Auteur : une femme et des livres

Tenir jusqu’à l’aube

Tenir-jusqu-a-l-aubeTenir jusqu’à l’aube (Edition L’arbalète gallimard roman) est le quatrième roman de Carole Fives, une auteure que je ne connaissais pas. D’ailleurs, si ce livre ne m’avait pas été chaudement recommandé par ma libraire, je serais sans doute passée à côté. Ce qui aurait été dommage.

Court roman d’à peine 180 pages, Tenir jusqu’à l’aube raconte l’histoire d’une jeune mère d’un enfant de deux ans, graphiste free-lance. Séparée du père, elle vit dans le centre-ville de Lyon dans un appartement devenu trop grand et trop cher. Tiraillée entre ses contraintes de mère de famille « solo », l’absence de soutien familial, son impossibilité à faire garder son enfant et son besoin de travailler, elle étouffe et glisse peu-à-peu dans une espèce de fatalisme, usée à force de vouloir sortir de cette situation précaire sans y parvenir pourtant. Cette jeune femme est seule, terriblement seule. Et ses tentatives pour obtenir du soutien dans les forums de discussion ou auprès de son père, qui vit loin, restent vaines. Quand les premiers la culpabilisent et la jugent, sans nuance ni humanité, le second lui reproche de ne pas savoir élever son fils. Dans cet avenir bouché, alors que les difficultés financières s’accumulent, la jeune mère s’autorise une bouffé d’oxygène. La seule qui lui reste pour ne pas craquer : Quitter son appartement le soir alors que son fils y est endormi et parcourir les rues de Lyon. Avec un délicieux sentiment d’interdit. Pendant 5 minutes. Pendant 10 minutes. Pendant 20 minutes. Toujours un peu plus longtemps, toujours un peu plus loin. Mais jusqu’où ?

J’ai vraiment aimé ce roman, qui décrit si justement le quotidien de cette jeune mère dépassée mais qui serait prête à tout pour son enfant qu’elle aime au delà du possible. Une jeune mère que Carole Fives sait rendre extrêmement attachante et dont elle brosse un très beau portrait. Tant et si bien qu’au fur et à mesure des pages, on aurait envie de l’aider et qu’on est triste de la voir s’enfoncer ainsi. Sans pouvoir rien faire.

Tenir jusqu’à l’aube est aussi un roman à l’ambiance très pesante, comme si l’on attendait un drame à chaque page. Mais de drame, il n’y aura pas. C’est là toute la différence avec Chanson douce de Leïla Salami auquel ce livre me fait penser. La fin est très surprenante même si elle reste très ouverte. C’est une fin où -enfin- un soupçon d’espérance s’invite.

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Einstein, le sexe et moi

EinsteinEinstein, le sexe et moi, récit d’Olivier Liron, paru aux éditions Alma Editeur ne ressemble en rien à ce que j’ai lu, dans ma très longue vie de lectrice, jusqu’à présent. Ce livre est pour moi un OVNI. Mais un OVNI diablement bien écrit et absolument irrésistible d’humour. Même s’il n’est pas, en soi, un livre humoristique.

Einstein, le sexe et moi est le deuxième livre d’Olivier Liron, parisien et surdiplômé. Avec une différence toutefois. Olivier Liron est autiste Asperger. Il l’annonce, dès les premières lignes de son livre. Cette différence, « qui n’est pas une maladie », précise-t-il, lui vaut d’avoir de très grandes capacités intellectuelles et une mémoire d’éléphant. Mais aussi une fascination pour les dates, des difficultés à suivre une conversation ou à se faire des amis, une tendance à répéter les mêmes schémas dans les choses qui l’entourent et une angoisse devant un changement d’habitude.

