Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Reste le chagrin

Reste le chagrin est un premier roman écrit par Catherine Grive, publié chez JC Lattès, dont l’idée de départ m’a séduite : A l’initiative de général Pershing, le Congrès américain a organisé entre 1930 et 1933 des « pèlerinages » appelés « Gold star mothers » pour les mères et les veuves -non remariées- de soldats américains morts pendant la Première guerre mondiale et enterrés sur le sol français. Ces voyages collectifs s’effectuaient en paquebot entre New-York et Cherbourg. Les bénéficiaires n’avaient rien à payer et, quelle que soit leur classe sociale, voyageaient en première. Après une traversée de sept jours, elles étaient acheminées en bus jusqu’à Paris où un comité d’accueil, en grandes pompes, les attendait. Après quelques nuits passées dans les meilleurs palaces de la capitale et quelques visites culturelles, ces mères et veuves étaient conduites dans le cimetière où reposait leur fils ou leur mari. Avant de reprendre le paquebot. Reste-le-chagrin

C’est cet épisode méconnu de l’après Première guerre mondiale qui a inspiré Catherine Grive. L’héroïne de son roman, Catherine Troake, est l’ex-épouse d’un richissime homme d’affaire, habitante de New-York. Elle participe, avec une vingtaine d’autres dames venues de tous les coins des Etats-Unis, au premier des « Gold star mothers ». Arrogante, méprisante même, envers ses compagnes de voyage, Catherine Troake n’inspire pas, d’emblée, la sympathie. Au fil des pages, on comprend que son attitude cache une souffrance extrême que les années n’ont pas atténuée : La mort de son fils, Alan, 18 ans, engagé dès 1914 auprès des Français dans la Légion étrangère et tué alors que les combats venaient à peine de commencer.

Catherine Troake est une mère possessive, exclusive, qui vouait une admiration presque malsaine à son fils, qui l’a d’ailleurs conduite à délaisser ses deux filles aînées et son mari, ce qu’elle assume avec une franchise qui m’a mise un peu mal à l’aise. Le jour où Alan est mort, tout s’est donc arrêté pour Catherine qui a même fini par couper les ponts avec ses deux aînées et à divorcer de son mari. 14 ans après, la douleur est aussi prégnante et la vie de Catherine se résume à culpabiliser et à se morfondre dans la plus profonde des solitudes.

Evidemment, écrit comme cela, vous êtes en droit de vous demander ce qui m’a plu dans ce roman si sombre. Je pense d’abord que c’est l’écriture de Catherine Grive que j’ai aimée, une écriture toute en retenue, presque minimaliste. J’ai aimé aussi la façon dont l’auteur fait évoluer son personnage à la faveur d’un rebondissement qui intervient à mi-parcours du livre. Un rebondissement qui ouvre les yeux de Catherine sur un côté de son fils qu’elle ne connaissait pas, qui fait vaciller ses certitudes et lui donne l’opportunité, enfin, de commencer sa reconstruction. Reste le chagrin est un très beau roman sur le deuil, sur la souffrance et sur la façon dont chacun essaie de continuer à vivre. Malgré tout.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s