Il symbolise pour moi ce festival qui m’a tant fait rêver, qui me semblait inaccessible, mais aussi tout un pan de l’Histoire du cinéma. Il est d’une humilité, d’une curiosité, d’une élégance et d’une bienveillance rares. Echanger avec lui est réellement passionnant. J’en profite d’ailleurs pour vous recommander son excellent livre « Un homme cruel » paru cette année. Les plus belles rencontres sont aussi sans aucun doute les amitiés forgées au gré des festivals de cinéma et qui ont résisté à la distance et à l’écoulement du temps… »

Strass, paillettes, glamour… Vu de l’extérieur, c’est ce que renvoient généralement les festivals du film, notamment ceux de Cannes et de Deauville. Et de l’intérieur ? Vous qui les connaissez par cœur ? 

« A mes yeux, la magie du cinéma reste intacte même si je connais aujourd’hui ce qui se dissimule derrière les paillettes et le théâtre des vanités que sont parfois les festivals de cinéma. Un festival est aussi un bal des orgueilleux qui peut parfois être violent si on n’a pas assez de distance. Mais c’est bien souvent malgré tout une parenthèse enchantée, comme le furent pour moi encore cette année les festivals de Deauville, Cabourg, Dinard, Saint-Jean-de-Luz… Je mets Cannes, qui reste le plus grand festival de cinéma au monde, un peu à part. C’est un festival pour les professionnels sur lequel sont braquées les caméras du monde entier. Les enjeux et l’atmosphère sont donc forcément différents. Pour tout cinéphile, cela reste néanmoins l’endroit incroyable où l’on découvre un grand nombre de films du monde entier concentrés en un seul lieu et une formidable fenêtre ouverte sur le monde. Chaque édition suscite encore pour moi des émotions fortes. Je n’oublie pas la petite fille que j’étais et qui regardait cela à la télévision, émerveillée, sans imaginer alors un jour le vivre de l’intérieur… »

Il y a quelques mois, vous avez publié deux livres aux Editions du 38 : Un recueil de nouvelles Les illusions parallèles et un roman L’Amor dans l’âme ? Comment vous est venue cette envie d’écriture ?

« En réalité, j’ai toujours écrit, depuis l’enfance : un journal intime, enfant, des petites histoires, puis des nouvelles,  des scénarii et sur mes blogs. Pour le roman, le point de départ a été un deuil et l’envie viscérale d’aborder ce thème, l’indifférence parfois assassine de la société, son incroyable tendance à zapper, à nier presque cette douleur indicible. C’était  aussi le moyen de rendre hommage à une personne disparue, de tenter de survivre à l’insupportable en construisant plutôt qu’en détruisant. L’autre envie était celle de raconter une histoire d’amour absolu entre deux êtres blessés rendue impossible par ce théâtre des vanités qu’est aussi en l’occurrence le Festival de Cannes. Et c’était justement ma troisième envie : Plonger le lecteur dans l’atmosphère des festivals de cinéma, principalement le Festival de Cannes puisque L’amor dans l’âme se déroule dans le cadre du Festival de Cannes 2014. Ainsi, j’ai utilisé des évènements réels comme cadre de  ce roman construit comme un puzzle qui fait voyager le lecteur dans les temporalités et les vies des personnages principaux.

