Catégorie : Une femme et des livres a lu et a été déçue

Un clafoutis aux tomates cerises

clafoutisLa couverture du livre me plaisait, le titre me plaisait, le synopsis me plaisait, bref, tout me plaisait dans le dernier roman de Véronique de Bure, Un clafoutis aux tomates cerises paru chez Flammarion. C’est donc en imaginant déjà le bon moment que j’allais passer à le lire que je l’ai emprunté à la médiathèque de ma ville.

Hélas, la mayonnaise n’a pas pris et finalement, même si le roman de Véronique de Bure ne manque pas de qualité, je me suis ennuyée, beaucoup ennuyée, en le lisant.

Un clafoutis aux tomates cerises aborde un thème original : Le quotidien d’une très vieille dame, Jeanne, 90 ans, qui vit seule dans un petit village de l’Allier. C’est vrai que rares sont les héroïnes de roman à avoir cet âge. L’histoire se déroule sur une année à travers le journal intime que Jeanne entreprend d’écrire jour après jour. On suit donc la vieille dame au fil des saisons : Ses parties de bridge avec ses amies, ses promenades à pied, le ramassage de ses fruits et légumes, ses après-midi « cuisine », ses virées en voiture à Vichy, la visite quotidienne du facteur, les coups de fil et visites de ses enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants, le passage de son jardinier et de sa femme de ménage, la messe hebdomadaire, les petits ennuis de santé, les amis qui disparaissent ou partent en maison de retraite et l’ombre de la mort qui plane… Le tout est écrit d’une belle plume, pleine de fraîcheur, de tendresse et d’émotion. A travers Jeanne, on est obligé de penser à une tante, grand-mère ou grand-tante qu’on a forcément tous connue. C’est en cela que le livre est plaisant et que, finalement, j’ai réussi à aller au bout.

Parce que, sinon, il faut quand-même avouer qu’il ne se passe pas grand chose dans la vie de Jeanne et qu’à trop vouloir décrire sa vie tranquille jour après jour, eh bien, l’auteure finit par nous ennuyer prodigieusement. La pousse des légumes décrite sur plusieurs pages, les après-midi cuisine avec mise au congélateur des plats préparés en prévision de visites à venir qui reviennent plusieurs fois par saison, les après-midi bridge avec moult détails sur la collation offerte, les courses au supermarché, les messes qui reviennent chaque semaine… C’est looooong mais c’est looooong ! Je peux bien l’avouer maintenant : Les pages (nombreuses) sur la préparation « des petits choux » et des « feuilletés aux saucisses de Strasbourg » (avec mise au congélateur), je n’en pouvais plus !

Deux autres choses m’ont gênée dans ce roman : L’infantilisation de Jeanne d’abord. Comme si, parce que l’on est très âgé, on doit forcément avoir des réflexions très naïves sur la société d’aujourd’hui. Mon père a 81 ans et, étant très proche de lui, je côtoie beaucoup ses amis qui ont globalement tous entre 75 et 89 ans et qui, malgré leur âge, sont parfaitement au fait des évolutions de la société, qui sont d’accord ou non avec celles-ci mais qui en parlent avec les mots appropriés. Alors, quand je lis sous la plume de Jeanne, « je n’aime pas cette affaire de femmes qui fabriquent des bébés pour les autres », ça m’agace. Parce qu’on peut avoir 85 ou 90 ans et savoir que cela s’appelle « des mères porteuses » ou bien de « la gestation pour autrui » et non pas « une affaire de femmes qui fabriquent des bébés pour les autres ».

J’ai aussi été gênée par le côté très moralisateur de ce roman, très « c’était mieux avant » : Les jeunes savaient travailler, les églises étaient pleines, on ne quittait pas son mari ou sa femme sur un coup de tête…

Pour avoir lu de nombreuses critiques élogieuses sur ce roman, je sais que je vais un peu à contre-courant de l’opinion générale. Mais ceci est juste mon avis humble et sincère.

 

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Chère Mrs Bird

Le Cercle Belfond, éditeur français de Chère Mrs Bird, m’avait vendu ce premier roman de la Britanique AJ Pearce comme « une ode à l’amitié et aux femmes dans la droite ligne de Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates ». Comme j’avais adoré ce roman épistolaire lu il y a bien longtemps, je me suis laissée tenter par la participation à un concours proposé par cette Maison d’édition. Ce qui m’a permis de gagner ledit roman.

