Publié dans Une femme et des livre participe à #10dumois

J’ai attrapé un coup de soleil #10dumois

10 juillet, nouveau rendez-vous #10dumois ! Je vous en donne le thème, choisi par mon amie blogueuse Egalimère à l’origine de ce défi mensuel entre blogueurs : « J’ai attrapé un coup de soleil ». Comme souvent, j’ai eu envie de vous parler de mon enfance. Voici donc mon texte où il est question de poulets, d’oeufs, de moissonneuse-batteuse, de plage, de camping. Et de mes frères aussi. A la fin de mon texte, vous trouverez un lien qui vous permettra de lire que ce que ce thème a inspiré aux autres blogueuses et blogueurs, habitués de ce rendez-vous. 

entre 10 blogs

Enfants, nous ne sommes jamais partis en vacances. Ou si peu. C’était ainsi : Les vacances ne faisaient pas partie du mode de vie de mes parents. Mes frères et moi n’en avons jamais été malheureux. A nos camarades de classe qui nous demandaient où nous partions l’été, nous répondions invariablement : « Nous, on part pas en vacances, on peut pas, y’a la moisson ». Il y avait aussi les poules et les poulets de maman qu’on aurait difficilement pu emmener dans nos bagages. Sans compter les groseilles, les prunes et les pommes à cueillir, les radis et les salades à manger, les poireaux à repiquer, les pommes-de-terre à buter, les petits pois à écosser et les haricots verts à mettre en bocaux.

Nous, les vacances, c’était la ferme et on adorait ça ! Alors, si j’ai attrapé un coup de soleil, enfant, c’est plus en gambadant dans les champs qu’en faisant des pâtés de sable sur une plage. La plage, elle n’était pourtant qu’à quelques centaines de mètres de la ferme, juste après la dune et le camping. Mais on y allait peu, sauf parfois le dimanche. Maman détestait l’inactivité. Papa aussi. De ma vie, je pense n’avoir vu maman assise sur une plage qu’une seule fois. Elle nous avait accompagnés, mes frères et moi. Pour nous faire plaisir, sans doute. Installée bien droite sur sa petite serviette, elle était la seule à avoir garder sa jupe ample, son t.shirt et son gilet, comme si elle s’excusait d’être là. De temps en temps, je la voyais sourire à une connaissance mais intérieurement, je savais qu’elle s’en voulait d’être sur cette plage en plein après-midi d’un jour de semaine à ne rien faire. C’était tout simplement inconcevable pour elle.

poulets

Nous, les vacances, c’était la ferme et on adorait ça ! Je me souviens des samedis matins où j’accompagnais maman dans sa tournée. J’étais tellement fière ! Comme d’habitude, papa avait rabattu la banquette arrière en skaï marron de la Renault 6 verte familiale pour laisser la place aux poulets fermiers élevés au grain, et aux œufs que maman vendait. Heureuse époque ! Je m’installais sur le siège avant à côté de maman que j’avais, plaisir suprême, pour moi toute seule ! Dès 8 heures, nous partions, le coffre rempli de volaille fraîchement tuée et d’œufs tout juste pondus. Au fil des ans, maman s’était bâtie une solide clientèle dans les quartiers autour de la ferme. Elle m’indiquais à quelle porte je pouvais sonner. Ce que je faisais volontiers tout en récitant à très haute voix une phrase que j’avais conçue toute seule : « Maman, elle est là avec ses œufs et ses poulets ! » « J’arrive ma p’tite fille », me répondait les clientes, qui débarquaient souvent -du moins pour les premières d’entre elles- en peignoir à fleurs et bigoudis, la boîte à œufs sous le bras. Ca m’épatait de voir sortir ces dames en peignoir dans la rue, moi qui ne voyais jamais maman autrement qu’habillée de la tête au pied, même le dimanche, même très tôt le matin, même dans la maison. A une seule occasion, toutefois, je fus très vexée par la réponse que me fit l’une des dames en peignoir : « J’arrive mon p’tit garçon ! » répondit-elle à mon coup de sonnette. Il faut dire que maman, découragée par mes cheveux mi-longs bouclés qu’elle n’arrivait jamais à coiffer convenablement avait fini par demander au coiffeur de « me les couper bien courts une bonne fois pour toute ». Avec maman, on s’amusait bien pendant la tournée. Parfois, maman débrayait et elle me disait : « Vas-y, passe la vitesse ! » Des fois, par contre, on s’amusait moins. Comme la fois où maman a grillé un feu rouge à un carrefour désert avec la fourgonette de la gendarmerie juste derrière nous…