Pour le recueil de nouvelles Les illusions parallèles, c’était un peu différent. J’avais en tête des dizaines d’histoires que m’inspiraient les festivals, tellement propices aux hasards et coïncidences, au surgissement de l’imprévu, aux rencontres singulières. Et  puis, il y avait plein de chose que je n’avais pu mettre dans le roman que j’avais envie de raconter. Je voulais que ce soit plus ludique,  je voulais faire rêver, faire confiance au lecteur aussi, jouer avec ce qu’il attendait, le dérouter, m’amuser avec les différents styles (par exemple le polar au Festival du Film Policier de Beaune…), et là encore en plaçant des évènements réels. Ce recueil de nouvelles a été jubilatoire à écrire, contrairement au roman que j’ai considéré vraiment comme un travail, un devoir presque, auquel je m’astreignais chaque jour, et pour lequel chaque mot, chaque phrase, avaient son importance  et dont la construction était assez complexe avec une sorte de schéma préalable auquel j’avais décidé de me conformer. Et puis parce que, dans le roman, si l’intrigue est une fiction, les émotions, certaines du moins, sont inspirées d’émotions réelles, je voulais donc qu’elles soient précises et justes mais surtout pas impudiques. Pour les nouvelles, je me suis laissé guider par l’écriture, les lieux, les personnages, sans contraintes et sans barrières… Je voulais aussi que ces livres soient des déclarations d’amour au cinéma, à nouveau partager ma passion. J’ai eu la chance, en effet, que les Editions du 38 publient ces deux livres, et je remercie encore sa fondatrice, Anita Berchenko, pour son constant soutien. »

Vos deux livres se passent dans le milieu des festivals de cinéma avec des descriptions très réalistes et réussies. Pourquoi ce choix ? L’envie de montrer l’envers du décor ? L’impression d’être plus « en sécurité » dans un milieu que vous connaissez par cœur ?

« En fait, ce qui m’intéresse,  c’est de faire tomber les masques, de voir ce qui se dissimule derrière les apparences, donc le milieu du cinéma était parfait pour cela. Mais bien évidemment, j’avais surtout envie de faire découvrir cet univers que je côtoie depuis l’adolescence, à mes lecteurs qui ne le connaissent pas, qui les intriguent ou les font rêver. Mais c’est surtout aussi un formidable cadre pour placer une histoire, en raison notamment d’un cadre spatio-temporel restreint et des lieux de rêves où ces festivals se déroulent le plus souvent. Et puis combien de fois me suis-je dit que, dans ces festivals, j’assistais à des scènes ou vivais des moments qui, si je les voyais dans une fiction, paraitraient improbables tant cela semblait irréel. Et en effet, on parle sans doute mieux de ce qu’on connaît même si cela peut être aussi un danger : Celui de brider l’imaginaire auquel on peut laisser libre cours quand le sujet et le lieu sont extérieurs à soi. Et puis pour le roman, c’était aussi intéressant de montrer le contraste entre le deuil que  mon héroïne vivait et l’atmosphère du festival, par définition festive, et ses enjeux soudain si futiles et vains ».

Dans vos livres, il est aussi beaucoup question de rencontres qui changent le cours d’une vie. Pour le meilleur et pour le pire. Cette inspiration est-elle liée à votre propre expérience de la vie ?

« C’est sans doute évidemment un excellent ressort dramatique. Les rencontres que les personnages font (ou ne font pas) induisent un basculement de l’existence. Il suffit parfois d’une seule rencontre pour qu’une existence prenne une route radicalement différente, bonne ou mauvaise. Sans doute, sans être totalement réels, les personnages de mes nouvelles et romans sont-ils parfois inspirés de personnes réellement croisées, et parfois même de personnalités que le lecteur peut s’amuser à essayer de reconnaître… »

La parution de vos deux ouvrages vous a ouvert les portes des séances de dédicaces. Avez-vous apprécié l’exercice ? Que vous ont apporté ces rencontres avec vos lecteurs ?