Il est toujours délicat de chroniquer négativement un livre offert par une Maison d’édition. C’est pourtant ce que je m’apprête à faire. L’honnêteté m’oblige en effet à reconnaître que j’aurais pu aimer Chère Mrs Bird si je l’avais lu quand j’avais une quinzaine d’années. Alors que je suis entrée dans la deuxième moitié de la quarantaine (soupir…), je dois avouer que la naïveté de l’histoire et ses personnages très caricaturaux m’ont ennuyée de bout en bout, pour ne pas dire agacée. Et je ne parle pas de « l’happy end » d’une invraisemblance assez déroutante. Quant à la filiation avec Le Cercle littéraire des Amateurs d’épluchures de patates, je la cherche encore…

Pourtant, l’histoire était prometteuse, en tout cas, à mes yeux. Nous sommes au début des années 1940. Emmy, jeune londonienne de 22 ans, rêve de devenir correspondante de guerre, alors que les bombes allemandes terrorisent chaque nuit la capitale britannique. Elle croit défaillir de bonheur quand elle est recrutée par un prestigieux journal britannique pour être assistante de rédaction. Mais elle déchante vite quand elle comprend qu’elle va travailler, en fait, pour une autre publication du groupe de presse, beaucoup moins prestigieuse, où elle aura en charge le tri du courrier des lectrices, sous l’oeil sévère de la rédactrice-en-chef adjointe, Mrs Bird. Cette dernière a une conception pour le moins curieuse de cette rubrique. En effet, ne peuvent recevoir de réponse que les lettres qui n’abordent aucun sujet « scabreux » : couple, sexualité, adultère, passion amoureuse… Evidemment, Emmy est bien décidée à passer outre les consignes de la vieille Mrs Bird… A ses risques et périls…

D’entrée, l’abus de l’usage des majuscules dans la typographie m’a indisposée. Cette façon d’écrire ne fait que renforcer l’idée qu’Emmy est une gentille écervelée immature. Elle saute d’ailleurs comme un cabri quand elle apprend qu’elle va intégrer la rédaction d’un journal. Je ne parle même pas des redites à profusion sur le fait « qu’elle rêêêêêêve de devenir correspondante de guerre ! » Elle doit bien le répéter une dizaine de fois sur les dix premières pages. Bref, ce roman ne commençait pas de la meilleure façon qui soit.

Ce roman n’est pourtant pas déplaisant de bout en bout. Toute la partie sur le quotidien des Londoniens pendant les bombardements et le rôle de bénévole d’Emmy au centre d’appels chez les pompiers les soirs d’alerte sont plutôt bien rendus. C’est d’ailleurs pour cet aspect que je n’ai pas lâché le livre avant la fin. Mais le tout est desservi par des personnages trop caricaturaux, Mrs Bird en tête, sorte de vieille rombière obnubilée par les bonnes moeurs qui, bien entendu, terrorise toute la rédaction, et pollué par une histoire d’amitié et une histoire d’amour mièvres au possible, auxquelles on ne croit pas deux secondes. Sans parler du retournement final, aussi crédible qu’un carnaval sans beuveries à Dunkerque. Bref, je n’ai pas envie de m’étendre plus longuement sur ce roman pour midinettes qui va sortir de ma mémoire aussi vite qu’il y est entré.

La Disparition de Stephanie Mailer

stephanie mailerAprès les immenses succès qu’ont été La vérité sur l’affaire Harry Quebert et Le Livre des Baltimore, autant dire que La Disparition de Stephanie Mailer (Editions du Fallois) du même Joël Dicker, était plus qu’attendu. C’est sans doute la raison pour laquelle 300 000 exemplaires dudit roman ont été édités pour sa sortie annoncée en grandes pompes. J’avais personnellement adoré les deux premiers opus, c’est donc avec l’assurance de passer encore un très très agréable moment de lecture que je me suis précipitée sur La Disparition de Stephanie Mailer. Je ressors de cette lecture avec un avis mitigé, qui me vaut de classer aujourd’hui ce roman parmi mes déceptions. Peut-être tout simplement parce que j’en attendais trop…