En 2012, Olivier Liron a gagné plusieurs fois le jeu télévisé diffusé sur France 3 « Questions pour un Champion », présenté à l’époque par l’inénarrable Julien Lepers. Des victoires qui lui ont permis d’être sélectionné pour le tournoi « Questions pour un super Champion » qui voit s’affronter les meilleurs candidats. C’est la participation à ce tournoi que raconte Olivier Liron en un peu plus de 190 pages, que j’ai personnellement -presque- dévorées d’une traite. Olivier Liron nous emmène sur le plateau et dans les coulisses du célèbre jeu. Avec un humour et un sens de l’observation redoutable, il rejoue, comme au théâtre, son tournoi contre Jean-Michel, Renée-Thérèse et Caroline. Et nous fait, au passage, une description aussi réaliste que désopilante de Julien Lepers, à la virgule, à l’intonation près. C’est bien simple : On ne lit pas les paroles de Julien Lepers, non, on les a dans l’oreille ! Au delà, Olivier Liron s’y entend parfaitement pour décrire l’ambiance entre les candidats, la pression qui monte, les interruptions de tournage, les tics des uns et des autres. Bref, pour nous livrer un tableau très plaisant de la comédie humaine.

Si le jeu télévisé tient une place prépondérante dans le livre, les souvenirs d’Olivier Liron sont également présents, par petites touches semées au gré des questions posées par Julien Lepers. On apprend, ainsi, qu’Olivier Liron a souffert de sa différence au collège et au lycée, aussi bien à cause d’élèves que de professeurs. Il se livre aussi, avec une grande émotion et une parfaite lucidité, sur ses difficultés à se lier avec autrui, avec pour conséquence une entrée dans la vie sexuelle et amoureuse un peu, voire beaucoup, compliquée.

C’est très bien écrit, ça se lit très vite, c’est rempli d’humour et rien que pour le plaisir de retrouver un Julien Lepers au meilleur de sa forme, il faut lire ce livre.

Les souvenirs

Les_SouvenirsLes souvenirs (publié chez Gallimard mais disponible en format poche chez Folio) est le troisième roman de David Foenkinos que je lis.Et c’est une nouvelle fois un bonheur. J’adore vraiment l’écriture de cet homme, qui sait rendre ses personnages tellement vivants, tellement vrais, le tout avec un scénario crédible, qui pourrait arriver à chacun d’entre nous. Et si on ajoute à ce cocktail déjà bien alléchant, de l’humour et de l’émotion… Tout est prêt pour se lancer dans une lecture des plus agréables.

Mais revenons d’abord aux fondamentaux : Il parle de quoi ce roman ?

Ecrit à la première personne, Les souvenirs raconte l’histoire d’un jeune homme qui rêve de devenir écrivain, et qui, pour vivre en attendant l’inspiration, accepte un travail de veilleur de nuit dans un petit hôtel parisien. Quand commence le roman, il est surtout préoccupé par sa grand-mère qu’une mauvaise chute oblige à partir en maison de retraite et par son père, qui lui fait porter tout le poids de sa culpabilité et de son indécision constante. Le narrateur a à peine le temps de se rendre compte que ses  visites à sa grand-mère qu’il aime beaucoup sont de moins en moins fréquentes, que celle-ci disparaît. Son père étant trop préoccupé par son couple en train de se déliter et son angoisse perpétuelle, c’est à notre jeune narrateur que revient la charge de retrouver la grand-mère. Avec des conséquences sur sa vie qu’il est sans doute très loin d’imaginer.

Les Souvenirs est une très belle peinture des relations humaines, de la vie de couple,  des rapports entre les générations et de la vieillesse. David Foenkinos est vraiment excellent quand il dépeint les relations entre le narrateur et sa grand-mère, entre le narrateur et son père, entre ses deux parents ou encore quand il raconte les souvenirs des grands-parents du narrateur. Il est tout simplement juste, émouvant, drôle et vrai. D’ailleurs, la partie qui traite de la fuite de la grand-mère constitue pour moi la meilleure du roman.

Pour être tout-à-fait franche, j’ai été un peu moins convaincue par l’histoire d’amour vécue par le narrateur. Avec ses airs à la « Manon Lescaut », Louise, indécise et inconséquente amoureuse, m’a un peu -beaucoup- agacée. Mais c’est juste un bémol pour un livre plein d’émotion (mais pas gnangnan) et plein d’humour (mais jamais caricatural). Bref, c’est un livre qui fait du bien. C’est bien là l’essentiel, non ?