« Oui, j’ai énormément aimé l’exercice, en particulier au Festival du Film Britannique de Dinard, parce que c’était comme un clin d’œil du destin, 17 ans après ma participation au jury. Surtout que la dédicace se déroulait dans la librairie de l’un des fondateurs du festival (que je remercie d’ailleurs encore au passage pour son accueil). Je garde aussi un excellent souvenir de dédicaces à Laval, notamment pour le recueil de nouvelles, où j’ai eu le plaisir de retrouver certains lecteurs de mon premier roman. Et c’était très émouvant pour moi de voir que certains étaient revenus, avaient apprécié le premier et voulaient découvrir le suivant. Ces moments d’échanges avec des questions parfois inattendues ou insolites sont toujours enrichissants. Et puis c’est aussi pour cela qu’on écrit : faire réagir, échanger… Cela fut aussi parfois cocasse comme lors de cette séance de dédicaces à côté de celle du grand compositeur Lalo Schifrin qui était assailli par une horde de fans. Ce sont parfois également de très bonnes leçons d’humilité ou un passionnant défi que de convaincre le potentiel lecteur dubitatif ou indécis. »

Avez-vous déjà de nouveaux projets littéraires ? Toujours avec le cinéma en toile de fond ?

« J’écris actuellement un scénario de long-métrage dont j’ai réalisé qu’il ferait, je crois et j’espère, un bon roman, donc j’en écris en parallèle l’adaptation en roman (et non l’inverse !). Et cette fois, il ne se passera pas du tout dans le milieu du cinéma… Je peux juste dire que la ville de Laval que nous évoquions au début de cette interview en sera le cadre ».

Retournons au cinéma, justement. Si vous aviez cinq films incontournables à conseiller aux lecteurs de ce blog, lesquels serait-ce ?

« C’est la question à laquelle il m’est toujours difficile de répondre parce qu’il y a tant de films qui m’ont marquée alors je vais prendre 5 films de réalisateurs dont je suis une inconditionnelle. Je vais d’abord citer un film que j’évoque dans L’amor dans l’âme et qui y joue un rôle clef, Un cœur en hiver de Claude Sautet, qui est le film préféré de l’héroïne et peut-être le mien, et dont la force, la beauté, la sensibilité, la précision, la passion qu’il traduit si bien, me ravagent à chaque fois. Un Chaplin, Les Lumières de la ville dont la scène de la fin est sans doute une des plus belles si ce n’est la plus belle et bouleversante de l’histoire du cinéma. Un polar, Le Samouraï de Jean-Pierre Melville, parce que son acteur principal est celui qui est aussi à l’origine de ma passion pour le cinéma, celui qui compte tant de chefs-d’œuvre dans sa filmographie, et parce que chaque plan de ce film frôle la perfection. Un Woody Allen, Match point qui est pour moi le scénario parfait que j’aurais rêvé d’écrire. Citons aussi Le Guépard de Visconti (quel chef-d’œuvre, et un film dont je parle aussi dans le roman), Les Enchaînés d’Hitchcock (parce que l’adjectif jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film)…  Mais plus récemment, il y a aussi les films d’Ozon, de Dolan…Non, cinq, c’est décidément impossible ! Vous voyez qu’il me fallait bien écrire au moins deux livres tournant autour du cinéma ! »

Et enfin, avez-vous un réalisateur fétiche dont vous auriez vu toute la production cinématographique ?

« Je vais en citer deux : Claude Sautet et Jean-Pierre Melville, et sans doute parce que c’est (notamment) «  à cause » de ces deux cinéastes qu’est née ma passion pour le cinéma ».

*organisé par le Ministère de la jeunesse et des sports, il permettait à des jeunes de toute l’Europe d’être invités au Festival de Cannes.

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Julie Lamiré, auteure, slameuse, et bien plus encore…

J’ai fait la connaissance de Julie Lamiré il y a quelques mois en lisant son premier roman « Un foyer » paru aux éditions du 38. (Chronique à retrouver : ici). J’ai immédiatement été séduite par la plume de cette jeune auteure et slameuse parisienne, par sa grande humanité et son immense sensibilité. J’ai eu envie de mieux la connaître. Julie Lamiré se dévoile aujourd’hui avec une sincérité dont je la remercie. Rencontre avec une passionnée de la vie.

Bonjour Julie Lamiré et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pourriez-vous commencer par vous présenter brièvement ? D’où êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ? Quelles sont vos passions ?

