Publié dans Une femme et des livres se dévergonde

Aux plaisirs de Déborah

déborahAux plaisirs de Déborah est une nouvelle de littérature érotique écrite par Chocolat Cannelle. Initialement publiée sur la plateforme numérique « Rose Bonbon » aujourd’hui disparue, elle est désormais accessible à la vente sur la plateforme d’autoédition Smashwords. Accès direct en cliquant ici.

Qui connaît Chocolat Cannelle sera peut-être étonné en lisant cette nouvelle (18 pages environ en format numérique), globalement beaucoup plus soft que celles qu’elle a l’habitude de publier. Bien-sûr, et je veux rassurer les amateurs du genre, cela reste de la littérature érotique, et tous les codes sont bien présents. Mais là, point de nymphettes à la sexualité débridée, point de jeunes filles qu’il faut « éduquer », point de maîtresses dominantes et de mâles dominés, point de libertinage sans complexe… Non, simplement Lydia, une cinquantenaire qui s’ennuie avec Claude, son mari depuis plusieurs décennies. Et qui rêve, sans trop oser l’avouer, de mettre un peu de piquant dans sa vie sexuelle au point mort. En osant vaincre sa gêne, en osant passer outre son éducation, ses principes, Lydia réapprend le plaisir. Mais pas de la façon dont on pourrait l’imaginer. Pas en se lançant dans une sexualité à tout-va mais plutôt en réapprenant à s’aimer et à séduire. En dire plus m’amènerait à dévoiler la chute de l’histoire. Or, l’art de la chute est tellement important dans une nouvelle, qu’elle soit érotique ou pas, d’ailleurs, que je ne voudrais pas gâcher le plaisir de la lecture par trop de détails. Chocolat Cannelle n’avait pas habitué ses lecteurs à des histoires qui se terminent bien, à des histoires d’amour tout court. Elle devrait le faire plus souvent car sa nouvelle est une vraie réussite et sa plume toujours aussi plaisante à lire.

Laissez-vous tenter par les Plaisirs de Déborah. Lisez ce texte pour ce qu’il est : Une charmante et émoustillante récréation.

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Celui qui va vers elle ne revient pas

shulem deen« Celui qui va vers elle ne revient pas » sont les mots employés dans la Bible pour qualifier celui qui a une relation avec une femme adultère. Ce sont les mêmes mots qui sont employés dans le Talmud pour qualifier le juif hérétique, c’est-à-dire celui qui ne croit plus. « Celui qui va vers elle ne revient pas » est aussi le titre du roman très largement autobiographique de l’Américain Shulem Deen paru aux éditions Globe, pour lequel il a reçu le « Prix Médicis essai » et que je viens de terminer. C’est un roman édifiant, un témoignage brut qui nous fait entrer dans une communauté dont je ne soupçonnais même pas l’existence : celle des « Skver », l’une des communautés juives hassidiques ultra-orthodoxes (originaire d’Europe centrale) les plus extrêmes.

Shulem Deen, âgé aujourd’hui d’une quarantaine d’années, a été élevé dans la communauté Skver de New-York, à « New Square », un quartier où ne vivent que des Juifs ultra-orthodoxes, en tenue traditionnelle : kippa ou schtreimel (chapeau de fourrure) sur la tête, longue barbe et papillotes qui encadrent le visage, chemise blanche et long manteau noir sur pantalon noir pour les hommes, en gros,  Louis de Funès dans « Rabbi Jacob » ; Foulard et jupe longue pour les femmes. Dans cette communauté, toute la vie quotidienne est axée sur la Thora et le Talmud. Tout est validé par la parole de Rabbins (appelés ici Rebbe) tout puissants. Pas de télévision, pas de radio, pas d’internet, pas de journaux dans les maisons. Il ne faudrait pas que les fidèles soient contaminés par les moeurs des « Goyim » (les non-juifs) forcément dépravées. Pas de loisirs, non plus : tout  est rythmé par une interprétation rigoureuse de la Thora et du Talmud et par les prières à la synagogue. L’enseignement que reçoivent les enfants à la « Yeshiva » est à l’avenant : Pas de maths, pas d’anglais, pas de géographie mais l’étude quotidienne des textes de la Torah et des règles du Talmud en yiddish. Complètement coupés du monde, les jeunes garçons et jeunes filles n’ont pas le choix non plus quand il s’agit de choisir celui qui partagera leur vie : Tout est décidé par la Communauté, avec l’assentiment du Rabbin alors qu’ils atteignent l’âge de 18 ans. Innocents comme l’oiseau qui vient de naître en terme d’éducation sexuelle, ils se débrouillent pour apprendre à faire ce à quoi ils sont destinés : Faire des enfants, tous appelés à être « une bénédiction de Dieu ». Le tout en vivant très chichement puisque sans métier, avec pour seules perspectives professionnelles l’enseignement de la Torah et du Talmud dans les « Yeshivas » pour les hommes et la tenue de la maison pour les femmes.

