Catégorie : Une femme et des livres a lu et a aimé

Mauvaises Graines

Les Mauvaises Graines, premier roman de l’Américaine Lindsay Hunter, paru en France chez Gallimard, ce sont Perry et Baby Girl, deux adolescentes lycéennes paumées qui vivent dans une petite ville américaine où l’avenir semble, plus qu’ailleurs, compromis par le chômage, la précarité et le déterminisme social. Perry, très jolie jeune fille provocante qui ne pense qu’à séduire et à coucher, vit avec sa mère, que l’ennui a rendue alcoolique, et son beau-père, un brave type, gardien de prison. Ils habitent tous les trois dans un mobil-home au sein d’un campement situé à la périphérie de la ville, au delà des quartiers résidentiels et des quartiers populaires. Baby Girl, elle, noie son manque de confiance en elle dans son surpoids et ses coiffures et tenues improbables, à la limite de la provocation. Elle vit avec son frère, ancien petit caïd de la drogue devenu handicapé mental suite à un accident qui lui a occasionné une grave blessure à la tête, aidée par un vague oncle, dont on ne sait pas trop quel est son rôle exact. Perry et Baby-girl fréquentent le même lycée mais on ne les voit que rarement en cours. Elles préfèrent zoner ou passer leurs nuits à voler des voitures, juste pour le plaisir de voir l’adrénaline monter, et multiplier les conneries. C’est dans ce contexte qu’elles font la connaissance de Jamey via les réseaux sociaux, un Jamey qui devient de plus en plus insistant, de plus en plus présent, de plus en plus envahissant. Un Jamey dont elles ne savent rien mais qu’elles acceptent pourtant de rencontrer. Pour mieux s’en débarrasser, croient-elle.

Noir, c’est noir, tel aurait pu être le sous-titre de ce roman tant il donne l’impression d’enfoncer à chaque page un peu plus nos deux héroïnes, tant on est triste de voir le beau-père de Perry se démener pour sortir sa femme de l’alcool et sa belle-fille de l’échec scolaire, sans y parvenir. De tous les personnages de ce roman, il est peut-être le seul à croire encore un peu à la vie, à ne pas démissionner devant les difficultés et c’est sans doute ce qui le rend si sympathique. J’ai eu beaucoup plus de mal à ressentir de l’empathie pour la mère de famille et pour les deux héroïnes, tant on sent qu’elles se complaisent, en quelque sorte, dans leur précarité, comme un modèle familial qu’elles voudraient à tout prix poursuivre. Quant au pauvre Jamey, il insuffle tout ce qu’il faut de glauque et de mystérieux pour parfaire le tableau. Noir, c’est noir, je vous disais.

Si j’ai aimé ce roman qui dépeint fort bien une « certaine Amérique », j’avoue que son ambiance très pesante m’a mise mal à l’aise parfois. Quant à la fin, j’avoue qu’elle m’a complètement déroutée. Je pense même n’être pas sûre de l’avoir comprise. Un roman intéressant, donc, mais qui m’a furieusement donné envie de poursuivre avec une lecture beaucoup plus légère.

Idiss

Je suis très admirative du parcours intellectuel et humaniste de Robert Badinter que j’ai découvert à travers la lecture de plusieurs de ses écrits, et plus particulièrement L’exécution qui, à l’époque, m’avait profondément marquée. Pourtant, quand il y a quelques mois, Robert Badinter a publié Idiss  aux Editions Fayard, je n’ai pas été tentée de le lire. Idiss raconte, en effet, la vie de la grand-mère maternelle de Robert Badinter, juive née en Bessarabie (province russe à l’époque, aujourd’hui rattachée à la Moldavie) qui mourut à Paris en 1942. Toute grand-mère de Robert Badinter qu’elle soit, Idiss ne m’intéressait pas. J’avais bien tort. C’est en tout cas l’opinion qui m’est venue quand j’ai finalement lu ce livre, qu’un membre de ma famille m’avait prêté.