 

 

Ils vont tuer Robert Kennedy

Alors que je commence cette chronique, la première depuis au moins deux mois, je sais déjà qu’elle sera courte. A moins que l’inspiration ne me vienne en l’écrivant. Nous verrons bien. Je sais qu’elle sera courte car ce roman que je viens de terminer, Ils vont tuer Robert Kennedy, de Marc DIls-vont-tuer-Robert-Kennedyugain (Editions Gallimard) reste une énigme pour moi. J’ai mis un temps infini à lire ses 400 pages (je ne me souviens pas avoir déjà mis autant de temps à venir à bout d’un roman), je n’en pouvais plus de ce livre et aspirais vraiment à lire autre chose. Et pourtant, je n’ai jamais abandonné sa lecture. Un peu comme un pèlerin sur le chemin de Saint-Jacques-de Compostelle qui sait qu’il a 20 km à pied à faire chaque jour. Et qui poursuit la route, quelle que soit la lassitude. Tout en écrivant, je me rends compte que je suis en train d’analyser mon rapport à cette dernière lecture et que cette chronique ne sera peut-être pas si courte, finalement. Espérons qu’elle sera également intéressante… Bref, même si cette lecture fut fastidieuse, je ne me suis pas résolue à l’arrêter (chose que j’ai pourtant déjà faite souvent avec de précédents livres qui m’ennuyaient et/ou me désolaient et/ou m’agaçaient). Sans doute parce qu’au-delà du style de l’auteur qui, visiblement ne me convient pas (première lecture d’un livre de Marc Dugain, sans doute la dernière), j’ai aimé cette histoire. Je suis assez friande d’histoire politique en général. Et encore plus quand il s’agit de mystères pas tout-à-fait élucidés, comme c’est le cas pour les assassinats de John (1963) et de Robert Kennedy (1968). Or, dans Ils vont tuer Robert Kennedy, Marc Dugain n’entreprend rien de moins que de tenter de résoudre les derniers mystères autour de ces deux morts. Il le fait par le biais d’un professeur d’université d’histoire contemporaine canadien, persuadé que les morts tragiques de ses parents, survenues en 1967 et 1968, ont un lien avec les assassinats de John et de Robert Kennedy. Ce postulat de départ est prétexte à une analyse fouillée de l’Amérique des années 60 et aux raisons -multiples- qui ont pu conduire à ces deux assassinats. La « grande » histoire s’entremêle avec l’histoire des parents du héros, depuis la résistance française jusqu’aux mouvements indépendantistes irlandais, en passant par les Services secrets britanniques.

Mais ce qui aurait pu s’avérer une lecture très plaisante, un peu comme un polar, est, dès le départ, devenue un pensum à lire. Dès le départ car j’ai, d’entrée, était perturbée par le parti pris de l’auteur de remplacer le prénom « John » par celui de « Jack », pour désigner l’aîné des Kennedy. Pendant de longues pages, je n’ai pas compris qui était ce « Jack » qui semblait être « John ». J’ai même pensé à une erreur de l’auteur avant de me dire qu’un éditeur comme Gallimard n’aurait jamais laissé passer une telle énormité. Il aura fallu que je me connecte à Wikipédia pour apprendre que John Kennedy était appelé « Jack » par toute sa famille, et ses frères en particulier. Je ne suis pas certaine que le grand public ait eu connaissance de cette particularité. Un astérisque renvoyant à une explication en bas de page aurait vraiment été bienvenu et m’aurait évité bien des noeuds au cerveau.

Résumons : J’ai aimé cette histoire qui m’a vraiment beaucoup appris sur la société des années 60 aux Etats-Unis (mafia, bataille pour les droits civiques, guerre du Vietnam…) et sur les assassinats de John et de Robert Kennedy. Et paradoxalement, je n’ai pas aimé cette lecture beaucoup, beaucoup, beaucoup, trop poussive. Comprenne qui pourra !