« Chère Pascaline, bonjour. Je m’appelle Julie Lamiré, je suis originaire de Bretagne mais j’ai toujours vécu en région parisienne. J’ai trente-sept ans. J’ai un enfant. Je suis formatrice, parolière et auteure. Ce sont là mes grandes passions.Autrement, comme tout un tas de gens qui ont la chance de pouvoir le faire, j’aime voyager. Les langues étrangères, les cultures, les croyances, les habitudes des uns et des autres me passionnent.Les paysages du monde m’émerveillent ».

Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ? Est-ce parce que vous êtes d’abord une grande lectrice ?

« Je rêve d’être écrivain depuis que je suis toute petite. Evidemment je suis une grande lectrice, même si j’avoue faire parfois preuve d’inconstance – et être assez monomaniaque (si je tombe amoureuse du style d’un auteur, je lis tout ce qu’il a écrit avec un appétit jamais rassasié). Globalement, je lis tout le temps, et n’importe quel type d’écrit. Ce peut être un roman mais aussi un essai, une lettre, un poème, le texte d’une chanson, tout ce qui peut faire écho à ce qui me tourmente, me bouleverse, tout ce qui me donne à réfléchir, à élargir le champ des possibles, à me faire aller plus loin et plus haut. Mais c’est la rencontre avec le slam qui a vraiment changé le cours des choses pour moi. Lorsque je suis montée sur scène pour la première fois, que j’ai vu l’effet que ma voix et mes mots avaient sur le « public », j’ai su que j’y consacrerais probablement une grande partie de ma vie. C’est aussi forte de cette confiance, de cette certitude (forcément emprunte de doutes, n’exagérons rien) que je me suis lancée dans l’écriture d’un roman ».

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 Est-ce un besoin pour vous d’écrire ?

« Je dirais qu’écrire m’est vital. J’écris de la prose mais aussi des poèmes, des chansons… et ce presque tous les jours de l’année (y compris quand je n’écris pas, que je ne suis pas concrètement en train d’écrire). Écrire me permet de faire du tri, de transcender, de structurer ma pensée. Cela m’aide aussi à matérialiser, à concrétiser des choses assez inconscientes, finalement : ce que j’absorbe au quotidien en termes d’émotions, de sentiments, tout ce que je vois, observe, vis au contact des autres – de près ou de loin. Je suis très connectée à mon environnement ».

Vous avez sorti il y a quelques mois aux Editions du 38 un premier roman, Un foyer. Vous y évoquez la vie d’un foyer pour jeunes en souffrance à Paris. Pourquoi ce thème qui n’a pas, si souvent, inspiré les auteurs ?

« Je crois que chaque auteur trouve son inspiration dans ce qui le remue, ce qui l’intéresse. Chaque auteur puise dans son quotidien de quoi façonner ses personnages et construire son histoire. Il se trouve que moi, pour des raisons conscientes et d’autres que je ne m’explique pas, je suis particulièrement sensible aux thèmes de l’exil, du social, des difficultés, de la mixité – pour ne citer qu’eux. J’ai toujours eu à cœur, y compris lorsque je slamais, de parler au nom des anonymes, de ceux qu’on n’entend pas… comme une soif de justice, comme une réparation de l’Autre, comme un témoignage de mon profond respect pour ceux qui souffrent injustement, qui se battent, qui sont des héros invisibles. Je crois que j’ai besoin de créer des ponts entre les cultures, les univers, les gens. Ma façon à moi d’œuvrer, à ma petite échelle, pour la paix ».

 Les personnages de ce roman, les situations, sont criantes de vérité. Est ce parce que vous vous êtes inspirée de situations vraies ou de personnes qui existent réellement ?