Pourquoi avais-je tort ? Déjà parce que la plume de Robert Badinter est belle. Fluide, teintée d’émotion et de nostalgie, elle se lit très facilement. Ensuite, parce que, finalement, l’histoire de cette femme, qui nous entraîne de la Russie des années 1910 pour s’achever pendant les heures les plus noires de la seconde guerre mondiale en France est vraiment intéressante.

Robert Badinter retrace la vie de cette grand-mère tant aimée avec infiniment de respect. D’abord en Bessarabie où elle vivait, illettrée, ne parlant que le yiddish, pliant sous le poids de l’antisémitisme, d’un côté, et des traditions juives, de l’autre, pauvre, avec un mari plus prompt à dépenser l’argent du ménage dans les jeux d’argent qu’à l’aider dans sa vie de femme au foyer. Puis, à Paris, où elle rejoint, avec son mari et sa fille, ses deux fils aînés, partis depuis longtemps, poussée par la misère et par les menaces contre les juifs dans une Russie toujours plus antisémite. Robert Badinter décrit avec beaucoup de justesse le choc que fut pour cette femme l’arrivée à Paris : Le soulagement d’abord mais aussi la peur de ne pas s’intégrer et la nostalgie du pays, aussi rude soit-il. Et finalement, l’immense reconnaissance pour sa nouvelle patrie, cette République française qui les avait intégrés comme les leurs, elle, son mari, et ses enfants. On imagine combien la montée de l’antisémitisme en France, puis la guerre et enfin les exactions commises contre les juifs fut difficile à admettre pour cette femme qui vouait une admiration sans borne à son pays d’adoption, qui avait permis la réussite sociale et professionnelle de ses enfants : Partie de rien, sa fille Chifra, mère de Robert Badinter, parviendra, en effet, à mettre sur pied, avec son mari Simon, un florissant commerce de fourrures qui leur donnera accès à une vie bourgeoise, dans les beaux quartiers de Paris. Un commerce qui leur sera finalement confisqué dans les années 1940, selon les lois anti-juives de l’époque.

Quand Idiss Rosenberg s’éteint en 1942, vaincue par le cancer qui la rongeait depuis des mois, elle est seule avec son fils Naftoul. Sa fille Chifra, son gendre Simon et ses deux petits-fils, Claude et Robert, se sont résolus, la mort dans l’âme, à quitter Paris quelques semaines plus tôt et à se réfugier en zone « libre », près de Lyon, terrorisés par les rafles qui se multiplient. Lorsque Robert Badinter prend la plume pour décrire ce moment, on sent encore toute sa tristesse de n’avoir pu assister aux derniers moments de sa grand-mère, toute son amertume de l’avoir vu perdre la vie à une période aussi terrible pour les juifs. Une mort, qui, pourtant lui aura finalement éviter de supporter d’autres drames : Arrêtés et internés en camp d’extermination quelques mois plus tard, Simon Badinter et Naftoul Rosenberg n’en reviendront jamais.

Il venait d’avoir 17 ans

C’est sans doute mon côté « midinette » qui me fait voir avec beaucoup de bienveillance l’histoire d’amour hors norme entre Emmanuel et Brigitte Macron. Hors de toute considération politique, hors de tout avis sur sa façon de conduire notre pays, j’aime assez  ce couple présidentiel qui s’aime et se respecte et l’image qu’il donne de la France à l’étranger.

C’est sans doute ce côté « midinette » qui m’a donné envie de lire cet été Il venait d’avoir 17 ans, un livre écrit par la journaliste, Sylvie Bommel et paru aux éditions JC Lattès. Le livre n’est pas bien gros et je l’ai lu en quelques jours à peine. Il se veut un portrait du couple présidentiel, et plus particulièrement de Brigitte Macron. Avec, sous-jacente, une question : Comment cette femme, bourgeoise de province, élevée dans l’enseignement privé catholique, très honorablement connue à Amiens, mariée, mère de famille a -t-elle eu le cran de tout envoyer promener par amour pour un homme de 24 ans son cadet, plus jeune que l’aîné de ses enfants ? Cette question est d’autant plus présente que Sylvie Bommel a plus ou moins le même âge que Brigitte Macron, qu’elle a reçu plus ou moins la même éducation et qu’elle est donc d’autant plus intriguée par cette histoire, je risquerai même le terme de « fascinée ».

