Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Mrs Creasy a disparu

mrs creasyAlléchée par le titre, par la couverture très colorée et par le bandeau qui annonçait une analogie avec les romans d’Agatha Christie, j’ai fait une demande de service de presse de Mrs Creasy a disparu à son éditeur, HarperCollins, via le site Netgalley.

Ecrit par la Britannique Joanna Cannon, ce roman se passe sous la canicule de l’été 1976 dans une petite ville anglaise. Ou plutôt, il se passe dans une avenue de cette petite ville. Une avenue où les voisins vivent un peu en huis clos et en espionnant plus ou moins ouvertement ce qu’il se passe chez les uns et les autres. C’est dans cette atmosphère étouffante, au propre comme au figuré, qu’un événement vient secouer les habitants : Mrs Creasy, la voisine du n°4, a disparu ! La petite Grace et son amie Tilly, 10 ans, décident de mener l’enquête. Très vite, le voisin du n°11 est soupçonné. Il faut dire qu’il a déjà été mêlé à une étrange histoire, arrivée 10 ans plus tôt. Depuis, dans l’avenue, plus personne ne lui parle.

Ce roman m’a beaucoup surpris. Par sa construction d’abord : Certains chapitres sont narrés par l’auteur, d’autres le sont par la petite Grace. Ces chapitre ont été mes préférés tant l’auteur a réussi à transcrire la candeur de cette petite fille de 10 ans, dont les réactions sont parfaitement réalistes, comme les propos, d’ailleurs. De ce fait, on sourit souvent en les lisant. Par l’histoire elle même ensuite :  Partie pour lire une enquête à la Agathe Christie, dont je suis fan, je me suis retrouvée avec ce que l’on pourrait appeler « un roman psychologique » ou « un roman de moeurs ». Plus qu’une enquête sur une disparition, ce roman est surtout une étude de personnages, qui, tous, cachent une faille : alcoolisme, perte de mémoire, incapacité à quitter le giron maternel, secret honteux inavoué… Ce roman est aussi une étude sur la puissance du groupe, accentué par l’entre-soi dans lequel il évolue, un groupe capable du meilleur comme du pire.

Globalement, j’ai aimé ce livre, j’ai aimé ces personnages borderline. Deux bémols toutefois : Je me suis sentie perdue au début avec la multiplicité des personnages de la rue, désignés sous le nom de « numéro 4 »,  « numéro 11 », « numéro 6 », bref, par le numéro de la maison qu’ils habitent. Cela ne facilite pas la mémorisation. Enfin, j’ai trouvé parfois que ce roman manquait de rythme, que l’histoire traînait, un peu comme si la torpeur qui a gagné les habitants sous la canicule avait aussi gagné le livre.

 

Publicités
Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Toutes les familles heureuses

hervé le tellierAvec son récit autobiographique, Toutes les familles heureuses, paru chez JC Lattès, Hervé Le Tellier explore sa drôle de famille sous toutes les coutures. Avec un titre ironique, puisque, s’il est une famille qui ne fut pas heureuse, c’est bien celle de Hervé Le Tellier. Parce que, dans la famille -composée, décomposée, recomposée- de l’auteur, les sentiments ne se disent pas et si l’on s’aime, c’est avec parcimonie.

Parisien, fils unique, Hervé Le Tellier a peu connu son père et a été délaissé par sa mère pendant sa prime enfance, celle-ci trop occupée à vivre, à Londres, son histoire d’amour avec celui qui deviendra son beau-père. Un beau-père insignifiant jusqu’à l’indigence dont l’auteur admire néanmoins la faculté à supporter sa mère, malgré ses obsessions, ses variations d’humeurs incessantes, son hystérie, son égoïsme, sa jalousie maladive, presque sa folie. Une mère compliquée, un père absent, un beau-père sans consistance… Voilà qui commence bien mal… Et pourtant, Hervé Le Tellier s’en accommode et raconte, souvent avec beaucoup d’humour et toujours avec une certaine distance, voire froideur, ce que fut sa famille. Ce faisant, il rend aussi hommage à ses grands-parents maternels, qui habitaient deux étages au-dessus de chez lui, et qui ont largement pallier les manquements paternels et maternels et l’ont sans doute beaucoup aider à se construire malgré tout.

