Publié dans Une femme et des livres a lu et a été déçue

Ragdoll

J’avais énormément entendu parler de ce thriller britannique sorti il y a quelques mois (collection La Bête Noire chez Robert Laffont, traduction française de Natalie Beunat). Ragdoll, premier roman de Daniel Cole, trentenaire, ancien ambulancier et résident à Bournemouth, était, de l’avis général : « Un coup d’essai, coup de maître, un thriller à couper le souffle, dans la même veine que Seven ». D’un roman précédé d’autant de louanges, j’attendais donc beaucoup. Trop, peut-être ? Parce que si j’ai aimé Ragdoll, il n’est pas non plus le coup de cœur que j’attendais.

Je vous en livre ici le résumé : Il y a quelques années, Naguib Khalid, tueur en série plus connu sous le surnom du « tueur crématiste » a tué et brûlé 27 enfants en 27 jours. Toutefois, lors de son procès très médiatique, son avocat arrive à insuffler le doute dans l’esprit des jurés. Malgré une enquête irréprochable et de nombreux faits concordants, Naguib Khalid n’a, en effet, jamais avoué. Jugé non coupable, Naguib Khalid est libéré. Quelques temps plus tard, il est pris en flagrant délit alors qu’il commet son 28ème crime…

Quelques années plus tard, l’inspecteur William Oliver Layton-Fawkes, plus connu sous l’acronyme de « Wolf », qui a concouru à faire tomber Naguib Khalid, est appelé sur les lieux d’un crime particulièrement odieux : La victime est, en fait, reconstituée à partir des morceaux de corps de six personnes. Les enquêteurs, qui s’aperçoivent très vite que sa tête est celle de Naguib Khalid, la surnomme « Ragdoll », « poupée de chiffon » en anglais. Dans le même temps, le mystérieux assassin dresse une liste de six prochaines victimes, avec la date de leur exécution. La sixième personne est l’inspecteur Wolf.

Pourquoi ai-je été déçue ? Pas par l’écriture, en tout cas. La traduction est parfaite et le livre se lit tout seul. Pas par le suspens, non plus : L’auteur excelle à faire monter la tension et à distiller, au compte-goutte, des indices. Sacrée trouvaille que ce décompte vers la mort de six personnes, dont on se demande à chaque fois si elles vont pouvoir être sauvées ou non et comment le tueur va s’y prendre pour les exécuter. Pas à cause du côté « gore » non plus. Daniel Cole n’est pas Franck Thilliez. Il ne s’amuse pas à décrire en long, en large et en travers les scènes de crime avec force détails glauques. Non, ce qui m’a déçue, c’est le dénouement. A mi-parcours du roman, j’avais deviné qui était aux manettes, par déduction, après avoir testé et recalé d’autres suspects. En revanche, je n’arrivais pas à comprendre comment « mon » tueur présumé s’y prenait pour tirer les ficelles. La réponse apportée par l’auteur quelques pages avant la fin ne m’a pas convaincue. J’ai trouvé cela un peu trop invraisemblable, comme si l’auteur, qui maîtrise pourtant parfaitement son scénario, avait voulu trop en faire pour son final. Pour résumé : C’est une lecture qui m’a passionnée pendant les 3/4 du roman et qui m’a laissée sur ma faim pendant le dernier quart. Dommage. Vraiment dommage.

 

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

La pensionnaire du bourreau

 La Pensionnaire du bourreau, roman historique écrit par Olivier Dutaillis (sorti aux éditions Albin Michel en 2014 et désormais disponible en format poche) était l’un des coups de cœur de la petite librairie où je vais souvent traîner le samedi après-midi. Il n’en fallait pas plus pour que je jette mon dévolu sur ce livre (et sur d’autres aussi, mais cela, c’est une autre histoire).

J’aime assez les romans historiques. Je trouve qu’en lire est un moyen de se replonger dans l’Histoire de France d’une manière plus abordable qu’en lisant un livre d’Histoire classique. C’est pour cette raison que j’ai adoré, par exemple, la trilogie Le Siècle de Ken Follett qui retrace toute l’histoire du 20ème siècle en Europe et aux Etats-Unis à travers le destin de plusieurs familles. Si le cœur vous en dit, ma chronique écrite voici tout juste un an est à retrouver ici.