C’est un vrai travail de journaliste que nous livre Sylvie Bommel qui est allée sur les traces de Brigitte Macron, d’Amiens, sa ville natale, jusqu’au Touquet, où elle réside fréquemment dans sa résidence secondaire, en passant par Truchtersheim, petite ville alsacienne où elle vécut un temps au gré d’une mutation de son banquier de mari, le premier s’entend.

Tout a déjà tellement été dit et écrit sur la relation entre Emmanuel et Brigitte Macron qu’on n’apprend pas de véritable scoop en lisant le récit de Sylvie Bommel. Mais il est intéressant dans le sens où il livre une espèce d’analyse psychologique de Brigitte Macron, où il décortique les rouages de cette relation amoureuse en devenir. Il met en lumière aussi un homme dont les médias ne parlent jamais, André Auzière, le premier mari de Brigitte et père de ses trois enfants. Comme le dit si justement la journaliste, quel peut-être l’état d’esprit de cet homme, discret et réservé, qui voit son ex-femme tous les jours dans les journaux étaler son bonheur conjugal et recevoir les Grands de ce monde ? Lui que la communication officielle a sciemment gommé, qui se voit même retirer sa famille, à longueur de reportages et d’articles de presse,  puisque ses enfants et petits-enfants sont désormais ceux de « Brigitte et Emmanuel ».

Une lecture plaisante, sans voyeurisme mais avec une bonne dose d’humour. A conseiller à tous ceux qui aiment Emmanuel Macron. Comme à ceux qui ne l’aiment pas.

Confessions d’une cleptomane

Je ne connaissais pas du tout l’auteure, Florence Noiville, journaliste au journal Le Monde et encore moins le dernier roman qu’elle ait écrit : Confessions d’une cleptomane, récemment paru aux éditions Stock. C’est le titre, rigolo et intrigant, qui m’a fait me pencher sur ce livre et, finalement, décider à le lire. Il raconte l’histoire de Valentine de Lestrange, grande bourgeoise parisienne, femme de ministre qui, malgré son statut ultra-privilégié, ne peut s’empêcher de voler dans les magasins  qu’elle fréquente. Tout comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Articles de luxe comme broutilles dans un magasin d’alimentation, tout y passe. Non pas par nécessité mais par plaisir. Plaisir de sentir l’adrénaline monter, plaisir de ressortir s’en s’être fait prendre… Un plaisir tel que Valentine ne peut s’empêcher de recommencer, même si à chaque fois, elle promet que ce sera la dernière. Jusqu’au jour où elle dérobe l’objet qu’elle n’aurait jamais dû voler. Et que sa vie bien ordonnée s’en trouve toute retournée.

Confession d’une cleptomane se lit sans déplaisir. C’est un livre léger, bien écrit qui se dévore très facilement. L’histoire est originale et aborde un thème peu souvent exploité en littérature. La lecture de ce livre offre aussi d’intéressantes explications sur la cleptomanie et tente de comprendre les raisons de cette « névrose », « déviance » qui touche moins de  1 % de la population mondiale, les femmes en étant plus souvent victimes. On apprend, par exemple, que le fait de voler répond à une angoisse extrême qui ne peut être calmée que par le vol et le soulagement qu’il procure. On sent derrière l’auteure de roman poindre la journaliste qui a réellement beaucoup travaillé son sujet, s’est renseigné et a recoupé ses informations avant d’écrire. Bref, un sympathique roman dont j’ai particulièrement aimé la fin très surprenante et qu’on ne voit pas arriver une seule seconde.