Commençons par l’histoire : Le 30 juillet 1994, à Orphea, petite station balnéaire tranquille et plutôt huppée de la côte est des Etats-Unis, le maire de la ville, son épouse et leur fils sont sauvagement assassinés alors que s’ouvre la première édition d’un festival de théâtre. Une joggeuse, témoin des meurtres, figure également parmi les victimes. Deux jeunes enquêteurs, qui viennent de sortir de l’école de police, sont désignés pour mener l’enquête. Leur fougue leur permet de mettre un nom assez rapidement sur le coupable. Mais celui-ci meurt pendant son interpellation avant d’avoir pu avouer les crimes. Vingt ans plus tard, une jeune journaliste, arrivée à Orphea depuis peu, affirme avec aplomb à l’un des deux inspecteurs qu’il s’est trompé de coupable à l’époque « parce qu’il n’a pas vu un détail qui se trouvait sous ses yeux ». Cette journaliste, c’est Stephanie Mailer. Le soir même, elle disparaît. Les deux inspecteurs, aidés par une jeune collègue venue à Orphea guérir une déception sentimentale, décident de reprendre l’enquête de zéro pour savoir ce qu’il est advenu de Stephanie Mailer et qui a bien pu commettre les quatre crimes 20 ans auparavant.

Le roman de Joël Dicker est construit comme une série américaine. Le lisant, j’ai souvent eu l’impression de me trouver dans « Cold Case », série dans laquelle Lily Rush et ses inspecteurs reprennent des affaires jamais élucidées à la faveur d’un nouvel élément. Comme dans la série, les inspecteurs découvrent des faits qui se sont passés à l’époque et les personnages les revivent à coups de flash-back écrits à la première personne. C’est aussi un roman où se croisent une multitude de personnages, qui, tous, cachent une fêlure qui ne nous est dévoilée que par petites touches. Une multitude de personnages qui permet de brouiller les pistes et de multiplier les suspects possibles. C’est sans doute là le réel talent de Joël Dicker : Parvenir à faire monter le suspens, à ajouter des fausses pistes aux fausses pistes et donc à nous rendre accros à la lecture. Parce que, dans ce domaine, le contrat est parfaitement rempli. J’ai dévoré les 635 pages de ce roman en quelques jours et ce fut un très agréable divertissement.

Alors, d’où me vient donc ce sentiment mitigé après avoir refermé ce livre hier soir ? Sans doute, d’abord, de ses personnages trop souvent caricaturaux et donc, improbables. Comment croire à cet ancien flic, reconverti en metteur en scène mégalomane et égocentré qui, depuis 20 ans, travaille la même première scène de sa pièce de théâtre, tout en injuriant et en renvoyant tour à tour ses comédiens amateurs, en survivant de petits boulots et en affirmant qu’il a écrit la pièce du siècle ? Comment croire à Alice, maîtresse vénale du rédacteur-en-chef d’un magazine littéraire new-yorkais qui surjoue l’hystérie et la bêtise intellectuelle ? Sans parler des « personnages clichés » : La riche épouse d’un directeur de chaîne de télévision qui n’en peut plus de cette vie trop facile et donc sans intérêt et qui rêve de retrouver le temps où elle et son mari tiraient le diable par la queue mais étaient heureux, au moins ! Ou encore la fille à papa trop gâtée et brillantissime au lycée qui tombe dans la drogue.

Sans doute aussi des incohérences dans le récit : Voilà deux enquêteurs qui, 20 ans plus tôt, ont bâclé une enquête en quelques semaines en oubliant d’interroger des témoins cruciaux et qui se révèlent tout compte fait, beaucoup plus intelligents et tatillons 20 ans après. Voilà aussi des témoins, qui, il y a 20 ans, savaient pertinemment que le coupable désigné n’était pas le bon parce qu’ils avaient la preuve que ça ne pouvait pas être lui. Mais qui n’ont rien dit à l’époque, en gros, parce qu’ils ne voulaient pas être emmerdés. Mais qui sont beaucoup plus loquaces 20 ans  après. Voilà un coupable (le vrai) qui n’hésite pas à tuer trois personnes et à essayer d’en tuer une quatrième pour ne pas être découvert mais qui, à la toute fin du roman, avoue tout sans se faire prier et presqu’en pleurant, parce qu’on le menace de mettre une personne qui lui est chère en prison. Quel retournement ! Ca sent le final bâclé…

