Catégorie : Une femme et des livres a lu et a été déçue

Ils vont tuer Robert Kennedy

Alors que je commence cette chronique, la première depuis au moins deux mois, je sais déjà qu’elle sera courte. A moins que l’inspiration ne me vienne en l’écrivant. Nous verrons bien. Je sais qu’elle sera courte car ce roman que je viens de terminer, Ils vont tuer Robert Kennedy, de Marc DIls-vont-tuer-Robert-Kennedyugain (Editions Gallimard) reste une énigme pour moi. J’ai mis un temps infini à lire ses 400 pages (je ne me souviens pas avoir déjà mis autant de temps à venir à bout d’un roman), je n’en pouvais plus de ce livre et aspirais vraiment à lire autre chose. Et pourtant, je n’ai jamais abandonné sa lecture. Un peu comme un pèlerin sur le chemin de Saint-Jacques-de Compostelle qui sait qu’il a 20 km à pied à faire chaque jour. Et qui poursuit la route, quelle que soit la lassitude. Tout en écrivant, je me rends compte que je suis en train d’analyser mon rapport à cette dernière lecture et que cette chronique ne sera peut-être pas si courte, finalement. Espérons qu’elle sera également intéressante… Bref, même si cette lecture fut fastidieuse, je ne me suis pas résolue à l’arrêter (chose que j’ai pourtant déjà faite souvent avec de précédents livres qui m’ennuyaient et/ou me désolaient et/ou m’agaçaient). Sans doute parce qu’au-delà du style de l’auteur qui, visiblement ne me convient pas (première lecture d’un livre de Marc Dugain, sans doute la dernière), j’ai aimé cette histoire. Je suis assez friande d’histoire politique en général. Et encore plus quand il s’agit de mystères pas tout-à-fait élucidés, comme c’est le cas pour les assassinats de John (1963) et de Robert Kennedy (1968). Or, dans Ils vont tuer Robert Kennedy, Marc Dugain n’entreprend rien de moins que de tenter de résoudre les derniers mystères autour de ces deux morts. Il le fait par le biais d’un professeur d’université d’histoire contemporaine canadien, persuadé que les morts tragiques de ses parents, survenues en 1967 et 1968, ont un lien avec les assassinats de John et de Robert Kennedy. Ce postulat de départ est prétexte à une analyse fouillée de l’Amérique des années 60 et aux raisons -multiples- qui ont pu conduire à ces deux assassinats. La « grande » histoire s’entremêle avec l’histoire des parents du héros, depuis la résistance française jusqu’aux mouvements indépendantistes irlandais, en passant par les Services secrets britanniques.

Mais ce qui aurait pu s’avérer une lecture très plaisante, un peu comme un polar, est, dès le départ, devenue un pensum à lire. Dès le départ car j’ai, d’entrée, était perturbée par le parti pris de l’auteur de remplacer le prénom « John » par celui de « Jack », pour désigner l’aîné des Kennedy. Pendant de longues pages, je n’ai pas compris qui était ce « Jack » qui semblait être « John ». J’ai même pensé à une erreur de l’auteur avant de me dire qu’un éditeur comme Gallimard n’aurait jamais laissé passer une telle énormité. Il aura fallu que je me connecte à Wikipédia pour apprendre que John Kennedy était appelé « Jack » par toute sa famille, et ses frères en particulier. Je ne suis pas certaine que le grand public ait eu connaissance de cette particularité. Un astérisque renvoyant à une explication en bas de page aurait vraiment été bienvenu et m’aurait évité bien des noeuds au cerveau.

Résumons : J’ai aimé cette histoire qui m’a vraiment beaucoup appris sur la société des années 60 aux Etats-Unis (mafia, bataille pour les droits civiques, guerre du Vietnam…) et sur les assassinats de John et de Robert Kennedy. Et paradoxalement, je n’ai pas aimé cette lecture beaucoup, beaucoup, beaucoup, trop poussive. Comprenne qui pourra !

