Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le tout dernier été

Comme j’imagine la plupart d’entre vous, j’ai beaucoup entendu parler, ces dernières semaines, de l’écrivaine Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, qui a été euthanisée le 2 octobre dernier dans un hôpital belge. Son histoire et les interviews qu’elle avait données m’avaient, peut-être pas bouleversée, mais en tout cas, sérieusement ébranlée. Et puis, le 4 octobre, son livre posthume Le tout dernier été est paru chez Fayard. J’avais très envie de le lire. J’ai donc fait une demande de lecture à l’éditeur via le site Netgalley. Sans grande conviction : Mon blog n’est pas parmi les plus lus et, vu le tapage médiatique, j’imagine que ce livre n’aura pas besoin de beaucoup de publicité pour se vendre. J’ai été très surprise, hier, de recevoir une notification m’indiquant que l’éditeur avait accepté ma demande. Ce matin, j’ai téléchargé le livre sur ma tablette, en me promettant de le commencer ce soir. Et puis, l’onglet « lire maintenant ? » s’est ouvert. Dévorée par la curiosité, j’ai cliqué sur « oui » en me jurant de ne lire que les deux ou trois premières pages. Au plus, le premier chapitre. Juste pour avoir une idée. Parce qu’il n’est pas dans mes habitudes de lire pendant la journée.

Je n’ai pas pu refermer ma tablette. J’ai lu sans discontinuer pendant deux heures, happée par les mots d’Anne Bert. Des mots très beaux, très forts, jamais pathétiques, jamais voyeurs, jamais dérangeants. Des mots qui m’ont bousculée au plus profond de moi. Parce qu’autant le dire tout de suite : On ne sort pas indemne de ce récit. Comment le pourrait-on devant tant de souffrance et de révolte ? Car c’est d’abord cela le récit d’Anne Bert : Une souffrance et une révolte indicibles devant ce corps qui devient ennemi, devant la promesse de l’enfer à venir. Une haine de ce que ce corps -qu’elle a pourtant tant aimé- est en train de devenir. Lisant ses mots, j’ai compris le souhait de cette femme de ne pas poursuivre plus loin le combat perdu d’avance : Quand on est arrivé au bout de la souffrance, au bout de ce qui est acceptable, où peut-on trouver le réconfort sinon dans la mort ? Malgré l’amour infini que lui portent son mari, sa fille, sa maman, ses amis nombreux, sa soeur, malgré leur présence exemplaire, malgré leur acceptation. Parce que  la souffrance,  la mort qui arrive, sont des moments si intimes qu’on est, malgré tout, toujours seul quand on les vit.

Mais le récit d’Anne Bert, c’est aussi paradoxalement un hymne à la vie et aux petites choses qui la font. C’est un hymne aux fleurs de son jardin, à ses arbres, à sa chère campagne charentaise, à l’océan, au vent qui glisse sur les jambes, aux merles qui chantent, c’est un hymne à la vie comme on en écrit seulement lorsque l’on sait que tout va s’arrêter bientôt.

Le récit d’Anne Bert, c’est enfin l’histoire glaçante -et forcément un peu dérangeante- d’une femme qui prépare sa mort. Presque sereinement, comme un soulagement, avant que l’émotion ne la rattrape parfois, à l’évocation d’un souvenir, devant le rire de sa fille, devant toutes les dernières fois. « On n’est pas sérieux quand on va mourir », ose Anne Bert. Dernière pirouette d’une femme qui aimait trop la vie pour se laisser mourir.

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