Un jour d’oisiveté, Shulem Deen tombe par hasard sur un poste radio. Bravant l’interdit, poussé par une curiosité trop forte, il l’allume. Et découvre un monde inconnu. Un monde qui n’a d’ailleurs pas l’air d’être aussi dépravé que les rabbins l’affirment. Et c’est alors l’engrenage. Le jeune homme de 25 ans, déjà père de cinq enfants, se lance dans une quête éperdue de savoirs : fréquentation des médiathèques, découverte d’internet, des journaux, de la télévision, découverte de l’informatique qui lui donne envie de trouver un véritable emploi hors de la communauté… Des savoirs qui le mènent aussi à douter de plus en plus de sa foi et à avoir envie d’épouser la façon de vivre des goyims. Jusqu’à la rupture avec la communauté, que lui impose le Rabbin pour cause « d’hérésie ».

Le roman de Shulem Deen s’ouvre sur cette rupture. Il s’emploie ensuite à décrire sa vie dans la communauté depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte et toutes les étapes qui l’ont conduit à son émancipation. Et c’est édifiant ! Avançant dans ma lecture, je pensais à chaque page : « Mais comment peut-on imposer à des gens, sous prétexte de religion, de vivre de manière aussi arriérée et étriquée ? Comment peut-on nier à ce point leur doit à la liberté, leur droit à penser d’eux mêmes? » Se faisant, on suit avec passion les étapes qui conduisent Shulem Deen à renier ce qu’il a vécu jusqu’à présent et l’on a envie d’applaudir à chacun de ses pas victorieux contre l’obscurantisme.

C’est un très beau et courageux témoignage que nous livre Shulem Deen, désormais divorcé de son épouse (qui ne l’a pas suivi sur le chemin de la connaissance et des savoirs) et sans beaucoup de nouvelles de ses enfants qui vivent toujours dans la communauté Skver. Ne vous laissez pas rebuter par les cinquante premières pages du roman, un peu fastidieuses il faut l’avouer, tant elles regorgent de termes yiddish non traduits et de fêtes et rituels juifs un peu obscurs, pour qui ne connaît pas bien -comme c’est mon cas- la religion juive. Cela vaut le coup de s’accrocher !

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La maison à droite de celle de ma grand-mère

la maisonJ’ai eu la chance, en 2017, de pouvoir lire 41 livres. La plupart ont été de belles découvertes ou redécouvertes, certains aussi de belles déceptions… En 2017, pourtant, je n’avais pas encore eu LE coup de coeur, le genre de coup de coeur qui fait qu’une lecture vous emporte loin, très loin et que l’idée même de la reprendre là où le sommeil vous avez arrêté vous met en joie. Plus encore, vous donne du bonheur.

C’est exactement ce que j’ai ressenti, à quelques jours de 2018, en lisant La maison à droite de celle de ma grand-mère, un roman écrit par Michaël Uras et que les éditions Préludes m’ont permis de découvrir en avant-première grâce à la plateforme Netgalley.

Ce roman nous entraîne en Sardaigne, île italienne d’où est originaire Giacomo, traducteur d’une trentaine d’années qui vit désormais seul à Marseille. Appelé en urgence par son oncle Gavino au chevet de sa grand-mère mourante, Giacomo saute dans le premier bateau en partance pour la Sardaigne. A peine débarqué, il est happé par cette île qu’il a quittée avec l’impression d’y étouffer il y a de nombreuses années et sur laquelle il remet désormais rarement le pied. Au contact de ses anciens amis et de sa famille, il se sent plus Sarde qu’il ne l’a sans doute jamais été. Et le voyage qui ne devait durer que quelques jours s’éternise, d’autant que la grand-mère n’est, finalement, plus si pressée de quitter notre monde. Vient alors le temps pour Giacomo d’oser affronter ses blessures, sa blessure, que Michaël Uras évoque par petites touches, un peu comme un auteur de romans policiers qui ferait doucement monter le suspens.