Tout autre moment historique pour La pensionnaire du bourreau qui plonge le lecteur au cœur de la Révolution française, période que j’avais beaucoup aimé aborder au lycée mais dont, finalement, il me restait peu de souvenirs. Manon, jeune paysanne vendéenne, arrive à Paris en avril 1789, sans le sou. Embauchée comme serveuse dans une taverne près du Palais-Royal, elle trouve à se loger chez Sanson, le célèbre bourreau parisien. Initiée à la politique et à l’amour par un jeune député des Etats-Généraux, Benjamin, elle côtoie les grands révolutionnaires que sont Desmoulins, Danton et Robespierre. Modèle pour le célèbre peintre David, Manon s’enflamme pour la Révolution. Devenue rédactrice dans le journal créé par son amant, elle y défend bec et ongle la condition des femmes, grandes oubliées de la Révolution, quitte à se mettre en grand danger. De la convocation des Etats-Généraux en 1789 à l’exécution de Robespierre en 1794, Olivier Dutaillis revisite cette période exaltante parmi les plus importantes de notre histoire récente.

Ce roman est un vrai coup de cœur. Je me suis vraiment passionnée pour l’histoire de Manon et Benjamin, tout comme je me suis passionnée pour cette plongée dans la Révolution française, sur laquelle, j’ai appris ou plutôt réappris, énormément de choses. Je connaissais bien-sûr le peintre David pour ces immenses tableaux de la Révolution et de l’Empire que l’on peut voir au Louvre. En revanche, je ne savais pas à quel point il avait été impliqué dans la Révolution. David a été l’un de ceux qui ont voté la mort du roi, Louis XVI, ce qui lui coûtera, d’ailleurs son mariage, son épouse étant une royaliste convaincue (qui a pu remercier malgré tout les Révolutionnaires qui ont instauré le divorce). Je connaissais bien-sûr La Terreur mais je ne me souvenais pas qu’elle fut aussi horrible, jusqu’à envoyer à la guillotine n’importe quel citoyen sans procès, juste sur la base du soupçon, avec, parfois, rien qu’à Paris, plus de 150 exécutions par jour.

La pensionnaire du bourreau est un roman populaire, dans ce qu’il a de meilleur. Mêlant avec talent petite et grande histoire, ce récit est un vrai bonheur de lecture. Les détails dans les descriptions et les nombreuses anecdotes en font un roman vivant, très agréable à lire. Un roman à recommander à ceux qui aime l’Histoire et les belles histoires !

 

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

L’amie prodigieuse

l'amie prodigieuseJe ne connaissais pas du tout Elena Ferrante. J’en ai seulement entendu parler lorsqu’elle a sorti il y a quelques mois le 3ème tome de sa trilogie largement autobiographique L’amie prodigieuse, dont l’émission littéraire de France 5 « La grande librairie » s’est fait l’écho. Le fait qu’Elena Ferrante soit le pseudonyme d’une auteure italienne dont on ne sait rien, qui n’a jamais montré son visage, qui a même refusé un prix littéraire prestigieux pour rester incognito, malgré les centaines de milliers de livres qu’elle vend partout dans le monde, m’a fascinée et intriguée. J’ai donc acheté le premier tome de la trilogie, L’amie prodigieuse, initialement sorti chez Gallimard, mais désormais disponible en format poche.

La libraire m’avait mise en garde, me précisant que le premier tome de la saga servait aussi à installer toute une série de personnages, ce qui avait découragé certains lecteurs, perdus au milieu de personnages dont ils avaient du mal à retenir les noms et les liens les uns avec les autres. Alors, oui, c’est vrai. Beaucoup de familles à rallonge se croisent dans ce quartier populaire de Naples des années 50, entassées dans leur petit appartement au confort sommaire. Il y a les fils et les filles du garagiste, du pâtissier, du cordonnier, du conducteur de train, poète à ses heures. Il y a aussi les fils d’un riche caïd dont on dit qu’il pourrait être lié à la Camorra napolitaine. Et puis, il y a Elena, fille d’un portier de la mairie de Naples, la narratrice de cette histoire, et sa meilleure amie, Lila. C’est de cette amitié entre deux enfants, puis deux adolescentes dont il est question dans ce premier tome. Une amitié très forte, presque fusionnelle entre deux filles, issues du même milieu populaire mais dont les destinées vont suivre des chemines différents, l’une poussée par son institutrice à poursuivre ses études, l’autre se mariant à 16 ans avec un riche artisan du quartier. L’une échappant à son milieu, l’autre s’y complaisant, en toute connaissance de cause. Voilà résumée en quelques lignes l’histoire de L’amie prodigieuse.

