La punition qu’elle mérite

La-punition-qu-elle-meriteEt voilà ! J’ai terminé hier la dernière enquête de Thomas Linley et de Barbara Havers, les deux inspecteurs de Scotland Yard créés depuis plus de 30 ans par l’Américaine Elizabeth George. Et une nouvelle fois, un sentiment de tristesse m’a envahie, tant je suis attachée à ces deux personnages et à leur vie personnelle dont on suit la trajectoire à chaque nouveau roman, en parallèle de l’intrigue policière.

Dans La punition qu’elle mérite, (paru aux Presses de la Cité dans une traduction d’Isabelle Chapman), Barbara Havers, toujours aussi imprévisible, mal fagotée, gouailleuse et célibataire, est envoyée avec sa chef, la commissaire Isabelle Ardery,  en proie à des problèmes familiaux largement dus à son alcoolisme chronique, dans une bucolique bourgade du Shropshire (à deux pas du Pays de Galles) où elles doivent tirer au clair le suicide d’un prévenu alors qu’il se trouvait en garde-à-vue pour une affaire de pédophilie. La commissaire Ardery, pressée de rentrer à Londres et engluée dans ses problèmes personnels, ne tarde pas à confirmer la thèse du suicide alors que Barbara Havers, intriguée par le comportement pour le moins léger de l’îlotier de garde ce jour-là, de même que par la façon bizarre dont l’arrestation du prévenu s’est faite, veut pousser plus loin les investigations. Désavouée, la commissaire Ardery est remplacée par Thomas Linley, toujours aussi beau, racé, pur produit de l’aristocratie britannique, pour poursuivre les investigations. Le sympathique et inénarrable duo d’enquêteurs se reforme donc, pour la plus grande joie des lecteurs. Et ces deux-là vont rapidement découvrir que dans la bourgade de Ludlow aux apparences si tranquilles, beaucoup de gens ont des choses à cacher. Jusqu’à aller jusqu’au meurtre pour préserver de vilains secrets ? Allez savoir…

Comme d’habitude, j’ai adoré cette lecture (je n’ai, pour le moment, jamais été déçue par un polar d’Elizabeth George).

  • Pour la finesse des descriptions des lieux et paysages. On ne lit pas un roman qui se passe en Angleterre. Non, on est en Angleterre.
  • Pour la finesse des descriptions et caractères des personnages secondaires et principaux qui les rend si réels.
  • Pour le temps qu’Elizabeth George met à poser son intrigue et à entrer dans l’histoire, sans que cela ne soit ennuyeux. Lire un Elizabeth George, c’est savoir prendre son temps parce que chacune des vies des différents protagonistes est longuement expliquée, analysée et que cela fait partie intégrante de l’intrigue.
  • Pour sa façon qu’elle a de balader le lecteur de fausse piste en fausse piste avant que la vérité n’éclate sans invraisemblance ni hasard qui tombe un peu trop bien.
  • Pour la joie que l’on a à retrouver les personnages principaux qu’on a appris à aimer au fur et à mesure des enquêtes et dont l’évolution de la vie privée nous tient en haleine à chaque nouvelle parution
  • Pour la relation extraordinaire, teintée d’admiration et de respect mutuel, qu’entretiennent Barbara Havers, issue des quartiers populaires de Londres, et Thomas Linley, issue de l’aristocratie britannique, propriétaire d’un hôtel particulier dans l’un des quartiers les plus chics de Londres et d’un manoir en Cornouailles. Si ces deux-là s’agacent souvent, ils sont aussi liés par une relation plus qu’amicale, presque fraternelle malgré leurs origines sociales diamétralement opposées.

Amateurs de bons polars, ruez-vous sans problème sur le dernier opus d’Elizabeth George qui tient toutes ses promesses. A celles et ceux qui ne connaissent pas la série et voudrait la découvrir, je suggère de commencer par Enquête dans le brouillard, le premier de la série qui vous permettra de voir dans quelles circonstances Havers et Linley ont été conduits à enquêter ensemble avant de devenir les personnages récurrents et fétiches d’Elizabeth George et de suivre les soubresauts de leur vie privée, souvent malmenée.