« Bien évidemment! Mais je suis très sereine car je n’ai trahi personne, chacun de mes personnages est un grand mélange de tout un tas de gens avec qui j’ai pu travailler, échanger, tisser du lien, ou que j’ai pu croiser, aider, aimer d’une façon ou d’une autre. Et si je peux me permettre, Pascaline, je suis très honorée que vous me disiez cela, car c’était vraiment mon principal objectif dans ce travail d’écriture : je voulais absolument respecter les voix de mes personnages, me faire toute petite, les laisser s’exprimer, eux, sans caricature ni pathos ».

 Il y a aussi beaucoup de sensibilité dans votre roman, beaucoup d’humanité. On sent que vous aimez les gens, n’est ce pas ?

« Je les aime profondément – mais à ma façon (je me protège beaucoup) et pas tous, bien évidemment. Disons que, naturellement, j’aime l’Homme, et j’ai tendance à penser qu’il est bon par essence. J’ai le réflexe quasi permanent d’imaginer l’enfant caché derrière le masque de l’adulte et je crois être douée d’une sensibilité, d’une tolérance gigantesque. En revanche, j’ai une véritable aversion pour la lâcheté et l’injustice. Résumer quelqu’un à des supposées origines, à un accent, à son sexe, à un handicap, à une maladie, à sa condition sociale par exemple, me met véritablement en colère et me heurte, sincèrement, au plus profond de moi. Je ne supporte pas que l’on rabaisse, diminue l’Autre sous prétexte que dans un contexte particulier, dans une situation particulière, cet Autre soit en position de fragilité. Et ce sont ces Autres, justement, que j’essaie de mettre en lumière dans ce que j’écris. J’essaie de témoigner de toute la puissance, de toute la richesse que j’observe, loin, très loin des clichés et les apriori ».

Vous avez réussi à trouver une maison d’édition pour vous faire publier. Etait-ce votre première tentative ? Est ce que le chemin vers la publication a été un chemin de croix comme on l’entend beaucoup de la part d’auteur en quête d’un éditeur ?

« Sauf exception, le chemin vers la publication est difficile et jalonné d’obstacles. Il faut s’accrocher. C’est beaucoup de travail tout court, mais aussi beaucoup de travail sur soi : y croire coûte que coûte et se dire que cela finira par « marcher ». Pour ce qui est de « mon » Foyer, il avait été dans les finalistes d’un concours de premier roman, il avait été lu par des amis connaisseurs qui lui reconnaissaient un style, de l’intérêt, mais je ne trouvais pas d’éditeur. De fait, je l’avais mis en vente sur Amazon, en format Kindle, dans l’espoir qu’il séduise une maison d’édition. J’avais aussi très à cœur de travailler mon texte avec un éditeur, je savais que mon manuscrit avait des défauts et que je n’avais plus le recul nécessaire. Je pense qu’il faut intégrer l’idée que, comme dans la musique et dans un tas d’autres domaines, l’objet artistique puisse sortir de la sphère intime et très personnelle pour tendre vers le travail d’équipe, une réflexion à plusieurs, des sensibilités qui se parlent. Lorsque Stéphanie Pèlerin (auteure du roman à succès (Presque) jeune, (presque jolie) et (de nouveau) célibataire paru aux éditions Mazarine, ndlr), à qui j’avais envoyé un message, m’a répondu qu’elle avait aimé le texte, qu’elle avait des pistes à me proposer, qu’elle aimerait travailler avec moi pour une publication, j’ai été heureuse, impatiente et honorée. Nous avons formé une belle équipe et, grâce à notre envie, notre motivation, notre entente, notre écoute et notre respect, nous en avons fait, je crois, un livre plein de tendresse et d’humanité – ce qui était mon désir le plus cher ».

Quels conseils pourriez-vous donner à des lecteurs qui auraient des manuscrits au fond d’un tiroir qu’ils n’oseraient pas proposer à une maison d’édition ?