Je dois avouer que le livre à peine refermé, je n’avais qu’une envie : me précipiter sur le 2ème tome afin de savoir comment Elena et Lina allaient évoluer et devenir adulte. Parce qu’Elena Ferrante a une très belle plume, parce qu’elle décrit avec un talent extraordinaire la Naples populaire des années 50, dont elle en restitue l’ambiance avec bonheur, parce qu’elle sait faire aimer ses personnages, mêmes les moins sympathiques, parce qu’elle relate avec beaucoup de finesse les hauts et les bas des relations humaines et parce qu’elle glisse des touches d’humour jubilatoire au fil des pages. Si vous êtes fan des grandes sagas familiales, si vous avez envie de vous plonger dans l’ambiance populaire du Naples des années 50, alors, précipitez-vous sans tarder sur L’amie prodigieuse. Vous ne pourrez pas être déçus. Pour ma part, je m’en vais me plonger dans le tome 2.

A noter que cette trilogie est en passe de devenir une quadrilogie puisque le quatrième et dernier tome de la saga doit sortir cet automne. Il vous reste quelques mois pour avaler les trois premiers !

 

Publié dans Une femme et des livre participe à #10dumois

Un brin de bonheur #10dumois

En ce 10 mai, me revoici fidèle au rendez-vous #10du mois initié par mon amie Egalimère. Sur le thème imposé « un brin de bonheur », je vous propose, comme souvent, de faire marcher la boîte aux souvenirs, même si ces souvenirs là sont très récents. Bonne lecture à vous ! Comme à l’habitude, un lien à la fin du texte vous permettra de retrouver les textes qui ont inspiré les autres blogueurs participants. 

C’était  une journée attendue depuis longtemps. Tout avait été minutieusement préparé. Les invitations. Le menu. Les fleurs. La sono. Le plan de table. Les photos d’avant. Mon père n’avait eu à s’occuper de rien. Ou presque. Alors, on avait bien ri avec mon frère quand il nous avait dit qu’il n’imaginait pas que la préparation de son anniversaire lui donnerait autant de travail, alors qu’il était occupé à trier de vieilles photos en noir et blanc à bord dentelé. Les photos. C’est la seule chose qu’il avait voulu gérer, avec un avis très tranché : il voulait des photos de lui avec ses frères et sœurs, en soldat pendant la guerre d’Algerie, fiancé avec ma mère, jeune marié, jeune papa heureux… Il voulait des photos qui rappelleraient des souvenirs aux invités. Pour le reste, tout était bien : le poisson en entrée, la volaille en plat de résistance, la déco taupe et turquoise, les centres de tables en fleurs blanches avec une touche orange.

C’était le 30 avril dernier. Mon père fêtait ses 80 ans. Bien-sûr, il avait fallu le pousser un peu pour qu’il accepte le principe de cette grande fête rien que pour lui, l’homme si discret, détestant plus que tout être mis en avant. Mais ses amis plus âgés, qui tous avaient organisé un moment convivial pour célébrer leur quatre fois vingt ans, avaient fini par le convaincre.
Il avait dit qu’il ne voulait, en aucun cas, faire de discours. Il avait dit aussi qu’il ne voulait pas qu’on lui fasse de discours. Pas question ! Il ne voulait pas être au centre des attentions.
Il n’a jamais deviné que je lui préparais un texte qui retraçait les 80 premières années de sa vie. Pour l’écrire, j’avais fouillé dans les souvenirs qu’il nous avait tant de fois racontés, j’avais fouillé dans mes propres souvenirs et j’avais demandé à deux de mes tantes de vérifier ce que j’avais écris. Ce n’était pas facile de l’écrire ce texte parce que des drames avaient jalonné la vie de mon père et qu’il n’est jamais aisé de se souvenirs des drames quand on est là pour faire la fête. Avec mon frère, nous avons parlé pendant 45 minutes. Ces 45 minutes ne tendaient que vers un but : Remercier. Remercier mon père pour ce qu’il était, pour le père qu’il avait été, qu’il était toujours et qu’il serait encore longtemps pour mon frère et moi.
C’était le 30 avril dernier, veille de la fête du muguet. Il y eut quelques larmes sur les visages. Mais ce fut un bien joli brin de bonheur.