 

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Nuit sur la neige

nuit sur la neige« Quel titre curieux ! », me suis-je dit quand je suis tombée sur ce bouquin dans les rayonnages de la bibliothèque de ma ville… J’avoue que le résumé sur la quatrième de couverture ne me tentait pas vraiment mais c’était un roman de Laurence Cossé, dont j’avais déjà entendu parler mais que je n’avais jamais lu. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » et suis donc ressortie de la bibliothèque avec Nuit sur la neige (Edition Gallimard) sous le bras.

Le résumé qui ne me tentait pas, je vous le livre ici : Nous sommes en 1935 à Paris dans le milieu très bourgeois d’étudiants qui préparent le concours d’entrée en école d’ingénieurs dans un établissement sévère et huppé tenu d’une main de fer par des frères jésuites. Il y a là Robert (dit Robin), que sa mère élève seule suite au décès de son mari pendant La Grande Guerre, un peu écrasé par le poids de son défunt père devenu héros malgré lui. Et puis, Conrad, Suisse, énigmatique, séducteur, riche, pétri d’humanisme et d’idées de gauche auquel le jeune Robin, élevé, couvé même, dans un catholicisme traditionnel de droite, voue une admiration sans borne, teintée d’un peu de défiance quand même : Ils sont tellement différents. Pendant les vacances de Pâques 1936, les deux amis ont l’occasion de partir skier à Val d’Isère dans ce qui est alors un pauvre petit village de paysans, à une époque où, encore bien plus qu’aujourd’hui, seule une toute petite minorité de privilégiés peut s’adonner à ce sport en devenir. Ce séjour de six jours va marquer Robin à jamais. 

Nuit sur la neige est un court roman de 142 pages qui se lit très vite tant l’écriture de Laurence Cossé est limpide et belle. Finalement, je me suis laissée séduire par cette histoire, toute simple. J’ai aimé la façon dont l’auteure parle de l’adolescence et l’inscrit dans une époque O combien corsetée et traversée par les tensions politiques qui mèneront l’Europe au pire et qu’elle décrit parfaitement. J’ai bien aimé sa façon de revenir sur les débuts de ce qui ne s’appelle pas encore des « stations de sports d’hiver », sur sa façon de s’interroger sur ce que vont devenir les premiers habitants de ces montagnes encore difficilement accessibles. Seront-ils chassés ? Auront-ils droit à une part de ce « gâteau » qui s’annonce déjà comme très rentable ? J’ai bien aimé l’amitié qui lie Robin et Conrad, la jalousie qui survient aussi parfois entre eux, les premiers émois amoureux de Robin, si naïf encore, quand débarque une mystérieuse skieuse et l’espèce de compétition qui s’instaure alors avec Conrad, plus âgé et qui semble avoir déjà tellement vécu. J’ai beaucoup aimé la fin aussi, une fin à laquelle on ne s’attend pas du tout et qui vient bousculer tragiquement à jamais la vie de nos deux héros.

Laurence Cossé sait raconter de belles histoires d’une plume sensible et douce. Un très beau moment de lecture dans une époque révolue mais parfaitement bien rendue qui m’a donné envie de lire d’autres romans de cette auteure.

Je vais mieux

J’ai déjà chroniqué pas de mal de romans de David Foenkinos ici. C’est un auteur que j’apprécie particulièrement. D’ordinaire. J’écris « d’ordinaire » parce qu’avec Je vais mieux paru chez Gallimard il y a déjà quelques années, j’ai été passablement déçue. Non, carrément déçue, plutôt. A tel point que je me dis que David Foenkinos peut sans doute remercier ses précédents romans car je ne suis pas sûre qu’un éditeur aussi exigent que Gallimard aurait accepté de publier ce manuscrit s’il s’était agi du premier. A moins que cet éditeur ait changé de ligne éditoriale et qu’il se mette à faire dans la bluette.

Parce que, de mon point de vue, Je vais bien est une gentille bluette qui se lit vite et avec beaucoup d’agacement. J’ai pourtant aimé le début qui voit un narrateur dont on ne connaîtra jamais ni le nom ni le prénom consulter pour un virulent mal de dos aussi soudain qu’inattendu. J’ai bien aimé la façon dont David Foenkinos retranscrit l’angoisse du narrateur, persuadé d’être atteint d’une maladie grave, qui se fait des noeuds au cerveau et distille le moindre commentaire des médecins pour en trouver le sens caché alors même que les premiers résultats d’examen ne révèlent rien d’anormal. A dire vrai, je me suis même assez bien reconnue dans ce personnage.

