Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Le coup de foudre Jean-Louis Fournier

Jean-Louis-Fournier
Photo parue dans le journal « Département Hérault »

On dit souvent que les histoires d’amour doivent beaucoup au hasard. Le fait est que c’est ainsi que j’ai rencontré Jean-Louis Fournier. C’était il y a une petite dizaine d’années. Je regardais le journal télévisé de 13 heures sur France 2. Il était venu y présenter son dernier livre « Il a jamais tué personne mon papa« . A l’époque, je ne connaissais pas du tout cet auteur, comparse de Pierre Desproges et créateur de la « Noiraude », le dessin-animé dont, petite fille, je me régalais devant le poste en noir et blanc de mes parents. Il avait pourtant déjà derrière lui une belle bibliographie.

Sont-ce ses yeux pétillants de malice, son sourire taquin ou son humour « pince sans rire » ? J’ai immédiatement accroché. Promotion réussie : L’après-midi même, j’achetais son livre. Je ne sais pas si on peut parler de révélation ou de coup de foudre. En fait, si. On peut parler de révélation ou de coup de foudre littéraire car cela en fut bien un ou une. Il y avait dans cette écriture que je découvrais une tendresse et une émotion incroyables que l’auteur parvenait à faire passer avec une économie de mots bluffante. Chaque phrase faisait mouche. Ce qui m’épatait également, ce sont les touches d’humour, souvent féroces, que Jean-Louis Fournier parvenait à mettre dans un texte qui traitait pourtant d’un sujet grave : L’alcoolisme de son père, médecin à Arras.  » Quand il est devenu grand et docteur, papa a toujours gardé dans sa poche un chapelet. C’était un vieux chapelet avec des grains noirs comme des grains de café. Il disait à maman que c’était pour résister à la tentation. Et papa, il avait beaucoup de tentations. Dans le Nord, il y a beaucoup de cafés.
Papa, il disait à maman que, quand il passait devant un bistrot, il serrait son chapelet très fort. Mais il rentrait quand même dans le bistrot « . Derrière cette fausse candeur, tout est dit. Pas un mot de trop. Pas une virgule de trop.

Je l’ai déjà évoqué ici, quand j’apprécie un auteur, j’ai tendance à vouloir tout lire de lui. C’est ce que j’ai fait avec Jean-Louis Fournier. Et si certains auteurs ont pu me décevoir, (cf « La tentation Musso » sur ce blog),cela ne s’est jamais produit avec lui. Jusqu’à présent, pour être honnête, car je n’ai pas encore tout lui de lui. J’ai toujours retrouvé avec bonheur, au fil de mes lectures, son humour comme un pied de nez aux drames, l’efficacité de ses mots parfaitement choisis, l’équilibre des chapitres, courts et percutants. J’ai adoré « Poète et Paysan » qui raconte sa  vocation agricole aussi soudaine qu’incongrue pour les beaux yeux d’une fille de paysan, j’ai été plus qu’émue par « Où on va papa ? », magnifique et bouleversant récit sur le handicap mental lourd de ses deux fils aînés qui lui a d’ailleurs valu le Prix Fémina. J’ai tellement aimé « Veuf« , court livre où Jean-Louis Fournier narre son expérience du veuvage, dont voici les premières phrases : « Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre. C’est bien triste. Cette année, on n’ira pas faire les soldes ensemble« . J’ai enchaîné, ensuite, avec « La servante du Seigneur » (L’histoire de sa fille tombée dans un mysticisme radical) et enfin, « Le CV de Dieu », ou la recherche d’emploi entreprise par Dieu le père à la sauce Jean-Louis Fournier : Hilarant !

J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Jean-Louis Fournier en 2014 au Salon du livre d’Hazebrouck. Tétanisée par la timidité, je me sentais incapable d’aller lui parler, tant je me sentais, dans l’ordre : Nulle. Insignifiante. Transparente. Sans intérêt. Sans le pouvoir de persuasion de mon compagnon, je n’aurais sans doute jamais échangé avec lui. Il n’aurait pas non plus dédicacé son livre « Veuf » pour mon père, grand admirateur du bonhomme lui aussi, d’une si belle façon, tout en humilité : « Veuf et paysan, nos deux points communs ».

On dit souvent que les histoires d’amour finissent mal en général. Pas toutes, non.

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