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Un mariage anglais

mariage anglaisJ’ai terminé Un mariage anglais (éditions Stock) de la Britannique Claire Fuller la semaine dernière, avec des sentiments confus. C’est la raison pour laquelle sans doute, j’ai attendu quelques jours avant d’écrire cette chronique. Parce que je dois bien avouer que je ne sais pas si j’ai aimé ou pas ce livre. En y réfléchissant, je pense que ce roman m’a surtout indifférée et ennuyée et que, finalement, je suis plutôt contente d’en avoir terminé la lecture pour pouvoir passer à autre chose, une lecture bien plus intéressante, par exemple.

Ce roman, qui raconte les désillusions maritales d’une mère de famille mystérieusement disparue, est pourtant très bien écrit et construit. Il y a une belle part de suspens et les rebondissements ne manquent pas. Mais cela ne suffit pas toujours à faire un livre intéressant. Enfin, à mes yeux.

Au fil des chapitres d’Un mariage anglais, l’histoire actuelle d’une famille composée d’un père vieillissant et malade et de ses deux filles, dans la vingtaine, se mêle avec celle, ancienne, de leur épouse et mère, sous forme de lettres que celles-ci a écrites avant de les cacher dans des livres de l’immense bibliothèque de la maison familiale… et de disparaître. C’était 10 ans plus tôt et cela se passe dans une toute petite île du sud de l’Angleterre. De lettre en lettre, on comprend le naufrage que le mariage de ce couple a été, après des débuts pourtant passionnels. Et on se demande s’il y a un lien avec cette disparition mystérieuse. Noyade accidentelle ? Suicide ? Disparition volontaire ? Personne ne sait, d’autant qu’aucun corps n’a jamais été retrouvé. De lettre en lettre, on sent aussi la profonde détresse de cette épouse, qui n’a jamais réussi à fuir un mari paresseux, bohème, menteur et volage (oui, oui, tout ça !) de 20 ans son aîné, et que la vie de mère au foyer insupportait. De lettre en lettre, j’ai fini par détester moi aussi ce père de famille, vieux-beau arrogant et insupportable, soutenu jusqu’au bout de sa maladie par ses filles, qui semblent ignorer tout de la triste vie que leur mère a vécue à cause de son inconsistance, lui, l’écrivain qui connut son heure de gloire avec un unique roman, avant de voir l’inspiration le fuir. De lettre en lettre, on espère enfin comprendre ce qui est arrivé à cette mère de famille. Et pourquoi ? Je dois préciser que mon intérêt pour ce roman s’est réveillé alors que j’atteignais sa trentaine de dernières pages, pensant avoir enfin la réponse à ce « pourquoi » ? Hélas, la fin très ouverte choisie par l’auteure permet toutes les suppositions et a contribué à rendre ce roman encore plus insaisissable à mes yeux.

Bref, un roman qui a beaucoup de qualités, qui décrypte très bien les relations de couple et les désillusions du mariage à côté duquel je suis visiblement passée et dont le souvenir s’effacera très vite de ma mémoire. Dommage… Je remercie néanmoins la plateforme Netgalley et l’éditeur Stock de m’avoir permis de découvrir ce roman.

 

Il est grand temps de rallumer les étoiles

CVT_Il-Est-Grand-Temps-de-Rallumer-les-Etoiles_3853Je n’aime pas les romans dits « feel good » ou encore « chick lit », ces roman légers qui se lisent très vite, sensés nous mettre d’humeur joyeuse grâce à une histoire (d’amour) cousue de fil blanc, à de l’émotion factice et à des hasards trop faciles. Je n’aime pas qu’on me balade sur des sentiers improbables, dans un décor de carton-pâte, avec des personnages trop beaux (ou méchants) pour être vrais.

Virginie Grimaldi fait partie de ces auteurs de romans « feel good » qui vendent des centaines de milliers d’exemplaires à chaque nouvelle parution. Je savais qu’elle avait été lauréate il y a quelques années du prix littéraire « Ecrire au féminin » pour une nouvelle que j’avais adorée. C’est pour cette unique raison que je me suis laissée tenter par son dernier roman (le quatrième en à peine quatre ans !) Il est grand temps de rallumer les étoiles dont son éditeur Fayard a bien voulu m’envoyer une version numérique via la plateforme Netgalley. Ce dont je le remercie.