Pendant l’été, maman, qui avait le sens du commerce, doublait sa tournée hebdomadaire matinale par une visite au camping en fin d’après-midi. La gérante la connaissait bien et dès qu’elle voyait la R6 verte se garer à côté de l’accueil, elle mettait en route son haut-parleur qui hurlait à destination des vacanciers : « La fermière vous attend à l’entrée du camping avec ses œufs et ses poulets ». Le camping, c’était encore mieux ! Depuis la voiture, j’observais les gens en tongs et maillots de bains, une serviette nouée autour de la taille, aller et venir, je regardais les tentes, les caravanes, les auvents, les barbecues et les transats avec envie. Du haut de mes 10 ans, je me disais que ça devait être super chouette des vacances au camping. A côté de la voiture de maman, il y  avait souvent une vendeuse de pizzas. Elle était gentille et moi je l’aimais bien. Alors, parfois, pendant que maman vendait sa volaille et ses œufs, moi, je montais dans son camion et je l’aidais à préparer la pâte. Il arrivait même que j’aie le droit de rendre la monnaie et de manger une part de pizza. Le camping, c’était vraiment cool !

moisson2

Nous, les vacances, c’était la ferme et on adorait ça. Mais ce qu’on adorait par dessus tout, c’était la moisson ! Quand on voyait papa sortir la moissonneuse-batteuse du hangar, on était tellement fiers ! Diantre ! C’était notre papa, quand-même, qui conduisait cet engin qui paraissait tellement démesuré à nos yeux d’enfants, cet engin dont on n’avait pas le droit d’approcher de trop près, sous peine de punition. Je me souviens de journées très chaudes, de la cuisine envahie par le bourdonnement des mouches, de la télé en sourdine avec l’étape du Tour de France en noir et blanc, de maman dans son grand tablier  bleu marine en train de repasser, de mes frères et moi courant dans la cour de la ferme. Et du goûter, sur le coup des 17 heures, qu’on allait apporter à papa dans les champs. Pendant qu’il dévorait ses tartines de confiture tout en buvant du café brûlant sorti d’un thermos, le visage noirci par la poussière, mes frères et moi courions dans le champs, avec un seul espoir en tête : Avoir le droit de faire un tour de moissonneuse batteuse. C’était notre récompense de l’été, nos seules vacances à nous. Ce tour en moissonneuse-batteuse, on ne l’aurait loupé pour rien au monde ! Alors, quand papa disait « oui », après nous avoir fait un peu languir, il ne nous fallait pas plus d’une seconde pour monter à l’échelle et nous retrouver là-haut sur la plate-forme. Papa nous calait tous les trois, faisant en sorte que nous ne le gênions pas trop dans sa conduite tout en étant en sécurité. Je me souviens du grand levier grinçant que papa actionnait pour mettre en route la coupe à l’avant. Un autre levier et c’était les lames qui se mettaient à se croiser à toute vitesse dans un bruit infernal. Et enfin, la moissonneuse-batteuse démarrait doucement, nous secouant comme des pruniers. Qu’importe, juchés sur l’énorme engin, les cheveux balayés par le vent, nous étions les rois du monde ! Et on riait, on riait tellement d’être tout là haut avec papa. Voir les premiers épis de blé tomber dans la coupe était pour nous un bonheur sans nom. Quant à maman, les tours en moissonneuse-batteuse, elle s’en fichait un peu. Alors, assise sur un andin de paille, le grand panier en osier du goûter à côté d’elle, elle nous faisait de larges signes de la main de loin, heureuse sans doute de nous voir si heureux.

Nous, les vacances, c’était la ferme et on adorait ça. Une année, pourtant, on n’a pas adoré du tout. C’était en 1998. C’est une année bizarre, qu’on a commencé à cinq et fini à trois. Cette année-là, maman est partie en avril, Laurent en juillet, à quelques jours de mettre en route la moissonneuse-batteuse. Alors, bien-sûr, cette moisson, il fallut la faire quand-même. Et la moissonneuse-batteuse, on l’a mise en route. A trois. Mais courir dans les champs, apporter le goûter, faire un tour en batteuse, tout ça, ça avait un goût étrange, presque détestable. Cette année-là, papa m’a dit que, pour la première fois de sa vie, il avait fait la moisson avec une boule au fond de la gorge qui ne le quittait pas et l’impression qu’une bête lui mangeait les tripes de l’intérieur.

Les contributions des autres blogueuses et blogueurs sont à retrouver ici !

 

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Un commentaire sur « J’ai attrapé un coup de soleil #10dumois »

  1. Comment me faire passer du sourire de vous imaginer si heureux à la tristesse de cette année… Tes mots raisonnent si justement qu’ils font naître des émotions très fortes. Merci pour cette magnifique participation.

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