Envie de jeter un œil aux textes des blogueurs  participants à ce rendez-vous ? C’est par ici !

 

Publié dans Une femme et des livres donne la parole

Bénédicte Vidor, l’auteure qui aimait bousculer ses lecteurs

Elle est professeur de philosophie en région Rhône-Alpes, mariée à un médecin et maman de trois grands enfants. Bénédicte Vidor m’a un peu déstabilisée avec son deuxième roman, Syndrome O, paru aux éditions Abordables, dont vous pouvez retrouver la chronique ici. J’ai donc voulu en savoir un peu plus sur cette auteure, qui a beaucoup écrit dans sa jeunesse, sans mener ses projets à bout, et qui, la cinquantaine venue, a repris la plume avec talent et bonheur. J’ai découvert une femme charmante, cultivée, au rire cristallin communicatif. Je vous propose aujourd’hui de découvrir les réponses qu’elle a faites à mes nombreuses questions.

Bonjour Bénédicte Vidor et merci d’avoir accepté cette interview. Je viens de vous présenter en quelques mots. Pouvez-vous compléter ce bref portrait ?

« Oui, bien-sûr. J’enseigne effectivement la philosophie mais j’ai commencé mes études par un cursus en lettres. De cette formation, je suis restée très sensible à la littérature qui ouvre sur le monde contemporain, qui apporte un regard critique sur notre monde. J’adore également tout ce qui touche au courant « Nouveau roman »*. J’aime l’idée d’une écriture en train de se faire, d’une écriture qui expérimente. C’est un peu ce vers quoi j’ai voulu tendre dans Syndrome O, d’ailleurs. J’aime déstructurer les phrases pour les rendre plus perméable à l’émotion. Une écriture trop classique m’ennuie assez vite « .

bénédicte vidor

-L’écriture a-t-elle toujours fait partie de vous ?

« Oui. De mémoire, j’ai toujours voulu écrire. Enfant et adolescente, j’écrivais des poèmes. Pendant mes études de lettres, puis de philosophie, j’ai commencé des romans que je n’ai jamais terminés. Et puis, je me suis mariée, j’ai eu mes enfants, le temps m’a donc manqué pour concrétiser mes projets littéraires. Je m’y suis remise il y a quelques années quand mes enfants sont devenus grands. En 2014, j’ai publié Porte de sortie aux éditions Chemins de traverse, et puis, tout récemment, en mars 2017, j’ai publié Syndrome O aux Editions abordables, une toute jeune maison d’édition parisienne ».

-Syndrome O est un roman qui peut déstabiliser le lecteur, tant dans sa forme que dans son histoire. Comment l’idée d’un tel roman, dans lequel vous défendez l’idée que les grands singes sont -quasi- autant des humains que nous, vous est-elle venue ?

« Je comprends qu’une telle histoire puisse déstabiliser. L’idée m’est venue tout simplement en visitant un zoo, dans les environs de Lyon. Devant la cage des primates, j’ai vu un gorille qui prenait la position du Penseur de Rodin. En face de lui, une famille complète s’amusait à imiter les singes en poussant de grands cris. Cette image m’a fascinée. J’avais devant moi un gorille qui donnait l’impression de réfléchir, pendant que des humains se comportaient comme des imbéciles. Cette espèce d’inversion des rôles m’a à tel point troublée que j’ai décidé d’en faire la trame de mon prochain roman ».

-Vous allez très loin dans votre roman puisque votre héroïne, Ben, primatologue asociale, en vient à préférer la compagnie de ses singes plutôt que celle des humains. Elle communique d’ailleurs avec eux par une sorte de langage des signes et éprouve pour l’une des femelles un attachement fraternel. Une nuit, elle rêve même qu’elle fait l’amour avec l’un de ses singes.