Il est grand temps de rallumer les étoiles raconte l’histoire d’Anna, la quarantaine, divorcée et mère de deux filles adolescentes, Chloé et Lily. Mise au chômage du jour au lendemain, croulant sous les dettes, asphyxiée par ses filles qu’elle ne comprend plus, Anna décide d’emprunter le camping-car de son père et de partir avec Chloé et Lily pour un road-trip jusqu’au cercle polaire en Finlande. Histoire de respirer, histoire de se sortir, pour quelques semaines, du « merdier » dans lequel elle se trouve. Originalité du récit (parce que pour l’originalité de l’histoire, on repassera) : Il est raconté successivement par la voix d’Anna, de Chloé et de Lily.

Premières impressions en début de lecture : C’est bien écrit, indéniablement, c’est plein d’humour. Un bon point, donc.

Hélas, très vite, la belle mécanique s’enraille. La faute à trop d’invraisemblances et de situations caricaturales. Comment croire à ces deux vieux, rencontrés au hasard du road-trip qui, à 80 balais passés, se sauvent en camping-car de la maison de retraite où ils résident ? Comment croire à ce jeune couple qui part en road-trip pour mieux accepter sa future parentalité qui lui est tombée dessus par accident ? Comment croire à ces parents issus de la haute bourgeoisie parisienne « François et Françoise » dont les enfants s’appellent « Louis et Louise » (whaaa, trop drôle !) qui entament un road-trip dans un fourgon aménagé pour apprendre la vie à leur fille trop gâtée ? Comment croire en ce père qui fait un road-trip pour son fils autiste alors que sa méchante femme vient de le quitter « car un fils autiste, c’est trop dur » ? Comment croire au récit de Lily, 12 ans, dont le style et les mots utilisés conviennent bien davantage à une adulte ? (Quant à lui faire déformer les expressions et les proverbes sans doute pour faire plus « enfant », c’est rigolo au début mais au bout de 10, ça lasse). Ces gens-là ne travaillent-ils donc pas qu’ils puissent, quasi sur un coup de tête, tout larguer ? Et combien y avait-il de chances pour que ce petit monde se rencontre sur la route ? Aucune ! Sauf dans un roman de Virginie Grimaldi. Ou un scénario de « Camping paradis ».

Vous me direz, ces rencontres un peu trop belles, ces hasards qui tombent un peu trop bien, cette réalité esquissée à très gros traits, n’est-ce-pas la loi du genre ? Si sans doute. Alors, pourquoi m’obstiner à en lire alors que je sais que je vais être déçue et que je ne pourrais donc qu’écrire une chronique sévère, alors même que ce genre littéraire ravit des milliers et des milliers de lecteurs et lectrices ? En ce qui concerne Virginie Grimaldi, je sais : Je croyais que son vrai talent d’écriture et son humour me feraient oublier la vacuité du scénario. Hélas, non.

Terminons sur une note positive, néanmoins : Alors que je me posais la question d’arrêter ma lecture tant la fin du roman me paraissait prévisible et tant l’histoire et les personnages m’agaçaient, j’ai finalement eu envie de continuer. J’ai bien fait. Car avec une jolie pirouette, à quelques chapitres de la fin, Virginie Grimaldi réussit un très beau retournement de situation complètement inattendu et bien vu.

Allons, tout n’est pas à jeter dans les romans de Virginie Grimaldi. A réserver toutefois aux vrais amateurs du genre.

 

Un clafoutis aux tomates cerises

clafoutisLa couverture du livre me plaisait, le titre me plaisait, le synopsis me plaisait, bref, tout me plaisait dans le dernier roman de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises paru chez Flammarion. C’est donc en imaginant déjà le bon moment que j’allais passer à le lire que je l’ai emprunté à la médiathèque de ma ville.