Une putain d’histoire

putain d'histoireDe Bernard Minier, je ne connaissais que le nom que j’entends à la radio à chaque sortie de l’un de ses romans. Au ton employé par la personne chargée d’en faire la publicité, j’avais compris qu’il était auteur de thrillers et qu’il était l’un des romanciers français à vendre le plus dans l’hexagone. Et puis, cet été, en vacances dans la famille, j’ai vu l’une de mes cousines complètement happée par la lecture d’un roman de Bernard Minier. Il s’avère que mes dernières lectures ne m’avaient pas vraiment emballée, j’avais vraiment envie de retrouver cette sensation incomparable d’être prise par la lecture d’un livre jusqu’à avoir du mal à le poser 5 minutes.

J’ai acheté un roman de Bernard Minier. Le seul qui se trouvait au rayon livres du supermarché où je fais mes courses : Une putain d’histoire, en format poche, mais paru initialement aux éditions XO. Les critiques lues par ci par là étaient assez unanimes pour dire que ce n’était pas le meilleur de cet auteur révélé en 2011 par son premier thriller Glacé. C’est donc un peu circonspecte que j’en ai commencé la lecture. Mais avant de vous donner mon avis, commençons par le synopsis.

Sur une île au large de Seattle aux Etats-Unis, Henry, 16 ans, vit, heureux, avec ses deux mamans, Liv et France, un couple de lesbiennes qui l’a adopté quand il avait trois ans, après le décès de sa mère biologique qui l’élevait seule. Tout bascule toutefois quand sa petite amie, Naomie, est retrouvée assassinée sur une plage de l’île, tandis que sa mère demeure introuvable. Henry est effondré. Mais très vite, les images de vidéosurveillance qui montrent la violente dispute qui l’a opposé à Naomie sur le ferry qui les ramenait du lycée jusqu’à l’île la veille de la découverte du corps, le font passer d’amoureux désespéré à suspect numéro 1. Bien décidé à prouver son innocence, Henry se met en tête de découvrir la vérité, aidé par trois de ses amis lycéens. Sans imaginer une seconde qu’ils vont mettre les mains dans des secrets peu ragoutants dont un mystérieux maître-chanteur profite d’ailleurs pour s’en mettre plein les poches… La petite île tranquille n’est peut-être aussi tranquille qu’elle n’y paraît.

Ce roman m’a transportée de bout en bout. J’ai d’abord beaucoup aimé l’ambiance américaine décrite par Bernard Minier. Elle m’a paru tellement réaliste (bien que je n’ai jamais mis les pieds aux Etats-Unis) que, parfois, lisant une allusion à une actualité française, je me suis surprise à penser : « C’est sympa pour un auteur américain de mettre la France en avant dans ses romans » avant de me rappeler qu’il était écrit par un compatriote. J’ai adoré aussi la façon dont Bernard Minier fait monter la pression et le suspens, la façon dont il sème les fausses pistes. Evidemment, comme tout bon auteur de thriller, il sait aussi parfaitement poser ses rebondissements… juste avant de repartir sur un autre personnage afin de nous laisser tout le temps nécessaire pour cogiter sur cet élément nouveau qui vient mettre par terre toutes nos hypothèses… Bref, c’est un roman haletant jusqu’à ses toutes dernières pages qu’on a beaucoup, beaucoup de mal à lâcher une fois qu’on l’a entre les mains.

J’ai lu ici ou là que l’histoire manquait de crédibilité et qu’un tel scénario, dont toutes les pièces tombent à chaque fois au bon moment sans anicroche, c’est vrai, était sans doute plus facile à mettre en place dans la tête d’un romancier que dans la vie réelle. Peut-être… Mais personnellement, je n’ai pas eu ce sentiment. Sans doute parce qu’Une putain d’histoire est le premier roman de Bernard Minier que je lis et que l’on est peut-être plus indulgent avec les romanciers que l’on découvre pour la première fois.

En revanche, s’il est une chose qui m’a paru invraisemblable, c’est de mettre à plusieurs reprises de l’imparfait du subjonctif dans la bouche d’Henry, je le rappelle, un adolescent de 16 ans. Là, oui, pour le coup, je me suis dis que c’était un peu « too much ».