La Maison du lys tigré

Il y a bien longtemps que je n’avais plus lu de polars de Ruth Rendell, une auteure britannique que j’apprécie beaucoup généralement. Aussi ai-je été contente d’en trouver un que je n’avais pas encore lu à la médiathèque de ma ville : La Maison du lys tigré, paru aux éditions des deux-terres il y a quelques années.

Le héros du roman est un jeune et beau Londonien, Stuart Font, qui vient d’acheter un appartement grâce à un héritage et qui compte bien continuer à procrastiner tant qu’il peut vivre dudit héritage. Empêtré dans une relation avec une femme mariée, Claudia, dont il voudrait se défaire sans y parvenir, Stuart est de plus en plus attiré par une mystérieuse et belle jeune Asiatique qui vit en face de chez lui et qu’il n’ose aborder. Il décide alors de se changer les idées en organisant une pendaison de crémaillère avec l’ensemble de ses voisins d’immeuble, qui tous semblent cacher une faille, un secret. Sans se douter des conséquences dramatiques qu’aura son initiative.

J’ai beaucoup aimé ce roman qui change vraiment des polars habituels de Ruth Rendell. D’ailleurs, ce roman est-il vraiment un polar dans le sens absolu du terme ? Le meurtre n’intervient en effet qu’aux deux-tiers du roman et l’enquête qui suit n’en devient pas l’intrigue principale. Au contraire, on dirait que les policiers ne mettent pas beaucoup d’entrain à faire leur travail. D’ailleurs, c’est un concours de circonstance qui permettra, à la toute fin du livre, alors que l’on pense que le meurtre restera impuni avec plusieurs coupables plausibles, de résoudre le mystère.

Plus qu’un polar, c’est surtout une peinture de la société londonienne que s’est employée à faire Ruth Rendell. Avec beaucoup de talent et de subtilité. Et sans caricature. Ici, l’important n’est pas le meurtre, ni même sa résolution mais plutôt toute une galerie de portraits, de l’étudiante fauchée au vieux lubrique, de la maîtresse envahissante à l’amoureuse transie, des anciens hippies à la vieille alcoolique. Chacun d’eux se trouvent aussi être les héros de ce roman très original qui doit sûrement décontenancer les amateurs des  polars classique de Ruth Rendell.  J’ai, moi aussi, été assez surprise par la construction de ce roman à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Mais j’ai adhéré immédiatement.

Dans la combi de Thomas Pesquet

Une fois n’est pas coutume, c’est une bande-dessinée dont je vais vous parler aujourd’hui : Dans la combi de Thomas Pesquet, est une bande-dessinée humoristique dessinée et scénarisée par Marion Montaigne et parue aux Editions Dargaud. Celle-ci est d’un format un peu particulier puisqu’elle fait quand-même plus de 200 pages. Mais, il en fallait bien autant pour parler du parcours de notre astronaute, Thomas Pesquet, depuis les épreuves de sélections pour intégrer l’ESA (l’agence spaciale européenne) jusqu’à son retour sur terre, après six mois à vivre dans l’ESS (la Station spaciale internationale) en juin 2017.

Disons-le d’entrée : J’ai adoré cette BD que j’ai dévorée pendant le trajet en train qui m’emmenait vers mon lieu de vacances, quelque part en Bretagne. D’abord parce qu’elle dépeint le parcours de Thomas Pesquet avec beaucoup d’humour et ensuite, parce qu’on apprend énormément de choses sur le métier d’astronaute et sur l’intense et très physique travail de préparation qu’il demande. Aucune question n’est éludée : De la façon dont on défèque en impesanteur (et le long apprentissage que cela demande), jusqu’aux opérations prévues si un astronaute décède pendant sa mission,  en passant par les moyens de se déplacer, de se nourrir ou de communiquer dans l’espace. L’information qui m’a peut-être la plus surprise mais qui tombe sous le sens quand on y réfléchit un peu : Les astronautes sont préparés à parer à toutes éventualités qu’elles soient médicale, mécanique, alimentaire ou autre. Car, comme le rappelle si justement Thomas Pesquet, dans un environnement aussi hostile, à 400 km de la Terre, pas moyen d’appeler un plombier, un médecin ou un mécanicien en cas de pépin. Les astronautes doivent donc apprendre à savoir faire. Et en impesanteur en plus, ce qui complique forcément les choses.