Hélas, la mayonnaise n’a pas pris et finalement, même si le roman de Véronique de Bure ne manque pas de qualité, je me suis ennuyée, beaucoup ennuyée, en le lisant.

Un clafoutis aux tomates cerises aborde un thème original : Le quotidien d’une très vieille dame, Jeanne, 90 ans, qui vit seule dans un petit village de l’Allier. C’est vrai que rares sont les héroïnes de roman à avoir cet âge. L’histoire se déroule sur une année à travers le journal intime que Jeanne entreprend d’écrire jour après jour. On suit donc la vieille dame au fil des saisons : Ses parties de bridge avec ses amies, ses promenades à pied, le ramassage de ses fruits et légumes, ses après-midi « cuisine », ses virées en voiture à Vichy, la visite quotidienne du facteur, les coups de fil et visites de ses enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants, le passage de son jardinier et de sa femme de ménage, la messe hebdomadaire, les petits ennuis de santé, les amis qui disparaissent ou partent en maison de retraite et l’ombre de la mort qui plane… Le tout est écrit d’une belle plume, pleine de fraîcheur, de tendresse et d’émotion. A travers Jeanne, on est obligé de penser à une tante, grand-mère ou grand-tante qu’on a forcément tous connue. C’est en cela que le livre est plaisant et que, finalement, j’ai réussi à aller au bout.

Parce que, sinon, il faut quand-même avouer qu’il ne se passe pas grand chose dans la vie de Jeanne et qu’à trop vouloir décrire sa vie tranquille jour après jour, eh bien, l’auteure finit par nous ennuyer prodigieusement. La pousse des légumes décrite sur plusieurs pages, les après-midi cuisine avec mise au congélateur des plats préparés en prévision de visites à venir qui reviennent plusieurs fois par saison, les après-midi bridge avec moult détails sur la collation offerte, les courses au supermarché, les messes qui reviennent chaque semaine… C’est looooong mais c’est looooong ! Je peux bien l’avouer maintenant : Les pages (nombreuses) sur la préparation « des petits choux » et des « feuilletés aux saucisses de Strasbourg » (avec mise au congélateur), je n’en pouvais plus !

Deux autres choses m’ont gênée dans ce roman : L’infantilisation de Jeanne d’abord. Comme si, parce que l’on est très âgé, on doit forcément avoir des réflexions très naïves sur la société d’aujourd’hui. Mon père a 81 ans et, étant très proche de lui, je côtoie beaucoup ses amis qui ont globalement tous entre 75 et 89 ans et qui, malgré leur âge, sont parfaitement au fait des évolutions de la société, qui sont d’accord ou non avec celles-ci mais qui en parlent avec les mots appropriés. Alors, quand je lis sous la plume de Jeanne, « je n’aime pas cette affaire de femmes qui fabriquent des bébés pour les autres », ça m’agace. Parce qu’on peut avoir 85 ou 90 ans et savoir que cela s’appelle « des mères porteuses » ou bien de « la gestation pour autrui » et non pas « une affaire de femmes qui fabriquent des bébés pour les autres ».

J’ai aussi été gênée par le côté très moralisateur de ce roman, très « c’était mieux avant » : Les jeunes savaient travailler, les églises étaient pleines, on ne quittait pas son mari ou sa femme sur un coup de tête…

Pour avoir lu de nombreuses critiques élogieuses sur ce roman, je sais que je vais un peu à contre-courant de l’opinion générale. Mais ceci est juste mon avis humble et sincère.

 

Chère Mrs Bird

Le Cercle Belfond, éditeur français de Chère Mrs Bird, m’avait vendu ce premier roman de la Britanique AJ Pearce comme « une ode à l’amitié et aux femmes dans la droite ligne de Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates ». Comme j’avais adoré ce roman épistolaire lu il y a bien longtemps, je me suis laissée tenter par la participation à un concours proposé par cette Maison d’édition. Ce qui m’a permis de gagner ledit roman.