Mon enthousiasme pour ce roman vient sans conteste d’abord de ses personnages, des principaux aux plus secondaires d’entre eux, que l’auteur sait rendre tellement vivants qu’on a presque l’impression de les avoir déjà rencontrés. Et puis, il vient sans doute aussi de l’histoire et des scènes décrites, elles aussi tellement criantes de vérité. Je me permets ici une petite comparaison : L’écriture de Michaël Uras est le contraire même de celle d’Agnès Martin-Lugand ou d’Agnès Ledig, deux auteures dont je n’arrive toujours pas à comprendre le succès phénoménal qu’elles rencontrent. Là où ces deux femmes mettent du cliché, de la guimauve, de l’invraisemblance, du factice et du trop beau pour être vrai à toutes les pages, Michaël Uras met de l’émotion, de la tendresse, du vécu, de la beauté et de l’humour aussi. Il en ressort un roman frais comme une petite brise de printemps et bon comme un bonbon qui fond dans la bouche, un peu comme le sont les romans de Jean-Claude Mourlevat, auteur hélas trop peu connu, que je vous recommande chaudement.

La maison à droite de celle de ma grand-mère sortira en février 2018. Lisez-le ! Pour la beauté de la plume, de l’histoire, de la Sardaigne et…. de Moby Dick. Lisez-le aussi pour sa fin, inattendue, déroutante et pleine d’espoir.

 

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Il est toujours minuit quelque part

C’est le titre qui m’a d’abord intriguée. Le résumé de l’histoire était, lui aussi, bien alléchant. Quant à l’auteur, Cédric Lalaury, je ne le connaissais pas du tout. Normal, me direz-vous, Il est toujours minuit quelque part est son premier roman édité, suite à un concours littéraire organisé par les éditions Préludes qu’il a gagné. Il n’en fallait pas plus pour que je fasse une demande de lecture à cette maison d’édition via le site Netgalley. Demande qui m’a été accordé.

Commençons par l’histoire de ce roman qui se présente « comme un thriller que le lecteur aura du mal à lâcher ». William -Bill- Herrington est un éminent professeur de littérature anglosaxone, passionné par Henry James, qui enseigne dans une brillante université américaine. La cinquantaine approchant, marié, père de deux adolescentes, il mène une vie bourgeoise et sans histoire. Jusqu’au jour où Bill Herrington trouve dans son casier à l’université un roman écrit par un jeune auteur inconnu qui raconte mot pour mot une histoire qu’il a vécue il y a plus de vingt ans lorsqu’il était étudiant. Une histoire qui s’était terminée par un meurtre et qu’il avait soigneusement décidée d’oublier. Le professeur Herrington, déjà bouleversé par la lecture de ce livre, l’est encore plus quand il comprend que des proches -qui ignorent évidemment tout de cette histoire- ont également reçu le roman et que lui-même reçoit des textos menaçants et anonymes émanant d’un numéro inconnu dont il pense qu’il appartient à l’auteur du livre, un certain Richard -Dick- Kirkpatrick. La machine est lancée…

Soyons francs, la publicité n’est pas mensongère quand l’éditeur annonce que le lecteur aura du mal à lâcher ce thriller. En tous cas, j’ai eu, moi, bien du mal à le lâcher, et cela, dès les premières pages. Il n’y a aucune longueur, l’écriture est efficace et elle se lit très facilement. On est tout de suite emporté par l’histoire et on se laisse surprendre, autant que le malheureux héros, par les rebondissements qui parsèment le récit. On assiste aussi, impuissants, à une espèces de descente en enfer du pauvre Bill Herrington dont on se demande, haletants, jusqu’où elle va aller et surtout, quand et comment elle va s’arrêter.

