Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Celle qui fuit et celle qui reste (L’amie prodigieuse III)

celle qui fuitJe viens de terminer le 3ème tome de la saga romanesque de l’énigmatique Elena Ferrante, commencée avec l’amie prodigieuse et parue chez Gallimard. Dans celle qui fuit et celle qui reste, nous retrouvons bien-sûr les deux héroïnes napolitaines, Lila et Elena. Et c’est un vrai bonheur tant je me suis attachée (comme une très grande majorité de lecteurs à travers le monde) à ces deux personnages, à Naples et à toute l’Italie où se déroule cette histoire. Lila et Elena sont maintenant deux jeunes femmes qui approchent de la trentaine, dans les années 1970. « Celle qui reste », c’est Lila. Séparée de son mari, le riche commerçant Stefano, suite à sa liaison passionnée avec Nino, elle vivote désormais avec Enzo, un ami d’enfance, et son fils Gennaro, dans un quartier misérable de Naples. Employée comme ouvrière dans une usine de charcuterie, elle trime pour un salaire de misère tout en subissant les mains baladeuses de ses collègues et de son patron. Mais Lila reste fière, debout, et continue de faire l’admiration de la narratrice, Elena, « Celle qui fuit », avec laquelle l’écart social ne cesse de se creuser. Diplômée de l’université, écrivain qui a rencontré un certain succès dans toute l’Italie avec son premier roman, elle est désormais mariée à Pietro, fils d’intellectuels milanais et lui-même professeur d’université à Florence. Mère de deux petites filles, Elena s’ennuie intellectuellement dans sa vie de femme au foyer, sans trouver l’ambition d’écrire un nouveau roman et déçue par un mari dont elle ne supporte bientôt plus les angoisses existentielles.

Celle qui fuit et celle qui reste continue de disséquer le sentiment amical qui lie « à la vie, à la mort », Lila et Elena. Et pourtant, les deux amies, nées dans les années 40 dans le même quartier populaire de Naples, filles d’ouvriers bien plus à l’aise avec le patois napolitain qu’avec l’italien, ont désormais des vies diamétralement opposées, fruit de leur choix de vie, entre Lila qui a arrêté ses études au collège et s’est mariée à 15 ans et Elena qui a réussi à convaincre ses parents de la laisser poursuivre des études, et ainsi, échapper à son milieu. Tout n’est pas aussi simple pourtant : Elena envie la volonté farouche de Lila de s’en sortir et son engagement auprès des salariés exploités, elle qui peine à trouver sa place dans un milieu intellectuel qui reste condescendant vis-à-vis de ses origines sociales modestes. Quant à Lila, elle envie la réussite sociale et intellectuelle d’Elena et son beau mariage inespéré avec un professeur d’université, riche, cultivé et éduqué.

Lisant ce 3ème tome, je me suis souvent demandée comment cette amitié, faite aussi de trahisons, de compétition et de jalousie de part et d’autre, pouvait tenir. Comme si Elena et Lila, au delà de tout ce que les oppose, avaient besoin l’une de l’autre pour avancer. A la fin des deux premiers tomes, Lila donnait l’impression de gagner sur Elena. C’est l’inverse qui se produit ici avec une Elena qui parvient enfin à se libérer de l’emprise de Lila, afin de vivre sa vie comme elle l’entend, quitte à envoyer promener tous ses principes. Il me tarde vraiment de savoir comment ces deux-là vont évoluer. Je m’étais jurée d’attendre la sortie « en poche » du 4ème et dernier tome de la saga, L’enfant perdue, sorti il y a quelques semaines. Après avoir refermé mon livre hier soir, je ne suis plus sûre de pouvoir attendre…

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