Hélas, ce début prometteur est vite gâché par une suite où s’alignent les clichés, les hasards qui tombent trop bien, les situations caricaturales quand elles ne sont pas convenues. Moi qui, jusqu’à présent, aimais tant la sensibilité et la profondeur avec lesquelles David Foenkinos décrivait ses personnages, les faisait vivre, tissait une histoire et disséquait les sentiments, j’ai eu l’impression de me retrouver dans une romance « feel good ». Parce que, oui, bien-sûr comme on l’a deviné au bout de quelques pages à peine, le mal de dos du narrateur traduit un mal de vivre. D’ailleurs, en quelques jours, le narrateur perd son travail, sa femme le quitte et il n’a quasi plus de relations avec ses enfants qu’ils n’a pas voulu voir grandir. Et c’est là, pourtant, que le miracle se produit. Alors que, devant une telle situation, le commun des mortels s’effondrerait, le narrateur, lui, va mieux. Il faut dire que la vie, après l’avoir mis par terre, lui fait de bien beaux cadeaux. Par de très heureux et nombreux concours de circonstances, il renoue, par exemple, sans effort, avec ses enfants, il n’a plus aucun problème d’argent (merci l’héritage inattendu et la très généreuse prime de licenciement tout aussi inattendue), rencontre une jeune femme douce, charmante et intelligente et devient même l’heureux propriétaire d’un « hôtel littéraire » dans lequel toute l’intelligensia parisienne se presse. Facile, dans ces conditions, d’aller mieux. Mais qui, pour croire, à pareil destin ?

Vraiment pas le meilleur de David Foenkinos, avec certaines scènes qui frisent même le ridicule. (Une particulièrement m’a marquée : Le narrateur trouve que sa femme et lui sont restés trop proches malgré leur séparation. ll lui demande, donc, de lui dire enfin tout ce qu’elle ne supporte pas chez lui, tout en cassant tout ce qui lui tombe sous la main dans la maison. Et une fois qu’ils se sont bien injuriés, qu’ils ont bien tout cassé, voilà, tous les deux sont contents, ils vont mieux  « avec la force de pouvoir vivre l’un sans l’autre. [Leur] histoire était finie »).

Un roman à éviter pour celles et ceux qui voudraient découvrir la plume de David Foenkinos. Et pour celles et ceux qui la connaissent déjà.

L’enfant perdue (L’amie prodigieuse IV)

L-enfant-perdueEt voilà ! Avec L’enfant perdue, je viens d’achever la quadrilogie de l’Italienne Elena Ferrante commencée avec L’amie prodigieuse il y a quelques années.

Quel plaisir de retrouver les deux héroïnes, Raphaëlla Cerullo, dite Lila, et la narratrice, Elena Gréco, dite Lénu. Ayant commencé la saga en livre de poche, je voulais la terminer dans la même collection, histoire que l’ensemble ne soit pas dépareillé dans ma bibliothèque. Il m’a donc fallu attendre 18 mois pour pouvoir me plonger dans le dernier tome, sorti récemment chez Folio Poche.

Dans L’enfant perdue, on retrouve Lila et Lénu alors qu’elles abordent la trentaine dans les années 70. Toutes les deux ont des vies diamétralement opposées désormais. Lila, qui habite toujours Naples dans le même quartier pauvre, s’est mise en ménage, sans réelle conviction, avec Enzo, un ami d’enfance, suite au naufrage de son mariage qui l’a conduite à vivre dans une très grande précarité. Ensemble, ils élèvent Genaro, le fils de Lila et créent une société informatique qui devient très vite florissante. Lila, fidèle à elle-même, refuse malgré tout de quitter le quartier qui l’a vu naître.