« Je crois qu’il faut se poser les bonnes questions : Pourquoi ai-je écrit ce livre? Ai-je tant envie qu’il soit lu de tous? Quelles en seraient les conséquences? Ce texte peut-il être utile à quelqu’un? Est-ce qu’écrire m’est vital, indispensable, à tel point que je veuille, d’une manière ou d’une autre, en faire mon métier (du moins une activité très prenante, croyez-moi). Si ce texte est utile, s’il peut changer quelque chose (même si c’est chez une petite poignée de lecteurs), si je l’assume, si je suis capable d’entendre des critiques, de les recevoir et de les prendre en compte (n’est pas Balzac qui veut!), si je ne peux pas concevoir que mes histoires ne soient pas lues et partagées, si quand j’écris je pense au lecteur, si mon rêve est d’être écrivain, si quand je n’écris pas je suis malheureux, alors je dirais… qu’il faut ABSOLUMENT prendre son manuscrit à deux mains et « arroser » les maisons d’édition jusqu’au jour où! En tout cas il ne faut jamais, jamais, jamais renoncer à ses rêves. Ceux qui ont réussi n’ont jamais abandonné… »

 Suite à la parution de votre roman, avez-vous participez à des séances de dédicaces ? Etes-vous allée à la rencontre de vos lecteurs ? Si oui, que vous ont apporté ces rencontres ?

« Je dois avouer que je suis une piètre démarcheuse et que je manque de temps. J’aurais dû aller voir les libraires, organiser des dédicaces, mais, pour des raisons que je comprends (et d’autres que j’ignore), je ne l’ai pas fait. En revanche j’ai des projets pour ce livre, plus pérennes (dont je vous parlerai si cela porte ses fruits), car j’ai vraiment à cœur d’aller à la rencontre de mes lecteurs, mais, en les accompagnant, en ayant du temps, en établissant des projets et des ponts. Déformation professionnelle oblige (je suis aussi formatrice), j’ai, je crois, besoin d’ancrer les choses dans le temps, mais aussi d’aller toujours plus loin, plus haut, plus fort (… déformation personnelle… ).

 Et pour terminer, pourriez-vous nous dire si vous avez de nouveaux projets d’écriture ?

« Plein, chère Pascaline, plein… Mon deuxième roman, « Ton héritage », sortira à l’automne 2017 chez les Editions du 38. Je suis actuellement sur un troisième texte. Je travaille avec des chanteurs. J’ai bien envie de me remettre au slam… Bref mon ordinateur est dans un bazar monstrueux, il est rempli de musiques, de poèmes, de livres, de slams… Ça déborde de partout ! »

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Jean-Michel Leboulanger, une vie entre Bretagne et Japon

Ecouter Jean-Michel Leboulanger, c’est écouter un homme profondément passionné : Passionné par ses livres, passionné par le parcours littéraire qui l’a mené jusqu’à la publication d’un premier manuscrit par une maison d’édition reconnue, passionné par la culture nippone qu’il connaît sur le bout des doigts et enfin passionné par les rencontres qu’il fait avec ses lecteurs et les amitiés qu’il noue. Bref, écouter Jean-Michel Leboulanger, c’est assez… passionnant ! Je vous livre ici une partie de notre heure et demi de conversation à bâtons rompus, en espérant que vous la trouverait, comment dire ?… passionnante ?

  • Bonjour Jean-Michel Leboulanger et un grand merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Si vous commenciez par vous présenter aux lecteurs du blog ?

« Alors, pour faire court, sinon, on va y passer des heures…  Je suis né à Saint-Malo, d’un père breton et d’une mère normande. On ne peut pas faire pire mélange ! (Rires). Je travaille dans la formation professionnelle après avoir longtemps été responsable logistique dans le secteur automobile. Signe particulier : A 50 ans, j’ai tout envoyé valser ! »

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  • Ah ? Et comment cela s’est-il traduit ?