Sans doute enfin de quelques scènes ubuesques et complètement improbables comme la représentation de la pièce de théâtre qui frise le ridicule (non, qui est carrément ridicule et irréaliste) ou encore le chapitre sur les grands-parents de l’un des inspecteurs dont la vulgarité et la caricature m’ont mise vraiment mal à l’aise (Je me suis même demander si l’auteur n’avait pas volé ce chapitre à Nadine Monfils !). Sans parler encore une fois de l’improbabilité de la chose : Des gens vulgaires et bêtes à manger du foin qui se révèlent des gens exquis au contact d’une petite cousine charmante (qui tout compte fait n’est pas vraiment leur petite cousine d’ailleurs) venue s’installer chez eux et dont l’inspecteur tombe très vite amoureux (C’est pour éviter la consanguinité sans doute qu’il fallait qu’elle ne soit pas, tout compte fait, la petite cousine des grands-parents).

Joël Dicker a réussi à construire une énigme passionnante. Dommage, vraiment, qu’il l’est coulée dans un décor trop factice avec des personnages dépeints à la truelle et sans consistance.

Ma mère avait raison

ma mère avait raison bisJe n’avais lu jusqu’à présent qu’un seul livre d’Alexandre Jardin et c’était il y a très longtemps. Dans mon souvenir, j’avais beaucoup aimé Bille en tête même si, en toute franchise, je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Quand j’ai vu que Ma mère avait raison du même Alexandre Jardin était proposé sur la plateforme Netgalley par son éditeur Grasset, je me suis dit que c’était le moment d’en lire un deuxième.

Alexandre Jardin a déjà souvent écrit sur sa famille, très artiste et très peu conventionnelle. Avec Ma mère avait raison, il brosse le portrait de sa mère, femme égoïste, issue d’un milieu bourgeois bohème, qui vécut toute sa vie en se moquant des conventions et qui put se le permettre parce qu’elle ne manquait pas d’argent. Oisive, artiste, libertaire, elle habitait la grande maison familiale de Verdelot avec son mari et quatre de ses amants, artistes eux aussi, sous les yeux de ses trois enfants qu’elle aimât tièdement parce qu’il ne fallait pas qu’ils viennent contrarier sa vie qu’elle avait vouée au plaisir et à la jouissance sans entrave. Dans ce qu’il appelle un « roman » mais qui ressemble furieusement à une autobiographie, Alexandre Jardin décrit, avec force anecdotes, ce que fut sa relation avec cette mère presqu’indigne mais qu’il admire et continue d’aimer sans condition. Parce que cette mère lui a appris à ne pas se contenter de l’à peu près et du presque bonheur, parce que cette mère l’a obligé à se dépasser et à vivre sans peur.

La mère d’Alexandre Jardin est une très vieille dame maintenant, qui n’a sans doute plus beaucoup de temps à passer sur notre terre. Ce livre est donc aussi le cri d’amour d’un fils qui pense ne pas pouvoir vivre sans sa mère qui l’a pourtant si mal aimé. Paradoxe qui n’a pas manqué de me mettre mal à l’aise.

Au final, ai-je aimé ce livre ? Il est indéniable qu’Alexandre Jardin écrit bien, qu’il sait manier l’humour et que son livre est empli d’émotion. Toutefois, j’avoue avoir eu du mal à aimer l’héroïne du roman, dont l’inconstance, l’égoïsme, les caprices et la dureté envers ses enfants m’ont véritablement indisposée. J’avoue également que certains chapitres du livre m’ont semblé très longs et que l’ennui m’a souvent guettée. Ce cri d’amour presque désespéré d’Alexandre Jardin pour sa mère ne méritait peut-être pas de s’étaler sur 200 et quelques pages.

Rien ne s’oppose à la nuit

En écrivant aujourd’hui une chronique sur le très gros succès d’édition de l’année 2011, Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan, j’ai bien conscience d’arriver après la bataille ou (au choix) de faire figure de figue après Pâques. Il faut dire que j’ai découvert Delphine de Vigan il y a quelques mois seulement en lisant D’après une histoire vraie. J’ai adoré. Ma chronique enthousiaste de l’époque est d’ailleurs, pour ceux qui souhaiterait la lire, à retrouver ici. Lorsque j’ai parlé de ce roman autour de moi, beaucoup m’ont conseillée de lire le précédent, Rien ne s’oppose à la nuit, de l’avis de tous « encore meilleur ». Tombant par hasard dessus en farfouillant dans les rayonnages de la médiathèque de ma ville, je me suis empressée de l’emprunter, me régalant déjà des belles heures de lecture que ce livre, quasi unanimement salué par la critique, pressenti -un temps- pour le Goncourt, allait me procurer.