Cette BD s’adresse à tous, petits et grands. Marion Montaigne s’est, en effet, employée à vulgariser au maximum, même les données les plus scientifiques et les parties du métier les plus techniques.  C’est un vrai bonheur de lecture pour celles et ceux qui veulent savoir tout, absolument tout, du métier d’astronaute. Avec peut-être, derrière la tête, l’idée de prendre la relève un jour…

 

 

Nous dormirons ensemble

Nous dormirons ensemble est un roman très court que j’ai avalé en deux soirées, d’un auteur dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’alors, Pierre Lagier, paru aux éditions Buchet-Chastel. Un livre plaisant, nostalgique, poétique et tendre,  qui intrigue tout au long de la lecture, avec un joli point final mais qui ne me laissera pas non plus un souvenir impérissable. Sans doute parce que l’ensemble manque un peu de vraisemblance tout de même. A moins de le prendre comme un conte, une fable dont la morale pourrait être la suivante : Vis ta vie et dis aux gens que tu les aimes avant qu’il ne soit pas trop.

En voici le résumé : Au seuil de sa mort, le grand-père du narrateur lui remet une grosse lettre à envoyer à une destinatrice dont il n’a jamais entendu parler. Intrigué, évidemment, le narrateur décide d’en savoir plus sur cette destinatrice, un peu triste que son grand-père, dont il était si proche, ait pu avoir un secret dont il ne lui aurait jamais parlé. Ce secret nous emmène au milieu des années 60, dans un petit village du centre de la France où le grand-père, alors âgé d’une trentaine d’années avait l’habitude de passer des vacances avec sa résidence secondaire familiale. Il y fait une rencontre qui va bouleverser sa vie, sans que personne s’en sache rien. Jusqu’à sa mort.

Un beau secret, une jolie histoire mais, comme je l’ai dit plus haut, qui souffre d’un manque crédibilité. De quoi passer, néanmoins, deux bonnes soirées de lecture.

 

L’étudiant étranger

Je viens d’achever L’étudiant étranger, un roman écrit par Philippe Labro (Edition Gallimard) en  1986. Je mets, à dessein, roman entre guillemets tant il paraît évident que le jeune héros ressemble beaucoup à Philippe Labro et que l’histoire qu’il raconte à de forts accents autobiographiques. (Il a lui-même étudié aux Etats-Unis pendant un an en 1955).

En voici un résumé : Le narrateur, âgé d’une vingtaine d’années, est étudiant à Paris vers le milieu des années 50. Grâce à l’obtention d’une bourse d’études, il a le privilège d’autant plus rare à l’époque, de pouvoir partir étudier pendant un an dans une université américaine. Le voilà donc qui quitte Paris et sa famille et se retrouve dans un « college », privé, non mixte et très sélect de  Virginie, dans le sud encore ségrégationniste des Etats-Unis. Le jeune héros découvre alors la vie étudiante américaine et ses codes qui constituent autant d’inconnus pour lui. Très vite, il noue une relation sentimentale avec une jeune institutrice noire, sans se rendre compte de l’outrage que cela constitue à cette époque et dans cette Amérique-là. Sans se rendre compte non plus que des risques pénaux qu’il encourt, ainsi que sa petite amie.

J’ai vraiment beaucoup apprécié la lecture de ce court roman, découvert par hasard au détour d’une visite à la médiathèque de ma ville. J’ai surtout aimé la peinture de la société américaine encore très corsetée des années 50 et du milieu étudiant de l’époque que nous livre Philippe Labro avec beaucoup de justesse. Sans doute pour l’avoir vécue au plus près. Tout y est très hiérarchisé, très codifié et le moindre faux pas réprimandé. Les jeunes garçons vont chercher leurs « dates » (petites amies) au sein des universités réservées aux filles,  dans de grosses voitures américaines (bien-sûr) offertes par papa. Pas mieux pour rester dans « l’entre-soi » et éviter les mésalliances. Et tout ce beau monde se retrouve autour de « bals » organisés au fil de saison, occasion privilégiée d’officialiser une « date », avec le consentement des parents (bien-sûr).