C’est une histoire attachante que nous raconte Hervé Le Tellier. C’est une histoire que j’ai beaucoup aimée parce qu’elle ne tombe jamais dans le pathos, dans la tristesse, dans un essai perpétuel de comprendre aujourd’hui en s’appuyant sur hier. C’est une histoire de famille aux personnages très fouillés qui se lit comme un roman, dans laquelle le lecteur n’est jamais désagréablement placé en voyeur. C’est aussi une très belle plume, nuancée, drôle, qui sait rester légère même quand elle écrit des choses tristes. Bref, c’est une belle réussite.

 

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le tout dernier été

Comme j’imagine la plupart d’entre vous, j’ai beaucoup entendu parler, ces dernières semaines, de l’écrivaine Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, qui a été euthanisée le 2 octobre dernier dans un hôpital belge. Son histoire et les interviews qu’elle avait données m’avaient, peut-être pas bouleversée, mais en tout cas, sérieusement ébranlée. Et puis, le 4 octobre, son livre posthume Le tout dernier été est paru chez Fayard. J’avais très envie de le lire. J’ai donc fait une demande de lecture à l’éditeur via le site Netgalley. Sans grande conviction : Mon blog n’est pas parmi les plus lus et, vu le tapage médiatique, j’imagine que ce livre n’aura pas besoin de beaucoup de publicité pour se vendre. J’ai été très surprise, hier, de recevoir une notification m’indiquant que l’éditeur avait accepté ma demande. Ce matin, j’ai téléchargé le livre sur ma tablette, en me promettant de le commencer ce soir. Et puis, l’onglet « lire maintenant ? » s’est ouvert. Dévorée par la curiosité, j’ai cliqué sur « oui » en me jurant de ne lire que les deux ou trois premières pages. Au plus, le premier chapitre. Juste pour avoir une idée. Parce qu’il n’est pas dans mes habitudes de lire pendant la journée.

Je n’ai pas pu refermer ma tablette. J’ai lu sans discontinuer pendant deux heures, happée par les mots d’Anne Bert. Des mots très beaux, très forts, jamais pathétiques, jamais voyeurs, jamais dérangeants. Des mots qui m’ont bousculée au plus profond de moi. Parce qu’autant le dire tout de suite : On ne sort pas indemne de ce récit. Comment le pourrait-on devant tant de souffrance et de révolte ? Car c’est d’abord cela le récit d’Anne Bert : Une souffrance et une révolte indicibles devant ce corps qui devient ennemi, devant la promesse de l’enfer à venir. Une haine de ce que ce corps -qu’elle a pourtant tant aimé- est en train de devenir. Lisant ses mots, j’ai compris le souhait de cette femme de ne pas poursuivre plus loin le combat perdu d’avance : Quand on est arrivé au bout de la souffrance, au bout de ce qui est acceptable, où peut-on trouver le réconfort sinon dans la mort ? Malgré l’amour infini que lui portent son mari, sa fille, sa maman, ses amis nombreux, sa soeur, malgré leur présence exemplaire, malgré leur acceptation. Parce que  la souffrance,  la mort qui arrive, sont des moments si intimes qu’on est, malgré tout, toujours seul quand on les vit.

Mais le récit d’Anne Bert, c’est aussi paradoxalement un hymne à la vie et aux petites choses qui la font. C’est un hymne aux fleurs de son jardin, à ses arbres, à sa chère campagne charentaise, à l’océan, au vent qui glisse sur les jambes, aux merles qui chantent, c’est un hymne à la vie comme on en écrit seulement lorsque l’on sait que tout va s’arrêter bientôt.