Mais ne boudons pas notre plaisir, ce roman de Bernard Minier, sans doute pas le meilleur de l’année sur un plan littéraire, remplit parfaitement son office : Nous faire passer un putain de bon moment de lecture.

 

Un mariage anglais

mariage anglaisJ’ai terminé Un mariage anglais (éditions Stock) de la Britannique Claire Fuller la semaine dernière, avec des sentiments confus. C’est la raison pour laquelle sans doute, j’ai attendu quelques jours avant d’écrire cette chronique. Parce que je dois bien avouer que je ne sais pas si j’ai aimé ou pas ce livre. En y réfléchissant, je pense que ce roman m’a surtout indifférée et ennuyée et que, finalement, je suis plutôt contente d’en avoir terminé la lecture pour pouvoir passer à autre chose, une lecture bien plus intéressante, par exemple.

Ce roman, qui raconte les désillusions maritales d’une mère de famille mystérieusement disparue, est pourtant très bien écrit et construit. Il y a une belle part de suspens et les rebondissements ne manquent pas. Mais cela ne suffit pas toujours à faire un livre intéressant. Enfin, à mes yeux.

Au fil des chapitres d’Un mariage anglais, l’histoire actuelle d’une famille composée d’un père vieillissant et malade et de ses deux filles, dans la vingtaine, se mêle avec celle, ancienne, de leur épouse et mère, sous forme de lettres que celles-ci a écrites avant de les cacher dans des livres de l’immense bibliothèque de la maison familiale… et de disparaître. C’était 10 ans plus tôt et cela se passe dans une toute petite île du sud de l’Angleterre. De lettre en lettre, on comprend le naufrage que le mariage de ce couple a été, après des débuts pourtant passionnels. Et on se demande s’il y a un lien avec cette disparition mystérieuse. Noyade accidentelle ? Suicide ? Disparition volontaire ? Personne ne sait, d’autant qu’aucun corps n’a jamais été retrouvé. De lettre en lettre, on sent aussi la profonde détresse de cette épouse, qui n’a jamais réussi à fuir un mari paresseux, bohème, menteur et volage (oui, oui, tout ça !) de 20 ans son aîné, et que la vie de mère au foyer insupportait. De lettre en lettre, j’ai fini par détester moi aussi ce père de famille, vieux-beau arrogant et insupportable, soutenu jusqu’au bout de sa maladie par ses filles, qui semblent ignorer tout de la triste vie que leur mère a vécue à cause de son inconsistance, lui, l’écrivain qui connut son heure de gloire avec un unique roman, avant de voir l’inspiration le fuir. De lettre en lettre, on espère enfin comprendre ce qui est arrivé à cette mère de famille. Et pourquoi ? Je dois préciser que mon intérêt pour ce roman s’est réveillé alors que j’atteignais sa trentaine de dernières pages, pensant avoir enfin la réponse à ce « pourquoi » ? Hélas, la fin très ouverte choisie par l’auteure permet toutes les suppositions et a contribué à rendre ce roman encore plus insaisissable à mes yeux.

Bref, un roman qui a beaucoup de qualités, qui décrypte très bien les relations de couple et les désillusions du mariage à côté duquel je suis visiblement passée et dont le souvenir s’effacera très vite de ma mémoire. Dommage… Je remercie néanmoins la plateforme Netgalley et l’éditeur Stock de m’avoir permis de découvrir ce roman.

 

Il est grand temps de rallumer les étoiles

CVT_Il-Est-Grand-Temps-de-Rallumer-les-Etoiles_3853Je n’aime pas les romans dits « feel good » ou encore « chick lit », ces roman légers qui se lisent très vite, sensés nous mettre d’humeur joyeuse grâce à une histoire (d’amour) cousue de fil blanc, à de l’émotion factice et à des hasards trop faciles. Je n’aime pas qu’on me balade sur des sentiers improbables, dans un décor de carton-pâte, avec des personnages trop beaux (ou méchants) pour être vrais.