J’ai beaucoup aimé aussi la façon dont Philippe Labro nous plonge dans l’Amérique raciste et ségrégationniste des années 50 et la naïveté avec laquelle son héros se lance dans une histoire d’amour avec une jeune noire, une histoire vouée à rester clandestine, forcément. Une histoire qui constitue un délit, passible de prison, mais dont le narrateur n’a cure, et pour laquelle il est prêt à prendre tous les risques. Jusqu’à un certain point.

L’étudiant étranger  est surtout le parcours initiatique d’un jeune Français qu’un an de vie aux Etats-Unis va faire passer à l’âge adulte. Et cela constitue une lecture bien plaisante.

L’autre qu’on adorait

l'autre qu'on adoraitC’est au gré de mes déambulations à la médiathèque de ma ville que j’ai découvert Catherine Cusset. J’en avais vaguement déjà entendu parler et c’est parce que « son nom me disait quelque chose » que j’ai eu envie de feuilleter L’autre qu’on adorait paru il y a quelques années chez Gallimard. Le thème abordé, le suicide d’un proche, m’a touchée. J’ai donc emprunté le roman.

Je l’ai su en m’informant sur internet : Catherine Cusset, enseignante à l’université de Yale aux Etats-Unis, a pris l’habitude d’utiliser des faits de vie comme matière première de ses romans. Ces écrits tiennent donc plus du récit que du roman à proprement parlé. Ainsi pour L’autre qu’on adorait qui raconte l’histoire de Thomas, ancien amant de la narratrice devenu l’un de ses plus proches amis, qui s’est suicidé à l’âge de 39 ans. Je ne viens ici en rien déflorer le suspens puisque le livre s’ouvre sur ce drame qui bouleverse la narratrice. Elle entreprend alors de raconter la vie de Thomas et sa descente aux enfers autant personnelle que professionnelle qui le conduira au suicide. Thomas, si intellectuellement brillant, spécialiste de Marcel Proust sur lequel il a écrit sa thèse, rate tout pourtant : Son entrée à Normale Sup’, d’abord, puis sa vie d’étudiant puis d’enseignant aux Etats-Unis. Comme si le jeune homme était habité par le mauvais oeil, tout se dérobe sous ses pieds au moment même où il croit atteindre le succès. Alors que ses amis connaissent une belle réussite professionnelle, il est condamné à voir sa carrière d’enseignant décliner, et à accepter des postes de moins en moins prestigieux dans des universités de moins en moins prestigieuses. Jusqu’à tout perdre. Sa vie amoureuse est à l’avenant : chaotique, instable, grotesque presque.

Dans son roman, Catherine Cusset entend expliquer ce qui a conduit Thomas à devenir ce qu’il est devenu : Un homme incapable de prendre une décision, continuellement dans l’excès, ayant érigé la procrastination en art de vivre. Son portrait très sensible de Thomas nous le rend très sympathique, malgré l’agacement que son comportement souvent puéril provoque. Le fait que l’auteur utilise une forme narrative originale, l’emploi du « tu » pendant tout le roman, comme si Thomas réalisait l’action en temps réel, participe à le rendre plus humain encore. On souffre pour lui et avec lui. Avec L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset plonge aussi son lecteur au coeur du système universitaire américain, si différent du nôtre. J’avoue avoir beaucoup aimé cette peinture de l’Amérique.

