Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Dieu, les affaires et nous

d'ormesson

Jean d’Ormesson, grand témoin de ce siècle et du précédent, nous offre dans « Dieu, les affaires et nous » un demi-siècle de chroniques publiées dans Le Figaro entre le 10 mai 1981 (Arrivée de François Mitterrand au pouvoir) et le 7 janvier 2015 (attentat à Charlie Hebdo). Soit un pavé de près de 700 pages qui nous replonge dans l’histoire politique récente de notre pays mais aussi, plus généralement, dans les conflits, les heurts et les avancées qui ont émaillé le monde depuis 30 ans.

Jean d’Ormesson est un écrivain talentueux, doué d’une finesse d’esprit peu commune. Relire l’histoire sous sa plume est un donc vrai bonheur, même si cette relecture est forcément biaisée par les prises de position très affirmées de l’auteur. Jean d’Ormesson n’est pas un homme de gauche, tout le monde le sait, et cela transpire à toutes les pages. Il s’enflamme dès qu’il s’agit de socialisme « à la française », comme il dit, et plus encore de « communisme », pour lequel il n’éprouve qu’effroi et qu’il n’aura de cesse de dénoncer. En même temps, on sent chez Jean d’Ormesson un profond respect et une grande admiration pour l’homme de Lettres et de culture qu’était François Mitterrand. Même s’il ne lui pardonne rien en matière politique et économie. Cette admiration pour l’ancien président de la République rend d’autant plus incompréhensible le piédestal sur lequel Jean d’Ormesson place Nicolas Sarkozy, dont on ne peut pas dire que la littérature et la culture soient les premières préoccupations… Et cependant, l’auteur pardonne tout à Nicolas Sarkozy, mettant ses erreurs sur le compte d’une trop grande impulsivité et d’une volonté de n’être pas différent des hommes et des femmes du peuple.

Ce qui m’a frappée à la lecture de ce livre, c’est de voir à quel point l’histoire, et surtout l’histoire politique, se répète avec une constance consternante depuis 30 ans. Voici ce qu’écrivait Jean d’Ormesson le 24 décembre 1992 : « Personne ne peut reprocher à M. Mitterrand et aux socialistes de n’avoir pas pu endiguer un chômage qui frappe tous les pays du monde. Ce qu’on peut, ce qu’on doit leur reprocher, c’est d’avoir promis de l’endiguer – et de s’être fait porter et maintenir au pouvoir sur cette promesse (…) Aux mensonges sur le chômage, aux faux-semblants, aux trucages, destinés à camoufler l’étendue du désastre, s’ajoutent les trucages, les faux-semblants, les mensonges sur une fiscalité dont les effets désastreux se sont révélés de façon éclatante en 1992. Personne n’embauche plus parce que personne n’a plus les moyens d’embaucher ni, surtout, la confiance nécessaire ». Jean d’Ormesson n’a qu’à remplacer M. Mitterrand par M. Hollande ; 1992 par 2015, et sa chronique de fin d’année est déjà écrite.

Ce qui m’a frappée à la lecture de ce livre, c’est la capacité de l’auteur à comprendre les défis auxquels nous serons confrontés bien avant qu’ils n’arrivent, et notamment ceux liés aux rapports complexes « Nord-Sud ». Voici ce qu’il écrivait le 25 novembre 1993 : « Tout le monde répète à longueur de journée que l’opposition Nord-Sud a remplace l’opposition Est-Ouest. Nous avons attendu le froid pour comprendre l’étendue de la misère chez nous. N’attendons pas des évènements plus dramatiques encore pour comprendre que la misère du monde est le plus grave défi moral, politique, économique, social que nous lance notre temps ».

Ce qui m’a frappée à la lecture de ce livre, c’est l’énorme, le formidable espoir suscité par la poignée de main entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin à Washington en 1993 qui fait écrire à Jean d’Ormesson le 31 décembre de cette même année : « Si à l’exclusion de toute phrase et même de tout mot, il fallait choisir un seul geste pour résumer l’année et pour lui rendre hommage, ce serait la poignée de main de Washington ». 22 ans et un assassinat plus tard (Rabin, le 4 novembre 1995), qu’en est-il de cet espoir aujourd’hui, alors que ce profil une 3ème Intifada entre Israël et les territoires palestiniens ?

Ce qui m’a frappée, enfin, à la lecture de ce livre, c’est notre faculté à l’oubli à mesure que l’Histoire avance. Guerre en ex-Yougoslavie, Affaire Habache, génocide au Rwanda, guerre civile au Liban, affaire du sang contaminé, affaire Urba-Graco, affaire Lewinsky et bien d’autres choses encore, dont on a tant et tant parlé, qu’on a décortiqué, ausculté, tenté de comprendre, tenté de justifier pour certains faits. Et qui dorment désormais dans un coin de notre mémoire.

J’ai aimé cette plongée dans notre histoire récente.

Dieu, les affaires et nous, Jean d’Ormesson, Robert Laffont, préface de Jacques Julliard

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