« Par un changement de vie radical et surtout, surtout, par la réalisation d’un rêve que je caressais depuis longtemps : Partir seul au Japon, un pays qui me fascinait depuis l’adolescence et que j’avais découvert grâce à certains de ses écrivains, Yukio Mishima, en particulier. Cette passion m’avait même amené à devenir collectionneur de bonsaïs et de petites sculptures traditionnelles japonaises en ivoire. Bref. Je suis parti, seul, pendant un mois et cela a été comme une révélation. Ce pays, c’était le mien ! Depuis, j’y retourne très régulièrement pour des séjours de quelques semaines et à chaque fois que j’y reviens, c’est comme si j’étais parti de la veille, comme si un fil invisible me reliait à ce pays ».

  • On comprends d’autant mieux qu’un de vos romans Un kimono pour linceul se passe au Japon, pays que vous décrivez d’ailleurs avec une très grande précision, ce qui donne vraiment l’impression au lecteur d’y être. En lisant vos mots, votre passion pour ce pays ressort à chaque page.

« Oui, j’ai commencé ce roman après mon premier voyage au Japon en 2009. J’ai mis quatre ans à l’écrire. Entre temps, j’en ai même écrit un autre, Salverney. J’avais besoin de parler du Japon, de décrire ce pays, de parler de sa culture qui me fascine, de ses traditions. J’ai choisi de le faire par le biais d’un thriller, genre qui, de mon point de vue, permet d’aborder le mieux tous les sujets de société. Mais je voulais aussi y associer une belle histoire d’amour qui traduirait mon amour pour ce pays et ses habitants. Voilà comment est né Un kimono pour linceul dont l’histoire se passe dans le milieu des Yakusa, la mafia japonaise, dont la violence et la cruauté feraient passer les membres de la Camorra milanaise pour des enfants de cœur ! C’était aussi une volonté de ma part de parler de cette organisation criminelle pour mieux en dénoncer les pratiques ».

  • Votre roman Un kimono pour linceul est-il votre première incursion dans la littérature ?

« Oh que non ! Je pense que j’écris depuis l’âge de 10 ou 11 ans. Je dois avouer que beaucoup de ma production de l’époque n’a jamais abouti. (Rires). Vers 25 ans, j’ai terminé un premier roman . Ce roman est resté dans un tiroir et il n’en sortira pas parce qu’en toute franchise, il était vraiment mauvais. Vers 2003-2004, soit bien plus tard, je me suis remis à l’écriture par le biais de mon blog où je publiais des petits feuilletons. A ma grande surprise, j’ai eu assez vite un bon noyau de lecteurs. Le jour où mes petits feuilletons sont devenu un roman, où il était d’ailleurs beaucoup question de moi -Je pense que la plupart des gens qui écrivent commencent d’abord par parler d’eux- le jour, donc, où ce roman a été terminé, je l’ai autoédité. Chambre avec vue a eu son petit succès dans mon réseau et même au delà. J’ai donc poursuivi avec Six jours à Beyrouth, autoédité également, qui, là encore, a plutôt bien marché. Ce qui m’a donné envie de le proposer à des maisons d’édition. Mais aucune ne l’a accepté ».

  • Vous continuez à écrire malgré tout ? Pas de découragement ?

« Oui, j’ai continué à écrire, parce que c’est une passion. Et puis, tout compte fait, je me sentais bien dans l’autoédition. J’avais mon petit réseau de lecteurs, ce n’était pas désagréable. J’ai donc autoédité Les Aigles de Vienne, un thriller sur fond de chasse au nazisme. Avec du recul, je pense que ce roman n’était peut-être pas assez abouti, puis j’ai continué avec Entre les pages, sans doute le roman que je préfère avec Un kimono pour linceul. Plutôt satisfait de cette production, j’ai envoyé le manuscrit dans plusieurs maisons d’édition parisiennes. Mais je n’ai reçu que des réponses négatives, toutefois avec des avis détaillés et argumentés encourageants qui m’ont convaincu que je n’étais pas loin du but, qu’il ne me restait plus qu’une marche à gravir pour espérer convaincre un éditeur. Mais que cette marche était haute ».