Le récit d’Anne Bert, c’est enfin l’histoire glaçante -et forcément un peu dérangeante- d’une femme qui prépare sa mort. Presque sereinement, comme un soulagement, avant que l’émotion ne la rattrape parfois, à l’évocation d’un souvenir, devant le rire de sa fille, devant toutes les dernières fois. « On n’est pas sérieux quand on va mourir », ose Anne Bert. Dernière pirouette d’une femme qui aimait trop la vie pour se laisser mourir.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

L’homme du fond

Il m’aura fallu deux soirées pour lire L’homme du fond, un court roman (140 pages) d’Olivier de Solminihac, paru aux Editions de L’Olivier. Originaire de Lille, cet auteur est surtout connu pour ses ouvrages jeunesse qu’il publie régulièrement à L’école des Loisirs. C’est la première fois que je lisais ce romancier, rencontré au hasard d’un salon du livre. Si j’ai eu envie de découvrir L’homme du fond, c’est parce qu’une grande partie de l’intrigue se passe à Dunkerque. Or, il se trouve que Dunkerque est ma ville natale et que j’y suis toujours très attachée. Même si je sais qu’il y a bien d’autres endroits plus sympathiques pour naître, plus glamours, plus exotiques, moins ploucs oseront certains, Dunkerque est MA ville. Il paraît que ce sentiment d’appartenance est commun à tous les natifs de cette commune, parmi les plus septentrionales de France, nichée entre la Belgique (à l’est) et l’Angleterre (au Nord).

L’Homme du fond m’a plu d’abord pour l’écriture d’Olivier de Solminihac. J’ai adoré sa façon de décrire le quotidien, les choses banales qui font la vie, les sentiments, les humeurs… J’ai adoré aussi ses descriptions de Dunkerque, le Dunkerque d’il y a 25 ans, qui devient quasi un personnage du roman. Je pense que l’auteur et moi devons avoir plus ou moins le même âge et avoir vécu à Dunkerque plus ou moins au même âge. C’est vrai, c’est là tout-à-fait subjectif je vous l’accorde, ça m’a fait plaisir de retrouver  le Dunkerque d’avant, avec ses enseignes disparues et ses endroits aujourd’hui complètement redessinés.

Il m’est difficile d’écrire un résumé de ce roman car, bizarrement, il n’est pas construit autour d’une intrigue, avec un début et une fin bien définie. L’homme du fond raconte la vie d’un narrateur -qui dit « nous » et pas « je » quand il s’exprime- depuis sa petite enfance jusqu’à l’âge adulte, par petites touches emplies d’émotion. Arrivé à l’âge adulte, justement, le narrateur achète une maison à Rosendäel, un quartier de Dunkerque, pour y loger sa famille. Il est dérangé dans sa vie de tous les jours par le regard incessant d’un homme sans âge qui les observe en fumant depuis le vasistas de son appartement, qui surplombe le fond de son jardin. Par sa présence insidieuse, l’homme du fond perturbe le quotidien du narrateur et de sa famille, qui, et c’est une digression dont je n’ai toujours pas trouvé le  sens après avoir refermé le livre, se mettent à faire des recherches l’histoire de Dunkerque pendant la 2ème guerre mondiale à la faveur d’une plaque commémorative trouvée sur un mur voisin. S’ensuit plusieurs chapitres sur l’Opération Dynamo, événement très important de la 2ème guerre mondiale que nos manuels d’histoire n’ont pas retenu mais que vient de remettre au goût du jour le cinéaste anglais Christopher Nolan dans son film de guerre « Dunkirk ». Et pendant ce temps, l’homme du fond observe toujours, sans que les tentative de la famille pour le déloger ne réussissent.

Bref, un roman écrit d’une plume particulièrement belle, qui interroge sur la condition humaine tout en subtilité mais déroutant aussi par bien des aspects.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

La fille à la voiture rouge

voiture rougeJe n’irai pas par quatre chemins : Cette fille à la voiture rouge m’a agacée de bout en bout. Je ne parle pas du livre en lui-même, mais bien de l’héroïne de ce roman dont l’auteur, Philippe Vilain, dissèque jusqu’à la lie le sentiment amoureux. Je remercie d’ailleurs l’éditeur, Grasset, qui m’a offert la lecture de ce livre, par le biais du site Netgalley.