Ma déception n’en fut que plus grande. Arrivée à la page 301 du roman, pas certaine de vouloir poursuivre plus avant, je n’arrive pas à comprendre comment ce livre a pu bouleverser autant de lecteurs. Il est vrai que l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuiller, question drame et larmes. Ce récit de vie commence par le suicide de la mère de l’auteure, Lucile. A partir de ce drame intime, l’auteure se replonge dans l’histoire familiale. Elle fouille la vie de sa mère, depuis son enfance dans une famille plus que border-line, jusqu’à la découverte de sa bipolarité, ses internements successifs en hôpital psychiatrique, le tout arrosé des ingrédients indispensables à un bon mélo : inceste, drogue, suicides, folie, anorexie… Presque trop pour une seule famille !

En y réfléchissant, je crois que ce livre m’a agacée de bout en bout. Qu’on se serve de son histoire familiale, aussi particulière et traumatisante soit-elle, pour écrire un livre, pourquoi pas.  Jean-Louis Fournier l’a fait avec talent, cynisme, humour et autodérision en 2008 dans Où on va papa ? ou en 2012 avec Veuf . Mais qu’on se serve de son histoire familiale pour se faire des nœuds au cerveau et disserter à n’en plus finir sur le sens de la vie sur un ton pseudo-intello, non merci ! Sous la plume, pourtant brillante de Delphine de Vigan, je n’ai  ressenti aucune sensibilité, aucune émotion. Juste un gros malaise devant tant de complaisance méthodique et froide à étaler une vie de famille malmenée, à l’analyser jusqu’à l’écoeurement. Quand Delphine de Vigan nous explique, par le biais de longues tirades, qu’elle écrit parce qu’il y a eu « le 31 janvier » (date anniversaire du premier internement de sa mère), non, plutôt, qu’elle a pris conscience qu’elle écrivait parce qu’il y avait eu ce 31 janvier, que, pire, elle n’aurait sans doute jamais écrit sans ce 31 janvier, j’ai juste trouvé cela ridicule. Comme s’il fallait forcément trouver une raison à l’écriture, et comme si cette raison devait forcément être dramatique. Quel intérêt aussi à étaler au grand jour le comportement incestueux qu’aurait eu le père de Lucile, grand-père de Delphine de Vigan ? L’auteure questionne ses tantes à ce sujet, échafaude des hypothèses sur plusieurs pages pour finir par reconnaître qu’on ne saura jamais si « cela » a eu lieu ou pas. Je pense que c’est à ce moment là du livre que j’ai décidé de ne pas aller plus loin, tant je me suis sentie mal à l’aise, comme espionne malgré moi de faits qui n’apportent rien à être ainsi livrés au lecteur.

Finalement, Rien ne s’oppose à la nuit est sans doute l’une de mes plus grandes déceptions littéraires de cette année 2017. Voilà, c’est dit et tant pis si je fais des mécontents parmi les lecteurs de cette chronique.

 

Louise…

J’ai rencontré Yvon Le Roy lors d’un salon du livre. Affable, n’hésitant pas à interpeller les visiteurs pour faire la réclame de ses romans, cet auteur m’avait paru bien sympathique. Convainquant, il m’avait en quelques minutes à peine vendu son avant-dernier livre, Louise…, un polar dont l’intrique se passe dans le Nord, ma région natale où je vis toujours, édité aux Editions « Riffle noir ».

Je vous en livre tout de suite ici l’intrigue : Un inconnu est retrouvé mort un beau matin tout à côté d’un des laboratoires de l’Université de Lille I à Villeneuve d’Ascq. Dans le même temps, le responsable informatique dudit laboratoire est porté disparu. C’est le commissaire Archangéli, fraîchement débarqué de sa Corse natale qui est chargé de l’enquête. Peu rompu aux habitudes locales, le commissaire est aussi pressé de résoudre l’affaire par sa hiérarchie, elle-même pressée par la présidence de l’Université, peu enthousiaste à l’idée d’un scandale qui pourrait éclabousser son établissement à quelques jours de la rentrée. L’auteur nous plonge alors dans les arcanes, pas toujours reluisantes, de la recherche universitaire.