Quant à Lénu, écrivaine reconnue, elle s’est mariée à Pietro, un professeur d’université à Florence dont elle a eu deux filles. Elle n’a plus rien à avoir avec la gamine inculte des quartiers pauvres et populaires de Naples qu’elle était du temps de son enfance. Mais sa vie ne la satisfait pas. Elle s’ennuie et ne trouve pas vraiment sa place dans cet univers intellectuel et bourgeois qu’elle a pourtant cherché à intégrer de toutes ses forces. De ce fait, les retrouvailles avec le beau Nino, qui fut l’amant de Lila et dont elle est amoureuse depuis l’adolescence, viennent tout bouleverser : Délaissant mari et enfants, Lénu s’enfuit avec lui, le suit au gré de ses pérégrinations professionnelles et littéraires et finit par venir revivre à Naples où Nino est professeur. Le retour dans la ville natale de Lénu,  plus subi que réellement voulu, permet  de retrouver les nombreux autres personnages de la saga : Carmen, qui souffre toujours pour son frère Pasquale, impliqué dans plusieurs meurtres avec les Brigades rouges et dont la tête est mise à prix, Elisa, la soeur de Lénu, qui entreprend une liaison avec le mafieux Marcello Solara, Mariarosa, la soeur de Nino, Antonio et Alfredo, les amis d’enfance… Avec, bien-sûr, en toile de fond, une superbe peinture de Naples et un retour sur 30 ans d’événements qui ont marqué l’Italie.

Dès les premières pages de L’enfant perdue, on comprends que les deux héroïnes, malgré les épreuves ou les joies qu’elles ont pu vivre, n’ont pas changé d’un iota. Lenu jalouse toujours l’intelligence, la vivacité, voire même l’insolence de Lila, qui vit sans se préoccuper de l’avis des autres. Toujours aussi peu sûre d’elle, elle vit sa carrière d’écrivain presque comme une usurpation. Au fond et paradoxalement car entre les deux amies finalement, c’est elle qui a réussi, elle se sent continuellement inférieure à Lila. Jusqu’à imaginer, au début du roman, que Lila pourrait lui reprendre Nino.

Lila est, elle, toujours borderline, toujours prête à partir en vrille, toujours prête à mettre par terre ce qu’elle a brillamment construit, toujours dans l’excès. Et c’est cet excès qui la conduira d’ailleurs à vivre un drame, le drame de sa vie, alors que Lénu, poursuit sa route vers le succès, avec une chance insolente et presque injuste.

Est ce vraiment une amitié qui lie ces deux femmes pendant plus de 60 ans ? Je n’en suis pas sûre. Si Lénu renoue avec Lila à Naples, c’est d’abord parce qu’elle a besoin d’elle et tout en restant sur le qui-vive. Quant à Lila, elle connaît parfaitement l’ascendant qu’elle a sur Lénu et s’en amuse, s’en régale et en joue. Plus qu’une amitié, c’est, de mon point de vue,  une compétition teintée de jalousie réciproque qui unit ces deux femmes si différentes.

Le premier tome de la saga, L’amie prodigieuse, s’ouvrait sur la disparition mystérieuse de Lila, alors qu’elle a 66 ans. Evidemment, arrivant au terme de l’histoire de Lila et de Lénu, je m’imaginais savoir enfin le pourquoi de cette disparitions mystérieuse. J’ai regretté qu’Elena Ferrante ajoute finalement du mystère à ce mystère et laisse une fin très ouverte qui ne donne aucune vraie réponse. Malgré tout, ce 4ème tome est un vrai régal et j’avoue avoir été un peu triste en refermant le livre à l’idée d’en avoir terminé avec la bouillante Lila et la complexe Lénu.

Le temps est assassin

le temps est assassinCette chronique pourrait s’appeler, parodiant un titre de roman célèbre, « Pour en finir avec Michel Bussi ». Je pense, en effet, qu’avec Le temps est assassin (édition Presses de la Cité), je viens de lire le dernier roman de cet auteur.

Cette chronique pourrait aussi s’appeler « Interrogation autour d’un auteur qu’on a tant aimé et qu’on n’aime plus aujourd’hui ». J’ai du mal, en effet, à comprendre comment j’ai pu autant dévorer les romans de Michel Bussi hier et les trouver tellement truffés d’invraisemblances aujourd’hui.