Mais, commençons par l’histoire : Un écrivain à succès, dont on peut penser qu’il est Philippe Vilain lui-même, la petite quarantaine, rencontre à la Sorbonne une étudiante en lettres de 20 ans. Elle s’appelle Emma Parker, elle est belle, fille d’un diplomate américain, roule en Porsch rouge et côtoie la jeunesse dorée germanopratine. Avec insolence, avec désinvolture et en petite fille gâtée. D’entrée, l’auteur est subjugué par la jeune femme. Une liaison se noue, passionnée, inattendue qui bouleverse l’auteur. Mais un jour, Emma apprend à son amant qu’elle est condamnée à courte échéance, depuis qu’un accident de voiture dans lequel son fiancé de l’époque est mort, lui a provoqué un hématome non opérable au cerveau. La liaison prend alors une toute autre tournure.

Ce livre me laisse perplexe… Pour tout vous dire, je ne sais pas vraiment où le classer. Certains aspects m’ont déçue ou à tout le moins, ennuyée, d’autres m’ont énormément plu. D’où ce sentiment bizarre, ce goût d’inachevé. Il faudrait que je pense à ouvrir une nouvelle rubrique « Une femme et des livres a moyennement aimé ».

Ce qui aurait dû conduire tout droit ce roman à la rubrique « Une femme et des livres a lu et n’a pas aimé »

  • L’héroïne. J’ai détesté son immaturité, son côté très enfant gâté, son égoïsme, cette façon de se comporter comme si tout lui était dû, son inconstance… Bref, elle m’a énervée de bout en bout et ça fait beaucoup pour un seul livre.
  • Le héros. Lui, c’est plus le côté : « Je me complais dans la souffrance…  » qui m’a été très pénible. Résumons : Je sais qu’elle me fait souffrir mais je reste quand-même, je sais que je devrais partir mais je reste quand-même, nous n’avons plus rien à faire ensemble mais je reste quand-même, elle n’est pas faite pour moi, elle me ment, elle se joue de moi mais je reste quand-même… Bref, je l’aime alors j’attends qu’elle me quitte. Le mode : « Ne me quitte pas » (Jacques Brel), ça va bien un peu. Une moitié de roman -même court- ça commence à être lourd.
  • La lenteur du roman. Avant d’être romancier, Philippe Vilain est essayiste et cela se sent. Plus qu’un roman, on a l’impression de lire un essai sur le sentiment amoureux : Comment il commence, comment il se vit avant de s’enrayer et de se terminer. Du coup, il n’y a pas vraiment d’action. On écoute l’auteur nous raconter une histoire, son histoire. Parfois, cela m’a semblé bien long.
  • Sa vision très méprisante de la province que l’auteur dit malgré tout aimer « parce qu’il est sûr de ne plus jamais y habiter ». Mention spéciale pour sa description de Limoges, assurément nommée dans la catégorie : « ville la plus plouc de l’année ». Je n’y ai personnellement jamais mis les pieds mais je pense que les Limougeauds apprécieront -ou pas.

Ce qui sauve le roman de la rubrique « Une femme et des livres a lu et n’a pas aimé »

  • L’écriture de Philippe Vilain : sensible et émouvante. Ses descriptions des deux personnages, les situations qu’ils vivent qui sonnent tellement justes, sa façon de décrire les sentiments amoureux mais aussi les doutes et les peurs qui assaillent les nouveaux amants.
  • Le dernier chapitre du livre : Il m’a tout simplement bouleversé.
  • Le rebondissement spectaculaire qui intervient à la moitié du roman.

Maintenant, à vous de voir !

 

 

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

La maison des Turner

la maison des turnerDeux choses m’ont poussée à faire une demande de lecture de La maison des Turner aux Editions Les escales via le site Netgalley : Il y a longtemps que je n’avais plus lu de roman américain et, de surcroit, celui-ci se passe à Detroit, capitale de l’état du Michigan. Or, cet été, j’ai reçu chez moi deux jeunes américaines de cette région pendant une petite semaine, dans le cadre d’un échange culturel avec l’école de musique de ma ville. Cela me plaisait donc assez de plonger dans l’ambiance de cet endroit, dont je ne connais finalement pas grand chose.