J’ai commencé ce polar avec beaucoup d’enthousiasme. J’ai bien aimé l’amorce, les deux ou trois premiers chapitres prometteurs et puis… et puis… j’ai commencé à m’enfoncer dans un ennui profond, très profond. Jusqu’à avoir envie à plusieurs reprises d’abandonner ma lecture. Yvon Le Roy est un auteur néophyte. En lisant son polar, (par ailleurs,très bien écrit),  j’ai eu l’impression qu’il avait voulu trop bien faire. Par peur, peut-être que son lecteur ne perde le fil, il multiplie les dialogues où chacun redit, sous une autre forme, ce qui a déjà été dit quelques pages auparavant. Résultat : Une enquête qui n’avance pas et une histoire qui patine. C’est d’autant plus dommage qu’à la moitié du roman, le rythme s’accélère enfin. J’ai alors eu une pensée pour la journaliste Françoise Giroud, que j’admire beaucoup, et qui écrivait : « Ce n’est pas la peine d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur vous a abandonné à la quatrième ». Louise…, c’est exactement ça : Une histoire bien ficelée, avec un suspens bien amené et un rebondissement final bien trouvé… si l’on arrive à passer le cap des 200 premières pages. Dommage, vraiment trop dommage.

Ragdoll

J’avais énormément entendu parler de ce thriller britannique sorti il y a quelques mois (collection La Bête Noire chez Robert Laffont, traduction française de Natalie Beunat). Ragdoll, premier roman de Daniel Cole, trentenaire, ancien ambulancier et résident à Bournemouth, était, de l’avis général : « Un coup d’essai, coup de maître, un thriller à couper le souffle, dans la même veine que Seven ». D’un roman précédé d’autant de louanges, j’attendais donc beaucoup. Trop, peut-être ? Parce que si j’ai aimé Ragdoll, il n’est pas non plus le coup de cœur que j’attendais.

Je vous en livre ici le résumé : Il y a quelques années, Naguib Khalid, tueur en série plus connu sous le surnom du « tueur crématiste » a tué et brûlé 27 enfants en 27 jours. Toutefois, lors de son procès très médiatique, son avocat arrive à insuffler le doute dans l’esprit des jurés. Malgré une enquête irréprochable et de nombreux faits concordants, Naguib Khalid n’a, en effet, jamais avoué. Jugé non coupable, Naguib Khalid est libéré. Quelques temps plus tard, il est pris en flagrant délit alors qu’il commet son 28ème crime…

Quelques années plus tard, l’inspecteur William Oliver Layton-Fawkes, plus connu sous l’acronyme de « Wolf », qui a concouru à faire tomber Naguib Khalid, est appelé sur les lieux d’un crime particulièrement odieux : La victime est, en fait, reconstituée à partir des morceaux de corps de six personnes. Les enquêteurs, qui s’aperçoivent très vite que sa tête est celle de Naguib Khalid, la surnomme « Ragdoll », « poupée de chiffon » en anglais. Dans le même temps, le mystérieux assassin dresse une liste de six prochaines victimes, avec la date de leur exécution. La sixième personne est l’inspecteur Wolf.

Pourquoi ai-je été déçue ? Pas par l’écriture, en tout cas. La traduction est parfaite et le livre se lit tout seul. Pas par le suspens, non plus : L’auteur excelle à faire monter la tension et à distiller, au compte-goutte, des indices. Sacrée trouvaille que ce décompte vers la mort de six personnes, dont on se demande à chaque fois si elles vont pouvoir être sauvées ou non et comment le tueur va s’y prendre pour les exécuter. Pas à cause du côté « gore » non plus. Daniel Cole n’est pas Franck Thilliez. Il ne s’amuse pas à décrire en long, en large et en travers les scènes de crime avec force détails glauques. Non, ce qui m’a déçue, c’est le dénouement. A mi-parcours du roman, j’avais deviné qui était aux manettes, par déduction, après avoir testé et recalé d’autres suspects. En revanche, je n’arrivais pas à comprendre comment « mon » tueur présumé s’y prenait pour tirer les ficelles. La réponse apportée par l’auteur quelques pages avant la fin ne m’a pas convaincue. J’ai trouvé cela un peu trop invraisemblable, comme si l’auteur, qui maîtrise pourtant parfaitement son scénario, avait voulu trop en faire pour son final. Pour résumé : C’est une lecture qui m’a passionnée pendant les 3/4 du roman et qui m’a laissée sur ma faim pendant le dernier quart. Dommage. Vraiment dommage.