Mon histoire avec lui a commencé avec le roman qui lui a valu premier succès et reconnaissance du public, Comme un avion sans ailes. J’ai adoré et adoré peut-être plus encore les deux autres romans que j’ai lus ensuite : N’oublier jamais et Nymphéas noirs, plaçant Michel Bussi au firmament de mes auteurs préférés.Et puis, et puis… La belle mécanique s’enraille avec Ne lâche pas ma main, pénible et invraisemblable course-poursuite au coeur de l’île de la Réunion. D’ailleurs, je ne parviens même pas à en finir la lecture. Tout le monde a droit à un coup de « moins bien », me dis-je en me précipitant sur le dernier opus de l’auteur « Maman a tort ». Là encore, quelle déception avec cette fin complètement invraisemblable qui voit une femme, vivant dans un milieu ouvrier très modeste et n’étant jamais sortie de sa Normandie natale, trouver un passeport dans son sac pour elle et son fils (!!!), lui permettant ainsi de sauter dans le premier avion pour échapper à ses poursuivants…

J’avais déjà décidé de ne plus lire de roman de Michel Bussi quand j’ai trouvé à la médiathèque de ma ville Le temps est assassin. Comme je n’avais pas à débourser un centime pour le lire, je me suis dit : « Allez, je lui donne une dernière chance ». C’est ainsi que j’ai commencé la lecture de ce polar qui se passe en Corse. Je vous en fais ici un bref résumé : Clotilde, la quarantaine, mariée et mère d’une adolescente, revient pour la première fois en Corse sur les terres de sa famille paternelle 27 ans après un accident de la route qui a coûté la vie à ses parents et à son frère et dont elle fut la seule survivante. Le roman alterne les chapitres qui se passent à notre époque avec d’autres qui se passent au moment de l’accident sous la forme du journal intime de Clotilde alors adolescente de 15 ans. Alors que Clotilde vient d’arriver en Corse et qu’elle se rend sur le lieu de l’accident, des phénomènes étranges se produisent qui l’intriguent et lui suggèrent que sa mère ne serait, en réalité, pas morte. Où est donc la vérité ? Que s’est-il réellement passé il y a 27 ans ?

Que ce roman fut pénible à lire… Je passe sur l’écriture qui fait vraiment « roman de gare » et sur la description complètement caricaturale de la société corse. C’est long, c’est très long à démarrer cette histoire et l’on est d’autant plus agacé que les chapitres consacrés à l’écriture du journal de Clotilde adolescente sont carrément invraisemblables. Je ne connais aucune adolescente de 15 ans capable de décrire d’une façon aussi mature à la fois des événements et des sentiments. Quant à l’interview de plusieurs pages du grand-père corse de Clotilde parue dans Corse-Matin (sorte de « parrain local », façon « Michel Galabru dans Bienvenue chez les Ch’tis, c’est vous dire la crédibilité), que la jeune fille a intégralement recopiée à la main dans son journal (ce qui déjà en soi est assez incroyable), je ne connais pas un seul journal qui l’aurait publiée ainsi (Le gars y annonce quand même noir sur blanc que le premier qui s’attaque à ses propriétés acquises plus ou moins légalement sera passé par les armes immédiatement). Et que vous dire du dénouement et même de l’histoire, là encore, pas crédible pour deux sous. Difficile, hélas, de prouver mes dires sans déflorer l’intrigue…  Bref, un polar raté où l’on sent bien l’idée de l’auteur : Nous perdre le plus longtemps possible, nous emmener le plus loin possible pour que le dénouement n’en soit que plus incroyable. Sauf que là, ça ne fonctionne plus. A tel point que j’ai terminé ma lecture en lisant en diagonal…

Vous l’aurez sans doute compris, cette fois, j’en ai réellement fini avec Michel Bussi.

La nuit des corbeaux

la nuit des corbeauxJe viens de terminer La nuit des Corbeaux (édition Presses de la Cité), un thriller de John Connolly,  auteur que je connaissais de nom mais que je n’avais encore jamais lu. Après en avoir fini avec un roman qui m’avait laissée sur ma faim, je souhaitais me plonger dans un livre haletant dont j’aurais eu du mal à lâcher la lecture. Les thrillers de John Connolly, unanimement salués par la critique, me paraissaient être ce qui convenait le plus à mon humeur du moment. J’ai donc pioché, un peu au hasard dans le rayon très fourni des « John Connolly » d’une librairie,  La nuit des Corbeaux. 