Virginie Grimaldi fait partie de ces auteurs de romans « feel good » qui vendent des centaines de milliers d’exemplaires à chaque nouvelle parution. Je savais qu’elle avait été lauréate il y a quelques années du prix littéraire « Ecrire au féminin » pour une nouvelle que j’avais adorée. C’est pour cette unique raison que je me suis laissée tenter par son dernier roman (le quatrième en à peine quatre ans !) Il est grand temps de rallumer les étoiles dont son éditeur Fayard a bien voulu m’envoyer une version numérique via la plateforme Netgalley. Ce dont je le remercie.

Il est grand temps de rallumer les étoiles raconte l’histoire d’Anna, la quarantaine, divorcée et mère de deux filles adolescentes, Chloé et Lily. Mise au chômage du jour au lendemain, croulant sous les dettes, asphyxiée par ses filles qu’elle ne comprend plus, Anna décide d’emprunter le camping-car de son père et de partir avec Chloé et Lily pour un road-trip jusqu’au cercle polaire en Finlande. Histoire de respirer, histoire de se sortir, pour quelques semaines, du « merdier » dans lequel elle se trouve. Originalité du récit (parce que pour l’originalité de l’histoire, on repassera) : Il est raconté successivement par la voix d’Anna, de Chloé et de Lily.

Premières impressions en début de lecture : C’est bien écrit, indéniablement, c’est plein d’humour. Un bon point, donc.

Hélas, très vite, la belle mécanique s’enraille. La faute à trop d’invraisemblances et de situations caricaturales. Comment croire à ces deux vieux, rencontrés au hasard du road-trip qui, à 80 balais passés, se sauvent en camping-car de la maison de retraite où ils résident ? Comment croire à ce jeune couple qui part en road-trip pour mieux accepter sa future parentalité qui lui est tombée dessus par accident ? Comment croire à ces parents issus de la haute bourgeoisie parisienne « François et Françoise » dont les enfants s’appellent « Louis et Louise » (whaaa, trop drôle !) qui entament un road-trip dans un fourgon aménagé pour apprendre la vie à leur fille trop gâtée ? Comment croire en ce père qui fait un road-trip pour son fils autiste alors que sa méchante femme vient de le quitter « car un fils autiste, c’est trop dur » ? Comment croire au récit de Lily, 12 ans, dont le style et les mots utilisés conviennent bien davantage à une adulte ? (Quant à lui faire déformer les expressions et les proverbes sans doute pour faire plus « enfant », c’est rigolo au début mais au bout de 10, ça lasse). Ces gens-là ne travaillent-ils donc pas qu’ils puissent, quasi sur un coup de tête, tout larguer ? Et combien y avait-il de chances pour que ce petit monde se rencontre sur la route ? Aucune ! Sauf dans un roman de Virginie Grimaldi. Ou un scénario de « Camping paradis ».

Vous me direz, ces rencontres un peu trop belles, ces hasards qui tombent un peu trop bien, cette réalité esquissée à très gros traits, n’est-ce-pas la loi du genre ? Si sans doute. Alors, pourquoi m’obstiner à en lire alors que je sais que je vais être déçue et que je ne pourrais donc qu’écrire une chronique sévère, alors même que ce genre littéraire ravit des milliers et des milliers de lecteurs et lectrices ? En ce qui concerne Virginie Grimaldi, je sais : Je croyais que son vrai talent d’écriture et son humour me feraient oublier la vacuité du scénario. Hélas, non.

Terminons sur une note positive, néanmoins : Alors que je me posais la question d’arrêter ma lecture tant la fin du roman me paraissait prévisible et tant l’histoire et les personnages m’agaçaient, j’ai finalement eu envie de continuer. J’ai bien fait. Car avec une jolie pirouette, à quelques chapitres de la fin, Virginie Grimaldi réussit un très beau retournement de situation complètement inattendu et bien vu.

Allons, tout n’est pas à jeter dans les romans de Virginie Grimaldi. A réserver toutefois aux vrais amateurs du genre.