Si j’ai aimé la lecture de ce roman pendant laquelle je ne me suis pas ennuyée une seule minute, j’ai néanmoins refermé le livre avec un étrange sentiment de malaise. Sans doute Catherine Cusset, révoltée par la mort de Thomas, a-t-elle voulu rendre hommage à sa courte vie en écrivant ce livre. Mais, finalement, cela nous apporte quoi, à nous lecteurs, de connaître cette histoire, de vivre la descente aux enfers de Thomas ? Cet homme aurait-il apprécié que sa vie, ses blessures, sa maladie (on apprendra en effet au cours du livre que Thomas souffre d’un trouble psychiatrique) soient ainsi montrés au public. Lisant ce livre, je me suis vue un peu dans la posture du voyeur. Et ce n’était pas très agréable.

Pas son genre

pas-son-genreJ’ai bien failli ne pas aller au bout de ce roman, Pas son genre, le deuxième de Philippe Vilain que je lis, sorti en 2011 chez Grasset et dont Lucas Belvaux a tiré un film en 2014. Après la lecture d’une cinquantaine de pages, le héros m’apparaissait tellement antipathique, rempli de préjugés, imbu de lui-même, insupportable de suffisance que j’ai songé à arrêter là ma lecture. J’ai finalement bien fait de continuer car, de chapitre en chapitre, les certitudes du héros s’adoucissent, montrant un visage un peu moins déplaisant. Et puis, j’avoue avoir bien accroché à cette histoire dont la fin, plus qu’inattendue, a été une belle surprise.

François, professeur de philosophie issu de la bourgeoisie intellectuelle parisienne, est atterré quand il apprend son affectation dans un lycée d’Arras. Car, si François se complaît dans l’indécision et le questionnement quand il s’agit de sa vie sentimentale ou de tout autre engagement, il est rempli de certitudes en ce qui concerne Arras et la province en général : On s’y ennuie à mourir, c’est laid, il y fait toujours un temps pourri, c’est triste et les gens qui y habitent sont des ploucs tous plus incultes les uns que les autres. Pour tromper un ennui dans lequel il s’est lui-même emmuré, François décide un soir d’inviter à prendre un verre, Jennifer, la jeune coiffeuse mignonne, sympathique et pétillante chez qui il a l’habitude de se faire coiffer. Très vite, ils deviennent amants. Mais si Jennifer se laisse porter par cette histoire, sans se prendre la tête, tout simplement heureuse d’avoir été remarquée par un intellectuel parisien, prête à faire les efforts qu’il faut pour se « mouler » dans un univers qui lui est parfaitement inconnu, François, lui, se pose mille et une questions : S’il éprouve une tendresse sincère pour Jennifer, s’il goûte auprès d’elle des moments heureux et complices qui le sauvent de son ennui, il ne peut s’empêcher de pointer du doigts tout ce qui l’oppose à Jennifer : Ses lectures basiques de magazines people, ses centres d’intérêts tout simples, ses vacances en club, ses week-end à Berck-sur-Mer, son appartement perché en haut d’une tour d’un quartier populaire, son métier… Avec une question : Peut-on tomber amoureux de quelqu’un qui n’est pas issu du même milieu social que le sien ? Et surtout, cette histoire peut-elle durer dans le temps ?

Tout simple qu’elle soit, Jennifer n’est pas une écervelée. Très vite, elle comprend les tourments qui hantent son amant. Elle en souffre, d’autant que François ne lui en parle jamais et se détourne dès qu’elle essaie de le mettre devant ses contradictions.  Heureux avec Jennifer, il est paradoxalement horrifié à l’idée que sa relation intime avec elle puisse s’ébruiter.

Qui de Jennifer ou de François mettra un terme à cette histoire dont on pressent dès le début qu’elle n’a pas d’issue ? Qui, des deux, en souffrira le plus ? Et si aucun des deux ne savaient prendre la décision ? Philippe Vilain donne à son roman une fin inattendue, très émouvante, qui m’a complètement réconciliée avec le début qui m’avait vraiment indisposée (en tant que Provinciale qui a déjà eu l’occasion de se rendre à Arras, une ville charmante au patrimoine remarquable dont la description désabusée faite par François ne correspond en rien à la réalité. Qu’on se le dise…).