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Charlie Parker, détective privé et héros récurrent de John Connolly. Celui-ci est appelé en renfort à Pastor’s Bay, petite ville de l’état du Maine aux Etats-Unis, par une avocate, Aimee Price, dont le client reçoit des lettres anonymes menaçantes. Il faut dire que le client en question, Randall Haight, n’est pas un saint : Condamné à 18 ans de prison pour avoir tenté de violer et assassiné une jeune fille de 14 ans, alors qu’il était lui-même adolescent. Randall Haight avait, à l’époque, tenté de tout mettre sur le dos de son comparse, Lonny Midas. Il n’empêche… Quelqu’un semble avoir eu vent de son passé et essaie de lui faire payer. C’est d’autant plus inquiétant qu’une jeune fille de 14 ans vient de disparaître dans cette petite ville jusqu’alors si tranquille. Charlie Parker n’a pas fini d’être surpris…

Disons-le d’entrée : Ce livre offre son lot de rebondissements qu’on ne voit pas venir et c’est sans doute en cela que John Connolly est très fort. Donc, oui, ce roman m’a réellement captivée pendant la dernière centaine de pages sur les 500 , en format « poche », qu’il comporte. Je suis beaucoup plus mitigée sur le reste de ma lecture. J’ai trouvé, en effet, que ce livre était lent, trop lent et j’ai d’ailleurs mis beaucoup de temps à le lire. Parti pris, sans doute, de l’auteur qui ne m’a pas convaincue. Peut-être, aussi, n’ai-je pas choisi le bon livre pour découvrir John Connolly ? La nuit des Corbeaux se passe, en effet, pour une bonne part dans le Milieu bostonien. J’avoue ne pas être fan du tout de ce genre d’ambiance (parfaitement rendue par ailleurs par l’auteur) où les coups, et plus généralement la violence, sont partout.

Avis mitigé sur ce roman, donc, mais je ne m’interdit pas de lire d’autres thrillers de cet auteur, à condition toutefois, que le décor ne soit pas le même.

 

 

Le secret du mari

le secret du mariCe roman de l’Australienne Liane Moriarty (disponible en édition Le Livre de poche) me faisait de l’oeil depuis longtemps. J’ai finalement craqué il y a quelques semaines mais ressors de cette lecture avec un sentiment mitigé.

L’intrigue se passe dans la banlieue « chic » de Melbourne où se côtoient des familles issues de la classe moyenne supérieure. Il y a d’abord Cécilia, mère de famille accomplie, mariée à un « businessman », redoutable démonstratrice « Tuperwaere » et présidente de l’association des parents d’élèves de l’école privée de ses trois filles.  Il y a Rachel, veuve, mère de famille elle aussi, secrétaire de direction dans l’école précédemment citée, qui pleure toujours sa fille brutalement décédée 30 ans plus tôt. Et enfin, Tess, jeune maman trentenaire qui revient vivre à Melbourne avec son jeune fils chez sa mère, le temps de digérer la trahison de son mari, tombé éperdument amoureux de sa propre cousine. Ces trois familles apparaissent les unes après les autres, sans lien apparent. Et puis, au fil des chapitres, on se rend compte que leurs histoires sont intimement liées par un drame. Ce drame, c’est le fameux « secret du mari » de Cécilia qui donne son titre au livre. Le secret nous est révélé à la moitié du roman (mais personnellement, j’avais deviné bien avant). La suite raconte comment la révélation de ce secret va avoir des conséquences en cascades… jusqu’à la survenue d’un autre drame. Rédempteur.

Si ce livre se laisse lire et offre un très bon suspens, je ne comprends pas comment il a pu susciter autant d’éloges et autant de ventes. « Plus d’un million de lecteurs aux Etats-Unis » annonce même la couverture. Comme indiqué plus haut, on devine assez vite quel est le secret du mari. Et pour ce qui est de la finesse de la psychologie des personnages, on repassera. Globalement, tout est un peu trop gros pour qu’on puisse vraiment y croire. Enfin, j’ai été particulièrement dérangée par le côté très « moralisateur catholique » de l’ensemble. Le roman se passe pendant la semaine sainte, juste avant Pâques. Et ce calendrier est loin d’être anodin. Le dénouement, en effet, repose sur un nouveau drame qui vient en quelque sorte punir le coupable d’un précédent drame pour lequel il n’avait jamais été inquiété. Celui-ci comprend alors tout le mal qu’il a fait et reçoit le pardon de la famille de la victime sur le mode : « Tes péchés t’ont conduit à être puni par Dieu alors nous ne pouvons que te pardonner ». Je caricature un peu mais l’idée est là. En y repensant, on est bien là dans la culture d’une certaine Amérique. Ce n’est peut-être pas si étonnant finalement que ce roman ait connu un tel succès là-bas.