« Oui, je vais très loin mais, en même temps, des travaux scientifiques ont démontré que les grands singes pouvaient communiquer grâce au langage des signes et que leur QI avoisinait les 100, ce qui correspond à une intelligence humaine moyenne. Je n’ai donc rien inventé. Après, oui, mon héroïne est border-line, effectivement, puisqu’elle ne met plus de limites entre l’Homme et le singe. D’où le titre du roman Syndrome O, un courant de pensée qui affirme que la seule ligne de démarcation entre l’Homme et l’animal est que le premier veut absolument trouver un sens à sa vie, quitte à se la gâcher, d’ailleurs. Vous remarquerez toutefois que Ben ne couche pas avec ses singes, elle en rêve seulement et ce rêve la perturbe, la met mal à l’aise comme si elle comprenait que là était la ligne à ne pas franchir dans son idée d’équivalence entre l’Homme et le singe. C’est la limite que je me suis imposée également dans l’écriture de ce roman. J’ai eu le sentiment que faire coucher mon héroïne avec un gorille n’aurait rien apporté à l’histoire et l’aurait au contraire desservie, en la faisant apparaître comme trop gratuitement provoquante ».

-Votre roman est finalement assez dans l’air du temps puisque l’on assiste depuis quelques années à une prise de conscience du bien-être animal ?

« Oui, c’est vrai. Notre regard sur les animaux, et notamment sur les animaux d’élevage, est en train de changer et c’est une excellente nouvelle. La cause animale est bien plus entendue qu’auparavant. On se préoccupe davantage des conditions d’abattage des animaux, des conditions d’élevage. De plus en plus de voix s’élèvent pour défendre une nourriture autre que la nourriture animale. Le temps de l’Homme surpuissant, dominant toutes les autres espèces animales, est en train de changer. Cette prise de conscience par rapport aux animaux arrive en même temps que celle vis-à-vis de notre environnement. Un peu comme si l’Homme se rendait compte, un peu tard, qu’il ne peut pas faire tout ce qu’il veut sans en payer un jour les conséquences ».

-Depuis la sortie de Syndrome O, vous avez participé à plusieurs salons et à des signatures en librairie. Comment votre roman est-il reçu ?

« C’est un roman intergénérationnel, dont les hommes, généralement, préfèrent l’histoire et les femmes, le style. C’est un roman dérangeant, alors, certains s’étonnent qu’une telle idée ait pu germer dans mon cerveau, quand d’autres, au contraire, adhérent complètement à l’idée de défendre la cause animale. C’est, en tout cas, un roman qui ne laisse pas indifférent. C’est vraiment agréable pour moi de rencontrer des personnes qui ont lu mon livre, de voir comment elles se sont appropriées l’histoire. Ecrire et être lu, c’est un bonheur sans nom pour n’importe quel auteur ».

-Avez-vous d’autres projets littéraires sur le feu ?

« Oh oui ! J’ai quasi terminé mon prochain roman qui s’appellera Porte d’entrée, comme un clin d’œil à mon premier roman, Porte de sortie. Je suis assez lente dans mon processus d’écriture. Ce roman est commencé, par exemple, depuis cinq ans. Souvent, quand j’ai terminé une première ébauche, je la laisse dans un tiroir pendant un an, puis, je m’y penche à nouveau et… je suis effarée par ce que j’ai écrit. Du coup, je reprends tout depuis le début, puis je laisse reposer à nouveau. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que j’arrive à une version qui me satisfasse. C’est là où j’en suis avec Porte d’entrée. Je vais donc prochainement envoyer le manuscrit à ma maison d’édition ».

Merci Bénédicte et bon vent à vos projets littéraires !

*Courant littéraire du XXème siècle dont Alain Robbe-Grillet est l’un des principaux représentants. Le nouveau roman se veut un art conscient de lui-même. L’intrigue et le personnage, qui étaient vus auparavant comme la base de toute fiction, s’estompent au second plan, avec des orientations différentes pour chaque auteur, voire pour chaque livre.

Publié dans Une femme et des livres a lu et a aimé

Syndrome O

Syndrome O, roman écrit par Bénédicte Vidor-Pierre m’a été aimablement envoyé par sa maison d’édition, Les Editions abordables. Intriguée par le titre, j’étais très curieuse de découvrir ce roman. Je dois dire, après en avoir refermé la dernière page hier, que je n’ai rien lu d’aussi étrange -voire d’aussi déstabilisant parfois- depuis bien longtemps.