Le voyage fut agréable. J’ai bien aimé ce premier roman d’une jeune afro-américaine, Angela Flournoy (traduction française de Anne-Laure Tissut), qui a reçu de nombreux éloges outre-Atlantique et a même été finaliste de plusieurs prix littéraires. La maison des Turner, la maison d’une famille afro-américaine qui compte 13 enfants devenus adultesest donc située à Detroit et quand s’ouvre le roman, elle est en plein désarroi : Mme Turner, veuve, malade et vieillissante, ne peut plus payer ses traites et la maison ne vaut plus un clou, du fait de la crise des subprimes. Elle est soignée chez son fils aîné, Charles, dit Cha-Cha, chauffeur poids-lourd de 64 ans. La question que tous les enfants se pose est donc : « Que faire de cette maison ? » Evidemment, chacun a son idée, qui ne correspond pas à celle du frère ou de la soeur, selon la situation sociale que chacun d’entre eux occupe.

La maison des Turner est un roman de famille. Et comme dans tous les romans de famille, l’auteure s’attache à raconter l’histoire de ses membres, quitte à laisser la question de départ « Que fait-on de la maison ? » en arrière-plan : Cha-Cha, le patriarche, dont la réussite sociale cache un profond mal-être, Lelah la plus jeune, embourbée dans des problèmes d’addiction au jeu ou encore Troy, ancien militaire devenu flic que la morale n’étouffe pas… Grâce à de nombreux retours dans le passé, au moment où les parents Turner, venus du sud, s’installent à Detroit, Angela Flournoy rappelle aussi la lutte à laquelle les Afro-américain ont dû se livrer pour obtenir le respect de leurs droits élémentaires. Le roman s’attache aussi à décrire la grandeur et la décadence de Detroit, florissante sous l’ère de l’industrie automobile et aujourd’hui, touchée de plein fouet par la crise.

La maison des Turner est un joli roman, plein d’émotion, d’humour aussi (sans tomber dans la caricature), qui se lit très vite et offre un très agréable divertissement. Sans être experte en culture américaine, je pense qu’il offre aussi un beau tableau de l’Amérique d’aujourd’hui.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Jamais sans elles

Ce sont des soeurs, des filles, des épouses, des maîtresses, des nièces, des collaboratrices… Elles ont toutes gravité dans l’entourage de « grands » hommes et toutes ont influencé leur vie personnelle, leur prise de position, leur carrière d’une façon ou d’une autre. On oserait même dire que, sans elles, le destin de ces hommes n’auraient peut-être pas été aussi glorieux. « Cherchez la femme », dit l’adage populaire… Toutes ces femmes, Patrice Duhamel , journaliste, et Jacques Santamaria, réalisateur et scénariste, en brossent de jolis portraits dans leur dernier ouvrage, Jamais sans elles, sorti chez Plon. 

Chaque portrait forme un chapitre très plaisant à lire, pour qui aime l’histoire et la politique. C’est mon cas. Les portraits consacrés à François Mitterrand, François Hollande, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy ne sont pas les plus intéressants, tant leur histoire, et les femmes qui les ont accompagnés, est connue. En revanche, j’ai beaucoup aimé me replonger dans l’histoire tumultueuse de Talleyrand, amoureux à un âge vénérable de sa nièce par alliance, Dorothée, dont il aura d’ailleurs un enfant, et dont l’influence sur ses décisions politiques, et donc sur l’histoire de notre pays, est indéniable. J’ai aimé aussi la relation épistolaire très touchante qui se noue entre Emile Combes, président du conseil en 1902, laïcard convaincu, et la princesse Jeanne Bibesco, prieure du couvent des carmélites d’Alger. Lequel avoue alors n’être « plus maître de lui comme avant » et risquant sa place à tout moment si cette correspondance venait à être connue.  Mon coeur de midinette a aussi été touché par la relation fusionnelle entre Vincent Auriol et son épouse Michelle, entre Georges Pompidou et son épouse Claude ou encore entre René Coty et son épouse, l’inénarrable Germaine, qui déclara à la journaliste venue l’interviewer, alors que son mari venait d’être élu président de la République : « Et dire que j’ai rentré mon charbon pour l’hiver ».

Au delà de ses anecdotes, parfois très drôles, cet ouvrage vaut le coup d’être lu pour la plongée dans l’histoire de France qu’il propose. Rigoureux, instructif et divertissant.