Au delà de l’histoire en elle-même, ce roman est aussi un habile questionnement sur la culpabilité et sur les ravages qu’elle peut provoquer. C’est aussi un livre sur la douleur et sur le besoin de vengeance qui en découle parfois.

J’ai lu ici ou là que le rebondissement final n’était pas à la hauteur du suspens qui monte au fil des pages. Je n’ai, personnellement, pas été déçue. Je n’ai rien vu venir et cette lecture a constitué une excellente distraction pendant quelques jours trop courts.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

Ma mère avait raison

ma mère avait raison bisJe n’avais lu jusqu’à présent qu’un seul livre d’Alexandre Jardin et c’était il y a très longtemps. Dans mon souvenir, j’avais beaucoup aimé Bille en tête même si, en toute franchise, je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Quand j’ai vu que Ma mère avait raison du même Alexandre Jardin était proposé sur la plateforme Netgalley par son éditeur Grasset, je me suis dit que c’était le moment d’en lire un deuxième.

Alexandre Jardin a déjà souvent écrit sur sa famille, très artiste et très peu conventionnelle. Avec Ma mère avait raison, il brosse le portrait de sa mère, femme égoïste, issue d’un milieu bourgeois bohème, qui vécut toute sa vie en se moquant des conventions et qui put se le permettre parce qu’elle ne manquait pas d’argent. Oisive, artiste, libertaire, elle habitait la grande maison familiale de Verdelot avec son mari et quatre de ses amants, artistes eux aussi, sous les yeux de ses trois enfants qu’elle aimât tièdement parce qu’il ne fallait pas qu’ils viennent contrarier sa vie qu’elle avait vouée au plaisir et à la jouissance sans entrave. Dans ce qu’il appelle un « roman » mais qui ressemble furieusement à une autobiographie, Alexandre Jardin décrit, avec force anecdotes, ce que fut sa relation avec cette mère presqu’indigne mais qu’il admire et continue d’aimer sans condition. Parce que cette mère lui a appris à ne pas se contenter de l’à peu près et du presque bonheur, parce que cette mère l’a obligé à se dépasser et à vivre sans peur.

La mère d’Alexandre Jardin est une très vieille dame maintenant, qui n’a sans doute plus beaucoup de temps à passer sur notre terre. Ce livre est donc aussi le cri d’amour d’un fils qui pense ne pas pouvoir vivre sans sa mère qui l’a pourtant si mal aimé. Paradoxe qui n’a pas manqué de me mettre mal à l’aise.

Au final, ai-je aimé ce livre ? Il est indéniable qu’Alexandre Jardin écrit bien, qu’il sait manier l’humour et que son livre est empli d’émotion. Toutefois, j’avoue avoir eu du mal à aimer l’héroïne du roman, dont l’inconstance, l’égoïsme, les caprices et la dureté envers ses enfants m’ont véritablement indisposée. J’avoue également que certains chapitres du livre m’ont semblé très longs et que l’ennui m’a souvent guettée. Ce cri d’amour presque désespéré d’Alexandre Jardin pour sa mère ne méritait peut-être pas de s’étaler sur 200 et quelques pages.

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La disparue de Noël

la disparue de noëlVoici une lecture de circonstances que m’ont offerte les éditions Le Cercle.Belfond via le site Netgalley. La disparue de Noël est un thriller écrit par la Britannique Rachel Abbott. L’inspecteur Tom Douglas qui mène l’enquête est, apparemment, un habitué des romans de cette auteure. J’écris « apparemment » parce que, personnellement, je ne connaissais pas du tout Rachel Abbott et avant La disparue de Noël, je n’avais rien lu d’elle.

Quelques jours avant Noël, 8 ans avant le début du roman, quelque part en Angleterre, Caroline Joseph a un grave accident de voiture avec sa fille de 6 ans, Nathasha. La jeune mère est tuée sur le coup. Quant à Nathasha, elle disparaît avant l’arrivée des secours et reste introuvable malgré l’énorme dispositif mis en place.