Il est toujours délicat de chroniquer négativement un livre offert par une Maison d’édition. C’est pourtant ce que je m’apprête à faire. L’honnêteté m’oblige en effet à reconnaître que j’aurais pu aimer Chère Mrs Bird si je l’avais lu quand j’avais une quinzaine d’années. Alors que je suis entrée dans la deuxième moitié de la quarantaine (soupir…), je dois avouer que la naïveté de l’histoire et ses personnages très caricaturaux m’ont ennuyée de bout en bout, pour ne pas dire agacée. Et je ne parle pas de « l’happy end » d’une invraisemblance assez déroutante. Quant à la filiation avec Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates, je la cherche encore…

Pourtant, l’histoire était prometteuse, en tout cas, à mes yeux. Nous sommes au début des années 1940. Emmy, jeune londonienne de 22 ans, rêve de devenir correspondante de guerre, alors que les bombes allemandes terrorisent chaque nuit la capitale britannique. Elle croit défaillir de bonheur quand elle est recrutée par un prestigieux journal britannique pour être assistante de rédaction. Mais elle déchante vite quand elle comprend qu’elle va travailler, en fait, pour une autre publication du groupe de presse, beaucoup moins prestigieuse, où elle aura en charge le tri du courrier des lectrices, sous l’oeil sévère de la rédactrice-en-chef adjointe, Mrs Bird. Cette dernière a une conception pour le moins curieuse de cette rubrique. En effet, ne peuvent recevoir de réponse que les lettres qui n’abordent aucun sujet « scabreux » : couple, sexualité, adultère, passion amoureuse… Evidemment, Emmy est bien décidée à passer outre les consignes de la vieille Mrs Bird… A ses risques et périls…

D’entrée, l’abus de l’usage des majuscules dans la typographie m’a indisposée. Cette façon d’écrire ne fait que renforcer l’idée qu’Emmy est une gentille écervelée immature. Elle saute d’ailleurs comme un cabri quand elle apprend qu’elle va intégrer la rédaction d’un journal. Je ne parle même pas des redites à profusion sur le fait « qu’elle rêêêêêêve de devenir correspondante de guerre ! » Elle doit bien le répéter une dizaine de fois sur les dix premières pages. Bref, ce roman ne commençait pas de la meilleure façon qui soit.

Ce roman n’est pourtant pas déplaisant de bout en bout. Toute la partie sur le quotidien des Londoniens pendant les bombardements et le rôle de bénévole d’Emmy au centre d’appels chez les pompiers les soirs d’alerte sont plutôt bien rendus. C’est d’ailleurs pour cet aspect que je n’ai pas lâché le livre avant la fin. Mais le tout est desservi par des personnages trop caricaturaux, Mrs Bird en tête, sorte de vieille rombière obnubilée par les bonnes moeurs qui, bien entendu, terrorise toute la rédaction, et pollué par une histoire d’amitié et une histoire d’amour mièvres au possible, auxquelles on ne croit pas deux secondes. Sans parler du retournement final, aussi crédible qu’un carnaval sans beuveries à Dunkerque. Bref, je n’ai pas envie de m’étendre plus longuement sur ce roman pour midinettes qui va sortir de ma mémoire aussi vite qu’il y est entré.

La Disparition de Stephanie Mailer

stephanie mailerAprès les immenses succès qu’ont été La vérité sur l’affaire Harry Quebert et Le Livre des Baltimore, autant dire que La Disparition de Stephanie Mailer (Editions du Fallois) du même Joël Dicker, était plus qu’attendu. C’est sans doute la raison pour laquelle 300 000 exemplaires dudit roman ont été édités pour sa sortie annoncée en grandes pompes. J’avais personnellement adoré les deux premiers opus, c’est donc avec l’assurance de passer encore un très très agréable moment de lecture que je me suis précipitée sur La Disparition de Stephanie Mailer. Je ressors de cette lecture avec un avis mitigé, qui me vaut de classer aujourd’hui ce roman parmi mes déceptions. Peut-être tout simplement parce que j’en attendais trop…