L’étrangeté tient d’abord dans le sujet même du roman : Ben, primatologue asociale, ne se sent bien qu’entourée des singes du parc zoologique de Lyon où elle travaille et avec lesquels elle communique par une sorte de langue des signes. De l’avis de ses deux amies, Châle, qui noie sa solitude et sa peur de vieillir dans de multiples histoires sentimentales sans lendemain et Marie-Céline, bourgeoise catholique coincée assumée, Ben est carrément border-line avec cette idée fixe selon laquelle les primates seraient bien plus humains que certains humains, qu’ils seraient même plus intelligents que certains d’entre eux. Bref qu’ils seraient les égaux de l’Homme. D’ailleurs, ne considère-t-elle pas Milka, une femelle qu’elle a vue grandir depuis son plus jeune âge comme sa sœur ? « Un jour, tu vas finir par baiser avec un de tes singes », lui assène Châle, avec la crudité de langage qui la caractérise. De fait, Ben en rêve une nuit après avoir fait l’amour avec Jean, que ses amies lui ont mis dans les pattes dans l’espoir de la voir se sociabiliser.

Derrière cette histoire peu banale, Bénédicte Vidor-Pierre livre une réflexion très intéressante sur la place des animaux dans notre civilisation qui place le mammifère « Homme » au-dessus de toutes les autres espèces. De quel droit ? Parce qu’il a la faculté de communiquer, de réfléchir ? Les primates aussi ! revendique-t-elle. Parce qu’ils n’auraient pas d’âme ? Et en quoi cela a -t-il été prouvé ? Ben est prête à tout pour élever ses singes au rang d’humain. Quitte à bousculer sa très catholique amie Marie-Céline. Et à énerver très fort son amie Châle qui vit façon « carpe diem » en se posant beaucoup moins de questions.

Un roman curieux, qui se lit très vite, et qui vaut aussi pour l’écriture enlevée, quoi que parfois un peu brute, de Bénédicte Vidor-Pierre. A lire aussi pour ces trois beaux portraits de femmes.

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Qui veut la peau d’Anna C. ?

Les Editions City m’ont très aimablement adressé un exemplaire du dernier roman de Sophie Henrionnet, Qui veut la peau d’Anna C. ?, roman que je viens de terminer et dont je vous propose la chronique aujourd’hui.

Je ne connaissais pas du tout ce roman et je le confesse, en lisant sur la 4ème de couverture, « comédie romantique », j’ai eu un a-priori négatif. Pour moi « comédie romantique » = roman à l’eau de rose, plein de bons sentiments aux hasards qui toqui veut la peaumbent un peu trop bien et à la fin forcément heureuse. Bref, pas du tout mon bonheur de lecture. J’ai néanmoins commencé la lecture de ce roman et j’ai vite compris que les a-priori pouvaient parfois se tromper. Parce que, si Qui veut la peau d’Anna C. ? est une comédie qui se termine bien, c’est aussi un roman écrit d’une plume alerte, très drôle, et  qui se lit comme une récréation bien sympathique. En voici le résumé : Marie, parisienne, trentenaire, célibataire de fraîche date et bibliothécaire, voit sa vie complètement bousculée le jour où elle prétend s’appeler « Anna Costello » dans le brouhaha d’un café pour se débarrasser d’un jeune boutonneux qui veut absolument obtenir son numéro de téléphone. Anna Costello semble cacher un bien étranger secret si l’on en croit les intimidations et autres tentatives d’enlèvement dont Marie est soudainement victime. Aidée par un jeune SDF séduisant au mystérieux passé (oui, on est quand même dans une comédie romantique), la jeune femme décide de mener l’enquête, qui s’avère très vite rocambolesque.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Marie, dont on se sent proche immédiatement. Sa vie de célibataire, ses ennuis de boulot, ses amis, sa mère envahissante… On a toutes, à un moment ou à un autre, vécu les mêmes choses et c’est très plaisant de les retrouver dans un roman. J’ai moins aimé le personnage de Grégoire (le séduisant SDF) parce que,  trop bien, trop beau, trop prince charmant, bref, trop caricatural à mon goût mais sans doute indispensable à toute comédie romantique… J’ai toutefois passé un très bon moment de lecture, tant Sophie Henrionnet fait preuve d’humour dans son roman. On sourit souvent à la lecture des aventures de Marie et de ses réactions. L’auteure a assurément une très bonne plume et finalement, on est vraiment pris par l’histoire et cette mystérieuse Anna Costello, dont on brûle de connaître le secret. Et si finalement Qui veut la peau d’Anna C. ? m’avait réconciliée avec les comédies romantiques ?