8 ans après, David Joseph, veuf de Caroline et père de Nathasha, a épousé Emma. Ils ont un petit garçon d’à peine 18 mois, Oliver, dit « Ollie ». Très riche banquier d’affaires, David croit avoir enfin retrouvé le bonheur quand une jeune fille de 13 ans débarque un jour chez lui. Immédiatement, David reconnaît Natasha. La vie du nouveau couple bascule alors dans un cauchemar sans nom…

Selon les termes consacrés, ce thriller est vraiment des plus efficaces. Une fois qu’on l’a commencé, difficile de le lâcher. D’autant que plusieurs énigmes, dont l’une est directement liée à l’inspecteur Tom Douglas, viennent s’entremêler et que les rebondissements ne manquent pas. Les amateurs du genre seront conquis. Pour ma part, même si j’ai pris plaisir à lire ce roman et qu’il a été un excellent divertissement, j’avoue avoir été un peu déçue par l’impression d’invraisemblance qui se dégage de l’ensemble. Evidemment, l’enquête est menée tambour battant, sans temps mort, sans presque laisser le temps de respirer au lecteur mais, du coup, il y a comme une impression de « trop ». J’ai vraiment du mal à pouvoir imaginer un tel scénario « dans la vraie vie ».

En revanche, j’ai beaucoup aimé l’épilogue du roman, pas du tout en forme « d’happy end » à l’américaine. La très large place qu’il laisse à l’émotion et à l’espoir m’a réellement touchée.

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Reste le chagrin

Reste le chagrin est un premier roman écrit par Catherine Grive, publié chez JC Lattès, dont l’idée de départ m’a séduite : A l’initiative du général Pershing, le Congrès américain a organisé entre 1930 et 1933 des « pèlerinages » appelés « Gold star mothers » pour les mères et les veuves -non remariées- de soldats américains morts pendant la Première guerre mondiale et enterrés sur le sol français. Ces voyages collectifs s’effectuaient en paquebot entre New-York et Cherbourg. Les bénéficiaires n’avaient rien à payer et, quelle que soit leur classe sociale, voyageaient en première. Après une traversée de sept jours, elles étaient acheminées en bus jusqu’à Paris où un comité d’accueil, en grandes pompes, les attendait. Après quelques nuits passées dans les meilleurs palaces de la capitale et quelques visites culturelles, ces mères et veuves étaient conduites dans le cimetière où reposait leur fils ou leur mari. Avant de reprendre le paquebot. Reste-le-chagrin

C’est cet épisode méconnu de l’après Première guerre mondiale qui a inspiré Catherine Grive. L’héroïne de son roman, Catherine Troake, est l’ex-épouse d’un richissime homme d’affaire, habitante de New-York. Elle participe, avec une vingtaine d’autres dames venues de tous les coins des Etats-Unis, au premier des « Gold star mothers ». Arrogante, méprisante même, envers ses compagnes de voyage, Catherine Troake n’inspire pas, d’emblée, la sympathie. Au fil des pages, on comprend que son attitude cache une souffrance extrême que les années n’ont pas atténuée : La mort de son fils, Alan, 18 ans, engagé dès 1914 auprès des Français dans la Légion étrangère et tué alors que les combats venaient à peine de commencer.

Catherine Troake est une mère possessive, exclusive, qui vouait une admiration presque malsaine à son fils, qui l’a d’ailleurs conduite à délaisser ses deux filles aînées et son mari, ce qu’elle assume avec une franchise qui m’a mise un peu mal à l’aise. Le jour où Alan est mort, tout s’est donc arrêté pour Catherine qui a même fini par couper les ponts avec ses deux aînées et à divorcer de son mari. 14 ans après, la douleur est aussi prégnante et la vie de Catherine se résume à culpabiliser et à se morfondre dans la plus profonde des solitudes.

Evidemment, écrit comme cela, vous êtes en droit de vous demander ce qui m’a plu dans ce roman si sombre. Je pense d’abord que c’est l’écriture de Catherine Grive que j’ai aimée, une écriture toute en retenue, presque minimaliste. J’ai aimé aussi la façon dont l’auteur fait évoluer son personnage à la faveur d’un rebondissement qui intervient à mi-parcours du livre. Un rebondissement qui ouvre les yeux de Catherine sur un côté de son fils qu’elle ne connaissait pas, qui fait vaciller ses certitudes et lui donne l’opportunité, enfin, de commencer sa reconstruction. Reste le chagrin est un très beau roman sur le deuil, sur la souffrance et sur la façon dont chacun essaie de continuer à vivre. Malgré tout.