Commençons par l’histoire : Le 30 juillet 1994, à Orphea, petite station balnéaire tranquille et plutôt huppée de la côte est des Etats-Unis, le maire de la ville, son épouse et leur fils sont sauvagement assassinés alors que s’ouvre la première édition d’un festival de théâtre. Une joggeuse, témoin des meurtres, figure également parmi les victimes. Deux jeunes enquêteurs, qui viennent de sortir de l’école de police, sont désignés pour mener l’enquête. Leur fougue leur permet de mettre un nom assez rapidement sur le coupable. Mais celui-ci meurt pendant son interpellation avant d’avoir pu avouer les crimes. Vingt ans plus tard, une jeune journaliste, arrivée à Orphea depuis peu, affirme avec aplomb à l’un des deux inspecteurs qu’il s’est trompé de coupable à l’époque « parce qu’il n’a pas vu un détail qui se trouvait sous ses yeux ». Cette journaliste, c’est Stephanie Mailer. Le soir même, elle disparaît. Les deux inspecteurs, aidés par une jeune collègue venue à Orphea guérir une déception sentimentale, décident de reprendre l’enquête de zéro pour savoir ce qu’il est advenu de Stephanie Mailer et qui a bien pu commettre les quatre crimes 20 ans auparavant.

Le roman de Joël Dicker est construit comme une série américaine. Le lisant, j’ai souvent eu l’impression de me trouver dans « Cold Case », série dans laquelle Lily Rush et ses inspecteurs reprennent des affaires jamais élucidées à la faveur d’un nouvel élément. Comme dans la série, les inspecteurs découvrent des faits qui se sont passés à l’époque et les personnages les revivent à coups de flash-back écrits à la première personne. C’est aussi un roman où se croisent une multitude de personnages, qui, tous, cachent une fêlure qui ne nous est dévoilée que par petites touches. Une multitude de personnages qui permet de brouiller les pistes et de multiplier les suspects possibles. C’est sans doute là le réel talent de Joël Dicker : Parvenir à faire monter le suspens, à ajouter des fausses pistes aux fausses pistes et donc à nous rendre accros à la lecture. Parce que, dans ce domaine, le contrat est parfaitement rempli. J’ai dévoré les 635 pages de ce roman en quelques jours et ce fut un très agréable divertissement.

Alors, d’où me vient donc ce sentiment mitigé après avoir refermé ce livre hier soir ? Sans doute, d’abord, de ses personnages trop souvent caricaturaux et donc, improbables. Comment croire à cet ancien flic, reconverti en metteur en scène mégalomane et égocentré qui, depuis 20 ans, travaille la même première scène de sa pièce de théâtre, tout en injuriant et en renvoyant tour à tour ses comédiens amateurs, en survivant de petits boulots et en affirmant qu’il a écrit la pièce du siècle ? Comment croire à Alice, maîtresse vénale du rédacteur-en-chef d’un magazine littéraire new-yorkais qui surjoue l’hystérie et la bêtise intellectuelle ? Sans parler des « personnages clichés » : La riche épouse d’un directeur de chaîne de télévision qui n’en peut plus de cette vie trop facile et donc sans intérêt et qui rêve de retrouver le temps où elle et son mari tiraient le diable par la queue mais étaient heureux, au moins ! Ou encore la fille à papa trop gâtée et brillantissime au lycée qui tombe dans la drogue.

Sans doute aussi des incohérences dans le récit : Voilà deux enquêteurs qui, 20 ans plus tôt, ont bâclé une enquête en quelques semaines en oubliant d’interroger des témoins cruciaux et qui se révèlent tout compte fait, beaucoup plus intelligents et tatillons 20 ans après. Voilà aussi des témoins, qui, il y a 20 ans, savaient pertinemment que le coupable désigné n’était pas le bon parce qu’ils avaient la preuve que ça ne pouvait pas être lui. Mais qui n’ont rien dit à l’époque, en gros, parce qu’ils ne voulaient pas être emmerdés. Mais qui sont beaucoup plus loquaces 20 ans  après. Voilà un coupable (le vrai) qui n’hésite pas à tuer trois personnes et à essayer d’en tuer une quatrième pour ne pas être découvert mais qui, à la toute fin du roman, avoue tout sans se faire prier et presqu’en pleurant, parce qu’on le menace de mettre une personne qui lui est chère en prison. Quel retournement ! Ca sent le final bâclé…