  • Donc, lorsqu’ensuite vous écrivez Un Kimono pour linceul, vous n’êtes plus un auteur néophyte ?

« Non, en effet ! Je commence Un kimono pour linceul, puis, j’arrête, trop marqué par un évènement personnel. Je commence alors Salverney, dont l’intrigue se passe dans les îles anglo-normandes. Puis, je termine Un kimono pour linceul. Je sens qu’avec ces deux livres, mon écriture a encore progressé. Par le biais d’un ami écrivain, j’entends justement parler des Editions du 38, une maison d’édition toulousaine. Sans y croire vraiment, je leur envoie le manuscrit de Salverney. Deux jours après, on m’appelle, enthousiaste, pour me dire que le manuscrit est accepté et pour me demander si je n’en ai pas un autre sous le coude. Je propose donc Un kimono pour linceul. Deux jours se passent encore et on m’annonce que ce manuscrit est aussi accepté. J’étais vraiment comme sur un nuage, je n’en revenais pas. Moi qui galérais depuis dix ans pour me faire publier, voilà qu’en quatre jours, deux de mes manuscrits étaient acceptés. Je dois vous avouer que le choc a été un peu violent. Bon, depuis, je m’en suis remis ! (Rires). Un kimono pour linceul est sorti en janvier 2016 et Salverney, tout récemment, en septembre ».   

  • Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages, qui se passent dans des endroits et des circonstances complètement différents. Où trouvez-vous votre inspiration ?

« J’ai toujours du mal à répondre à cette question parce que j’ai l’impression que lorsque que je commence un récit, tout est déjà écrit, comme s’il me fallait juste tirer le fil d’une pelote de laine. Ce fil, c’est le début du roman. Très vite, ensuite, j’imagine la fin. Et puis, la pelote se dévide, mes personnages -que j’ai besoin d’imagier physiquement et qui ne me ressemblent pas forcément- vivent leur vie, me font parfois prendre des routes auxquelles je n’avais pas du tout pensé, disent des choses qui peuvent me surprendre. Et puis, finalement, la fin que j’avais imaginée, est tout autre. L’inspiration n’est jamais figée. Tout peut arriver tant que le point final n’est pas posé ».

  • Votre rapport à vos lecteurs : Vous aimez aller à leur rencontre, discuter, partager avec eux ?  

« Echanger avec mes lecteurs est vraiment quelque chose que j’apprécie, qui me fait du bien. C’est souvent très enrichissant, et puis c’est plutôt flatteur de parler avec des gens qui aiment ce que vous faites. Au fil des rencontres, certains d’entre eux sont même devenus des amis. J’avais un peu arrêté les dédicaces parce que, il ne faut pas se le cacher, ça prend du temps et ce n’est pas toujours très marrant quand personne ne vient vous voir. Et puis, récemment, j’ai eu l’occasion de dédicacer au Cultura de Rennes. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup apprécié. J’ai fait de belles rencontres, j’ai eu de beaux échanges qui n’ont pas tous débouché sur une signature, mais là n’est pas l’essentiel. Cela m’a vraiment redonné le goût des dédicaces ».

  • Pour conclure, si nous parlions de vos projets ?

« Mes projets ? Eh bien, je suis actuellement en pleine rédaction d’un roman dont l’intrigue se passe en Corée du Nord. Sans trop dévoiler l’intrigue, disons que mon héros va trouver un moyen vraiment très original pour sortir de ce pays. Je n’en dis pas plus. J’ai en projet également de m’essayer à l’écriture d’un polar. Ce sont là des projets à moyen terme. Sinon, il y a de bonnes chances pour que Entre les pages, le roman que j’ai autopublié il y a quelques années sortent en 2017 aux Editions du 38″.

Vous souhaitez lire ou relire la chronique que le blog a consacré à Salverney ? C’est par ici

Vous souhaitez lire ou relire la chronique que le blog a consacré à Un kimono pour linceul ? C’est par