Sans doute enfin de quelques scènes ubuesques et complètement improbables comme la représentation de la pièce de théâtre qui frise le ridicule (non, qui est carrément ridicule et irréaliste) ou encore le chapitre sur les grands-parents de l’un des inspecteurs dont la vulgarité et la caricature m’ont mise vraiment mal à l’aise (Je me suis même demander si l’auteur n’avait pas volé ce chapitre à Nadine Monfils !). Sans parler encore une fois de l’improbabilité de la chose : Des gens vulgaires et bêtes à manger du foin qui se révèlent des gens exquis au contact d’une petite cousine charmante (qui tout compte fait n’est pas vraiment leur petite cousine d’ailleurs) venue s’installer chez eux et dont l’inspecteur tombe très vite amoureux (C’est pour éviter la consanguinité sans doute qu’il fallait qu’elle ne soit pas, tout compte fait, la petite cousine des grands-parents).

Joël Dicker a réussi à construire une énigme passionnante. Dommage, vraiment, qu’il l’est coulée dans un décor trop factice avec des personnages dépeints à la truelle et sans consistance.

Ma mère avait raison

ma mère avait raison bisJe n’avais lu jusqu’à présent qu’un seul livre d’Alexandre Jardin et c’était il y a très longtemps. Dans mon souvenir, j’avais beaucoup aimé Bille en tête même si, en toute franchise, je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Quand j’ai vu que Ma mère avait raison du même Alexandre Jardin était proposé sur la plateforme Netgalley par son éditeur Grasset, je me suis dit que c’était le moment d’en lire un deuxième.

Alexandre Jardin a déjà souvent écrit sur sa famille, très artiste et très peu conventionnelle. Avec Ma mère avait raison, il brosse le portrait de sa mère, femme égoïste, issue d’un milieu bourgeois bohème, qui vécut toute sa vie en se moquant des conventions et qui put se le permettre parce qu’elle ne manquait pas d’argent. Oisive, artiste, libertaire, elle habitait la grande maison familiale de Verdelot avec son mari et quatre de ses amants, artistes eux aussi, sous les yeux de ses trois enfants qu’elle aimât tièdement parce qu’il ne fallait pas qu’ils viennent contrarier sa vie qu’elle avait vouée au plaisir et à la jouissance sans entrave. Dans ce qu’il appelle un « roman » mais qui ressemble furieusement à une autobiographie, Alexandre Jardin décrit, avec force anecdotes, ce que fut sa relation avec cette mère presqu’indigne mais qu’il admire et continue d’aimer sans condition. Parce que cette mère lui a appris à ne pas se contenter de l’à peu près et du presque bonheur, parce que cette mère l’a obligé à se dépasser et à vivre sans peur.

La mère d’Alexandre Jardin est une très vieille dame maintenant, qui n’a sans doute plus beaucoup de temps à passer sur notre terre. Ce livre est donc aussi le cri d’amour d’un fils qui pense ne pas pouvoir vivre sans sa mère qui l’a pourtant si mal aimé. Paradoxe qui n’a pas manqué de me mettre mal à l’aise.

Au final, ai-je aimé ce livre ? Il est indéniable qu’Alexandre Jardin écrit bien, qu’il sait manier l’humour et que son livre est empli d’émotion. Toutefois, j’avoue avoir eu du mal à aimer l’héroïne du roman, dont l’inconstance, l’égoïsme, les caprices et la dureté envers ses enfants m’ont véritablement indisposée. J’avoue également que certains chapitres du livre m’ont semblé très longs et que l’ennui m’a souvent guettée. Ce cri d’amour presque désespéré d’Alexandre Jardin pour sa mère ne méritait peut-être pas de s’étaler sur 200 et quelques pages.